mardi 17 septembre 2019

Octave Uzanne en transit malmené entre son estomac et son intestin. Extraits de la correspondance d'Octave Uzanne avec son frère Joseph (1907-1908)


Octave Uzanne (1851-1931)
ici âgé de 49 ans en 1900
(photographie prise à Ligugé dans la maison Notre-Dame chez J.-K. Huysmans)
A cette époque Octave aimait faire bonne chère, les repas mondains et le
parisianisme incessant n'aidant pas à être sobre sur la question alimentaire ...


Un jour nous avions écrit que nous traiterions de tous les sujets concernant Octave Uzanne, homme public, homme privé. Les informations que nous donnons aujourd'hui sont extraites de la Correspondance entre Octave Uzanne et son frère Joseph (conservée aux Archives Départementales de l'Yonne). Ce billet fait suite à celui-ci : 

Un envoi autographe qui en dit long : Octave Uzanne à l'anatomo-pathologiste français Charles-Joseph Bouchard (1837-1915) 


Le sujet dont nous avons choisi d'extraire les occurrences n'est pas forcément très romantique (voire carrément pipi-caca) mais les fonctions physiologiques humaines ne font-elles pas partie intégrantes de l'Homme, fut-il bibliophile ou homme de lettre ? Baudelaire était-il d'une nature constipée ? Qui saura nous le dire (et pourtant je pense l'information primordiale pour l'histoire littéraire).

Pour connaître un homme ne faut-il pas en savoir plus sur ce qu'on sait être aujourd'hui son deuxième cerveau : son intestin et son estomac ; en un mot son système digestif ? Voici donc relevées pour vous l'intégralité des mentions "estomac" et "intestin" qui se trouvent dans cette riche correspondance entre les deux frères, et ce durant les années 1907 à 1908. Octave Uzanne est alors âgé de 56-57 ans. Sa santé n'est alors pas vraiment au beau fixe. Nous avons élargi les citations d'extraits aux phrases relatives à son état de santé quand celui-ci était évoqué dans le corps des lettres où ces deux mots, estomac et intestin, étaient écrits.

Je sais très bien par avance que seuls les plus téméraires de mes lecteurs iront au terme de cette énumération gastro-intestinale détaillée mais néanmoins passionnante. Je les en remercie. Qui peut se vanter d'en savoir autant sur le transit de Balzac, Flaubert ou Zola ? 

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A propos de l'estomac d'Octave Uzanne


Barbizon, le 7 août 1907

[...] Ma santé s’améliore, bonnes nuits, nervosisme évanoui et constipation vaincue par lavements d’huile le soir. Je me promets bien d’éviter le plus longtemps possible les déconstipants près à l’intérieur. Même la bonne huile de ricin me mettait l’estomac à vif et me détraquait tout entier. [...]

Barbizon, le 13 août 1907

[...] J’ai reçu, du docteur Laffont, une lettre de 5 pages. lettre conseil sur mon état – c’est beau de sa part, lui qui jamais n’écrit – il y a de très bonnes choses et d’autres à dédaigner peut-être – c’est tout un régime quotidien – intelligent en somme et précieux en plus d’un point. Laffont me dit avec justesse que je n’ai aucune tare cardiaque et par conséquent que je n’en ai jamais eu – il me le jure – il ajoute qu’à notre âge ça ne bouge plus le cœur, et que si on a été indemne jusque là on est sûr de ne plus se donner de lésion avec une vie d’hygiène telle que la mienne – Il me confirme également l’excellence de mon estomac et me reproche seulement de l’avoir compromis par mon excessive complaisance à user d’une droguerie persistante – ce qui au fond est vrai. [...]

Barbizon, le 31 août 1907

[...] Ma santé incline au mieux, mes défaillances cardiaques et mes sensations nerveuses sont moins fréquentes ; je me sens solide et je vais, sans drogues aucune, à la garde-robe (*), ce qui est d’une importance primordiale, car la moindre pilule laxative me mettait l’estomac, le cœur, tout le système en état déplorable. Depuis 18 jours la nature seule, les fruits cuits, la boisson de houblon, etc, me font fonctionner très convenablement.

(*) aller à la garde-robe, aller aux toilettes en argot.

Barbizon, le jeudi 31 octobre 1907

Mon cher frérot,

Très bien portant – ma journée à Paris ne me fut pas fatigante, non plus que celle de la veille. Je me sens infiniment plus fort que jadis et vraiment reconstitué – c’est pourquoi, je compléterai la cure dans le midi, et, après, par un permanent plein air ; un intelligent potard (*) de la rue Richelieu m’a donné une solution chloroformique dont l’absorption de deux cuillerées m’a fait délicieusement disparaître ma terrible douleur pylorique dont je suis enfin délivré. Ce pharmacien me conseillait avec justesse d’absorber l’huile de foie de morue en plein repas de midi, afin de bien l’assimiler avec la nourriture – il déclare idiot le conseil des médecins d’absorber cette huile lourde le matin à jeun avec le 1er déjeuner – à midi et le soir au milieu du repas, aussi bien que les autres huiles – je trouve ça en effet pratique. Je me reposerai l’estomac et essaierai la semaine proche. [...]

(*) Potard, pharmacien en argot

Saint-Raphaël, le mercredi 4 décembre 1907

Mon bon chéri ; je vais m’installer demain jeudi chez moi 25 Bd Felix Martin, où tu pourras désormais tout m’adresser. Je ne suis pas fâché de quitter l’hôtel, non seulement parce qu’en ma chambre, je ne connaissais que le provisoire mais surtout parce que la nourriture excellente au début me semblait monotone et ruineuse pour l’estomac. Ces fritures, ces viandes mal rôties, toute cette cuisine de restaurateur ne saurait convenir longtemps à quelqu’un de délicat habitué comme moi à peu mais excellent. J’attends la reprise de mon régime de Barbizon avec impatience et je me défierai même de la table des Bertnay. St Raphael est pourvu de tout et le petit marché abonde en légumes, fruits, volailles, etc. J’ai déjà tout organisé : laitages, bois, pommes de pin, etc. [...]

Saint-Raphaël, le mardi 31 mars 1908


[...] Je me suis mis au lait dimanche pour me débarrasser l’estomac fort encombré, soit par la journée niçoise, soit par celle de Rochard. Maintenant je vais un peu vivre loin des amis. Je ne fais plus signe aux Bertnay, ni à Emile. [...] Je t’approuve de lâcher les dîners du soir - Dans les très grands jours, en mai et juin, ça peut aller encore, sans fatigue, mais s’exposer en hiver, sans raison valable, c’est inepte – Je me couche ici toujours vers 8 ½ à 9 et lis tant que je ne sens pas la fatigue – ces deux derniers jours ayant été fatigué d’estomac je me suis mis au lit à 6 ½ et à 7 ½ sans le moindre ennui, heureux de le pouvoir faire et de sentir mon indépendance à ces détails ; ainsi quel repos et quelle sérénité de pensée, de philosophie ! quel détachement de ces plaisirs si vides et si nuisibles ! de toutes ces sottises collectives qui sont la vie de tant de citadins. [...]


Saint-Raphaël, le jeudi 2 avril 1908

[...] Ma santé est bonne, mais je continue un régime demi lacté pour me remettre l’estomac qui depuis six jours fut nerveux, fécond en bâillements, en gaz, en éructations, en intolérance alimentaires. – je bois du quassia amara et comme j’ai du lait délicieux, et désormais plus aucun repas à accepter chez autrui, j’en profiterai pour me recaler tout cela – ça va déjà mieux. Je ne saurais te dire mon angoisse de songer à retourner à Paris d’ici 25 jours – Hélas ! tout arrive ; mais, je sens bien à quel point je me sens hostile à cette ville de cannibalisme, de lassitudes, d’égoïsmes collectifs, de laideurs morales, de ciels sales, de vanités et de sottises aveugles – Enfin, j’agirai pour régler mon exode et consolider mon indépendance. [...]

Saint-Raphaël, le lundi matin 6 avril 1908

[...] Ma santé est bonne, mais mon estomac fatigué malgré ma sobriété extrême – cela m’ennuie, car si peu que je dîne le soir j’ai souvent des digestions qui m’éveillent avec palpitations, sensations nerveuses généralisées et angoissantes – J’irai sans doute voir le Dr Bontemps cet après midi pour lui parler un peu de mon état général, très bon mais avec excès de facilité à me refroidir et à ne pas tolérer mes alimentations cependant délicates. Hier, pour une heure passée chez les Rouveyre le soir, cependant près du feu, je rentrai les mains glacées comme un mort et tout réfrigéré. Toutes les visites un peu prolongées me font cet effet – aussi j’en fais peu … mais toujours même résultat. [...]

Saint-Raphaël, le mardi 7 avril 1908

[...] Je fus hier voir le Dr Bontemps – j’ai causé un peu avec sa femme plutôt très sympathique et après quelques mots sur mon état général, il m’a fixé de me voir chez moi, le soir, à 4 h sur mon pieu. Cet homme a une toquade fixe qui lui fait voir de l’intoxication intestinale partout et quand même et des « tonnes de matières fécales accumulées dans l’intestin », après m’avoir brassé le ventre fortement il me déclara que j’avais des « matières considérables qui m’encombraient – Oh ! Molière ! ) – cependant mon ventre était souple comme un gant et nullement douloureux – Il m’ausculta cœur et poumons – résultat – vous êtes un ralenti – pouls 60 pulsations, insuffisance, donc insuffisance de flux sanguin dans les poumons, mauvaises fonctions générales … conséquences d’intoxications de l’intestin – d’où régime omnibus que tu connais : manger, boire de tout copieusement, exercice de promenade, pas plus, tous les jours le matin la cuillerée à café d’huile de ricin, puis lavage du rectum avec 100 gr. d’eau tiède – avec ça, tout doit disparaître – voilà pourquoi votre fille est muette – Je sais bien, moi, que je fais surtout de la stase pylorique, que tous mes gaz et ferments viennent de l’estomac qui les fabrique, etc etc, que j’ai de la dyspepsie nerveuse, etc etc, je vais toutefois essayer, en bon mouton, le fameux traitement que tu suis et a suivi ; mais je crains de devoir y renoncer d’ici peu de jours. Je serai toutefois consciencieux et te dirai ce qui en est – ce brave garçon est aimable, mais léger comme un feu follet … il était convaincu que tu avais eu le ventre ouvert et que, seul, il t’a mieux guéri que les chirurgiens – O ! Suggestion ! – je l’ai détrompé sur l’opération, mais peu importe, a-t-il dit … et j’ai compris qu’il préférait sa version et pour lui tu as été opéré, ça lui va mieux comme ça. Ah ! puis Vittel, Vittel pour moi ! Il n’y a que ça. [...]

Eaux-Bonnes (Pyrénées), Grand Hôtel de France, le jeudi 2 juillet 1908

[...] Les journées passent vite, calmes, sereines, aucunement accablantes de chaleur et cependant pas fraîches. Il me semble que je suis déjà un vieil eau-bonnais – je suis mon traitement avec ponctualité ; je ne fréquente personne à l’hôtel, mais je connais quelques braves gens du pays. [...] Je verrai le Dr papa Cazaux après midi – Je suis merveilleusement reposé, mes nuits dans un silence de désert son favorisées d’un vrai sommeil profond de bébé. Ce climat est sédatif – c’est remarquable comme repos – à l’hôtel la nourriture est délicieuse, saine, vraiment digne des délicats estomacs et gourmets – Je me couche le soir à 8 ½, et, le matin, la brave Marie, une vieille béarnaise de 48 ans m’apporte à 7 ½ mon café, très bien fait, et fait la causette – excellente femme conne toutes celles de ce pays de Béarn où se trouvent les derniers bons domestiques courageux, dévoués et gais. Je regrette de te savoir ainsi souffrant de l’estomac – Paris est une ville où il est si difficile de vivre en paix avec ses organes. Eté, comme hiver, on y souffre pitoyablement, car tout nous y blesse, nous y accable, le mauvais air, l’humidité, les senteurs, les poussières, les chaleurs anormales étouffantes, c’est miracle qu’on y résiste encore. Si j’étais resté à Paris, me dit ma grosse bonne Paliotte (de Pau), j’y s’rais claqué ! Monsieur, ça c’est sûr ! Certes elle a raison ! – Je m’applaudis d’aller vivre à St Cloud où je baignerai dans le silence, l’air vif, la quiétude, près ou loin de Paris, à ma convenance. [...]

Saint-Raphaël, 35, Boulevard Félix Martin, le mardi 2 mars 1909

[...] je me suis mis un peu au régime et malgré tout j’ai des troubles nerveux le soir, ou plutôt la nuit avant de pouvoir m’endormir et je n’ai plus ma belle ardeur des premiers jours sur le littoral. [...] Je resterai chez moi, m’observerai, et, si mes fatigues un peu cardiaques, qui viennent peut être de l’estomac, persistaient, j’irai voir le Dr Caldiquès ; mais, avec un peu de Valérianate et du calme alimentaire, j’espère en sortir bien vite. [...]

Saint-Raphaël, Hôtel Beau Rivage, le jeudi soir 4 mars 1909

[...] Ma santé est assez bonne, mais je la dois surveiller. J’ai eu l’estomac un peu surmené par les repas de Valescure, il me faut si peu de chose. Depuis dimanche je m’entraîne à ne prendre que le nécessaire et je tâche de reconquérir une langue propre, mais ça n’est pas facile – on se détraque plus vite qu’on ne se retape. [...] Je désire ronronner un peu chez moi, me soigner et ne me point fatiguer – à nos âges l’utilité de se dépenser n’apparait pas de toute urgence – on vit sur son capital de forces, on ne fait plus d’économies, il faut se ménager. [...]

Saint-Raphaël, Hôtel Beau Rivage, le dimanche 7 mars 1909

[...] Ma santé tout à fait meilleure. L’ordonnance du Dr Courchet me sera salutaire, je l’avais d’ailleurs prévue en m’ordonnant à moi-même frictions et infusions et Valérianate – La voici : le matin une affusion d’eau chaude à 38° - me recoucher après pendant une demi heure puis friction vigoureuse au gant de crin – avant le repas, 5 minutes avant – une cuillerée à soupe de phosphate de soude 6 g. – sulfate de soude 3 g. – eau distillée 200 g. – ceci pour favoriser le suc gastrique et préparer une bonne digestion – (tu pourrais essayer) – ne pas boire aux repas – après déjeuner un cachet de charbon végétal de 0,50 avec une infusion très chaude de « menthe verveine et oranger. » Je te recommande ce mélange d’infusion, il est exquis. Enfin, le soir, de la Valérianate d’ammoniaque et la recommandation de manger lentement et de mâcher longuement même les potages et les crèmes – ce que je m’applique à faire. En plus : rester allongé pendant ½ heure après les repas, tu vois que tout cela n’est pas trop bête. [...] ce n’est pas seulement sa nourriture et son estomac qu’il faut surveiller, c’est sa vie et son travail – il faut s’aérer, marcher quand même, faire manœuvrer ses muscles et se donner tous les soins d’hygiène nécessaire. [...]

[à partir de la mi-mars 1909 la santé d'Octave Uzanne s'améliore notablement, il envisage même des voyages en Italie et ailleurs en Europe. Il reste à Saint-Raphaël jusq'aux premiers jours d'avril. Il part ensuite pour Marseille (19 avril 1909) puis se trouve à Chambéry (25 avril 1909) d'où il fait halte à son retour de voyage (sans doute en Italie), puis il est de retour à Saint-Cloud Montretout 1e 16 juin 1909.]

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A propos de l'intestin d'Octave Uzanne


Saint-Raphaël, le 26 avril 1907 (matin)



[...] Ma santé est bonne ; j’ai du arrêter un jour mon huile de ricin, car je me sentais l’intestin tout à fait délabré – un peu de repos est nécessaire – je verrai le Dr Bontemps avant de m’en aller ; peut-être vendredi – J’ai fait préparer le mélange Ducreux, magnésie souffre ; j’en userai quelque nuit où je me réveillerais à l’heure congrue – on peut délayer dans l’eau froide, ce que je ferai. [...]



Barbizon, le 13 août 1907



[...] Je me sens de mieux en mieux – Le bromure a merveilleusement calmé mon état nerveux devenu sédatif et les compotes et fruits cuits ont régularisé les fonctions intestinales, sans autre aide. Je pense, j’espère que je me trouve en bonne voie de santé intégrale. C’est si bon de se sentir bien. [...]


Saint-Raphaël, 35, Boulevard Félix Martin, le mardi 7 avril 1908


[...] Je fus hier voir le Dr Bontemps – j’ai causé à un peu avec sa femme plutôt très sympathique et après quelques mots sur mon état général, il m’a fixé de me voir chez moi, le soir, à 4 h sur mon pieu. Cet homme a une toquade fixe qui lui fait voir de l’intoxication intestinale partout et quand même et des « tonnes de matières fécales accumulées dans l’intestin », après m’avoir brassé le ventre fortement il me déclara que j’avais des « matières considérables qui m’encombraient – Oh ! Molière ! ) – cependant mon ventre était souple comme un gant et nullement douloureux – Il m’ausculta cœur et poumons – résultat – vous êtes un ralenti – pouls 60 pulsations, insuffisance, donc insuffisance de flux sanguin dans les poumons, mauvaises fonctions générales … conséquences d’intoxications de l’intestin – d’où régime omnibus que tu connais : manger, boire de tout copieusement, exercice de promenade, pas plus, tous les jours le matin la cuillerée à café d’huile de ricin, puis lavage du rectum avec 100 gr. d’eau tiède – avec ça, tout doit disparaître – voilà pourquoi votre fille est muette – Je sais bien, moi, que je fais surtout de la stase pylorique, que tous mes gaz et ferments viennent de l’estomac qui les fabrique, etc etc, que j’ai de la dyspepsie nerveuse, etc etc, je vais toutefois essayer, en bon mouton, le fameux traitement que tu suis et a suivi ; mais je crains de devoir y renoncer d’ici peu de jours. Je serai toutefois consciencieux et te dirai ce qui en est – ce brave garçon est aimable, mais léger comme un feu follet. [...]


Saint-Raphaël, 35, Boulevard Félix Martin, le vendredi 17 avril 1908


[...] ma santé est bonne et j’éprouve grand bien de mes prises d’huile chaque nuit, me donnant des selles faciles et souvent fort odorantes, indiquant que l’intestin demande à être purifié – Je crois que les pilules du Dr Nepper sont à la longue intoxiquantes et nuisibles – il en faut trop prendre, tout cela doit faire un sâle mastic dans les boyaux. [...]


Dimanche 19 avril 1908 [non situé mais Saint-Raphaël]

[...] J’espère que ta santé est parfaite, mon intestin se vide, s’amollit, s’améliore, je crois, avec l’huile – J’irai voir le Dr Bontemps mercredi et le remercierai – je prends le ricin de 2 à 3 heures dans la nuit. [...]

Vendredi 24 avril 1908 [Saint-Raphaël]

[...] Ce docteur Bontemps est un bonhomme, mais d’une légèreté fabuleuse, il voit tout à la grosse, choses et gens et se montre optimiste sur tout – Sa toquade intestinale, heureusement, n’est pas mauvaise – il a pris une bonne formule sans avoir eu à l’inventer et c’est le pionnier des matières fécales, le terrassier des agglomérations intestinales. [...]

Caen, vendredi 14 mai 1926

Je vais bien sauf difficulté sombre à obtenir libération intestinale. (*)

(*) cette lettre sort du cadre chronologique annoncé mais traite du même sujet et montre qu'en 1926, soit quelque vingt plus tar, Octave Uzanne, alors âgé de 75 ans, subit les mêmes inconvénients de santé liés au transit intestinal.

Bertrand Hugonnard-Roche

mercredi 4 septembre 2019

Octave Uzanne cinglant avec la première grande publication de l'artiste-éditeur Georges Hurtrel (1881)



Octave Uzanne, Le Livre, compte-rendu des livres d'étrennes pour 1881



Octave Uzanne dans sa revue bibliographique Le Livre, dans la rubrique consacrée aux livres d'étrennes pour 1881, écrit :

"La Vie de sainte Catherine d'Alexandrie, publication par Jean Mielot, nous parait être la première publication de cet éditeur ; c'est une grand in-8, de belle apparence et dont le texte intéressant du secrétaire de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, a été revu et rapproché du français moderne par l'érudit bibliothécaire à la Nationale, M. Marius Sepet. L'éditeur a développé un grand bon vouloir et a appelé à lui un nombre d'illustrateurs suffisant pour produire un chef-d'œuvre d'édition. Malheureusement le chef-d'œuvre n'a pas été exécuté et les horribles encadrements tirés en rouge missel sont lourds, disgracieux et du plus déplorable effet, les bois hors texte n'ont rien de remarquable et l'ensemble du volume, disons-le franchement, est irrémédiablement manqué. M. Georges Hurtrel nous pardonnera notre critique, avec l'assurance que nous n'avons aucun motif de lui être désagréable ; mais il est à regretter de voir se produire en France de grands ouvrages d'art qui font tache absolument par leur mauvais goût." (Octave Uzanne).

La messe était dite pour le critique Uzanne ! A vrai dire, nous aurions envie d'écrire la même chose plus d'un siècle plus tard, et ce pour la plupart des ouvrages édités par Georges Hurtrel : "Trop riche pour être pauvre. Trop pauvre pour être riche." En gros, si les éditions G. Hurtrel en imposent souvent au premier regard et peuvent faire illusion, elles n'ont, malheureusement, pas le fini des éditions d'un Léon Curmer ou d'un Albert Quantin. Le compte n'y est pas et l'ensemble donne toujours une impression de "cheap" (pour parler comme les winners). Alors même que les volumes Hurtrel se vendaient à des prix allant de 20 à 60 francs, beaucoup plus en grand papier, cela ne semble pas très judicieux. Néanmoins, ne soyons pas dupe, peut-être Octave Uzanne, en 1881, voyait-il en Hurtrel un nouveau concurrent sérieux pour la Maison Albert Quantin au sein de laquelle il écoulait ses propres productions artistiques et bibliophiliques pour les étrennes également.

Bertrand Hugonnard-Roche


Page de titre du livre incriminé par Uzanne.
Format in-4 28,5 x 21 cm

jeudi 29 août 2019

Lettres de l'éditeur belge Henry Kistemaeckers à Octave Uzanne. 7 courriers datés entre le 6 avril 1881 et 14 février 1887. Où il est question de collaboration etc.

Coll. Bertrand Hugonnard-Roche, août 2019

Lettre I.

Bruxelles, le 6 avril 81. 
Cher Monsieur, (1)
J'ai reçu votre estimée lettre & vous remercie pour vos gracieux renseignements.
Je vais écrire dans peu de jours à Mr. Drujon (2) pour m'entendre définitivement avec lui pour la Préface du Balai des Nonnes. (3)
Aujourd'hui je vous adresse par poste recommandé : 
1 Contes Grivois (4) papier ordinaire. (je vous réserve un exemplaire sur papier de Hollande pour vous, mais les Hollande ne seront prêts que dans 8 jours. Veuillez donc remettre entre temps l'exemplaire que je vous adresse à celui de vos collaborateurs qui en rendra compte dans Le Livre, s.v.p.) (5)
2 Chambre Jaune (6)
I... Concierge... Pour ce dernier ouvrage il y aura une suite de 16 fines gravures, dont je vous en envoie déjà 2 ci-jointes. Les autres ne sont pas encore terminées mais elles le seront avant le 15 courant & vous seront aussitôt adressées sous enveloppe. Comptez y absolument.
_____ 
Je compte être de nouveau à Paris dans une huitaine. Puisque vous m'y invitez, je me présenterai chez vous un matin & je viendrai vous chercher les pièces pour le Parnasse (7) que vous mettez à ma disposition. Mon édition sera remarquable, non seulement par le nombre de pièces nouvelles que j'y intercalerai, (j'ai déjà un chapitre entier rien que des Naturalistes !) mais encore par le format 8° & les soins que j'apporterai à l'édition de façon à en faire un monument dans le genre. J'aurai en outre 8 frontispices. 
Encore une fois : Merci, mon cher Monsieur, & à bientôt. Compliments sincères. 
Henry Kistemaeckers
(1) à Octave Uzanne (1851-1931), homme de lettres, bibliophile et éditeur.
(2) Fernand Drujon fut le collaborateur d'Octave Uzanne. Il était un bibliographe réputé.
(3) Nous n'avons pas trouvé trace d'une édition par Henry Kistemaeckers du Balai des nonnes de Du Laurens. La seule édition que nous avons trouvé est celle publiée sans date à Bruxelles chez Moens. Peut-être s'agit-il en réalité de l'édition H. Kistemaeckers.
(4) Contes grivois du XVIIIe siècle publiés par Henry Kistemaeckers, sans date (début 1881)
(5) Le Livre est la revue dirigée par Octave Uzanne depuis le début de l'année 1880 (jusqu'à sa fin en décembre 1889). Revue bibliophilique et bibliographique.
(6) La chambre jaune. Les Terribles (sur-titre). Bruxelles, Henry Kistemaeckers, 1881. Imprimé à 300 exemplaires.
(7) Le Nouveau Parnasse Satyrique pour lequel Octave Uzanne donnera 3 pièces érotiques en vers. Voir notre billet précédemment publé à ce sujet.


Lettre II.

Bruxelles, le 18 7bre 81. 
Mon cher Monsieur Uzanne, 
Merci pour vos franches & cordiales explications. Je vous reconnais dans votre lettre.
Faites comme vous le dites, & je serai votre obligé.
Dans toute cette affaire, il n'y a que l'ami Cladel (1) que je ne conçois pas, & avec son caractère de puritain & d'honnête homme, je ne comprends pas comment il continue à piloter le misérable (2) qui a été jusqu'à médire de Cladel lui-même, dans une lettre à moi adressée, & cela pour récompenser Cladel de mille services rendus gratuitement.
Pourvu que ce bon Cladel ne paie sa témérité d'une nouvelle désillusion ; je ne le lui souhaite pourtant point.
Dans tous les cas, il ne me verra plus dans sa maison, aussi longtemps qu'elle sera souillée par l'autre. 
A vous, mon cher Monsieur, je suis bien votre dévoué, vous remercie encore & vous transmet les cordiaux compliments de ma femme.
Henry Kistemaeckers
(1) Léon Cladel (1835-1892), homme de lettres.
(2) Nous n'avons pas réussi à identifier le "misérable" dont il est question ici.


Lettre III.


Bruxelles, le 18 Nov. 81.
Mon cher Monsieur Uzanne, 
Je vous confirme ma dernière lettre.
Par ce même courrier vous recevrez mon livre d'étrennes "Les Bons Contes". (1)
Peut-on vous demander d'en dire quelques mots dans la livraison prochaine du Livre, celle du 10 décembre prochain ?
Dans la limite du possible bien entendu, mais j'y tiens beaucoup, puisque c'est une "Etrennes aux raffinés" & que ce bouquin doit donc annoncer son existence en temps utile, c'est à dire avant le Nouvel An ?
Je l'ai du reste fait annoncer dans ce but dans votre supplément du même mois.
Faites donc votre possible, je vous prie, pour le citer, & recevez d'avance mes cordiaux remerciements.
Bien à vous
Henry Kistemaeckers 
J'ai fait prendre au Voltaire un roman de Camille Lemonnier pour octobre prochain à un prix très élevé, sans compter que j'ai également placé le Mort, que vous aurez dans 8 jours.
(1) Les bons contes ou les trois cent leçons. Bruxelles, H. Kistemaeckers, 1882. Tirage à 260 exemplaires.


Lettre IV.

[Bruxelles] le 2 août 1886. 
Mon cher Uzanne, 
Je vous ai envoyé hier une réimpression du XVIIIe (1), point banale, qui occupe même une place dans l'histoire de ces temps là, & qui n'a été tirée qu'à petit nombre. En voici le frontispice. Si vous en parlez dans le Livre, faites le, je vous prie, avec discrétion ...
____ 
Par contre, je serais heureux de vous voir donner un compte rendu tapé de Vénus d'Amour (2) le roman pathologique dont je vous ai adressé 2 ex. il y a quelques jours.
Le livre fait grand bruit ici, & se vend ferme en Italie & en Angleterre. Il se débiterait plus encore en France, si les libraires de Paris voulaient l'étaler.
Mais pris d'une peur excessive & non justifiée, puisque le livre est moral assurément (en prenant le mot moral dans le sens de Mr Prudhomme), & que de plus l'auteur est français, ce qui met les vendeurs à couvert - aucun libraire à Paris ne veut le vendre, Marpon en première ligne ...
Ils n'ont pas peur de débiter les cochonneries de Sarah-Barnum (3), mais les crudités artistiques d'un livre de valeur, c'est autre chose à leurs yeux ! - C'est à se dégoûter du métier, parole d'honneur. 
A vous, mon cher Uzanne, cordialement à vous ! 
Henry Kistemaeckers 
(1) de quelle publication s'agit-il ? nous n'avons pu le déterminer.
(2) Nous n'avons pas trouvé de livre sous ce titre de "Vénus d'amour" ?
(3) Sarah-Barnum est une parodie de la vie amoureuse dévoyée de Sarah Bernhardt. Il s'agit d'un roman par Marie Colombier paru "chez tous les libraires" avec une Préface de Paul Bonnetain. Publiés en 1883. Marie Colombier était une amie de Sarah Barnhardt qui l'accompagna aux Etats-Unis lors de sa tournée. Les deux amies se brouillèrent et paru ce violent pamphlet contre l'artiste. Dans son roman-biographie parodique, Sarah Barnum alias Sarah Bernhardt meurt d'une surdose d'absinthe après avoir mené une vie des plus décadentes. Ce livre a été saisi et condamné. L'auteur condamné pour outrages aux bonnes mœurs. Il fut remis en vente avec les passages incriminés supprimés.

Lettre V.

Bruxelles, le 22 janvier 1887. 
Mon cher Uzanne, 
En allant vous trouver l'autre jour à Paris, j'ai oublié de vous causer d'une affaire à laquelle j'attache de l'importance. Voici :
J'ai l'intention d'imprimer à dater du 1er mars prochain, une revue bi-mensuelle, en partie illustrée, et exclusivement réservée à tout ce qui a trait au XVIIIe siècle. D'où mon titre : 
Le XVIIIe siècle.
galant et littéraire.  (1)
D'allure modeste, je compte néanmoins imprimer avec soin & même avec luxe cette gazette. Il y aura 16 pages in 8°, papier vélin teinté, à chaque numéro (le 1er & le 15 de chaque mois), & voici comment je compte faire le sommaire de chaque livraison :
1° Une chronique sur les hommes, les choses, les livres, &c. &c. du XVIIIe par un contemporain.
2° Un chapitre d'un roman inédit du XVIIIe, c'est à dire que je servirai à mes abonnés un de ces romans non réimprimés encore, par tranches, & illustré. Je débuterai par le roman de mes fredaines par un officier du Roy. Les illustrations sont prêtes.
3° Un chant ou chapitre d'un poème burlesque, héroï-comique, &c. - Je commencerai par donner le Balai par Dulaurens.
4° Un chapitre de documents, chronique biographique, scandaleux &c. &c. de ce temps là.
5° Un ou deux Contes en vers du XVIIIe s.
Notes inédites d'un chercheur sur les livres du XVIIIe.
Voilà. Je ne vendrai pas au numéro. Je ne fournirai que les abonnés. La revue (si on peut l'appeler ainsi) ne sera donc pas en librairie. Le prix d'abonnement sera modique : 15 francs par an, franco, (24 numéros.)
Si vous approuvez mon idée, mon cher Uzanne, je vous demanderai de patronner mon n°1, & de me faire l'amitié de m'écrire une courte chronique (une longue ferait encore mieux mon affaire.) Voulez-vous ? - Ce serait le meilleur encouragement que je pourrais espérer.
Je ne fais pas de cette publication, pour le moment du moins, une affaire d'argent. Songez donc : il me faudra 500 abonnés pour faire mes frais ! Je n'espère pas plus. - Je ne puis donc pas payer cher mes collaborateurs. Je ne puis leur offrir que deux louis par chronique.
Dites-moi par retour ce que vous en pensez. Naturellement, je recevrai avec reconnaissance vos conseils, si vous avez à m'en donner. 
Très cordialement votre dévoué, 
Henry Kistemaeckers
(1) Le XVIIIe siècle galant et littéraire a paru sans date dans le courant de l'année 1887, jusqu'en 1891. L'ensemble des livraisons forment 5 volumes. La première livraison est annoncée dans Le Livre du 10 mars 1887. Il y est écrit : "Le libraire éditeur Henry Kistemaeckers vient de faire paraître la première livraison d'une curieuse revue qui sera bi-mensuelle : le XVIIIe siècle galant et littéraire, format in-8° de 32 pages par numéro. Ce recueil s'occupera principalement des inconnus ou méconnus du XVIIIe siècle, on y éditera des oeuvres inédites ou oubliées. M. Kistemaeckers compte y avoir pour collaborateurs tous les écrivains qui ont fait du XVIIIe siècle leur spécialité. M. Octave Uzanne a inauguré cette revue par une causerie frontispice sur les livres et les choses du XVIIIe siècle." (Gazette bibliographique, Le Livre, Bibliographie moderne, livraison du 10 mars 1887, p. 151).


Notez, en haut de la lettre on voit le nom de Kistemaeckers écrit à l'encre de la main
d'Octave Uzanne, comme il avait l'habitude de le faire pour tous les courriers qu'il recevait.


Lettre VI.


Bruxelles, le 26 janvier 1887. 
Mon cher Uzanne, 
Écrite hâtivement, je crois que ma précédente lettre a été peu claire, d'où des malentendus que je tiens à dissiper. 
1° Quand je vous écrivais que je ne publierais que de l'inédit dans mon XVIIIe siècle, j'ai voulu dire du "non réimprimé" afin de ne pas faire double emploi avec ce que les abonnés auraient déjà dans leur bibliothèque. Et je n'aurai aucune peine à suivre ce programme : mieux que personne vous savez que c'est là une mine inépuisable. J'ai du pain sur la planche pour longtemps. 
2° Mon intention est parfaitement d'intéresser à ma petite entreprise "les écrivains français & étrangers qui ont fait du XVIIIe siècle leur étude spéciale," - & cela en leur demandant leur collaboration de 4 à 5 pages, en tête de mes numéros.
Et c'est dans ce sens que j'ai tenu à m'adresser d'abord à vous, pour vous prier d'ouvrir la série. - A tout seigneur, tout honneur. - Ce n'était donc pas une collaboration régulière que je sollicitais. Il se trouve que nous avons eu à la fois les mêmes idées, & je m'en félicite. Donnez moi votre Causerie frontispice pour mon premier numéro, c'est tout ce que je désire pour le moment, & je vous en serai très reconnaissant.
Il va de soi que vous écrirez ce que vous voudrez & comme vous le voudrez ; je ne vous demanderai, comme service personnel, de ne pas parler du naturalisme contemporain, car je sais que nous ne sommes pas d'accord sur ce point, & vous me mettriez dans une fausse position, moi qui me vante d'avoir été, comme éditeur, (& de continuer à l'être dans l'avenir) le petit porte fanion du naturalisme.
Du reste la question n'a rien à voir dans notre XVIIIe siècle. 
3° Je ne me monte nullement le coup, & connais, comme vous, par expérience, l'indifférence de notre époque en matière de librairie. C'est pour cela que je fais la chose modestement, & que je ne commence qu'avec 16 pages de texte par numéro.
Je ne désespère toutefois pas de réunir mes 500 abonnés dès la première année, lorsque je considère que j'ai eu toujours pour mes livres réimpressions du XVIIIe siècle, un minimum d'acheteurs égalant ce nombre.
Mais je suis convaincu que je ne ferai jamais de cette publication une affaire d'argent, mes prétentions ne vont pas jusque là. Faire mes frais, c'est tout ce que je demande. Je fais cette entreprise par amour de la bibliophilie. C'est tout.
Donc, mon cher Uzanne, c'est convenu, n'est-ce pas ? J'attendrai votre copie pour le 15 ou le 20 février (?) - & je vais m'occuper avec ardeur du lancement de mon premier numéro. Annoncez-le donc, si vous le voulez bien, dans votre prochain numéro du Livre ? 
Cordialement à vous ! 
Henry Kistemaeckers


Lettre VII.


Bruxelles, le 14 février 1887. 
Mon cher Uzanne, 
A la veille du 15 février, je viens vous rappeler votre promesse : votre "Causerie frontispice" pour mon XVIIIe siècle. Le numéro est composé, je n'attends plus que vous.
Voici du reste l'illustration de 1ère page dans laquelle votre causerie sera encadrée. Dans le tirage définitif, je ferai pâlir un peu les couleurs, trop vives sur la présente épreuve tirée à la hâte. 
Je suis surpris de voir que l'affaire s'annonce si bien. Je reçois pas mal de souscriptions, & pourtant je n'ai encore envoyé qu'un millier de prospectus.
Il est bien vrai de dire que j'ai commencé par envoyer ces prospectus au "dessus du panier" de ma clientèle. 
Quand pourrai-je m'attendre à recevoir votre copie ? - Ce premier numéro sera envoyé gratuitement à tous les libraires, & à pas mal de bibliophiles. 
A propos, vous seriez bien gentil de me donner les adresses des membres de la Société des bibliophiles dont vous faites partie. Ils sont 20 je crois ? - 
Très cordialement votre tout dévoué 
Kist. [Henry Kistemaeckers] 
Vous savez que nous avons enfin reçu le frontispice Rops - Jean d'Ardenne ? (1) Il est superbe. Le livre paraitra dans 8 jours. Annoncez vous le XVIIIe siècle dans votre "Livre" ?
(1) Jean d'Ardenne, Notes d'un vagabond. Bruxelles, H. Kistemaeckers, 1887. Jean Dommartin dit Jean d'Ardenne sera un ami intime de Félicien Rops comme d'Octave Uzanne. Comme Octave Uzanne il fut un grand amateur de voyages.

* * * *

Note sur le libraire-éditeur Henry Kistemackers et Octave Uzanne.

Octave Uzanne ne sera pas toujours très tendre avec les productions souvent licencieuses du libraire-éditeur Henry Kistemaeckers (voir notre billet consacré au Livre d'Heures satyrique et libertin publié en 1888). Cependant les deux hommes semblent-ils s'apprécieront au point de collaborer à plusieurs reprises. Ces lettres nous parlent de la Causerie d'Octave Uzanne pour le XVIIIe siècle galant et littéraire (1887) mais il faut également citer l'édition de la Correspondance de Madame Gourdan (Bruxelles, Kistemaeckers, 1883) qui fut tirée in-8 à 777 exemplaires. Par ailleurs les trois seules pièces érotiques en vers publiées par Octave Uzanne se trouvent dans le Nouveau Parnasse Satyrique publié par Kistemaeckers en 1881. D'après les lettres ci-dessus nous voyons qu'Octave Uzanne était devenu depuis le lancement du Livre en 1880 un relais presque obligé pour les libraires-éditeurs qui souhaitaient faire connaître leurs publications tirées à petit nombre.

Bertrand Hugonnard-Roche

samedi 10 août 2019

"Ces ineptes parodies de livres saints ne sauraient être du goût que de commis voyageurs de dernier ordre" Octave Uzanne, à propos du Livre d'heures satyrique et libertin publié par Henry Kistemaeckers (1888).


"L'éditeur Kistemaeckers me fait tenir un livre curieusement imprimé, avec encadrements polychromes, sous le titre le Livre d'heures satirique et libertin. Il m'est pénible d'être désagréable à l'actif et aimable éditeur belge, mais, sans professer des sentiments trop orthodoxes en matière de dévotion, j'avoue que cette singulière compilation ne me paraît que lourdement grossière, niaise et dépourvue de tour sel, à quelque point de vue qu'on se place. Ces ineptes parodies de livres saints ne sauraient être du goût que de commis voyageurs de dernier ordre, et je n'insisterai point sur cette publication. Que Kistemaeckers me le pardonne ! O. U. [Octave Uzanne, in Critique littéraire du mois, Le Livre, livraison du 10 juillet 1888]."

Il n'y aura pas d'autre compte rendu pour ce livre dans les colonnes de la revue d'Octave Uzanne Le Livre, ni par lui, ni par un autre de ses collaborateurs. On peut imaginer que l'éditeur Henry Kistemaeckers ne fut pas ravi de ce petit entre-filet négatif à l'encontre d'un livre qui venait d'être imprimé. On sait que Kistemaeckers demandait régulièrement à Octave Uzanne de dire quelques mots de ces dernières productions imprimées. Dans ce cas, il semblerait que la demande ne fut pas reçue avec tous les égards auxquels il aurait pu s'attendre de la part d'Octave Uzanne.

Nous donnons ci-dessous la suite des 16 encadrements différents qui composent ce pastiche érotique de livre d'heures. A vous de juger de l'intérêt de ces illustrations miniatures tirées en différentes couleurs. Le prix du livre était de 40 francs (somme très importante pour un livre à l'époque). A noter que cette suite d'encadrement a été imprimée dans deux tons/coloris différents, ce qui donne l'impression (assez franche) que tout le livre est composé d'encadrements tous différents. Ces encadrements ne sont pas signés et à ce jour aucun nom d'illustrateur n'a été avancé. Il faudrait sans doute chercher parmi les collaborateurs vignettistes réguliers d'Henry Kistemaeckers. Le volume a été imprimé sur les presses de Vanbuggenhoudt imprimeur 49, rue d'Isabelle, à Bruxelles. Ce livre n'a donc rien de clandestin ; il est même tout ce qu'il y a de plus officiel et déclaré. A noter, pour la petite anecdote que sur la couverture en parchemin végétal blanche où le titre est imprimé en caractères bleus au centre, on peut lire "Livre d'heures satyrique" tandis que sur la page de titre de l'ouvrage on lit "Livre d'heures satirique". Erreur volontaire ou involontaire ? Je vous laisse juge. Les mots ont un sens.









L'anticléricalisme déployé en image et en texte à chaque page de ce petit bréviaire à l'usage des libertins a certainement effrayé Octave Uzanne, directeur du Livre. Celui-ci n'ayant certainement pas voulu appuyer de son soutien un livre qui aurait pu lui faire perdre une clientèle de (sinon dévots pour le moins) personnes attachées au respect de la religion.

Nous reparlerons très prochainement des relations entre Octave Uzanne et l'éditeur belge Henry Kistemaeckers.

Bertrand Hugonnard-Roche


samedi 3 août 2019

"Je suis, moi aussi, un sylvain, un amoureux des grandes forêts, près desquelles j'ai vécu et voudrais prendre retraite." Octave Uzanne à André Mary, 29 mai 1907.

Coll. Bertrand Hugonnard-Roche, acquisition août 2019


* * *


"Paris ce 29 mai 07 [1907]

Cher monsieur,

Merci pour l'envoi des "Profondeurs de la forêt". Le mal qui me tient, depuis plus d'un mois, une broncho-pneumonie, m'a donné les loisirs de lire votre ouvrage et de vous témoigner du plaisir que j'y trouvai.

Je suis, moi aussi, un sylvain, un amoureux des grandes forêts, près desquelles j'ai vécu et voudrais prendre retraite. J'ai donc particulièrement goûté votre livre de poëte et suis heureux de pouvoir vous le dire.

Mes souvenirs bien sympathiques

Octave Uzanne" (*)

(*) Cette lettre est adressée à André Mary (1879-1962). Comme Octave Uzanne, André Mary était d'origines bourguignonnes. Poète, amoureux de la poésie anciennes, il contribua à de nombreuses revues littéraires. On lui doit notamment les Symphonies pastorales (1903), Les Sentiers du Paradis (1906), Les Profondeurs de la Forêt (1907), Le Cantique de la Seine (1911), Le Doctrinal des Preux (1919), Le livre des idylles et passe-temps (1922), Rondeaux (1924), etc. Au moment de l'envoi de cette lettre Octave Uzanne est malade depuis plus d'un mois (sans doute depuis fin mars ou début avril 1907). On sait par la chronologie que nous avons pu établir qu'Octave Uzanne partira de juin à novembre 1907 pour se reposer et retrouver une certaine sérénité physique et morale au coeur de la forêt de Barbizon (lire à ce sujet notre article Parenthèse Barbizonnienne (juin à novembre 1907) - Première partie.). Par ailleurs nous avions publié plusieurs articles concernant cette période de santé fragile, notamment à travers les courriers qu'il envoyait alors à son frère Joseph. Voir les articles de la chronologie se rapportant à l'année 1907. Nous savions l'amour d'Octave Uzanne pour les forêts et leur calme. Son penchant mélancolique pour ne pas dire dépressif s'acclimatait parfaitement aux silence bruyant des arbres centenaires.

Bertrand Hugonnard-Roche

mardi 30 juillet 2019

Die Pariserin (La Parisienne) par Octave Uzanne (Dresde, vers 1928-1929). Une traduction en allemand qui conserve encore bien des mystères.


Frontispice


Cela fait des années que je voulais vous décrire cet ouvrage. Le temps passe. On passe à autre chose. Il est temps d'y revenir. On sait qu'Octave Uzanne, dès les années 1880, a été traduit en anglais pour le public américain et anglais, plus généralement pour le public anglophone qu'il affectionnait particulièrement. La traduction de ses ouvrages dans la langue de Shakespeare sont certainement dues, comme nous l'avions déjà évoqué dans de précédents billets, premièrement à son réseau de relations anglophones qu'il noue dès ses années d'études an Angleterre (1869-1870). Même s'il n'a alors que 19 ans on sait qu'il côtoie quelques personnalités du monde des lettres outre-Manche. Deuxièmement son travail de directeur de la publication de la revue Le Livre chez l'éditeur-imprimeur Albert Quantin entre 1880 et 1889. Ce travail lui donne l'occasion d'avoir en contact régulier plusieurs personnalités du monde des lettres aux Etats-Unis d'Amérique et en Angleterre. Il trouve alors plusieurs éditeurs et traducteurs pour prendre en charge la traduction et la diffusion de ses propres ouvrages. C'est un fait assez rare à l'époque compte tenu du cercle de notoriété très restreint d'Octave Uzanne. Il ne faut jamais perdre de vue qu'en France ses ouvrages n'étaient guère imprimés à plus de 750 ou 1.000 exemplaires tout au plus. Ce tirage faible ne lui permettant que d'atteindre que les petits cercles bibliophiles et érudits de la capitale, guère plus. Concernant les autres langues européennes (allemand, espagnol, italien, etc), nous n'avons rien trouvé (sauf erreur) avant cet ouvrage publié sans date (vers 1930) intitulé : DIE PARISERIN. La Parisienne. Tout le monde aura compris. Ouvrage publié en langue allemande sous le titre complet suivant :

DIE PARISERIN. Studien zur geschichte der frau der gesellschaft der französichen galanterie und der zeitgennössischen sitten. Mit 350 zum teil farbigen tafeln und textabildungen.

Publié chez : Paul Aretz / verlag / Dresden [Paul Aretz éditeur à Dresde].

On lit au verso du titre : Einzig autorisierte übertragung aus dem französischen von J. Von Oppen.


Page de titre


Ce volume de format grand in-8 (25,5 x 17,5 cm) et de 429 pages est illustré de 350 reproductions de tableaux, gravures, dessins, etc., en noir ou en couleurs. Certaines illustrations sont hors-texte.

Le tirage est sur papier vélin satiné kaolin (papier lourd et brillant - type papier couché). Il existe un tirage numéroté à 500 exemplaires (sur le même papier) mais qui se différencient par une reliure demi-cuir à coins (cuir vert, dos orné, pièce de titre lie de vie), avec plats de papier marbré. Les exemplaires courants sont quant à eux reliés pleine toile bleue, à vrai dire tout aussi jolie.


Premier plat de la reliure demi-cuir réservée aux 500 exemplaires numérotés



Dos de la reliure demi-cuir réservée aux 500 exemplaires numérotés



Reliure pleine toile bleue pour les exemplaires ordinaires


Aucun traducteur n'est indiqué pour ce volume. Aucune date d'édition non plus. Il est simplement indiqué : Printed in Germany au verso du titre.

Quid de ce livre ?

Le problème de la date d'édition pour commencer. Certains libraires cataloguent cet ouvrage sous la date de 1920, d'autres sous la date de 1924 ou 1925. D'autres ne se mouillent pas tant et indiquent "ca 1929" ou d'autres encore 1930. Sachant qu'Octave Uzanne est mort en 1931, la date d'édition a son importance. Nous pensons qu'Octave Uzanne a donné son autorisation pour la publication de cette traduction de La Parisienne. Mais quand ? Ce qui est certain, c'est qu'après avoir feuilleté le volume nous sommes tombé sur une illustration portant la date de 1928 (voir illustrations ci-dessous). Ce volume a donc été publié en 1928 ou un peu après (1929 ou 1930). Nous ne pouvons être plus précis pour le moment.

Il existe un jaquette illustrée par la photo en noir et blanc pour ce livre (femme nue). Nous ne l'avons pas pour notre exemplaire mais nous avons pu la voir (elle doit être rare car elle ne se voit quasiment jamais - fragile donc perdue ou déchirée donc supprimée au fil du temps). Nous en donnons la reproduction ci-dessous. Elle porte en lettres jaunes un titre légèrement différent : Octave Uzanne. Kultur-Und Sittengeschichte der Pariserin vom sweiten kaiserreich bis zur gegenwart [Histoire culturelle et morale de la parisienne du second empire à nos jours]. On ne retrouve pas ces précisions sur la page de titre du volume.


Jaquette illustrée (très rare)


Voici la liste des chapitres contenus dans ce volume :

Die Pariserin gestern und heute

1. Teil: Physiologie der zeitgenössischen Pariserin

I. Die zeitgenössische Pariserin
II. Die moderne Nacktheit
III. Die Toilette in Paris
IV. Das Reich der Mode

2. Teil: Die zeitgenössische Pariserin in Umwelt, Stand und Beruf

V. Geographie der Pariser Frau
VI. Die Pariser Dienstboten
VII. Die Pariser Arbeiterinnen
VIII. Die Händlerinnen und Ladenbesitzerinnen
IX. Ladenfräuleins und Angestellte
X. Die Damen der Verwaltung
XI. Künstlerinnen und Blaustrümpfe
XII. Die Theaterdamen
XIII. Die Sportdamen und Mannweiber
XIV. Die Pariser Bürgersfrau

3. Teil: Die Frau außerhalb der Moralgesetze

XV. Das Dirnentum
XVI. Die mittlere Dirnentum
XVII. Die heimliche Prostitution
XVIII. Die heutigen Phrynes

4. Teil: Psychologie der zeitgenössischen Frau

XIX. Tochter, Frau und Mutter

Ce volume reprend l'édition de 1910 intitulée "Parisiennes de ce temps" (Mercure de France). L'ordre et le nombre des chapitres a été parfaitement respecté. Il faudrait entièrement traduite le texte allemand en français pour voir s'il y a eu des coupes ou des modifications importantes. Si Octave Uzanne était à la manoeuvre derrière cette traduction, nous ne pensons pas.

Ce qui fait la particularité de ce volume ? C'est l'importance de l'illustration (350) et sa variété, mais aussi et surtout sa légèreté assumée par l'éditeur. Nombre des illustrations flirtent en effet avec un érotisme ouvert illustrant à la perfection ce que les allemands pouvaient voir d'érotique et même d'exotique en "La Parisienne" des années 1900-1920. Paris et ses excès érotiques ! Voilà bien ce qui transpire dans ce volume abondamment illustré. Octave Uzanne a-t-il choisi de mettre en avant cette illustration fortement grivoise ? Nous en doutons. L'éditeur allemand s'est-il servi du texte d'Octave Uzanne comme prétexte à publier une quantité impressionnante de "clichés" érotiques "parisiens". C'est ce que nous croyons. D'où l'importance de savoir si Octave Uzanne est à l'origine et collaborateur (de près ou de loin) ou non de cette publication. Pour le moment nous ne savons pas.

En résumé, voici un volume probablement imprimé vers 1929/1930, date qui nous parait la plus probable à la vue de certaines illustrations reproduites dans le volume. Volume qui a probablement été traduit du vivant d'Octave Uzanne avec son accord, mais probablement illustré sans qu'il ait prit part à la sélection des illustrations. Ce volume a clairement été doté d'une illustration légère et racoleuse tendant à prouver par l'image la légèreté de la Parisienne (Française) par extension. L'image allemande de Paris et de la France passant alors inévitablement par l'interprétation érotique de la française moderne. Par ailleurs, qui était ce J. Von Oppen dont il est question ?

Ce volume est aujourd'hui peu goûté des bibliophiles voire négligé, sans doute à cause de la langue allemande qui n'est pas aussi populaire que la langue anglaise. Il vaut néanmoins pour la variété et la quantité et la qualité des œuvres reproduites. C'est à notre connaissance le volume le plus illustré d'un ouvrage d'Octave Uzanne. Sans doute un jour prochain nous trouverons quelques informations complémentaires sur la genèse de cet ouvrage qui reste à ce jour très mystérieuse.

Bertrand Hugonnard-Roche


Quelques illustrations extraites du volume "Die Pariserin"













lundi 29 juillet 2019

Octave Uzanne à A. Le Breton [5 avril 1894]. A propos des illustrations de Félicien Rops pour son Féminies.


Copie d'écran internet (cette carte est actuellement [29 juillet 2019] en vente sur Ebay)


Paris, ce 5 avril 1894 (*)

Monsieur,
je vous remercie très sincèrement pour votre aimable réponse et pour l'espoir que vous me donnez de me confier l'archéologie à Cythère et "Cour et tribunal à Cythère", car ce sont bien les deux frontispices que je réclamais de votre obligeance.
Vous pouvez m'adresser "dans le plus bref délai" ces deux frontispices dont j'aurai un soin jaloux. Si je les reçois samedi, je pense pouvoir vous les retourner minutieusement mardi prochain.
J'aurai plaisir à vous réserver deux épreuves d'artiste ainsi qu'un exemplaire de luxe du volume qui contiendra ces frontispices.
J'attends donc votre envoi au plus tôt, mon graveur étant dispo pour faire ses retouches sans délai.
Agréez, cher monsieur, mes remerciements et trouvez ici l'expression de ma parfaite considération.

Octave Uzanne


Copie d'écran internet (cette carte est actuellement [29 juillet 2019] en vente sur Ebay)


(*) Pour comprendre ce courrier il faut se référer à notre billet du 4 juin 2012 [lien : http://www.octaveuzanne.com/2012/06/exemplaires-remarquables-feminies-huit.html] qui donnait les détails de publication de l'ouvrage intitulé Féminies et achevé d'imprimer le 15 février 1896. Cette superbe production dirigée de main de maître par Octave Uzanne pour sa Société des Bibliophiles Contemporains. Ce beau volume de format in-8 étroit (26,5 x 17,5 cm) avait été commencé dès mai 1895 et sort des presses de l'Ancienne maison Quantin. Ce livre a été composé pour MM. les Sociétaires de l'Académie des Beaux Livres, Bibliophiles contemporains (alors que cette société n'existe plus en réalité depuis plusieurs mois lorsque ce livre est fini d'imprimer). Le tirage en couleur à "la poupée" des planches gravées d'après Félicien Rops, par Hellé, Fornet et Massé, a été exécuté par F. Maire. Les encadrements de pages ont été gravés d'après les dessins de L. Rudnicki. La couverture de Georges de Feure a été coloriée au patron par Charpentier. Nous donnons à nouveau ici ce qu'écrivait Octave Uzanne à propos des dessins de Félicien Rops : "Il n'est guère d'ouvrage réunissant sous une même couverture divers auteurs indépendants, qui n'ait, pour expliquer son groupement, - sauf la contingence de quelque haute idée générale, - certaine cause charitable, littéraire ou artistique. Celle qui enfanta ce livre se trouve, si l'on peut ainsi s'exprimer, être absolument Ropsique. C'est en effet, au désir de publier, aussi parfaitement reproduits que possible, huit frontispices aquarellés par le maître Félicien Rops, - et qu'un bonne fortune avait mis en leurs mains, - que cédèrent les Bibliophiles Contemporains, fervents admirateurs de l'auteur des Sataniques, lorsque après leur dissolution sociale, ils constatèrent les jolis deniers inemployés qui restaient aux mains du Trésorier. Ces huit frontispices exécutées, de 1872 à 1876 environ, pour un Recueil fameux d'aquarelles de Rops, formé par M. Noilly, et connu sous le nom de : Cent croquis pour réjouir les honnêtes gens, préfaçaient chaque série de dizains de cet Album fantaisiste, dans lequel apparaissait une sorte de "comédie humaine" vue par le côté exclusif des tentations amoureuses et des éternelles convoitises de la chair. L'album des Cent croquis, vendu près de vingt mille francs, au lendemain du décès de M. Noilly, fut divisé, et les curieuses compositions de Rops enrichissent aujourd'hui de nombreuses collections françaises et étrangères. Les huit frontispices, demeurés longtemps en notre possession et cédés par la suite, sous réserve des droits de reproduction, appartiennent aujourd'hui à MM. Le Breton (3), de Rouen ; Vautier, de Maubeuge ; Tricaud, Delafosse et Pellet, de Paris. Ils ont été gravés à l'hélio, puis repris à la pointe sèche, mordus à l'eau-forte, tirés en noir et enfin repiqués, retouchés de nouveau selon les exigences du tirage en taille-douce polychrome, dit à la poupée." Nous possédons la réponse d'Octave Uzanne en date du 7 avril 1894. "Cher monsieur, J'ai reçu ce matin en très bon état les deux frontispices de Rops qui sont actuellement entre les mains du graveur. Vous pouvez avoir toute confiance ; je profiterai de la latitude que vous me donnez de ne point me hâter et vous retournerai ces deux belles pièces soigneusement enveloppées, au début de la semaine prochaine. Avec mes remerciements empressés, croyez, monsieur, à l'expression de mes sentiments les meilleurs. Octave Uzanne 7 Avril 1894." [lien : http://www.octaveuzanne.com/2012/05/octave-uzanne-evoque-le-travail-de.html]. Nous donnons en illustration de ce billet la reproduction des deux dessins de Rops dont il est question ici.


Les deux frontispices par Félicien Rops dont il est question dans le courrier


Bertrand Hugonnard-Roche


Page de titre de Féminies

lundi 1 juillet 2019

Un rendez-vous mystérieux pour Joseph Uzanne en septembre 1898. Qui pouvait bien être Mademoiselle Anne Marie Rousseau domiciliée au 36 Rue Lacroix dans le 17e arrondissement de Paris ?



Recto de la carte postale
écrite autographe par Joseph Uzanne


Voici un petit document qui reste plein de mystère. Essayons de débroussailler un peu cette petite historiette documentaire. Le samedi 24 septembre 1898 Joseph Uzanne (alors âgé de 48 ans) écrit et poste une carte postale à l'attention de Mademoiselle Anne Marie Rousseau domiciliée au 36 rue Lacroix dans le 17e arrondissement à Paris. La carte postale en question est une gravure de Léon Lebègue qui a servi au début de l'année 1898 pour souhaiter les vœux de nouvelle année. La carte est oblitérée au 24 septembre 1898 et sous la gravure on peut lire ces simples mots tracés au crayon : A Jeudi. JU [pour Joseph Uzanne]. Le verso de la carte postale étant exclusivement réservé à l'adresse, le recto ne laissant que peu de place à la littérature ... nous n'en saurons pas plus !

Qui pouvait bien être cette demoiselle Anne Marie Rousseau ? Quel pouvait bien être le genre de rendez-vous auquel Joseph Uzanne fait écho de manière si brève et si mystérieuse ?

Quels Rousseau dans l'entourage connu des frères Uzanne ? Peu d'informations, mais le nom de Rousseau revient tout de même deux fois dans nos données précédemment collectées. Tout d'abord un Jean Anatole Rousseau, propriétaire, âgé de soixante-treize ans, oncle par alliance de Charles Auguste Omer Uzanne, père des deux frères Uzanne, décédé en 1866. Ensuite, un certain Edme Rousseau, notaire royal à Vermenton, marié en 1841 à Antoinette Constance Séguin, une des filles d'Edouard Séguin. Or Marguerite Uzanne, la mère d'Edouard Seguin, était la grand-tante d'Octave et Joseph. Ceci étant dit, rien ne dit que la demoiselle Anne Marie Rousseau ait un quelconque rapport avec ces Rousseau là originaires de l'Yonne et donc de la famille des Uzanne. Qui était-elle donc alors ? Intéressons-nous à son adresse. En 1898 on sait que Joseph Uzanne est depuis plusieurs années le secrétaire particulier et aussi le directeur désormais bien connu des célèbres Figures Contemporaines Mariani. A cette époque donc, Joseph Uzanne habite Boulevard St-Germain. Ce n'est pas tout à côté de la rue Lacroix qui se situe dans le 17e arrondissement près des Batignolles. Angelo Mariani habitait 11 rue Scribe. C'est encore situé assez loin de la rue Lacroix. Les locaux de l'entreprise Mariani était au 41 Boulevard Haussmann. On se rapproche un peu. 30 minutes de marche suffisent à rejoindre la rue Lacroix depuis le Boulevard Haussmann. Que penser de tout ça ? Le mystérieux "A Jeudi" sans précision donnée à sa jeune correspondante, sous-entendu par le Mademoiselle, laisse penser que les deux protagonistes savaient fort bien où se retrouver. On ne sent pas le rendez-vous de travail. D'autant qu'à la vue des courriers écrits par Joseph Uzanne, on a pu juger du ton très solennel du "Monsieur" quand il s'agit de son travail. Même lorsqu'il parle de reliures à faire faire à sa relieuse, il n'est guère de doute sur ses intentions. On sent chez Joseph Uzanne un caractère fort, déterminé et assez froid. Cependant nous savons aussi qu'à cette époque (1895-1900), les années de la quarantaine pour Joseph, ce dernier est assez fêtard, voire dirons-nous "bambocheur" si l'on s'en remet aux quelques sources que nous avons pu consulter. Il fait alors partie de clubs et associations de bons vivants de la capitale et semble en pleine possession de sa "verdeur". Mais, mais, mais ... quand on n'est pas certain, on se tait ! Alors ...

Le "jeudi" en question était donc le jeudi 29 septembre 1898, soit 5 jours plus tard. Où a eu lieu ce rendez-vous ? Que s'est-il passé ce jour-là ? Joseph Uzanne et Anne Marie Rousseau seuls le savent !


Joseph Uzanne vers 1898, à l'âge de 48 ans environ


Disons pour finir, que cette carte nous laisse un peu rêveur. Nous pensons, sans preuve réelles à l'appui, si ce n'est notre "feeling" uzannien (il en faut parfois), que Joseph Uzanne donne ici ce qu'on pourrait appeler un rendez-vous galant. Et que Mademoiselle Anne Marie Rousseau pourrait bien être de ces dulcinées qu'on évite de présenter à belle-maman ! Cela tombe plutôt bien puisque Joseph Uzanne est resté un jeune homme célibataire (non marié) jusqu'à ce qu'il rencontre Marie Adenot et qu'il l'épouse en juin 1916. Sur le tard dirons-nous ... il avait alors 66 ans ! Le lapin avait dû courir la campagne bien avant, j'en gagerais ma casquette de pêche !

Votre avis sur la question ? Nous allons essayer d'en savoir plus sur cette Anne-Marie Rousseau. Nous reviendrons ici quand nous en saurons plus.

Bertrand Hugonnard-Roche



Recto de la carte postale / carte de vœux pour 1898
postée le samedi 24 septembre 1898

mardi 25 juin 2019

Envoi autographe d'Octave Uzanne à Pierre Guitet-Vauquelin sur Pietro Longhi (éditions Nilsson, Paris, 1924).



"à Pierre Guittet-Vauquelin,
avec ma vieille sympathie
littéraire et en souvenir de mon fidèle attachement à sa
personne et à ses écrits
Octave Uzanne"


En 2013 nous avions publié un article à propos de ce livre Pietro Longhi. C'est également par ce petit livre publié en 1924 alors qu'Octave Uzanne est âgé de 73 ans qu'on apprend par le préfacier Gustave Geffroy qu'Octave Uzanne avait commis un pamphlet antisémite intitulé L'Angleterre juive publié en 1913. Ce petit envoi autographe nous permet de situer une nouvelle amitié uzannienne, à savoir Pierre Guitet-Vauquelin.

Pierre Guitet-Vauquelin est né et mort à Montauban (1882-1952). Il fut journaliste, romancier et critique. De la génération qui suit celle d'Octave Uzanne, voire un peu plus (ils ont 31 ans d'écart), Guittet-Vauquelin est l'auteur d'ouvrages divers et variés dont plusieurs romans. Il a également publié pour la Revue Rose de Toulouse et ce en 1904, ce qui nous permet de penser que Guitet-Vauquelin et Octave Uzanne ont certainement dû se côtoyer non loin des bureaux de la Dépêche de Toulouse pour laquelle Octave Uzanne fournissait régulièrement des articles. Nous ne savons pas pour le moment si Guittet-Vauquelin a publié dans la Dépêche, mais cela est fort probable. Par ailleurs il publie un roman intitulé L'aéroplane invisible en 1921 (livre qui n'a sans doute pas laissé Octave indifférent quand on sait ses écrits sur le sujet (1900 et 1911). Mais nous pensons qu'un autre ouvrage de Guitet-Vauquelin a dû interpellé Octave Uzanne. Cet ouvrage s'intitule : Le zaporogue ou De la connaissance des autres et de la méconnaissance de soi en amour et autres agitations humaines. Publié en 1929, soit 5 ans après l'envoi autographe que nous publions et à peine deux ans avant la mort d'Octave Uzanne. Cet ouvrage au titre aussi étrange que prometteur n'a pu laisser l'auteur du Paroissien du célibataire et du Miroir du monde indifférent. A ce jour nous n'avons retrouvé aucune correspondance entre les deux hommes. Nous compléterons ce billet en fonction de nos découvertes futures.

Bertrand Hugonnard-Roche

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