samedi 23 mai 2020

Un Diogène Théocrate. Léon Bloy est mort. Article par Octave Uzanne publié dans La Dépêche du samedi 17 novembre 1917.


Léon Bloy devant les cochons. 1911
(frontispice pour l'édition du Désespéré, Mercure de France, 1914)


Un Diogène Théocrate



Léon Bloy est mort. Ce volcan d'imprécations éclatantes, cet Etna d'immondices embrasés, sans cesse en déflagrations pyrotechniques éblouissantes, ce foyer lumineux d'éruptions fulminatoires s'est éteint et refroidi, après avoir vomi sa lave de lapidaires anathèmes sur deux générations de ses contemporains.

On pouvait ne pas aimer l'homme, déplorer son caractère qui participait de l'orgueil titanesque et de l'inconsciente envie ; on doit condamner ses procédés de catapulte offensive qui ne s'appuyaient sur aucune plate-forme critique déterminée ; mais il nous faut bien reconnaître la maîtrise surprenante de l'écrivain lapideur qui taillait avec tant d'art ses projectiles et semblait un Géryon polygame qui aurait épousé cyniquement à la fois Tisiphone, Alecto, Mégère, les furieuses Erinnyes de la fable. 

Y eut-il jamais dans notre doux pays, sous notre joli ciel de tempérance, pamphlétaire aussi tumultueux, excessif et inexorable que cet exécuteur des hautes œuvres qui se servait du pal, qu'il avait occidentalisé et qui, né démolisseur, fusait ou plutôt mésusait du marmitage de ses torpilles multilobées et pourvues parfois de gaz hilarants pour anéantir toutes les statues en pain d'épice de notre Foire du Trône aux vanités.

Celui qui intitulait un recueil de portraits satiriques de certains hommes en vue : Causeries sur quelques charognes, et qui nommait le livre de la Bonne Souffrance, par François Coppée un Lavement rendu, n'avait pas, à vrai dire, l'esprit parisien ou la verve intellectuelle ironique d'un Chamfort. Il était de mœurs apaches, dédaignait les subtiles élégances des luttes au fleuret ou à l'épée et préférait assommer, avec une lourde matraque d'or stylisé qu'il maniait terriblement, comme un dégringoleur de pentes, terreur des barrières mal famées.

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Quelle avait été la jeunesse de Léon Bloy et quelles routes de sordides impécuniosités et d'écœurants déboires avait-il suivies pour lui avoir fait ériger sur le tard au haut de son calvaire de si inépuisables réservoirs de fiel et de dégoûts qu'il s'efforçait de répandre à torrents sur l'immense plaine de la médiocrité humaine ?

Le monde moderne, ses institutions, ses individualités ou collectivités, il le voyait comme un océan de boue, une Atlantide submergée dans un dépotoir. La prostitution des êtres et du verbe, 1'histrionisme triomphant sur les tréteaux du succès et des honneurs publics, la basse muflerie des égoïsmes fangeux de ce qu 'on nomme les élites, la veulerie complaisante aux crapules, aux ruffians, aux pitres de la plus vile engeance, avaient déchaîné en lui une puissance de vociférations qui dépassait les limites de la conception moutonnière de la société superficielle, indulgente et j'm'en fichiste de ce temps.

Ce houleux et tumultuaire Hercule s'efforçant au nettoyage à la dynamite des écuries sociales, était ultra-catholique bien qu'il fut le plus âpre et le plus féroce contempteur de l'Eglise de notre époque et surtout du haut et bas clergé qui la dessert. La religion, assemblée de fidèles, n'était à ses regards qu'un imperceptible groupe de pauvres diables héroïques et humbles, éparpillée aux plus distantes encoignures de l'Univers où ils attendent, en pleurant, qu'il plaise au Père, qui est dans les cieux, d'inaugurer enfin son fameux règne espéré depuis plus de dix-huit siècles et dont l'aurore est encore loin d'apparaître à l'horizon de la foi la plus patiente.

Nul n'aura clamé avec une aussi téméraire violence et une pareille conscience de son indigence l'aveuglement du pontificat romain et de ses états-majors empourprés. Léon Bloy fut dans ses sursauts vengeurs et la sérénité de ses visions un admirable Diogène théocrate qui avait roulé son tonneau sous les dernières colonnes de la bondieuserie vaticanesque, dont il semblait menacer les bases. Aussi bien que le cynique philosophe grec vis-à-vis d'Alexandre, il aurait osé dire au pitovable pape Benoît (qu'il nommait Pilate XV) : "Allons, ôte-toi de devant mon soleil-dieu et ne fais pas davantage ombre au rédempteur des hommes, dont tu ignores l'équité, la justice et la miséricordieuse compréhension des misères humaines.

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L'auteur du Désespéré avait intitulé un de ses livres : le Mendiant ingrat. Il reconnut qu'il vivait volontiers d'aumônes, comme les saints, et aussi à la façon de ces moines, chemineaux et chapardeurs qui peuplaient les grands chemins de la Chrétienneté avant la Révolution. Il estimait que la joie de donner étant plus forte que celle de recevoir, il y avait complaisance de sa part à faciliter fréquemment un bonheur et aussi une bonne oeuvre. Il ne voyait pas honte à tendre la main et à la clore comme un coffre-fort, silencieusement sur un don. Quant à l'ingratitude, cette indépendance du cœur, n'était-elle point naturelle à l'homme en général et aux nécessiteux en particulier ?

D'ailleurs, à son sens, l'esprit même du christianisme et la lettre même de l’Évangile se pouvaient interpréter de toute évidence par cette formule dont il appréciait la vertu suprême : « Tout riche qui ne se considère pas comme l'intendant et le domestique du pauvre est le plus infâme des voleurs et le plus lâche des fratricides ». C'est certes là un socialisme intégral, et Bloy fut, bien que, ou parce que catholique primitif, un socialo-anarcho d'une rare vigueur, un être peuple qui voulait tenir un bâton de longueur entre lui et ce qu'on nomme si faussement la démocratie, non qu'il la dédaignât, mais parce qu'il voyait de quelle façon les saltimbanques de la politique s'en servaient comme d'un marche-pied qui ne tarde guère à devenir un décrottoir.

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Je n'ai pas le loisir ni l'espace ici d'évoquer mes souvenirs et de peindre Léon Bloy tel que je le connus, alors qu'il fréquentait chez Daurévilly, vers 1885, ou quand il traversa la vie de Huysmans, avec qui il ne put d'ailleurs fraterniser bien longtemps.

Ce grand écrivain vient de disparaître avec une légende assez chargée d'opprobres, mais son indéniable génie suffit à magnifier sa mémoire. J'ai souvenance qu''il écrivit un jour ceci :

"J'ai passé ma vie à demander deux choses : la Gloire de Dieu ou la Mort. La mort seule viendra. Bénie soit-elle ! Il se peut que la gloire marche derrière elle et que mon dilemme ait été insensé. Je serai jugé mieux que par les hommes. Mes violences écrites, tant reprochées, seront pesées dans une équitable balance, avec mes facultés naturelles et les profonds désirs de mon cœur. J'ai du moins ceci, d'avoir éperdument convoité la Justice et j'espère obtenir le rassasiement qui nous est assuré par la parole sainte. » Que pourrait-on ajouter à cela ?


OCTAVE UZANNE.
La Dépêche, Samedi 17 novembre 1917

lundi 11 mai 2020

Octave Uzanne. Notre époque. L'Amoralisme et l'Amour. Chronique publiée dans la Dépêche de Toulouse le jeudi 18 juillet 1912.

NOTRE ÉPOQUE


L'Amoralisme et l'Amour.


A Henri Coulon.

Au moment même où je me proposais d'écrire une étude, — étrange coïncidence ! — sur la natalité, j'ouvre la Dépêche et j'y trouve votre article sur la Séduction. Vous voulez bien, mon cher maître et ami, y prendre pour thème mon récent, ouvrage Le Célibat et l'Amour (1) et, tout en m'apportant des fleurs dont j'apprécie l'arôme, vous marchez quelque peu dans l'ordonnance de mes plates-bandes. Vous y marchez en juriste, en légiste, en indulgent avocat général, mais vous y dénoncez quand même mon amoralisme, comme s'il était possible de parler d'amour sans être amoral et d'accorder des louanges au célibat sans devenir l'anarchiste dangereux de la famille et de la société.

C'est à vrai dire parce que j'estime votre caractère, l'originalité de votre rare esprit et l'indépendance volontaire et accentuée de vos idées, qu'il me plaît de vous répondre aussitôt. Mon livre, je dois le dire, présente le célibat comme un art difficile à pratiquer et l'amour passion comme une vocation, religieuse à sa façon, qui isole ceux qui la suivent, dans une communion intime et qui se montre en réalité, supérieurement antisociale.

Vous souvenez-vous, mon cher maître, que j'eus précisément l'heur de votre personnelle connaissance à l'occasion de certain comité pour la Réforme du Mariage, dont vous étiez le président éclairé ? Nos séances furent pacifiques, mais nous nous aperçûmes bien vite combien il était difficile de légiférer sur un pareil sujet sans rompre à chaque instant avec cette morale qui, pour être reconnue bornée, n'offre cependant aucune délimitation réelle. On la fraude sans le savoir et chacun à son tour sort de son territoire sans aucunement s'en douter.

Je crois bien que. vous étiez plus audacieux et plus révolutionnaire que moi dans ce projet de réforme du code matrimonial. Nous en étions arrivés, de concessions en concessions, à nous rapprocher de l'union libre dans notre désir de démolir toutes les barrières qui s opposent encore au matrimonium, en dépit d'excellentes lois récentes mais toujours insuffisantes. Contre la séduction je demandais des armes estimées par tous comme trop rigoureuses et vos procès-verbaux doivent en faire foi. Jugez donc de ma surprise de vous voir interpréter mon Célibat et l'Amour, comme contraire aux bonnes mœurs et aux saines doctrines.

Rémv de Gourmont, aux débuts de sa préface si nettement explicative, ne dit-il pas avec raison : « On s'est efforcé, depuis une centaine d'années, d'identifier deux états qui n'ont pourtant que peu de rapports ensemble, l'état d'amour et l'état de mariage. Les anciens n'y avaient jamais songé, les modernes non plus. Il a fallu pour permettre une telle association d'idées, la renaissance chrétienne qui a caractérisé ce siècle fameux par ses incohérences. Cela permet de parodier quelque peu le dire de Pascal sur la justice et sur la force. Les moralistes ne pouvant vaincre l'amour, ni faire qu 'il devint chrétien, l'ont mis dans le mariage où ils étaient sûrs de le déshonorer et même de l'assassiner. Certes, il serait plus commode et peut être plus agréable même de trouver l'amour dans le mariage plutôt que d'aller le chercher au hasard des chemins de la vie. Mais s'il s'y rencontre quelquefois, il n'y fait que de brèves stations pour laisser ensuite fort désemparés ceux qui se sont laissé prendre à un tel piège. L'amour est passager et le mariage est permanent. Ce sentiment et cette institution sont à peu près contradictoires »

Rémy de Gourmont parle en philosophe : c'est son domaine, cette haute philosophie sereine au-dessus des nébuleux préjugés. Vous, mon cher maître, vous ne voyez dans mon livre, en juriste impénitent, que la séduction et les conséquences de cette séduction, c'est-a-dire les enfants issus des rapports amoureux et vous semblez me reprocher de n'avoir point parlé de cette grosse question sociale, économique et morale. A cela, je vous répondrai que l'auteur de la Gastronomie ou celui de la Physiologie du goût n'out jamais prétendu aborder l'étude de la digestion ou de l'indigestion, non plus qu'envisagé les désordres qu'amènent généralement l'excessive bonne chère et l'accoutumance de la gourmandise et les petits plats raffinés dans l'économie physique des gourmets. Ces gloses appartiennent aux médecins et aux hygiénistes. Il existait une physiologie du mariage qui est un chef-d'œuvre incontestable ; n'était-il pas permis à un esprit nourri dans la littérature de XVIIIe siècle de s'essayer à une physiologie du célibat qui fait appel, aussitôt, par un ironique paradoxe à l'art d'aimer lequel est du ressort essentiel de ces contrebandiers du mariage que sont les vieux garçons, professional Lovers émérites et amateurs de coups de canifs dans les contrats légaux/

J'ai exprimé ces différentes classes de Don Juan vulgaires, hommes à femmes et féministes, sans ménager la morsure profonde de ces portraits à l'eau forte et je crois avoir gravé ces silhouettes banales sans une excessive indulgence. Dans ce Traite de Dilection féminine, où je ne réserve les Capitales qu'aux seuls amoureux exceptionnels, aux surhommes en l'art de diviniser l'amour, vous n'avez cueilli pour les citer que les passages relatifs aux séducteurs de petite marque. Mes héros de prédilection, dans ce paradis des célibataires, sont cependant, vous le reconnaîtrez vous mêmes, des prototypes d'honneur chevaleresque et de dignité humaine, incapables de ne pas reconnaître et légitimer les fruits aléatoires de leur culture, en serre chaude à Cythère. II ne me convenait point, d’évoquer ces conséquences puisque je m'arrêtais, ce propos déterminé, aux floriculteurs et non pas aux fructiculteurs.

Que mon livre soit la physioloqie-psychologique de l'amoure libre, j'y consens volontiers, mais je n'ai réservé cette thèse qu'à une élite et les idées que j'y soutiens, le culte que j'y exalte, l'idéal que je m'efforce d'y magnifier ne peuvent être d'une vulgarisation malsaine, par ce fait que la communauté de ceux qu'on nomme « les amateurs du sexe » n'y saurait prendre le moindre intérêt. Ils n'y comprendront goutte et déclareront,  — peut-être avec un sur bon sens, — que tout cela c'est du galimatias et de la préciosité agaçante et inutile.

D'ailleurs, parler de l'amour dans sa généralité, c'est vouloir séduire tout le monde à la fois et ne plaire à personne en particulier. L’entendement des choses amoureuses est si subtil, l'interprétation de ce mot amour est si différente et si multiple, qu'on en voit tour à tour changer la valeur et l'expression, selon que ce soit Cabanis ou Voltaire, Buffon ou Boufflers, Stendhal ou Schopenhauer, Jean-Jacques Rousseau ou Sénancourt, Alfred de Musset ou Coesar Lombroso qui en parlent.

Nous sommes tous particularistes, « orfèvres », dans nos raisonnements. Bien que pas vos goûts d'art, de littérature et de poésie, vous vous soyez, mon cher maître et ami, évadé des points de vue exclusifs du barreau, vous avez vu dans mon œuvre une casuistique perverse dans ses résultats et vous avez dénoncé malgré vous, en juriste, la séduction dont je ne songeai jamais à me faire le bon apôtre ou l'aveugle propagandiste. J'ai visé plus haut.

Votre article dans cette libre tribune de la Dépêche m'aura permis de vous adresser un souvenir sympathique, alors que l'avaricieuse existence favorise si mal nos rencontres toujours si agréables à mon gré. Trouvez, donc ici, mon cher maître et ami, un remerciement pour m'avoir donné le moyen de vous adresser cette lettre ouverte qui est moins une réfutation qu'une mise au point vis-à-vis de lecteurs, qui, depuis plus de douze années, ne se sont point accoutumés encore à me considérer comme susceptible d'amoralité ; du moins j'aime à le penser.


OCTAVE UZANNE
Dépêche de Toulouse du jeudi 18 juillet 1912




(1) Le Célibat et l'Amour : traité de vie passionnelle et de dilection féminine. Paris, Mercure de France, 1912. Ce livre est en réalité une réédition peu modifiée du Paroissien du Célibataire publié en 1890 chez A. Quantin (soit 22 ans auparavant). On comprend mieux pourquoi, dans une époque qui a bien changé, Octave Uzanne se doit de défendre un texte vieux de plus de 20 ans et plus vraiment au goût du jour en matière de séduction féminine. Pourtant Octave Uzanne persiste et signe et défend l'amour libre ou plutôt l'union libre, voire les aventures extra-conjugales des amants passionnés, contre un mariage qu'il ne supporte toujours pas de voir gâcher la vie à tant d'amoureux. Voir nos articles déjà publiés au sujet de cet ouvrage.

jeudi 16 avril 2020

Une très rare plaquette uzannienne imprimée à Prague (République Tchèque) en 1927 (du vivant d'Octave Uzanne) : Knižní aukce v hotelu Drouot. Praha, Otto Lebenhart, 1927. OBr., 21 (1) s. Přeložil Vladimír Žikeš. Celkem 50 číslovaných výtisků na ručně čerpaném papíře Umbria. Tento výtisk č. 47.



Knižní aukce v hotelu Drouot.


Uzanne, Octave (1851 - 1931)

Praha, Otto Lebenhart, 1927. OBr., 21 (1) s. Přeložil Vladimír Žikeš. Celkem 50 číslovaných výtisků na ručně čerpaném papíře Umbria. Tento výtisk č. 47.

Traduit du français en tchèque par Vladimír Žikeš.
Imprimé sur les presses de d'Otto Lebenhartt à Prague
Tiré à 50 exemplaires seulement sur beau papier de Ombrie (papier de cuve italien)
Broché sous couverture de papier vergé marron (muette)
Format 19,8 x 13,4 cm
Notre exemplaire porte le numéo 47 à la plume à l'encre violette et est signé par l'imprimeur (10. 10. 1928).

Octave Uzanne était encore en vie lorsque paraît cette mince plaquette imprimée avec luxe à très petit nombre. Était-il informé de cette publication ? Nous ne le savons pas. Il s'agit de la traduction d'une nouvelle parue initialement en 1878 dans les Caprices d'un Bibliophile intitulée : Une vente de livres à l'hôtel Drouot. Ma bibliothèque aux enchères.

Cette plaquette au tirage extrêmement limité est introuvable en France, sans doute n'y a-t-elle jamais été diffusée ou alors par le hasard de quelque touriste cultivé, ou bien par Octave Uzanne lui-même, mais nous en doutons.

Nous avons plaisir à vous en communiquer l'existence par le biais de ce petit billet illustré. Voici quelques photographies de ce petit livre de bibliophilie oublié ...








Copyright Librairie L'amour qui bouquine 2020 - Bertrand Hugonnard-Roche

mardi 10 mars 2020

Edouard Drumont. Le mouvement littéraire. Chronique du mois. Le Livre. 1884. Téléchargement du fichier PDF (gratuit).


Dès le début de l'année 1884 c'est Edouard Drumont (qu'on ne présente plus de triste mémoire...) qui ouvre la Bibliographie Moderne de la revue Le Livre dirigée par Octave Uzanne. Chaque mois (à l'exception des mois de juillet, août et décembre), dès le 10 janvier et ce jusqu'au 10 novembre 1884, il donne une longue chronique littéraire polymorphe où il donne tout azimut son avis (autorisé) sur les nouvelles publications, la bibliographie rétrospective, les mouvements littéraires anciens et moernes, les auteurs du moment, etc. Nous avons jugé qu'il était intéressant pour le lecteur avisé de ce XXIe siècle débutant de connaître la teneur des propos de critique littéraire de l'auteur de La France juive (qui paraîtra en 1886). Voici donc l'intégralité de ces chroniques sous forme d'un fichier PDF en fac-similé de la publication originale. Nous donnons ci-dessous les titres courants de chacune de ces chroniques ainsi que la date exacte de publication de chacune d'entre elles. Les plus courageux lirons ces lignes acides teintées d'une amertume à venir ... les autres passeront leur chemin le pensant trop crotté pour s'y attarder à pieds. Peu importe. Le plus important reste la connaissance. Le jugement vous reste en pleine propriété non partagée.

Bertrand Hugonnard-Roche
Pour évocation conforme


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Téléchargez l'intégralité des articles au fort PDF en cliquant sur l'image ci-dessous

Résumé des sujets des articles


Le Livre. Bibliographie Moderne. Première livraison. 10 janvier 1884 (n°49).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

La fin d'un siècle et la Postérité. - La statue de Balzac. - Victor Hugo chez Balzac. - La préface de Cromwell. - Une profession de foi littéraire de Balzac. - La Chartreuse de Parme. - Le naturalisme prédit par Frédéric Soulié. - Un buste mérité. - La mort d'un romancier. - Les hommes d'autrefois.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 février 1884 (n°50).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Une préface d'Alphonse Daudet. - La mobilité de l'opinion. - La haine du talent et une légende injuste. - Un chapitre de la Vie de Bohème. - Comment furent écrites les Lettres de mon moulin. - Une lettre de Paul Arène. - La Veuve, dernier roman d'Octave Feuillet. - Barbey d'Aurevilly et Ce qui ne meurt pas. - Les Elections académiques. - François Coppée et Edmond About.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 mars 1884 (n°51).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Gustave Flaubert. - L'homme et l'écrivain. - Les lettres à Georges Sand. - L'amour de la forme. - Les Mémoires de Henri Heine. - Une question embrouillée. - Les biographes de Henri Heine. - Les coulisses d'un livre. - L'influence de la race. - La joie de vivre. - Le pessimisme. - Ma jeunesse de Michelet. - Hier et aujourd'hui.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 avril 1884 (n°52).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Ce qui est en progrès depuis douze ans. - Le naturalisme et l'histoire de la Révolution. - L'histoire vécue. - M. Forneron et M. Bardoux. - L'Histoire générale des émigrés et la Comtesse Pauline de Beaumont. - La fin d'un monde. - La sensibilité et la Terreur. - La famille Montmorin. - Pauline de Beaumont et Joubert. - La Pauline de Chateaubriand. - L'Ecole de la paix sociale et les Cercles catholiques ouvriers. - Leplay d'après sa correspondance. - Les faits et les phrases. - Les allemands. - Mlle Blaisot.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 mai 1884 (n°53).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Frédéric Mistral et la résurrection provençale. - Nerto. - Les volumes de vers oubliés. - Gustave Maroteau. - Vermesch. - Ducros de Sixt. - Campi et l'éloquence judiciaire. - Henri Vrignault. - Le journalisme officieux. - Edmond de Goncourt et Chérie.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 juin 1884 (n°54).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

M. Jean Richepin et les Blasphèmes. - ce qui est sincère et ce qui ne l'est pas. - L'impuissance de la science. - Au rebours. - La névrose en littérature. - L'amour des livres. - Alphonse Daudet et Sapho. - L'impression directe dans l'art.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 juillet 1884 (n°55).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Pas de chronique par Edouard Drumont pour ce mois de juillet 1884 (à cause de l'abondance des comptes rendus, note de bas de page dans cette livraison).

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 août 1884 (n°56).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Pas de chronique par Edouard Drumont pour ce mois d'août 1884.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 septembre 1884 (n°57).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Les journalistes qui s'en vont. - Camille Farcy. - La Liberté du temps de Girardin. - Malgré tout. - Mes souvenirs de journalisme. - La commission de Décentralisation. - La stérilité de ces dernières années. - Les solennels. - Les mystifications de savants. - Les Erreurs de la science sans Dieu. - La Lemurie. - Descendons-nous du singe ? - M. Wirchow et le transformisme. - Homère a-t-il vu le vert ? - Mario Proth et son dernier livre.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 octobre 1884 (n°58).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

La chronique en voyage. - La cathédrale de Canterbury. - La tombe du prince Noir. - Ce que disent les morts. - Un bibliothécaire d'autrefois. - La bibliothèque de Canterbury. - Chartres et diplômes. - La signature de saint Dunstan. - Sainte-Mary's College. - Une bibliothèque de jésuites. - La neutralité du livre. - Les Français en Angleterre. - Les leçons de l'exil. - Une colonie protestante. - Augustin Filon et l'Histoire de la littérature anglaise.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 novembre 1884 (n°59).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Les livres de classe. - Une récitation de Victor Hugo. - Comme on change ! - Les spécialités. - M. Ferdinand Fabre et les ecclésiastiques. - Lucifer. - Un abbé bien désagréable. - M. Poictevin et les Songes. La maladie des mots. - La crise de la langue française. - Mercier et la Néologie. - Quelques mots à recueillir. - M. Kerwyn de Lettenhove et sa méthode. - Les Huguenots et les Gueux.

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Le Livre. Bibliographie Moderne. Deuxième livraison. 10 décembre 1884 (n°60).
Le Mouvement Littéraire. Chronique du Mois.

Pas de chronique par Edouard Drumont (la place étant prise par la revue des livres d'étrennes pour 1885).

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Ainsi s'achève la participation d'Edouard Drumont à la revue Le Livre dirigée par Octave Uzanne. 9 chroniques en tout publiées entre janvier et novembre 1884. Ces 9 chroniques formeraient un petit volumes d'une centaine de pages, non dénuées d'intérêt, il me semble.

Bertrand Hugonnard-Roche
Pour évocation conforme

dimanche 8 mars 2020

Et qui repasse ... ou l'histoire d'un exemplaire hors du commun qui n'en finit pas de changer de mains ...


Il y a peu nous donnions un billet qui faisait déjà suite à un autre ... C'est ICI

La suite des événements ... l'exemplaire est à nouveau sur le marché chez un libraire américain. Voici la fiche proposée par le libraire (en ligne au 8 mars 2020 sur le site Abebooks)

A vos bourses prêt partez !


 
 



Photos Librairie Pirages Rare Books - Abebooks - 8 mars 2020

Carte-Lettre autographe d'Octave Uzanne, Paris, le 5 septembre 1897 à propos d'exemplaires du Calendrier de Nicholson sur papier Whatmann.



Paris, ce 5 septembre 1897 (17, Quai Voltaire)

Cher Monsieur,

Il n'y a pas de Whatmman du format du Calendrier de Nicholson (*). Voici du Van Gelder. C'est tout ce que me peut offrir de mieux l'éditeur de Londres. Moi je le trouve très beau.
Jugez, il faut la réponse très prochaine car on va bientôt tirer.
Mes compliments et bons souvenirs

Octave Uzanne


Photographie annonce Ebay (8 mars 2020) - copie d'écran


(*) L'Almanach des douze sports, illustré par William Nicholson (12 bois gravés tirés en noir et couleurs), avec une introduction par Octave Uzanne. Publié tout d'abord à Londres par William Heinemann en 1897, puis en France par la Société d'éditions d'Art, avec une étude d'Octave Uzanne. Il a été tiré finalement des exemplaires sur Japon de l'édition française (50 exemplaires). Le destinataire de cette missive d'Octave Uzanne n'est pas connu.

Bertrand Hugonnard-Roche

samedi 7 mars 2020

G. Brunox. Essai de Bibliographie de l'Eventail et de l'Ombrelle par Octave Uzanne. 1883. Rare plaquette oubliée tirée à 477 exemplaires. Format PDF disponible en téléchargement (libre de droits).


J'avais commencé cet article il y a de cela plusieurs années maintenant. Je l'avais oublié dans un coin. Comme d'ailleurs j'avais oublié cette plaquette dans un carton remisé dans mes archives "encombrantes". Bref, le hasard d'un rangement d'hiver me l'a mis sous les yeux de nouveau, voici donc le sujet relancé. Plutôt que de retranscrire cette plaquette textuellement, j'ai finalement décidé de vous en offrir une copie numérique au format PDF. Elle est disponible gratuitement (libre de droits) en téléchargement sur notre site en suivant ce lien Télécharger le PDF.

Octave Uzanne a écrit quelque part, je ne retrouve plus où, que cette bibliographie de l’Éventail et de l'Ombrelle par le libraire Brunox, n'était en réalité qu'une vaste blague inutile voire complètement fausse. J'ai pu lire ailleurs que ce travail était futile et sans grand intérêt. Je vous laisse juge de la chose. Vous pouvez vous amuser à regarder si votre exemplaire de l’Éventail ou de l'Ombrelle est d'un tirage ou d'un autre. Et vous amuser de cela. Comme je l'ai fait. Cela ne donne évidemment aux exemplaires en question ni plus value ni moins value. L'intérêt des exemplaires de L’Éventail ou de l'Ombrelle étant d'être sur Japon ou d'un tirage vraiment particulier (par exemple des entourages tirés à part du texte comme nous en avons déjà rencontrés).

Vous pouvez accéder au PDF de cette bibliographie en cliquant sur l'image ci-dessous.

Bonne lecture,
Bertrand Hugonnard-Roche

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mercredi 4 mars 2020

Critique littéraire du mois par Octave Uzanne : Le Boul' Mich', par JOSEPH CARAGUEL (1884). Le Livre, Bibliographie moderne, Critique littéraire du mois, livraison n°49 du 10 janvier 1884.


Le Boul' Mich', par JOSEPH CARAGUEL (*). Paris, P. Ollendorff. 1 vol. in.-18. Prix: 3 fr. 5o.

Les profanes qui ne sont pas « à la coule » de l'argot du quartier Latin mis à la portée des révolutions du jour, comme dit Lorédan Larcher, n'ont qu'à ne pas ouvrir ce livre. Ils n'y verraient goutte. Le Boul' Mich' c'est le boulevard Saint-Michel et ses dépendances, c'est le pays des brasseries à femmes comme le « bourg Germain » est la contrée des grands et nobles hôtels. Beaucoup d'esprit dans ce roman, beaucoup de verve et d'originalité. L'auteur n'est certainement pas le premier venu. Il a ce tempérament spécial qui fait reconnaître de suite une personnalité ; c'est un jeune d'avenir à coup sûr. Mais à ce titre il mérite moins d'indulgence qu'un faiblard, et nous ne saurions trop passer sous ses yeux le miroir assommant de la vérité. Ce roman naturaliste et argotique est essentiellement forcé comme note. M. Joseph Caraguel s'y montre disciple de Zola et de Goncourt, et c'est là son tort. Il n'est pas assez lui, il s'époumone à « gueuler » alors qu'on sent qu'il saurait se passer des ficelles réalistes pour faire mouvoir son monde de filles et de caboulotiers. Il y a en lui un précieux, un raffiné qui se complairaient, se développeraient à merveille dans une atmosphère moins canaille et dans un style de meilleure compagnie. S'il y avait affinité littéraire, M. Caraguel pourrait comparer la filiation de sa manière avec celle- de J.-K. Huysmans. L'auteur des Sœurs Vatard non plus que l'auteur du Boul' Mich' ne sont naturalistes. Ce sont des paons diaprés qui jouent à la pie. Ils sont, dans le fond, très quintesséncés, très psychologues, très fins, et n'ont pas besoin de marcher dans les souliers d'autrui. Nous retrouverons M. Caraguel dans un livre plus pondéré. Pour aujourd'hui, félicitons-le sincèrement de son début. Ses types de Tralala, de Tatave Salvy, de Sartignac et de Floflo sont réussis au possible, bien que très photographiés ainsi que le quartier. Il y a trop de vadrouille dans toutes ces pages ; la plume de l'auteur se complaît à cracher ce vilain mot. Il y revient à chaque ligne. Allons, jeune hirsute, débarbouillez votre encrier ; soyez moins moderne si vous voulez, plus humain si vous pouvez, et maintenant franchissez les ponts si vous tenez à être lu ailleurs qu'au Boul' Mich'.

O. U. (Octave Uzanne)

Le Livre, Bibliographie moderne,
Critique littéraire du mois,
livraison n°49 du 10 janvier 1884

(*) Joseph Caraguel (1855- ?), auteur selon la fiche Data Bnf de : La raison passionnée (1896) ; La Fumée, puis la flamme (1895) ; 1895 Les Barthozouls (1887) ; Le Boul'-Mich (1884) ; M. Mistral et le Félibrige (1884).

Bertrand Hugonnard-Roche
Pour évocation conforme

mardi 3 mars 2020

Octave Uzanne éreinte l'éditeur Ed. Monnier et l'auteur Edouard Montagne (Le Livre, critique littéraire, mars 1885).



Octave Uzanne arrive encore à nous faire sourire après 20 années passées à l'étudier en long en large et en travers ! Quand il n'aimait pas quelqu'un, il le faisait savoir. Rédacteur en chef du Livre entre 1880 et 1889 chez Albert Quantin, auteur sous son nom ou sous un pseudonyme de très nombreuses notices de critique littéraire dans cette revue, Uzanne donne ici une fois de plus une grosse gifle publique (sa revue était très lue dans le milieu littéraire et les critiques du Livre avaient alors leur poids) à l'éditeur Ed. Monnier, libraire-éditeur, 16, rue des Vosges, à Paris. La gifle est aussi pour l'auteur de l'ouvrage : Edouard Montagne (1830-1899). La critique est concise mais non moins cinglante ! Chaque mot est choisi pour faire mal. Uzanne ne se montre pas ici très objectif, il faut bien l'avouer. La publication dont il fait la critique, La Feuille à l'envers d'Edouard Montagne, est illustrée par Gorguet et Fau. Ces deux artistes du livre ne sont même pas mentionnés dans sa critique. Les éditions Ed. Monnier ont une bonne tenue artistique, à en juger par celles que nous avons pu voir. Quid ? Octave Uzanne Jaloux ? Octave Uzanne vengeur ? Ce qui est certain, c'est qu'Octave Uzanne publie entre 1884 et 1886 plusieurs ouvrages illustrés chez Quantin (Son altesse la Femme et La Française du siècle). L'ouvrage de M. Montagne édité par Monnier entrait-il en concurrence avec les siens ? Probable. Sa franchise vaut-elle objectivité ? Nous ne pensons pas. Le tirage des ouvrages chez Monnier était à petit nombre et largement illustré de beaux procédés. Ici, pour La Feuille à l'envers, chaque historiette débute par une lettrine rehaussée à l'aquarelle au pinceau. Aussi, chaque historiette est illustrée d'un hors-texte rehaussé en partie à l'aquarelle, parfois imprimé à l'or. De notre aveu, cela ne nous paraît pas si moche. En tous cas, cela ne méritait pas les invectives Uzanniennes à l'encontre de l'éditeur et de l'auteur. A la décharge d'Octave Uzanne, disons que les exemplaires "Ed. Monnier" de ce type, imprimés sur papier ordinaire, ont assez mal vieillis, et qu'aujourd'hui effectivement, ces exemplaires ne sont guère séduisants. A l'époque ? Nous ne savons pas. Nous nous plongerons bientôt dans d'autres critiques des ouvrages "Ed. Monnier" et "Edouard Montagne" pour voir si notre Cyrano avait une grosse dent contre l'un, l'autre, ou les deux. En attendant, voici la critique in extenso, publiée dans Le Livre (Bibliographie moderne, livraison n°63 du 10 mars 1885. Octave Uzanne ne l'a pas signalé, mais il a été fait un tirage de luxe à 30 exemplaires sur Japon, vendus au prix de 20 francs (contre 5 franc pour les exemplaires ordinaires). Il est vrai que nous nous faisons notre idée sur cet ouvrage sur un exemplaire imprimé sur Japon. L'exemplaire même de l'auteur. Exemplaire luxueusement relié et qui non seulement a été très bien imprimé (imprimerie Crété à Corbeil) et bien enluminé. Octave Uzanne a fait rentrer sa critique dans la section Livre d'amateurs - Editions de luxe du Livre, ce qui est déjà un effort ... Il signe sa critique de l'initiale Z., pseudonyme qu'il utilisait quand il était virulent ...

Voici sa critique :

La Feuille à l'envers, par Edouard Montagne. Un vol. in-8° cavalier, avec illustrations. Paris, Ed. Monnier et Cie, éditeurs. - Prix : 5 francs.

Je ne sais point si les livres qui composent cette collection bizarre, que la maison Monnier intitule Collection joyeuse, ont quelque succès auprès du public ; à coup sûr, ceux qui acquièrent ces singulières productions ne sont ni des esprits quelque peu délicats ni des gens de goût, encore moins des bibliophiles.
Il est impossible de porter plus haut l'amour de la camelotte dans l'illustration, l'impression et l'enluminure ; la Belgique seule serait susceptible d'enfanter de pareilles horreurs, et il est regrettable de constater, en France, un manque si complet de délicatesse et de goût.
Le texte de M. Montagne ne mérite guère une mention honorable : ce sont là de petites histoires grivoises à la manière de Silvestre, dont la librairie actuelle nous gave jusqu'au vomissement. Il serait temps de remiser un peu toutes ces boîtes à ordures, tout au plus bonnes à flatter l'odorat des concierges. 

Z. (Octave Uzanne)

Veuillez trouver ci-dessous quelques pages de l'exemplaire de l'auteur imprimé sur Japon.









Pour évocation conforme,
Bertrand Hugonnard-Roche

samedi 1 février 2020

Un bel envoi autographe d'Octave Uzanne à Jehan Durieux sur Parisiennes de ce temps (1910).




Exemplaire en vente à la librairie A la Demi-Lune, Jonathan Devaux (01/02/2020). Publié avec son autorisation.

Octave UZANNE. Etudes de sociologie féminine. Parisiennes de ce temps. En leurs divers milieux, états et conditions. Etudes pour servir à l'histoire des femmes, de la société, de la galanterie française, des moeurs contemporaines et de l'égoïsme masculin. Ménagères, Ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, Artistes et comédiennes. Paris, Mercure de France, 1910 [achevé d'imprimer le 15 août 1910 par Ch. Colin à Mayenne pour le Mercure de France.] 1 vol. in-18 de 483 pages. Prix : 7 fr. 50. Il a été imprimé seulement 12 exemplaires sur hollande. 




Exemplaire broché en excellente condition, enrichi d'un long et bel envoi d'Octave Uzanne à l'écrivain Jehan Durieux : 

À M. Jehan Durieux
qui trop longtemps demeura pour moi 
l'ami inconnu,
avec tous mes remerciements de s'être révélé, à cette dernière étape de la route où l'on compte plus de disparus derrière soi que de réconfortantes dilections, pour le viatique suprême. 

Ce 20 XII 25. St Cloud. 

Octave Uzanne


Cette étude de sociologie féminine, consacrée à la parisienne, aborde de nombreux sujets comme le nu moderne, dans l'art et ses diverses expressions (chapitre II) ; la toilette à Paris, la coquetterie de la femme, le luxe des dessous, le triomphe des artifices, les divers budgets des parisiennes, l'élégance et la mode (chapitre III) ; le royaume de la mode, les créatrices parisiennes de la mode, les grands couturiers, le quartier des chiffons et du luxe féminin à Paris, les coulisses des ateliers de mode, les salaires des ouvrières de mode (chapitre IV) ; géographie de la femme à Paris, les deux rives de la Seine, Paris par départements, mes thébaïdes de la rive gauche, le parisianisme spécial de la rive droite, notes de voyage de la place de la Nation à la place de l'Étoile (chapitre V) ; la domesticité parisienne, la femme de chambre, la cuisinière, la bonne d'enfants, la bonne à tout faire, la femme de ménage, la bonne de chez Duval, la nourrice, la lectrice, la gouvernante, la demoiselle de compagnie (chapitre VI) ; les ouvrières de Paris, des manufactures, la porteuse de pain, les blanchisseuses, les fleuristes, les couturières, trottins parisiens, lingères, modistes, journalières, etc. (chapitre VII) ; les marchandes et boutiquières, boulangères, épicières, confiteuses, charcutières, modistes, corsetières, mercières, marchande de frites, vendeuses de jouet d'enfants (chapitre VIII) ; demoiselles et employées de magasin (chapitre IX) ; les dames d'administration, les balayeuses municipales, les buralistes, le personnel des hopitaux, les soeurs et les laïques, les employées de chemins de fer, la demoiselle des téléphones et des postes, la dactylographe, la gardienne du châtelet de la nécessite, etc. (chapitre X) ; les femmes artistes peintres et bas-bleus, les élèves d'ateliers, les copistes du Louvre, les femmes peintres, les femmes de lettres (chapitre XI) ; les femmes de théâtre, comédiennes, chanteuses, danseuses, écuyères, acrobates, actrice moderne, etc. (chapitre XII) ; les femmes de sport et les gynandres, équitation, cyclistes, patineuses, yachting, mail-coach, chasseresses, alpiniste, femmes de sciences, sage-femme (chapitre XIII) ; la bourgeoise parisienne (chapitre XIV) ; la femme hors des lois morales, la basse prostitution, la rodeuse des fortifs, la gigolette et ses souteneurs, les raccrocheuses et pierreuses, les petites bouquetières, les fausses ouvrières, les filles de brasserie, les étudiantes, les fenêtrières (chapitre XV) ; la prostitution moyenne (chapitre XVI) ; la prostitution clandestine (chapitre XVII) ; les phrynés actuelles (chapitre XVIII) ; psychologie de la contemporaine, fille, femme, mère (chapitre XIX). 

Comme le précise Bertrand Hugonnard-Roche, spécialiste d'Octave Uzanne, cette édition de 1910 n'est qu'une nouvelle édition revue et corrigée, sans illustration, et imprimée à grand nombre, de la première édition bibliophilique donnée sous le titre : « La Femme à Paris. Nos contemporaines. Notes successives sur les Parisiennes de ce Temps dans leurs divers Milieux, Etats et Conditions, par Octave Uzanne, en 1894. Cette luxueuse première édition, destinée aux bibliophiles précieux habitués aux riches publications d'Uzanne, ne pouvait alors toucher qu'un public restreint. Le prix de mise en vente du volume broché était de 45 francs or, 55 francs or sous un élégant cartonnage de soie avec broderies et estampages d'or. Il avait été fait un tirage de luxe à 100 exemplaires sur japon avec les planches hors texte en double état (noir et couleurs), 100 francs l'exemplaire ; et 10 exemplaires sur japon, enrichis chacun de trente dessins originaux de Pierre Vidal, 500 francs l'exemplaire. Le volume du Mercure de France est mis en vente en 1910 à 7 francs 50. On distingue bien les deux publics différents visés. 

Comme le précise encore Bertrand Hugonnard-Roche, Octave Uzanne décrit lui-même ce livre comme de "noires sociologies de Paris - Pays noir - de la femme.". (envoi autographe dans un autre exemplaire de ce livre), comme un " défilé de parisiennes qui témoignent que les apparences sont trompeuses, que le Paradis dissimule souvent des enfers pitoyables, et que le vice même a souvent ses vertus". Octave Uzanne se souvient, encore une fois dans un envoi autographe qu'il signe quelques jours seulement avant de mourir : "Ces Parisiennes qui furent mes contemporaines et qui s'enfoncent dans ce gouffre du passé que l'oubli recouvre." 

Remy de Gourmont, son ami, publiera une élogieuse critique dans ses Promenades littéraires (Quatrième série, 1912). Il écrit : 

"L'ouvrage qu'il réédite aujourd'hui est, au contraire, du genre suivi, de ceux qui ont un commencement et une fin et forment un tout parfaitement complet. Il date évidemment d'une période de la vie de l'auteur où il jouissait d'une grande stabilité d'esprit, car c'est faire preuve d'une singulière persévérance que d'étudier, un à un, tous les types de cet être multiforme que l'on nomme la Parisienne. La voilà selon tous ses états, selon tous ses contrastes, depuis la grande dame jusqu'à la balayeuse des rues. Vouloir donner une juste idée de ce livre en quelques lignes serait fort présomptueux. C'est un tableau du Paris d'aujourd'hui et presque complet, quoiqu'il n'étudie que la femme, car on ne peut parler d'un sexe sans laisser entrevoir l'autre. Quels que soient non métier ou sa profession, la femme est femme avant tout et c'est ce qui donne de l'unité à cette enquête nécessairement fragmentée. Un professeur et un employé de commerce forment deux types sociaux parfaitement distincts ; entre la jolie institutrice et la jolie vendeuse, Don Juan ne fait pas de différence, et le point de vue de Don Juan sera toujours un peu celui de l'observateur le plus désintéressé. Tout livre de ce genre sera donc moins une étude sur les métiers exercés par les femmes que sur les femmes qui exercent des métiers, et c'est ce qui en fait, en dehors de tout autre point de vue, l'agrément. Y-a-t-il un type de la Parisienne ? Cela n'est plus bien certain. La facilité avec laquelle la provinciale, l'étrangère même, prennent les différents aspects de la Parisienne donne à réfléchir. De plus, la plupart des Parisiennes ne sont pas nées à Paris, où beaucoup d'indigènes n'ont aucune des qualités que l'on reconnait généralement à cette catégorie de Françaises. Je crois qu'il y a des Parisiennes dans toutes les villes et surtout les grandes villes de France, ou, si elles n'en sont pas encore, elles peuvent le devenir en une saison. Peut-être que ce qui caractérise le mieux la Parisienne, c'est sa manière de comprendre et de sentir l'amour, mais cela tient à la grande liberté de sa vie, au peu de jalousie des hommes qui sentent l'impuissance de leur attention dans cette immense fourmilière. Cette confiance est d'ailleurs la meilleure tactique. Attaquée de trop de côtés à la fois, la Parisienne passe sa vie à parler de l'amour, bien plus qu'à le pratiquer. Au reste, il y a bien des sortes de Parisiennes et il est naturellement d'elles comme des femmes en général : tout ce qu'on en dit est à la fois vrai et faux, juste et injuste. Le livre d'Uzanne, écrit à un point de vue purement objectif, ne mérite pas ce reproche ; précis dans son observation, il est équitable dans son jugement philosophique. Veut-on le titre complet de l'ouvrage ? C'est presque une analyse : « Etudes de sociologie féminine. Parisiennes de ce temps en leurs divers milieux, états et conditions. » Etudes pour savoir « l'histoire des femmes, de la société de la galanterie française, des moeurs contemporaines et de l'égoïsme masculin. Ménagères, ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, artistes et comédiennes. » Cela a une petite senteur dix-huitième siècle qui n'est pas désagréable et ne gâte rien. On pense à Sébastien Mercier et à Restif de la Bretonne, et on n'a pas tort. C'est entre ces deux grands observateurs des moeurs françaises et du coeur humain que se place naturellement Octave Uzanne."


Merci Jonathan, 

Bertrand Hugonnard-Roche

lundi 27 janvier 2020

J.-H. Rosny aîné, oraison funèbre d’Octave Uzanne, manuscrit autographe signé, [novembre 1931]. Article publié dans La Dépêche du 5 novembre 1931. Par Jonathan Devaux.



Octave Uzanne (1851-1931) - J.-H. Rosny aîné, Joseph Henri Honoré Boex (1856-1940)


* *


J.-H. Rosny aîné, oraison funèbre d’Octave Uzanne, manuscrit autographe signé,
[novembre 1931], 8 f., 8 p., 20,7 x 13,4 cm.

« Octave Uzanne est mort ! Combien de nos contemporains se souviennent de l’homme —
de l’homme dans sa jeunesse et dans la force de l’âge ? Bien peu, hélas », déplore l’auteur de La
Guerre du feu en introduction de l’oraison funèbre d’Octave Uzanne qu’il fait paraître dans La
Dépêche du jeudi 5 novembre 1931, journal « dont il fut des anciens et des plus fidèles
collaborateurs », quelques jours après son décès survenu le 31 octobre.

Dans ce bel hommage à l’auteur de Son Altesse la femme, Rosny évoque, outre des aspects
connus de la vie d’Uzanne « bibliophile », « érudit », « globe-trotter », « bon observateur »,
« grand voyageur devant l’Éternel », d’autres moins connus, me semble-t-il, des amateurs des
deux auteurs, à savoir leur amitié littéraire : « Que de fois n’avons-nous pas déambulé, Octave
Uzanne et moi, de la rue Montmartre à l’Opéra ou à la Madeleine […] on pouvait le consulter
comme un livre, avec la certitude d’emporter quelque notion neuve ou rajeunie ».

L’article s’achève sur une inquiétude, celle de la postérité de l’oeuvre d’Uzanne sur une voie
« de plus en plus embouteillée » où « les gloires du passé occupent une place démesurée ».
C’était sans compter sur la passion des bibliophiles de notre époque pour les livres d’Uzanne et
les travaux passionnants, et passionnés, menés par Bertrand Hugonnard-Roche depuis une
dizaine d’années.

Jonathan Devaux, Librairie A la Demi-Lune

===============

Transcription du manuscrit (et reproduction couleurs avec l'autorisation de Jonathan Devaux).


Urgent

en 10

Octave Uzanne
+
Un [mot biffé]
Octave Uzanne est mort ! Combien de nos contemporains se souviennent de l’homme — de
l’homme dans sa jeunesse et dans la force de l’âge ?
Bien peu, hélas ! Presque tous ceux avec qui il vécut des jours d’illusion et d’espérance sont
morts partis, ils sont au séjour des ombres, parmi les fantômes [mot biffé] dont un petit nombre
seulement reste sans nombre dont quelques-uns à peine restent présents à la mémoire des
vivants.
Dans un an, il aurait été octogénaire, un de ces hommes qui, pour les jeunes, sont dans ont
déjà disparu du monde.
Pourtant, comme il était resté jeune d’imagination et de verve, comme il acceptait
allègrement, malgré malgré ses misères, les temps nouveaux, comme il savait comprendre les
transformations de l’esprit français dans un milieu aussi différent, mécaniquement au sens
matériel, du temps de son adolescence, que la technique hellénique et la technique de des l’ de
ces hommes de la Madeleine qui les [mot biffé] qui ignoraient la culture de la terre l’agriculture
mais savaient déjà sculpter et graver la pierre avec finesse, souvent avec un sentiment réel de la
beauté…

*
**


Ce matin, Uzanne évoque puissamment le temps des fiacres, des omnibus et des tramways
à impériales — ces impériales propices aux rêveurs par les beaux jours et qui, par les beaux jours,
d’où permettaient de voir la rue de Paris et son mouvement beaucoup mieux que ne le permettent
les automobiles autobus et les tramways actuels.
Je revois nettement Uzanne, mon aîné de quelques ans, Bourguignon de taille moyenne,
solidement charpenté ; je le je le rencontre au boulevard, à l’heure charmante de l’absinthe et des
causeries où les chefs de file d’alors dépensaient à flots l’esprit, l’humour, la verve, la poésie, [mot
biffé] et les propos enthousiastes et aussi les traits barbelés.

[mot biffé] Que de fois n’avons-nous pas déambulé, Octave Uzanne et moi, de la rue
Montmartre à l’Opéra ou à la Madeleine. Il était pr prodigieusement érudit et en art, et en histoire,
en ethnographie et bibliophile passionné — il était hier encore, je crois, président des Bibliophiles
contemporains ; — on pouvait le consulter comme un livre, avec la certitude d’emporter quelque
notion neuve ou ra rajeunie.
Avec cela cela, bon observateur, connaissant ayant vu des multitudes d’êtres, de pays, de
paysages sites — car c’était un grand voyageur devant l’Éternel.
Il disparaissait pendant des saisons entières, parcourant en tout tous sens l’Europe et
rapportant chaque fois un nouveau butin d’idées, d’observations et de souvenirs.
[lettre biffée] Lorsque je ne l’avais pas vu rencontré pendant un trimestre, un semestre,
souvent davantage, soudain je le retrouvais à l’un de ces diners dîners littéraires, Bons Cosaques,
dîner du Fortifs, de La Villette, etc., qui étaient alors à la mode, eton retrouvait l’on discutait
avec ardeur, où l’on jugeait les oeuvres et les hommes avec sévérité.

*
**


[mot biffé] A mesure qu’il avançait en âge, Octave Uzanne devenait moins visible. Toujours
errant, passionné d’indépendance, individualiste [lettre biffée] fervent, il vivait à sa guise,
modestement, et sans soucis avec un minimum de soucis.
Lorsque l’argent était rare, il fréquentait, à Rome, à Berlin, à Londres, de petits restaurants
pas chers, qu’il savait découvrir et où, avec avec peu d’argent, on pouvait faire des repas
savoureux, parfois exquis.
Il racontait ses vagabondages à la recherche du gîte et [mots biffés] du couvert avec du
repas avec une bonhomie charmante, [mot biffé] dépeignant à mesure les [mots biffés] quartiers
quartiers inconnus ou mal [mot biffé] connus des grandes vi et des petites villes que nul nul peut-
être n’a aussi fréq abondamment fréquentés.
Il a fini par se fixer, ou à peu près, ret retenu par des maux qui avaient nécessité
nécessitaient l’intervention des chirurgiens, m maux dont il était, je crois débarrassé — car on ne le
voyait plus du tout, l’ancien [mot biffé] globe-trotter était devenu le solitaire de Saint-Cloud.

*
**


Son oeuvre, nombreuse, toujours vivante et primesautière, encore que nourrie d’érudition,
lui méritait une réputation supérieure à celle qu’il que les hommes d’aujourd’hui lui dispensent.
[mot biffé] Une partie comporte la collaboration aux journaux et aux périodiques, Écho de
Paris, Figaro et La Dépêche, surtout La Dépêche, dont il fut des anciens et des plus fidèles

collaborateurs ; ai-je besoin de rappeler aux lecteurs ses brillantes chroniques où la fantaisie,
l’expérience, la raison, se mêlent de si agréable manière ?
Il a beaucoup écrit sur le passé — et avec avec maîtrise et autorité : je conseille vivement à
tous la lecture des Poètes des ruelles au dix-septième siècle, des Petits conteurs du dix-huitième ;
ils y apprendront bien des choses qu’ils ignorent, exposées avec un talent sûr. [mot biffé]
Il faut connaître aussi : Nos amis les livres, La Française du siècle, Son Altesse la Femme,
les Quais de Paris (qu’il les connaissait bien, ces quais délectables au rêveur et à l’érudit !)
Partout vous trouverez de l’éclat, du brio, de la belle fantaisie et des des enseignements
enseignements sûrs, bien contrôlés par un homme qui avait soigneusement lu, observé, comparé.

*
**





Que restera-t-il de cette oeuvre copieuse ? La Postérité est de plus en plus encombrée
embouteillée… Une production intense intense et terr terriblement nombreuse rend ses choix de
plus en plus difficiles et infiniment difficiles ; déjà les gloires du passé occupent une place
démesurée.
N’importe, il doit doit d restera, il doit rester quelque chose de quelque chose de cet cet
esprit exquis, à qui à qui son cosmopolitisme de globe-trotter n’avait enlevé aucune aucune des
qualités de [mot biffé] sa bonne race bourguignonne, vigoureuse, libre, frondeuse, riche en grands
hommes beaux esprits comme en grands vins vins.

J.-H. Rosny Aîné
de l’Académie Goncourt.


============



J.-H. Rosny aîné, billet autographe signé adressé à Octave Uzanne, 17 quai Voltaire, Paris,
[Paris], [16 juin 1903], 9,8 x7,4 cm.

Amusant billet de Rosny aîné à propos de la chronique d’Octave Uzanne publié dans La Dépêche
du 9 juin 1903.

"Un rapide remerciement cher Uzanne. Mais pourquoi la réticence de la fin ! Nous n’avons
jamais pu croire que le Crime du Docteur était autre chose qu’un hors d’oeuvre. Et certes, ce n’est pas
vous, esprit si divin et si curieux, qui voudriez condamner vos amis à ne servir que des plats de
résistance ! Une bonne poignée de mains.
J H Rosny"

Uzanne rendit compte du roman en ces termes :

"Que dire de MM. J.-H. Rosny qui n’ait été dit déjà ? Leur talent substantiel, qui est propre à
affronter les questions psychologiques les plus graves, à résoudre les plus difficiles problèmes de
morale et de sociologie, aborde aujourd’hui avec le Crime du Docteur, l’examen d’un cas de
conscience délicat et terrible. Le machiavélique docteur Herbeline, dont MM. Rosny ont étudié la
pauvre vie tourmentée de vilenies et de remords, ne tend point à laisser soupçonner tout le cors
médical. Les auteurs le donnent bien à entendre, et c’est seulement le roman d’un médecin. Dirai-je
que le crime du Docteur est digne des premiers ouvrages de MM. Rosny ? Je doute sérieusement que
ce soit là l’aboutissement de ces magnifiques prémices qu’avaient donné aux lettres des oeuvres
telles que Marc Fane, Daniel Valgraive, les Origines ou les Xipéhuz."


Bonne journée,
Jonathan Devaux, Librairie A la Demi-Lune


*
* *

Sincères remerciements à Jonathan Devaux pour avoir partagé avec nous, amis d'Octave Uzanne, sa vie, son oeuvre, ce document émouvant rédigé par l'un de ses compères du monde des Lettres. Cette oraison funèbre rentre dans la catégorie des témoignages sincères et spontanés qui ont paru à l'instant de la mort d'Octave Uzanne. Ces témoignages ne furent pas si nombreux en réalité. Octave Uzanne était déjà mort depuis longtemps pour beaucoup. Son oeuvre oubliée aussi. Le XXIe siècle balbutiant, espérons-le, sera l'occasion de rendre un peu de son honneur à cette mémoire oubliée.

Bertrand Hugonnard-Roche



Article publié dans La Dépêche du 5 novembre 1931



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