mercredi 4 septembre 2019

Octave Uzanne cinglant avec la première grande publication de l'artiste-éditeur Georges Hurtrel (1881)



Octave Uzanne, Le Livre, compte-rendu des livres d'étrennes pour 1881



Octave Uzanne dans sa revue bibliographique Le Livre, dans la rubrique consacrée aux livres d'étrennes pour 1881, écrit :

"La Vie de sainte Catherine d'Alexandrie, publication par Jean Mielot, nous parait être la première publication de cet éditeur ; c'est une grand in-8, de belle apparence et dont le texte intéressant du secrétaire de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, a été revu et rapproché du français moderne par l'érudit bibliothécaire à la Nationale, M. Marius Sepet. L'éditeur a développé un grand bon vouloir et a appelé à lui un nombre d'illustrateurs suffisant pour produire un chef-d'œuvre d'édition. Malheureusement le chef-d'œuvre n'a pas été exécuté et les horribles encadrements tirés en rouge missel sont lourds, disgracieux et du plus déplorable effet, les bois hors texte n'ont rien de remarquable et l'ensemble du volume, disons-le franchement, est irrémédiablement manqué. M. Georges Hurtrel nous pardonnera notre critique, avec l'assurance que nous n'avons aucun motif de lui être désagréable ; mais il est à regretter de voir se produire en France de grands ouvrages d'art qui font tache absolument par leur mauvais goût." (Octave Uzanne).

La messe était dite pour le critique Uzanne ! A vrai dire, nous aurions envie d'écrire la même chose plus d'un siècle plus tard, et ce pour la plupart des ouvrages édités par Georges Hurtrel : "Trop riche pour être pauvre. Trop pauvre pour être riche." En gros, si les éditions G. Hurtrel en imposent souvent au premier regard et peuvent faire illusion, elles n'ont, malheureusement, pas le fini des éditions d'un Léon Curmer ou d'un Albert Quantin. Le compte n'y est pas et l'ensemble donne toujours une impression de "cheap" (pour parler comme les winners). Alors même que les volumes Hurtrel se vendaient à des prix allant de 20 à 60 francs, beaucoup plus en grand papier, cela ne semble pas très judicieux. Néanmoins, ne soyons pas dupe, peut-être Octave Uzanne, en 1881, voyait-il en Hurtrel un nouveau concurrent sérieux pour la Maison Albert Quantin au sein de laquelle il écoulait ses propres productions artistiques et bibliophiliques pour les étrennes également.

Bertrand Hugonnard-Roche


Page de titre du livre incriminé par Uzanne.
Format in-4 28,5 x 21 cm

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