mercredi 29 mai 2013

Préface d'Octave Uzanne pour l'Amour Romantique de Léon Cladel (Paris, Ed. Rouveyre, 1882).



Dessin original de la couverture du volume par A. Ferdinandus (encre de chine)
Exemplaire broché, tiré à petit nombre sur papier vergé
Coll. B. H.-R., 2013


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Léon Cladel (1834-1892)
Les préfaces, que les Italiens nommèrent « La Salsa del Libro », seraient évidemment dignes de l'apostrophe du célèbre jurisconsulte Dupin, alors que, par humeur paradoxale, le bonhomme s'écriait à propos de ces biographies de contemporains, dont le nombre était infini en son temps comme au nôtre : « Il serait à souhaiter qu'on n'en eût pas fait une seule, mais la première une fois faite, la seconde est devenue nécessaire. Dans le Brouhaha terrible de la grande Kermesse littéraire de ce siècle, au milieu des clameurs et des époumonnements de Barnums à voix rauque qui lancent le boniment, font la parade, battent le rappel, sonnent la cloche, roulent des rra et des fla à qui mieux mieux ; dans cet affolement du public auquel on crie des : « Entrez, entrez, venez voir », sans la moindre pudeur, à la porte même d'un ouvrage nouveau, l'auteur qui a le respect de son art et de son lui, a dû, — son oeuvre parachevée, — se retirer sous sa tente et constituer pour préfacier, un de ses proches dans cette grande famille des lettres qui compte tant de bâtards et si peu de vrais pères nobles
 Il faut donc aujourd'hui, lorsque le maître de céans n'officie pas lui-même, un introducteur à toute fête intellectuelle, en quelque sorte un maître de cérémonies, un Alcôviste, comme on eût dit chez les précieuses dames de là rue Saint-Thomas-du-Louvre, et, à ce titre, dans notre société ultra-banale à force de civilisation, un Monsieur honnêtement cravaté de blanc, à l'égal d'un Semainier de la Comédie-Française doit venir frapper les trois coups et conférencier quelques courts instants avant le lever du rideau. Pour peu qu'une haute sympathie vous place à l'avant-scène ou qu'une amitié sincère vous y pousse, le préfacier ne remplit pas un sacerdoce, mais un devoir ; il ne reste plus rien d'empesé, de froid ou de dogmatique dans son discours qui devient une causerie. Puisque donc, sur le désir formel de Léon Cladel (*), je me trouve obligeamment désigné ici comme le cicérone de ce livre : « L'Amour romantique,  (**) » je prendrai familièrement le lecteur au passage pour lui faire l'historique de cette œuvre de jeunesse qui a conservé la grâce et les naïvetés des premières manières, de celles qu'on voudrait retrouver pour les perdre gaiement de nouveau.
Lorsque l'auteur des Va-nu-pieds s'en vint à Paris, en mars 1857, à l'aurore de sa vingtième année, il apportait avec les rayons d'or du capiteux soleil du midi, cette bonne foi souriante dans l'humanité, cette « fièvre de trouée » qui s'irrite chaque jour davantage dans la lutte et cette passion ardente qu'il devait mettre au service d'un rouge idéal. — Tour tout bagage littéraire, Cladel n'avait guère alors en tête que ce fatras de lectures variées qui s'entassent sans ordre et fermentent si hâtivement dans l'imagination des prédestinés. — On ne saurait dire de quelles œuvres opposées, de quels romans d'aventures, de quelles poésies ou nouvelles sentimentales s'est formé lentement, par couches de lectures successives, cet humus intellectuel déposé dans l'organisme cérébral et au milieu duquel doit poindre et se développer un jour le talent naissant d'un écrivain et sa personnalité réelle. Il y a là un mystère d'incubation étrange, un phénomène de cette lente digestion de la pensée qui abêtit Balzac au sortir du collège, une période « de mue » difficile à franchir dont le danger faisait dire, je crois, à Montesquieu, que l'esprit producteur n'atteignait guère sa puissance qu'aux environs de la trentième année ; que jusqu'à cet âge un auteur devait se fortifier et ne rien écrire ou du moins publier.


Première page de la préface d'Octave Uzanne
Léon Cladel n'eut pas cette sapience recommandée par le rédacteur de l'Esprit des Lois ; la sève littéraire montait en lui comme une sève d'amour, car, ainsi que le disaient malicieusement nos grand'mères : « il faut que jeunesse jette sa gourme » et nul ne résiste à ce besoin d'épanchement aux effluves « printaniers des premiers baisers de la Muse. — Dans ce cerveau où tour à tour avaient défilé comme en une grande et bruyante cavalcade les héros empanachés de Dumas père, les Lions de Frédéric Soulié, les Grisettes de Paul de Kock, les Personnages de l'humaine Comédie de Balzac, les grands Révoltés de Musset et tous les demi-dieux de la Légende des siècles, dans cette imagination enluminée et illuminée par tant de curieuses ou merveilleuses épopées, un dernier venu, Edgard Poe, se profila plus longtemps comme une ombre sardonique et se fixa comme une puissante hantise.
La lecture des Histoires extraordinaires et des Poèmes fut une révélation pour ce méridional épris d'étrange et de grand art ; il se passionna pour le Scarabée d'or, pour Une descente dans le Maëlstrom, pour Ligeia et surtout pour l'admirable traducteur Charles Baudelaire, ce Dante des paradis artificiels et cet impeccable poète des Fleurs du mal, dont la première édition et la condamnation venaient alors d'émouvoir Tout le Paris des lettres.
Cladel écrivit vers cette époque (1858) sa première nouvelle : « Aux amours éternelles » que l'on retrouvera à la fin de ce livre, et dont la rédaction devait être interrompue par les événements de l'indépendance italienne et la guerre de Sicile. Cette nouvelle, revue et corrigée avec soin, ne devait paraître que vers 1862 dans la Revue fantaisiste de Catulle Mendès où elle demeura jusqu'à ce jour oubliée, en dehors de la réunion en volume des œuvres de l'auteur.
A bien prendre les choses, le premier écrit de Cladel, sa première ébauche, serait les Martyrs ridicules, rédigés en brouillon vers 1857, à la Vallée aux Lilas, chez M. Styllite de Saint-Lary (nom patois de Saint-Hilaire) un gentilhomme gascon, de ses amis, et ce fut en réalité à ces Martyrs ridicules, tour à tour repris, remaniés et délaissés, que le jeune enthousiaste dut la joie de connaître le dieu-poète Baudelaire.
Poulet-Malassis, qu'on nommait familièrement en ce temps Coco mal perché, régnait alors comme le prince des libraires, au Passage Mirès ; toute l'arrière-garde du romantisme l'avait accepté et reconnu pour son éditeur, en raison de ses incontestables qualités de lettré et d'artiste. Ce fut Paulin Limayrac, dont le frère, détail curieux, était le directeur de conscience de Mme Cladel mère, qui présenta le néophyte à Malassis.
Le débutant portait craintivement sous le bras son manuscrit des Martyrs qu'il remit avec bien peu d'espoir à l'associé de De Broise.
L'éditeur, après avoir pris lecture du Roman, fut si vivement frappé des qualités originales du nouveau venu qu'il engagea Baudelaire à parcourir cette œuvre dont les heureuses exubérances de jeunesse compensaient bien les défauts d'inexpérience. « Bravo ! Bravo ! clama, après quelques chapitres entrelus, l'auteur des Curiosités esthétiques ; il me faut connaître ce jeune homme ; je le conseillerai, nous travaillerons ensemble et vous publierez ce volume, n'est-il pas vrai ? car je le veux patronner dans une préface où je dirai mon sentiment tout entier sur le talent frisque et aromal qu'il recèle. »
Et Baudelaire, à la suite de cet entretien, parut un soir dans les bureaux de la Revue fantaisiste, nouvellement fondée, passage Mirès ... ; il s'avança, saluant de droite et de gauche Banville, Glatigny, Babou, Théophile Sylvestre et autres, l'œil inquiet et chercheur ; et demanda tout à coup de sa voix étrangement timbrée : « Monsieur Cladel est-il ici ? »
De ce jour, — car Cladel était là, — le maître eut un ami à toute épreuve et un fervent disciple de plus. Les Martyrs ridicules furent remis sur le métier, polis et repolis dans une sorte de collaboration intime, et, vers la fin de 1861, le livre parut et obtint le légitime succès que l'on sait.
Ce fut un an plus tard que les Amours éternelles furent reprises sous l'oeil vigilant et sévère du traducteur d'Edgard Poe. « Cher enfant, écrivit-il un jour au jeune écrivain, il serait bon de revoir ensemble une fois pour toutes vos Amours éternelles que vous avez bien voulu me dédier, et dont la neuvième épreuve m'a été communiquée hier par l'imprimeur de la Revue fantaisiste ; une demi-douzaine de termes impropres et quelques locutions d'outre-Loire, plus romanes que françaises, et qui me semblent trop hétérodoxes, déparent, à mon avis, votre curieux travail : accourez, accourez vite chez moi où je vous attendrai, s'il y a lieu, toute cette après-midi. »
L'élève d'accourir aussitôt au rendez-vous, empressé comme à un assaut d'escrime littéraire, ne songeant qu'à faire des contres avec le virtuose étincelant, et, comme il le conta depuis dans une curieuse nouvelle de Bonshommes intitulée Dux, il y apprit à soigner sa forme, à raboter et sertir des périodes de style, à « manger des lexiques », à dénicher le mot vrai, le terme exact et voulu, à compiler les dictionnaires, à les feuilleter, à les sonder avec rage et passion dans un pourchas sans merci ; à s'imboire enfin de tous les secrets de notre vigoureuse langue si riche et si féconde dont l'usage si mal appliqué faisait dire à un homme d'esprit cette phrase d'une ironie charmante : « Que de gens sauraient le français, s'il était su de tous ceux qui le parlent ou l'écrivent ! »
Cladel, pour tout dire, sous l'égide de Baudelaire, comprit qu'il fallait savoir être artisan pour mieux mériter d'être artiste ; il ne recula devant aucune fatigue : il forgea, martela les mots douteux, se fit un arsenal de termes brillants, empruntant au seizième siècle les damasquinures de somptueux adjectifs,  au dix-septième ses ingénieuses métaphores et ses préciosités, au dix-huitième ses termes papillottants de grâces inoubliables ; sentant la gamme infinie des synonymes comme un coloriste qui voit les gradations innombrables d'un même ton. Par ce jeu d'un labeur féroce, il conquit sa robustesse d'écrivain, sa mâleté de narrateur, sa maestria de styliste, si bien que le maître put promptement sacrer chevalier ès-lettres, son disciple de la veille et lui crier, le voyant éperonné, cuirassé pour la lutte : « En avant maintenant, mon garçon, boutez moi en avant, et sus aux profanes ! »
Des trois nouvelles qui composent l'Amour romantique, je n'ai parlé que de la troisième (la première par ordre chronologique ou mieux encore l'aînée des trois, et qui paraît avec cette dédicace dans la Revue fantaisiste) ;


AUX AMOURS ÉTERNELLES !

A Charles Baudelaire.

Cher Monsieur,

La lecture de vos ouvrages a suscité en moi des rêves nombreux. L'un de ces rêves, ayant pris corps, s' appelle : Aux Amours Éternelles ! Toute créature appartient au créateur. Je sais que vous ferez bon accueil à cet essai dans le genre noir où vous excellez.


L.C.

La seconde, Huit jours dans les nuages, fut écrite spécialement pour la même Revue avec une dédicace de gratitude à Poulet-Malassis. Quant à la Confession d'une mondaine, la dernière en date, elle parut pour la première fois dans un journal bonapartiste La Situation et pour la seconde (singulière antithèse) dans l'organe républicain Le Peuple. Cette nouvelle fut depuis traduite en allemand et publiée à Francfort, à l'insu de l'auteur, auquel Alphonse Daudet révéla cette particularité il y a peu d'années seulement.


Etat définitif de la couverture illustrée
par A. Ferdinandus
Je n'ai pas à m'occuper ici ni de la fiction, ni de la forme de ces morceaux littéraires que l'on va lire. Les admirateurs du bon Cladel du Bouscassié, de la Fête Votive de Saint-Bartholomée Porte-Glaive et de l'Homme de la Croix aux Bœufs, trouveront évidemment un grand intérêt à se reporter à l'origine de ce talent feuillu et si foisonnant dans sa maturité ; ils comprendront le charme de ces premiers tâtonnements du jeune homme qui « flirte » alors avec sa muse saine et luronne plutôt qu'il ne l'engendre.
Ici ce sont des « Amusements aux bagatelles de la porte », de ces œuvres qu'on nomme avec tant d'indulgence des « péchés de jeunesse, » mais qui restent toujours les œuvres préférées comme la première maîtresse qui fit battre notre cœur, la première épreuve d'imprimerie qui nous parvint chargée d'errata ou le premier article au milieu duquel notre nom nous sauta aux yeux dans les gerbes de feu des éloges. Et qui sait, si ces œuvres de la vingtième année, d'une génération toute spontanée, ne contiennent pas, sous leurs défaillances et leurs mièvreries apparentes le meilleur de notre Nous vibrant et cette sorte de « beauté du Diable » qui caractérise aussi bien le moral que le physique de l'adolescence et dont la physionomie principale semble pétrie de malice, de naïveté, de bravoure et d'insouciance superbe ! — A coup sûr, ces premières oeuvres sont celles qui nous émeuvent le plus profondément, elles sont certes moins mûries au soleil de la réflexion que les cadettes, mais elles saillent tout d'un jet du coeur et de la tête comme ces frais bourgeons duveteux qui se hâtent imprudemment de se montrer sur les arbres aux premières tiédeurs des beaux jours de mars.
L'âme de Cladel chantait alors des hymnes à l'amour en s'épanouissant à la vie, et sous le vaillant forgeron de prose sonore, sous les brutalités et les emportements du romancier que l'on connaît, un poète, un doux rimeur, un fin madrigalier, un sonneur d'amoureux sonnets se dissimula longtemps.
On ne sait guère de lui qu'un petit chef-d'œuvre : mon Ane. Je veux donner ici deux sonnets inédits que je choisis parmi nombre d'autres. Oyez ; — celui-ci est daté de 1859 :

Nous irons, chère, où tu voudras,
Là-bas, au loin, sous les vieux chênes,
L'herbe nous servira de draps.
Nous boirons aux sources prochaines.

Viens, je dormirai dans tes bras
Qui me seront de douces chaînes
Nous aurons des fils gros et gras.
Des filles mignonnes et saines.

Il sort des nids une chanson,
Les grands bœufs traînent la moisson.
Au ciel luit un essaim de perles.

Viens, viens nous rouler dans les foins
Où je t'aimerai sans témoins
Au chant du coq, aux cris des merles.

N'est-ce pas d'un grand sentiment d'amour champêtre et l'auteur du Bouscassié aurait-il besoin de signer ce sonnet marqué à son cachet d'exquis paysagiste ? — Voici le second sonnet, sous la date de 1861 :

Près des sources, là-bas, nous étions isolés ;
Il arrivait des bois une sauvage haleine :
Vous eûtes peur de l'ombre immense de la plaine
Et des arbres hurlant ensemble, échevelés.

Attentive aux rumeurs dont la nuit était pleine.
Vous me laissâtes mordre à vos doigts effilés ;
Je crus que vos effrois s'en étaient tous allés,
Et vous serrai plus fort parmi la marjolaine.

Il faisait noir, très noir ; or, déjà mes baisers
Couraient de votre lèvre à vos yeux embrasés,
Et les ormes riaient, rangés en demi-lune...

Oh ! pourquoi fis-tu luire au front de la forêt
Les deux cornes en feu de ton disque indiscret,
Vieille indiciblement insupportable, ô Lune !

Dans ce dernier vers, le parnassien romantique se révèle bruyamment avec toute son impétuosité lyrique. Si j'avouais que l'agreste poète était alors, quoique fervent républicain,  non moins fervent catholique et qu'il fut très remué par la belle légende du christianisme, j'étonnerais peut-être quelques-uns de ses amis politiques,  mais Cladel ne se défend aucunement contre son passé,  où il retrouve, au milieu de ses croyances perdues, l'image de la sainte qui les lui avait inspirées, cette image tant évoquée d'une mère qui n'est plus, dont l'affection et les tendresses infinies semblent vous suivre dans l'humain combat, et dont, aux jours de désespérance et d'abandon, on aime à enfermer le souvenir en soi pour le bercer comme une rêverie consolante et fortifiante à la fois. Il reste toujours tant d'enfance bienheurée dans l'âme de ceux qui ont profondément aimé leur mère !
Je ne saurais suivre ici l'auteur de l'Amour romantique, sous peine de devenir son biographe. Ce n'est certes, ni son intention d'être pourtraicturé de point en point dans cette Introduction, ni la mienne d'aquafortiser une figure si complexe et si originale. Après avoir rappelé largement la carrière littéraire de cet artiste ès-belles lettres, depuis le Bouscassié paru en 1869 ; la Fête-votive en 1871 ; les Va-nu-pieds en 1872 ; l'Homme de la Croix-aux-Bœufs, en 1876, jusqu'à Ompdrailles, Bonshommes, Crète-Rouge, les petits Cahiers et autres œuvres remarquables qui ont vu le jour en ces dernières années, je dirai que le rude écrivain reste toujours opiniâtrement et sereinement fixé à sa tâche en dépit des nauséabondes fumées de dépotoirs qui semblera obscurcir le ciel littéraire de ce temps. Léon Cladel n'est pas un frère quêteur de documents soi-disant humains ; il n'a point rayé l'inspiration et l'invention de son programme, « bien qu'il ne dédaigne pas l'observation ou plutôt la « Scrutation » des passions modernes », car il croit plus fermement que jamais à la divination du talent et à la seconde vue du romancier de race. Il fera paraître bientôt Mi-Diable, roman de haute et rustique passion dont je ne suis pas autorisé à déflorer le sujet ; Urbains et Ruraux, mélanges et souvenirs, sa singulière Kyrielle de chiens, le Deuxième Mystère de l'Incarnation, titre étrange d'une œuvre non moins étrange, et enfin ce fameux Paris en travail dont la gestation lui coûta tant d'efforts et de soins, et au milieu duquel il doit faire défiler toutes les personnalités de ce temps,  depuis le célèbre tribun, qui fut son ami, jusqu'à l'archi-fallot avocat Gagne.
Ce n'est qu'après avoir lu ces livres ouvragés dans la dernière manière de l'écrivain que l'on pourra suivre à petites journées les étapes de cet audacieux talent, et que l'on comprendra de quels labeurs est tissé le style d'un maître en son art. — L'on jugera ainsi de la distance morale réellement parcourue à dater de cet Amour romantique, premier coup de feu d'un fringant conscrit, lequel, depuis lors, a si vaillamment conquis un à un ses chevrons dans la mêlée, et qui, j'en suis assuré, restera longtemps sur la brèche, jeune vétéran, comme un porte-fanion dont on aperçoit la fière silhouette dominante au-dessus du branle-bas des assauts.


OCTAVE UZANNE.

Paris, 20 mars 1882.



Bandeau placé en tête de la Préface d'Octave Uzanne
Non signé il semblerait qu'il soit l'oeuvre de Marius Perret.
On retrouve l'inspiration et la thématique du faune et de la vierge si chers à Uzanne


Note : lorsqu'on inspecte par le détail l'édition de l'Amour romantique chez Ed. Rouveyre, la mise en page, les ornements, la préface, etc, nous vient à l'idée qu'Octave Uzanne a peut-être présidé à la mise en forme de cette édition lui-même, avec l'approbation de Léon Cladel. La chose est probable même si elle n'est pas confirmée par des preuves tangibles pour le moment. Nous restons sur cette idée. A suivre ...

Bertrand Hugonnard-Roche


(*) Léon Alpinien Cladel, né à Montauban (Tarn-et-Garonne) le 13 mars 1834 et mort à Sèvres (Hauts-de-Seine) le 21 juillet 1892, est un romancier et nouvelliste français. Léon Alpinien Cladel est issu d’une famille catholique d’artisans et d’agriculteurs du Quercy. Son père, Pierre Cladel, était bourrelier, métier fort prisé et rentable à l’époque. Ce dernier habitait à Lafrançaise au Moulin de Lalande sur la route de Lauzerte. Après un grand nombre de procès, il finit ruiné et ne laisse à son fils que le mobilier du Moulin et un appartement à Montauban. Le reste de ses biens est vendu pour éponger ses dettes. Léon Cladel monte à Paris à l’âge de vingt ans. Homme de lettres, il se construit une solide réputation de romancier naturaliste dont la matière principale était le peuple. Il aimait d’ailleurs mettre en avant ses origines paysannes quercynoises. Il se fit connaître dans un cercle restreint par son premier roman, Les Martyrs ridicules, préfacé par Charles Baudelaire. L’ensemble de son œuvre connaît un réel succès en France et en Belgique. D’ailleurs, il adhère à l’Académie Goncourt dès sa création avec des auteurs comme Alphonse Daudet, Zola … Puis il retourna vivre dans son Quercy natal, où il écrivit sur la vie des paysans. Il réside et écrit à Montauban, quartier de la Villenouvelle, qui devient plus tard un lieu de séjour d'été pour sa famille. Revenu à Paris, Léon Cladel publia les deux romans qui sont généralement considérés comme ses meilleures œuvres, Le Bouscassié (1869) et La Fête votive de Saint-Bartholomée Porte-Glaive (1872). Léon Cladel a vécu de près la période de la Commune (mars 1871-mai 1871). S'il n’y joue pas un rôle prépondérant, il manque cependant d’être fusillé comme suspect par les hommes de Thiers. Cette période de la Commune est présente dans un grand nombre de ses œuvres : Trois fois maudites (1876) - qui lui vaut un séjour en prison - Les Va-nu-pieds (1883), Revanche (1887), Urbains et Ruraux (1890). Mais son œuvre majeure sur la période est I.N.R.I (1887). Dans ce roman, il tente de réhabiliter la Commune. Le 14 novembre 1871, il épouse, à Paris, une jeune musicienne de confession juive : Julia Mullem. Tous les deux non pratiquants, ils vont marquer leurs origines à travers les prénoms donnés à leurs cinq enfants : Judith-Jeanne, Sarah-Marianne, Rachel-Louise, Eve-Rose, Pierrine-Esther, Saül-Alpinien. Malgré tout, l’éducation que recevront ces enfants sera laïque et républicaine. Sa descendance va confirmer les talents artistiques de la famille Cladel. Sa fille Judith va se lancer à son tour dans une carrière littéraire. Elle a écrit une biographie de son père. Son fils Saül-Alpinien va entrer comme élève dans l’atelier de Rodin et deviendra sculpteur spécialisé dans les monuments aux morts après la Première Guerre Mondiale. La statue du monument aux morts de Lafrançaise est son œuvre. Enfin, une petite-fille de Léon Cladel, Dominique Rolin est un écrivain belge célèbre. De tempérament colérique et de santé fragile, Léon Cladel meurt à Sèvres, à côté de Paris, en 1892 à l’âge de 58 ans. Contemporain et ami du sculpteur Antoine Bourdelle, il acceptera avant sa mort de servir de modèle pour la réalisation d’un buste. (Source : Wikipédia)

(**) Léon Cladel, L'Amour romantique, préface par Octave Uzanne. Illustrations de A. Ferdinandus gravées par Gaujean, F. Beaumont & Puyplat. Paris, Ed. Rouveyre et G. Blond, 1882. 1 vol. in-18 (20,5 x 13,5 cm), XX et 220-(5) pp. 4 eaux-fortes hors-texte, ornements. Couverture illustrée. Achevé d'imprimer chez Darantière à Dijon le 25 mars 1882. Vendu 10 francs sur papier vergé (tirage à petit nombre).

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