mercredi 21 septembre 2016

Les reliures en papier-cuir japonais : Amand pour exemple. (vers 1880-1887) - Octave Uzanne promoteur !



Reliure en papier-cuir japonais signée Amand


Cette reproduction de reliure (cartonnage serait le terme le plus judicieux) se trouve dans l'ouvrage d'Octave Uzanne : La reliure moderne, artistique et fantaisiste paru chez Edouard Rouveyre en 1887. L'exemplaire appartenait à la bibliothèque de M. Edouard Rouveyre lui-même, ami de l'auteur et qui s'est prêté au jeu de montrer au lecteur quelques unes des reliures novatrices posées sur ses propres rayonnages. Octave Uzanne possédait également ce type de reliure, au point qu'il en avait fait un véritable axe de recherche esthétique, le tout sous la main de l'habile relieur Amand. Dernièrement c'est la librairie Le Pas Sage qui s'est intéressé de près à ce type de reliure qui peut revêtir bien des aspects différents. Nicolas Lieng a donné en tête de son catalogue une définition concise et convaincante des différents papier-cuir japonais qui, il faut bien l'avouer, par la richesse de leurs motifs et par la diversité des matériaux, laisse souvent l'amateur moderne en extase interrogative tant il est souvent difficile de dire de quoi sont faites ces reliures exotiques.
Nicolas Lieng reprend d'ailleurs ce qu'Octave Uzanne écrivait dans La reliure moderne, artistique et fantaisiste en 1887 :

"L’Amateur artiste montre généralement un faible pour les japonaiseries, et, depuis quinze ans, sous l’inspiration de quelques littérateurs de goût, on a fabriqué de très nombreuses reliures originales avec cette sorte de papier estampé fait avec l’écorce du kozo et qui, grâce aux procédés des ouvriers de Tokio, devient un véritable cuir doré, frappé, résistant à l’humidité, ressemblant, dans une note plus riche encore, aux plus beaux spécimens des cuirs de Cordoue ou des Flandres ; — certains de ces papiers cuirs sont des merveilles inexprimables, d’un dessin inouï d’imaginative et d’une incroyable orgie de tons, où les poudres de bronze et d’étain luttent contre les vernis rouges et verts et les laques brunes aux plus chauds reflets. — Les saillies miroitent et étincellent, et, nu milieu des éblouissantes arabesques cuivrées, mordorées ou vernissées, se déroulent des rondes fantastiques d’animaux, des envolées d’ibis et d’oiseaux bizarres, des guirlandes de fleurs et de fruits d’une extraordinaire exécution et d’un fini superbe. On recouvre avec ces cuirs inimitables tous les ouvrages de littérature fantaisiste et colorée, les Théophile Gautier, les Méry, les de Goncourt, les Maupassant, les livres d’art et les romans qui planent dans le bleu de l’Idéal ; pour les volumes d’un style plus sobre, il est possible d’employer les cuirs monochromes, gaufrés, d’un ton mat ou luisant, des imitations de peau de chagrin , des papiers à empreintes granulées, des peaux couvertes d’une impression à dessins étranges et même des crépons distendus, rutilants de couleur et de vie. Les soies japonaises trouvent fort bien leur emploi ; elles sont le plus souvent dans les notes douces et d’une harmonie de tissu qui convient on ne peut mieux aux légers cartonnages, — quelques amateurs y ajoutent sur les plats une ou deux de ces mignonnes appliques de bronze japonais représentant des bestioles, des oiseaux ou des gnomes. C’est d’un effet exquis et d’un bon goût absolu. qu’un amateur bien doué, sous le rapport de l’œil et du sentiment de la couleur, peut aussi se pro- curer à peu de frais. Je ne saurais m’étendre sur ce point ; la reproduction seule par les procédés les plus compliqués pourrait donner une idée de ces jolies choses, et en dépit des phrases les plus ruisselantes d’inouïsme, je ne parviendrais certes point ici à gagner le lecteur à mes idées aussi complètement que je le désirerais. Je prêche donc le mépris du convenu, l’indépendance de la manière, la personnalité extérieure et tangible de la bibliothèque de chaque amateur, l’originalité sur toutes les coutures du livre. La Reliure moderne doit être expressive, riante, chaude et bigarrée, extravagante même ; il la faut telle à nos yeux assoiffés de couleur et anémiés par le jansénisme des modes et les grisailles à la détrempe de ce temps sans reliefs ; nos demeures laborieuses demandent à être vivifiées par le chatoiement et la vivacité des nuances et par le soleil des ors ou les reflets lunaires de la platine; les Livres, nos chers et meilleurs amis, nos compagnons les plus sûrs, qui nous soustraient aux soucis d’existence et aux heures mélancolieuses, doivent être vêtus en princes d’Orient, comme des rois mages de l’idée, comme les grands prêtres des visions de l’âme; nous devons les soustraire, ces anti-bourgeois, à l’embourgeoisement du costume et aux lamentables confections chagrinées qui pullulent de toutes parts. Que nos bibliothèques brillent donc comme des météores de la pensée, que tous les tons de l’arc-en-ciel y fusionnent dans un passage adouci des demi-teintes jusqu’aux plus orgueilleuses colorations. — Ne craignons point d’y apporter de l’exagération ; parfumons-les même de senteurs et d’essences délicates ; il n’est point de passion véhémente qui n’ait son grain de folie et pas de folies qu’on ne pardonne aux profonds amoureux. Telle sera la conclusion de ces incohérentes causeries. — Puissé-je avoir convaincu quelques-uns et séduit le plus grand nombre ! Je le souhaite, sans oser trop vivement l’espérer. — C’est à mes très précieux lecteurs qu’il convient de répondre." (pp. 428-431).

Le lecteur moderne tranchera, en effet !

Cartonnage en papier-cuir japonais par Amand pour Octave Uzanne
(premier plat)


Nous avons eu la chance de retrouver un exemplaire Octave Uzanne du Calendrier de Vénus (Paris, Edouard Rouveyre, 1880). Ce volume porte l'ex libris gravé de l'auteur ainsi que deux notes manuscrites autographes à l'encre rouge. La première note se trouve sur le feuillet de garde blanc qui précède la couverture imprimée conservée. On peut lire : Exemplaire sur Japon, relié en cuir japonais sur mes indications et fournitures par Amand. 24 juillet 1880. Signé Octave Uzanne. Outre la couverture en couleurs de Daniel Vierge gravée par Marius Perret, Octave Uzanne a fait relier une épreuve unique fournie par Gillot et tirée par Daniel Vierge lui-même et signée à la main par Daniel Vierge. La note est signée Octave Uzanne. L'exemplaire est tiré sur Japon ancien et il possède un faux-titre spécial avec imprimé exemplaire n° et inscrit à la plume : de M. Uzanne (de la main d'Edouard Rouveyre). D'après la justification du tirage il y a eu seulement 10 exemplaires sur Japon (ancien). Soit le plus faible tirage après 4 exemplaires sur parchemin, et avant 16 exemplaires sur papier de Chine, 20 exemplaires sur Renage et 50 exemplaires sur Whatman. L'exemplaire en question peut être considéré comme un petit miraculé de Bibliopolis ! Déniché aux USA, dans un état proche de l'Ohio ... (Cf. Isabelle Adjani pour les incultes) ... les plats du cartonnage bradel plein papier-cuir japonais étaient détachés. Le volume avait subi quelques légères mouillures (vicissitudes du temps ...) et il fallait restaurer tout cela dans l'esprit "Uzanne" après la lettre. Que faire ? le dos était manquant et je ne savais absolument pas à quoi il pouvait bien ressembler. Je suppose que le dos était fait de la même matière que les plats c'est-à-dire d'un papier-cuir japonais (fourni par Octave Uzanne comme il nous le dit lui-même). Ce papier d'un motif jamais rencontré jusque là est composé de feuillages et de fruits le tout dans un camaïeu de doré-bronze. Le décor des plats est parfaitement conservé. Nous avons fait le choix de ne pas réinterpréter la pensée d'Octave Uzanne sans savoir et demandé à notre restauratrice de faire un montage bradel en créant un dos rapporté en plein papier uni de papier japonais Lokta (ton caramel clair). Le dos reste donc muet. Les plats retrouvent alors toute leur importance. Ce volume ne se trouvait curieusement pas dans le catalogue de la première vente Uzanne de mars 1894. Un autre exemplaire sous le n°422 relié par Champs en demi-rel. mar. citron avaient des gardes de papier japonais. Voir les photos ci-dessus et ci-dessous pour notre exemplaire restauré.

Cartonnage en papier-cuir japonais par Amand pour Octave Uzanne
(second plat)


Ces reliures japonisantes faisaient le régal du jeune Uzanne, 29 ans au moment où il confie au relieur Amand l'exécution de cette reliure et d'autres encore. Qui a dit que la jeunesse et la bibliophile n'allaient pas de paire ? Quoi qu'il en soit il faut reconnaître à Octave Uzanne cette envie de nous transmettre ce goût pour l'Asiatique livresque. Ne se qualifiait-il pas lui-même dans un envoi autographe au Toqué (Charles Cousin) d'Archi-Japonais ? Personnellement j'adhère complètement. Édouard Rouveyre, Edmond de Goncourt ou Philippe Burty pour ne citer qu'eux à l'époque ont également suivi le même chemin d'art.

Ce petit billet voulant servir de mémorandum pour les temps futurs pour les bibliophiles qui seraient sensibles aujourd'hui ou demain à ce type de reliures. Qu'ils se sentent libres de m'envoyer des photographies de leurs exemplaires ou de ceux qu'ils auraient pu rencontrer, le tout accompagné d'un minimum d'informations bibliographiques.

A bientôt
Bertrand Hugonnard-Roche



Cartonnage en papier-cuir japonais par Amand pour Octave Uzanne
(doublure de papier pailleté doré fait main)

mardi 6 septembre 2016

Exemplaire remarquable aux enchères publiques : FEMINIES relié plein maroquin décoré signé Marius Michel (Lot n°188, SVV ALDE, 30 septembre 2016, Paris)

Lot n°188

[UZANNE (Octave)]. Féminies. Huit chapitres inédits dévoués à la femme ...


Estimation : 3 000 / 4 000 €
 
[UZANNE (Octave)]. Féminies. Huit chapitres inédits dévoués à la Femme, à l'Amour, à la Beauté, par Gyp, Abel Hermant, Henri Lavedan, Marcel Schwob et Octave Uzanne. Paris, Imprimé pour les Bibliophiles contemporains, Académie des beaux livres, 1896. Grand in-8, maroquin bleu, double encadrement de filets dorés, bouquets de fleurs aux angles en maroquin mosaïqué rouge, vert et beige, dos orné de même, encadrement intérieur de filets et fleurons d'angles, doublures et gardes de soie brodée jaune et orangée, doubles gardes, couverture, tranches dorées sur témoins, étui (Marius Michel). Édition originale.
Cette très belle publication Art Nouveau éditée par Octave Uzanne est ornée de huit frontispices de Félicien Rops gravés par Hellé, Fornet et Massé et tirées en couleurs à la poupée, un titre-frontispice en couleurs gravé par E. Gaujean d'après Kratké, de nombreuses vignettes en noir par Léon Rudnicki et des encadrements végétaux du même artiste tirés en différentes couleurs à chaque page, ainsi qu'une illustration en couleurs sur la couverture par Georges de Feure.
Tirage unique à 183 exemplaires sur japon avec les eaux-fortes sur vélin fort en double état, en noir avec remarques et définitif.
Exemplaire nominatif de Gaston Tissandier (1843-1899), chimiste, aérostier et écrivain scientifique.
Somptueux exemplaire dans une élégante reliure florale de Marius Michel.

Photo ALDE


Informations sur la vente :

vendredi 30 septembre 2016 - 14H00
LIVRES ANCIENS ET DU XIXe SIÈCLE
SALLE ROSSINI 7 RUE ROSSINI 75009 PARIS
Librairie Giraud-Badin
22, rue Guynemer 75006 Paris
Tél. 01 45 48 30 58 - Fax 01 45 48 44 00

contact@giraud-badin.com - www.giraud-badin.com

Exposition à la librairie Giraud-Badin
du lundi 12 septembre au jeudi 29 septembre de 9 h à 13 h et de 14 h à 18 h
(jusqu’à 16 h le jeudi 29 septembre)

Exposition publique Salle Rossini
le vendredi 30 septembre de 10 h à 12 h

Vente aux enchères publiques
Vendredi 30 septembre 2016 à 14 h
Salle Rossini
7, rue Rossini 75009 Paris
Tél. : 01 53 34 55 01

Rendez-vous ici pour les résultats.

Bertrand Hugonnard-Roche

UZANNE, Octave – Un Ex-Libris Mal Placé. Livre audio gratuit publié le 6 avril 2014. (lecture - fichier sonore)

La voix de René Depasse est extraordinaire pour écouter Octave Uzanne en français dans le texte ! Réglez le son de votre ordinateur, de votre tablette ou de votre smartphone et remontez le temps ... au temps d'Octave Uzanne ! Un ex libris mal placé est une historiette qui plaira au sage bibliophile voire au bibliomane.

Bertrand Hugonnard-Roche


Cliquez sur l'image ci-dessus


« Un ex-libris (du latin ex libris meis, « faisant partie de mes livres ») désigne en bibliophilie une gravure personnalisée qu’un collectionneur colle sur le contreplat ou sur la page de garde de ses livres, comme marque d’appartenance. L’ex-libris existe aussi sous forme manuscrite, de tampons, de cachets, etc. » (Wikipédia)
Un ex-libris mal placé est une nouvelle plaisante qui se moque de la passion pour l’antiquité d’un érudit qui un jour prit femme et la délaissa vite pour retrouver ses chers Hellènes…
Ce divertissement est une occasion de (ré)écouter la conférence prémonitoire d’Octave Uzanne (1851-1931), écrivain biographe et bibliophile, sur la future écoute de la littérature en se promenant dans la nature, enregistrée sur le site,La Fin des livres, où nous lisons ces lignes :
« Soit à la maison, soit à la promenade, en parcourant pédestrement les sites les plus remarquables et pittoresques, les heureux auditeurs éprouveront le plaisir ineffable de concilier l’hygiène et l’instruction, d’exercer en même temps leurs muscles et de nourrir leur intelligence, car il se fabriquera des phono-opéragraphes de poche, utiles pendant l’excursion dans les montagnes des Alpes ou à travers les Cañons du Colorado. »
Un ex-libris mal placé.
Télécharger le mp3 (Clic-droit, « Enregistrer sous… »)
Source : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/uzanneoctave-un-ex-libris-mal-place.html

Actualité : « Octave Uzanne bibliophile et historien de la bibliophilie ». L'histoire littéraire en mode mineur : bibliophilie et constitution d'un panthéon littéraire alternatif au XIXe siècle

Octave Uzanne à l'honneur à la bibliothèque de l'Arsenal ! Voici le programme :

L’histoire littéraire en mode mineur au XIXe siècle :
Le rôle des bibliophiles dans la promotion d’un panthéon alternatif

13/14 octobre 2016, BHVP / Bibliothèque de l’Arsenal

Jeudi 13 octobre, BHVP :
Matinée. Modalités de la collection de livres au XIXe siècle. Présidence Juliette Jestaz (BHVP).
9h : ouverture par Juliette Jestaz, responsable de la Réserve des imprimés et des manuscrits de la BHVP.
9h15 : Ève Netchine (Arsenal), « Une étude de commissaires-priseurs au service de la bibliophilie nouvelle : Jacques-Nicolas et Georges-Henri Boulland ».
9h45 : Pierre-Jean Dufief (Paris-Nanterre), « Octave Uzanne bibliophile et historien de la bibliophilie ».
10h15 : échanges et discussion.
10h30 : pause.
10h45 : Mathilde Bombart (Lyon III), « Livres à clef, lectures à clef, romans à clef : de la passion bibliophile à l’histoire littéraire ».
11h15 : Andrea de Pasquale (Bibliothèque Nationale Centrale de Rome), « Un regard au-delà des Alpes : histoire littéraire mineure et bibliophilie dans l’Italie du Nord (fin XVIIIe / XIXe siècles) ».
11h45 : échanges et discussion.
12h : pause-déjeuner.
Après-midi. Le culte du beau livre, entre texte et objet. Présidence José-Luis Diaz (Paris VII-Diderot).
14h : Magali Charreire (Montpellier III-Paul Valéry), « L’œuvre "Doré" du bibliophile Jacob ».
14h30 : Olivier Bessard-Banquy, (Michel de Montaigne-Bordeaux III), « Du luxe au semi-luxe ».
15h : échanges et discussion.
15h15 : pause.
15h30 : Nolwenn Pamart (Paris IV-Sorbonne), « Jean de Tinan ou la recherche de la légitimité par le beau livre ».
16h : Marine Le Bail (Toulouse II-Jean Jaurès), « La quête de la "condition d’origine" chez Charles Nodier : la condition d’une histoire littéraire des origines ? »
16h30 : échanges et discussion.
17h : présentation d’un choix de livres et de documents sur les bibliophiles du XIXe siècle par Juliette Jestaz.
18h : fin de la journée.

Vendredi 14 octobre, bibliothèque de l’Arsenal :
Matinée. Quand la bibliophilie incite à réécrire l’histoire littéraire. Présidence Marine Le Bail (UT2J-Arsenal).
9h15 : Raymond-Josué Seckel (BNF) : « Sade entre 1850 et 1910, début de reconnaissance ? ».
9h45 : Delphine Fayard (Wolfson College, université d’Oxford), « La notion de libertinage à l’aune des pratiques bibliophiliques du XIXe siècle ».
10h15 : échanges et discussion.
10h30 : pause.
10h45 : François Pic (Toulouse II-Jean Jaurès), « Des "livres en patois" à la "littérature occitane" : le rôle des bibliophiles dans la constitution d’un objet littéraire (XVIIIe/XXe siècles) ».
11h15 : José-Luis Diaz (Paris VII-Diderot), « Charles Asselineau face aux "minores" du romantisme ».
11h45 : échanges et discussion.
12h : pause-déjeuner.
Après-midi. Enjeux de l’édition bibliophilique. Présidence Claire Lesage (Arsenal).
13h30 : François Rouget (Queen’s University, Canada), « Prosper Blanchemain, bibliophile et éditeur des poètes de la Renaissance ».
14h : Julien Schuh et Anne-Christine Royère (Reims-Champagne), « Prosopographie des éditeurs bibliophiles (1870-1930) ».
14h30 : échanges et discussion.
14h45 : pause.
Chroniqueurs de la bibliophilie.
15h : Laurent Portes (BNF), « Eugène Le Senne (1846-1938), collectionneur de livres parisiens ».
15h30 : Jean-Didier Wagneur (BNF), « Hémérophilie : Firmin Maillard, un chiffonnier de la petite presse ».
16h : échanges et discussions.
16h15 : mot de conclusion par Olivier Bosc, directeur de la bibliothèque de l’Arsenal.
16h30 : fin des communications.
16h45-18h15 : table-ronde « La bibliophilie d’hier à aujourd’hui », présidée par Jean-Yves Mollier (Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines), avec Isabelle de Conihout (Christie’s), Éric Dussert (BNF), Nicolas Malais (Paris-Nanterre).
Chacune de ces deux journées s’accompagnera d’une exposition de pièces exceptionnelles sélectionnées parmi les fonds de la BHVP et de la Bibliothèque de l’Arsenal.

Inscription préalable obligatoire à l’adresse suivante :

colloque.bibliophilie.2016@gmail.com

Jeudi 13 octobre :

Salle des Commissions,
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris,
24 rue pavée, 75 004, Paris.
Accès métro Saint-Paul (ligne 1).

Vendredi 14 octobre :

Grand salon,
Bibliothèque de l’Arsenal,
1, rue de Sully, 75 004, Paris.
Accès métro Sully-Morland (ligne 7) ou Bastille (lignes 5, 1, 8).

samedi 3 septembre 2016

Rentrée littéraire : Jean Carriès, statuaire et céramiste. Textes de Judith Gautier, Robert de Montesquiou, Octave Uzanne et Henry Lapauze, réunis et édités par André Reynaud (juin 2016)


      Voici un livre que la rentrée littéraire déjà surchargée aura sans aucun doute oublié ... Le petit volume que j'ai eu le plaisir de recevoir ce matin fait partie de ces livres bien imprimés, joliment composés, de ces livres encore empreints des habitudes typographiques des siècles passés. On s'en réjouit !

      C'est à André Reynaud et sa maison d'édition Rumeur des Ages située à La Rochelle que nous devons la sortie de ce livre. C'est un volume in-8 (21 x 15 cm), broché (cahiers cousus) avec couverture à rabats. 86 pages bien imprimées sur beau papier vergé. On regrettera simplement que le tirage ne soit pas mentionné (pour les bibliophiles qui aiment bien savoir le nombre d'exemplaires qui a été imprimé ... coquetterie dirons certains ! point d'orgue diront d'autres !).


      L'éditeur donne en quatrième de couverture la présentation du contenu que je reprends ici :

      "Jean Carriès (1855-1894), traversa la fin du XIXe siècle comme un météore. Une quinzaine d'années ont suffi pour établir sa réputation de sculpteur, potier et céramiste exceptionnel. Ses recherches, sa pratique, hors des écoles et du strict respect des règles traditionnelles, le conduisirent à des réalisations surprenantes ; jusqu'à la mise en oeuvre d'une Porte monumentale - dont la maquette en plâtre, grandeur nature, fut un temps conservée au Petit Palais - qui contribua à ruiner sa santé précaire.
      Cinq textes, parmi beaucoup d'autres, écrits par quatre de ses amis, entre 1881 et 1910, témoignent, de différentes manières, de sa personnalité extraordinaire, du génie de son oeuvre."

      Les fanatiques d'Octave Uzanne doivent savoir que le texte d'Octave Uzanne présent dans ce volume avait paru pour la première fois dans la revue mensuelle Le Livre Moderne (Paris, Albert Quantin) au mois d'octobre 1897. Il a paru pour la deuxième fois dans notre recueil de critiques d'art par Octave Uzanne intitulé Quatorze sensations d'art signées Octave Uzanne rassemblées par Bertrand Hugonnard-Roche (Chez Bertrand Hugonnard-Roche, à Alise-Sainte-Reine, Novembre 2014). Cette redondance n'est pas pour nous déplaire ! Et Carriès et Uzanne en sortent grandis ou dirons nous, un peu moins oubliés.


      Souhaitons à André Reynaud d'autres aventures éditoriales de cette qualité ! Vous pourrez vous procurer ce volume en vous adressant directement à lui par email : rumeur.des.ages@wanadoo.fr ou par courrier postal à : Rumeur des Ages, 6, Rue des Templiers 17300 La Rochelle. Prix : 12 euros.

Bonne soirée,
Bertrand Hugonnard-Roche

samedi 25 juin 2016

Carte-lettre autographe de l'illustrateur Léon Lebègue à Joseph Uzanne, à propos d'une livraison de vin Mariani (4 septembre 1909).

Coll. part.

Paris 4 9bre 09 [4 septembre 1909] (*)

Mon cher ami


Je ne veux pas attendre notre prochaine entrevue pour vous remercier du fond du coeur de la gentille surprise que vous m'avez causé ce matin et pour vous exprimer surtout la gratitude de ma chère malade.

Nous attendions bien quelques flacons du précieux vin mais notre étonnement a été grand à l'irruption de toute une escouade. Vraiment M. Mariani et vous, nous gâtez trop.
Je ne puis que vous répéter merci avec tout ce que cette expression devenue si banale comporte d'élan affectueux et de sincérité reconnaissante.
Puisse ma chère femme trouver dans ces fioles les forces qui lui manquent, c'est la grâce que je "nous" souhaite.
A vous des deux mains en attendant vendredi.

L. Lebègue


(*) cette carte-lettre a été rédigée à l'encre noire sur carton blanc. En en-tête, Léon Lebègue (1863-1944) a dessiné une escouade de bouteilles de vin Mariani faisant irruption chez lui, bouteilles montées sur de frêles petites jambes. Léon Lebègue regardant cette scène surréaliste d'un air étonné et amusé. Léon Lebègue a illustré un ouvrage pour Octave Uzanne en 1898 (la Leçon bien apprise d'Anatole France, pour les Bibliophiles indépendants). Il a par ailleurs dessiné la carte de voeux pour Octave Uzanne pour cette même année 1898. Il a aussi dessiné une autre carte pour Octave Uzanne (sans date, Octave déjeune jeudi chez Sylvain). Cette même année 1898 il dessine et grave également à l"eau-forte une carte de voeux pour son frère Joseph. Léon Lebègue aura sa notice biographique insérée dans les Figures contemporaines Mariani pour l'année 1902.

lundi 6 juin 2016

Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne. Tome 151. Année 2013-2015/1., pp. 43 à 130. Par Bertrand Hugonnard-Roche, Octave Uzanne (1851-1931). Texte corrigé et augmenté de la conférence donnée à Auxerre au siège de la Société le dimanche 15 septembre 2013.

La Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne vient de publier son dernier Bulletin N°151 - Année 2013-2015/1. Il contient aux pages 43 à 130 le texte corrigé et augmenté de la conférence que j'ai donnée à Auxerre au siège de la Société le dimanche 15 septembre 2013. Cette conférence s'intitulait : "Octave Uzanne enfant d'Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite". Le titre est resté inchangé. De nouvelles découvertes ou précisions sont venues s'ajouter au texte initial pour former un corpus plus important et plus exact. Il n'a pas été fait (finalement) de tirage à part. Ce bulletin est distribué aux membres de la Société des Sciences de l'Yonne mais peut être acheté (dans la limite des stocks disponibles) en s'adressant au siège : 1, Rue Marie Noël, 89000 Auxerre. Personnellement je ne dispose, en tant qu'auteur, que de quelques exemplaires "grapillés" que je ne peux distribuer. Merci de votre compréhension. Je joins à cet article quelques photographies de la partie de ce Bulletin consacrée à Octave Uzanne. Si l'avenir est favorable, je mettrai en oeuvre l'impression d'un tiré à part dans les prochains mois.


Voici le détail des chapitres abordés dans cette conférence :


Présentation
Octave Uzanne bibliogaphe, auteur de livres documentaires
Octave Uzanne bibliophile
Octave Uzanne directeur de revue
Octave Uzanne voyageur
Octave Uzanne journaliste chroniqueur
Généalogie - Histoire familiale
Octave Uzanne et Auxerre
Quelques évocations auxerroises et icaunaises
Correspondance des frères Uzanne
La sépulture Uzanne-Chaulmet au cimetière Saint-Amâtre (Auxerre)
Les adresses auxerroises
Conclusion
Annexe : L'Amour aux champs


Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne. Tome 151. Année 2013-2015/1. Bertrand Hugonnard-Roche, Octave Uzanne (1851-1931). Enfant d'Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite, pp. 43 à 130. Ce Bulletin contient trois autres textes fort intéressants : Pierre Glazal, "Bonnes fontaines" et folklore des eaux dans l'Yonne : méthodologie de l'inventaire (pp. 7 à 42) ; Camille Pellet, Le combat de Chastenay (Yonne) : 19 août 1944, pp. 131 à 180 ; Gérard Savéan, Espèces rares ou assez rares vue en 2013, pp. 181 à 190.









vendredi 3 juin 2016

Le Cauchemar d'un Bibliophile, eau-forte par Albert Robida pour Octave Uzanne et ... avec Octave Uzanne !!


Eau-forte originale tirée en noir avec marges symphoniques en bistre,
par Albert Robida. Tirée soit en 1890, soit en 1894,
avec le portrait d'Octave Uzanne au centre qui remplace
celui du bibliophile épouvanté.
Cette eau-forte très rare a certainement été tirée à 25 exemplaires seulement ?


      Celles et ceux qui suivent d'un peu près l'actualité Uzannienne savent, parce que je l'ai déjà écrit ici ou là, qu'Octave Uzanne avait un point commun avec le cinéaste Alfred Hitchcock. Comme chacun sait, le réalisateur anglais aimait à se voir passer une fraction de seconde dans le champs de ses caméras au sein même de ses films. Coquetterie d'artiste ou bien ego surdimensionné ? Je laisse à chacun son opinion. Octave Uzanne avait cette même coquetterie. Le cinéma en étant à ses balbutiements, c'est donc dans les illustrations de ses livres qu'il faut le chercher.
      On sait déjà qu'Octave Uzanne aimait à se voir grimé en satire ou en faune pervers courant derrière gente damoiselle effarouchée (voir notre article à ce sujet). Mais c'est la découverte toute récente d'un document qui nous a mis sous les yeux cette nouvelle démonstration portraitisation sans équivoque.
      En 2012 je vous avais parlé d'une jolie estampe par Albert Robida et intitulée Cauchemar d'un Bibliophile. Elle avait été publiée dans le premier tome de la revue Le Livre Moderne (premier semestre 1890). Dans les exemplaires imprimés sur papier vergé de cette jolie revue artistique, on trouvait une belle eau-forte tirée dans les tons de bleu/vert/noir. Dans les exemplaires de luxe tirés sur Japon ou sur Whatman on trouvait la même estampe avec un état en plus : eau-forte non terminée (état de pointe sèche). Mais l'état que je vous pouvez admirer ci-dessus est déjà beaucoup plus difficile à trouver. D'ailleurs jusqu'à ce jour je ne l'avais pas trouvé, je ne savais même pas qu'il existait. J'aurais pourtant dû le savoir, mais j'avoue être passé à côté.
      L'eau-forte que vous pouvez admirer ci-dessus est tirée en noir avec ce qu'on appelle des marges symphoniques. Félix Buhot eut lui-même pour habitude de graver de telles marges entièrement ornées de petits sujets en rapport (plus ou moins) avec le dessin central (pour les Zigzags d'un Curieux du même Octave Uzanne, 1888). Albert Robida nous en donne ici un exemple similaire. Ici les marges symphoniques sont tirées en bistre, ce qui ajoute à l'esthétique de l'ensemble. D'où provient ce tirage de luxe sur un beau papier Japon ancien s'il ne provient pas des exemplaires de luxe du Livre Moderne ? C'est dans le catalogue de Quelques-uns des Livres contemporains d'un écrivain et bibliophile parisien (Octave Uzanne) qu'il faut aller chercher la réponse. Cette première vente Uzanne s'est déroulée à Paris les 2 et 3 mars 1894. Nous en avons longuement déjà parlé sur ce blog. C'est à la justification du tirage qu'il faut nous intéresser. Ce catalogue a été tiré à 1000 exemplaires distribués aux amateurs, 100 exemplaires tirés sur papier mauve vélin, filigrané de pervenches et numérotés avec un frontispice à l'eau-forte de Robida, et 25 exemplaires sur vieux Japon feutre très rare, avec signature d'Octave Uzanne, frontispice du Bibliophile, portrait ex-libris. Ces derniers 125 exemplaires, uniquement distribués en souscription sont rares. Il m'a été donné une seule fois la possibilité d'en acquérir 1 des 25 exemplaires sur Japon feutre aux enchères, mais je n'ai pu l'obtenir, et donc l'examiner.
      Quid ? D'après ce que nous avons trouvé dans les archives insondables de Google, il semblerait que le tirage ci-dessus (également sur Japon feutre ancien) corresponde au frontispice décrit dans le justificatif du catalogue de 1894, soit uniquement pour les 25 Japon feutre soit pour l'ensemble des 125 exemplaires en souscription. Quoi qu'il en soit le tirage a dû être très restreint, vraisemblablement 25 ou 125 exemplaires.
      Mais, ne remarquez vous rien en regardant l'état définitif publié dans Le Livre Moderne présenté ci-dessous ? Regardez bien ! Plus près ! ...
      Oui ! Voilà ! Vous avez trouvé ! Le Bibliophile épouvanté par son cauchemar, vieux bibliophile ébouriffé dans l'état définitif de la gravure, est remplacé dans l'épreuve de luxe avec marges symphoniques (ci-dessus) par ... Octave Uzanne lui-même ! On reconnaît sans mal sa coiffure frisée à la Richepin et sa barbe fournie. CQFD ! Uzanne, Hitchcock, même combat. Se voir représenté dans ses œuvres. Une manière en quelque sorte pour laisser une trace indélébile à ceux qui savent voir. Clin d’œil, coquetterie d'esthète. Albert Robida a été le complice certainement amusé de cette facétie d'auteur et d'artiste.


Eau-forte ci-dessus, détail.
Octave Uzanne faisant son cauchemar ...


      S'il s'agit sans aucun doute possible du même cuivre qui a été habilement retouché par Robida. Quand ? Est-ce en 1890 au moment de l'édition des premières livraisons du Livre Moderne ? ou bien est-ce seulement vers le début de 1894, soit 4 ans plus tard, à l'approche de la première vente Uzanne que l'artiste a décidé sur la directive du Bibliophile-Uzanne de faire cette retouche sur le cuivre ? Nous ne savons pas.
      Quoi qu'il en soit cet état, pour ne l'avoir jamais rencontré avant ce jour malgré toutes nos recherches, est des plus rares. Et le trouver sans le chercher fut une belle surprise. Parfois les rêves se transforment en cauchemar, parfois l'inverse.


Eau-forte ci-dessous, détail.
Le Bibliophile faisant un cauchemar ... ici ce n'est plus Octave Uzanne mais
un vieux bonhomme à la barbe et aux cheveux hirsutes !


      A lire également notre article sur cette estampe publiée dans le Livre Moderne : L'incendie de la bibliothèque Osborne inspire Albert Robida (1890) pour la revue Le Livre Moderne fondée et dirigée par Octave Uzanne.

Bertrand Hugonnard-Roche


eau-forte par Albert Robida,
état définitif paru dans Le Livre Moderne en 1890

vendredi 13 mai 2016

Octave Uzanne et le Roman Moderne (25 mars 1877). Vues sur l'Assommoir d'Emile Zola et la Fille Elisa d'Edmond de Goncourt.

      
      Octave Uzanne publie cette critique dans la livraison d'avril 1877 du Conseiller du Bibliophile. Il dresse un petit bilan critique de la littérature romanesque de la première moitié du XIXe siècle et s'attarde sur les nouveaux venus du réalisme que sont Zola et les Frères Goncourt. Pour une fois Octave Uzanne est indulgent et même complaisant avec Zola et son Assommoir (*). Il est moins tendre avec Edmond de Goncourt pour sa Fille Élisa (**). Octave Uzanne n'a que 26 ans au moment où il rédige cette critique lucide et cinglante.

Bertrand Hugonnard-Roche


(*) L'Assommoir paraît pour la première fois en feuilleton dans Le Bien Public en 1876. Il sort en volume chez le libraire éditeur Charpentier en 1877. C'est le septième volume des Rougon-Macquart.

(**) La fille Elisa paraît chez Charpentier la même année 1877.


LE ROMAN MODERNE (***)

      Vous achetiez un roman, il y a quelque  vingt ans, Monsieur, et tout heureux de votre emplette signée d'un nom aimé, vous vous preniez à lire, — les pieds sur les chenets, — les vigoureuses aventures d'un d'Artagnan quelconque, d'un héros cambré, souple et fort comme l'acier de sa lame, qui vous menait bon train, à travers mille casse-cous, au chapitre final, où triomphait sa cause.
      C'était par une belle matinée de mai, de septembre ou d'octobre ; le ciel était pur ou nuageux, l'air tiède ou vif, les feuilles d'un vert tendre ou d'un chaud orangé, peu importe ; en deux temps, vous aviez lié connaissance avec votre homme, détaillé vivement sa mise, conçu votre sympathie, et, avec toute la simplicité de votre belle âme de lecteur, — vous vous intéressiez à ce beau jeune premier que vous veniez d'entrevoir et que vous ne deviez plus quitter qu'à la fin de ses peines.
      Que de galantes intrigues ! Quelles joyeuses équipées ! Vous en souvenez-vous ?
      Arquebusades et coups de rapière ! Tout votre sang français bouillait ; vous entriez dans la peau de l'Amadis ; bataillant, intriguant, faisant l'amour, vous couriez avec lui de tous côtés, et terriblement essoufflé, c'est à peine si vous preniez un léger repos, à la dernière ligne d'un émouvant chapitre. — Et vous, chère Madame, que de charmantes soirées vous passiez sous la lampe, ou chastement pelotonnée dans le douillet repos du lit ! Vous parcouriez fiévreusement le gros roman du jour, laissant sommeiller Monsieur votre mari ; et votre petit cœur battait bien fort, bien fort, lorsque le héros, au coin d'un carrefour sombre, luttait vaillamment contre une bande de vilains coupe-jarrets.

II

      Ces émotions, ces courses échevelées en plein air, ces voyages de l'un à l'autre pôle, le roman de cape et d'épée, — qui résume tout cela, — le roman d'aventures a définitivement vécu. Dumas père et tutti quanti ne font plus les délices que des commis voyageurs, des portières ou des rares grisettes (I), aussi rares elles-mêmes que les carlins. Le roman intime fait aujourd'hui nos délices. — Notre époque veut du réel ; l'optique est émoussée, nous prenons une loupe , notre toucher est affaibli, notre main saisit un scalpel ; nous anatomisons. Le roman est devenu une école pratique, nous y étalons les belles horreurs, les cas pathologiques les plus bizarres ; nous indiquons les chloroses et les pustules sociales. Nous ne sommes plus en gondole à Venise, nous nous promenons, en radeau, dans les égouts des villes.

III

      Eh ! mon Dieu, nous n'avons pas tort, nous en sommes arrivés là graduellement, sans y prendre garde ; notre époque littéraire, si féconde, avait blasé nos sens ; notre goût est devenu un petit Néron, difficile à satisfaire. Il nous fallait du nouveau, des choses fortes, odorantes. Nos meilleurs auteurs essayent de nous servir. Les romanciers sont devenus des analystes du plus grand talent ; ils ont mis le tablier blanc, se sont munis de tous les instruments de chirurgie, et nous voilà suivant leur cours avec intérêt. Nous voyons les ulcères de la vie, c'est vrai, mais le musée Dupuytren a bien aussi ses charmes ; et il faut avouer que l'hôpital, les faits divers et les tribunaux moralisent peut-être plus sûrement les masses que les pillules du docteur Labruyère ou les panacées du pharmacien Montaigne.

IV

      Voulez-vous que nous cherchions les causes de la phase littéraire que nous traversons et que nous regardions l'instigateur et son école ? Soit, j'indiquerai donc tout de suite : « Byron et le byronnisme. »
      Ce n'est pas trop un paradoxe, comme vous allez le voir. Nous sommes en 183o ; — la littérature classique est moribonde, le romantisme vient de naître et fait déjà des effets de torse et montre son biceps ; un instant indécis, les Jeunes-France se divisent en deux camps. Dans l'un la force domine ; on y cultive la plastique, la ligne, la couleur, la fooorme. Dans l'autre, la lecture de Byron a sentimentalisé les cœurs, les idylles maladives germent dans les cerveaux, le spleen bruine dans l'âme, on larmoie les amours défuntes ou les ambitions déçues ; Lamartine sanglote sur le lac du Bourget, Musset empoisonne le beau Rolla, de Vigny suicide Chatterton sur le théâtre.
      Une partie du public se laisse aller à cet abandon de soi- même. Il devient exquis, distingué, de suprême bon ton de se faire voir blême et verdâtre de teint ; les amants malheureux se noient dans leurs larmes, les couturières, par douzaines, allument des réchauds ; une douce folie se répand partout ; seul le bourgeois inconscient regarde sans comprendre.

V

      Une réaction était nécessaire, l'idéalisme prenait des proportions inquiétantes pour la santé des esprits, toutes les cervelles étaient parties au diable, dans l'aérostat de la pensée. Il fallait ramener le public au réel, à la vérité, aux choses dignes des larmes ; il était utile de le déféminiser, de lui montrer, en l'intéressant, la vie rude, nerveuse, aride, dans ses manifestations de chaque jour, dans ses luttes, dans ses drames du grand monde ; de lui faire palper les tristesses de la bourgeoisie et les misères des bas-fonds de la société. — « Assez de byronnisme, trêve aux jérémiades et aux variations en mineur sur les amours personnelles ; ne distillons plus ce miel affadissant, versons quelques gouttes d'absinthe dans nos œuvres : » — tel fut le raisonnement d'une nouvelle école, qui semble commencer à Balzac, pour se continuer par MM. de Goncourt, Daudet et Zola.
      Balzac, cet Hercule puissant de la littérature moderne, doit être considéré comme le premier maître du réalisme, de ce réalisme sobre, correct, distingué ; de ce réalisme qui met encore des gants et qui flâne, monocle dans l’œil, au milieu des salons les plus mélangés. Toute une époque défile sous ses yeux, il la fixe magistralement dans ses immortels chefs-d'oeuvre. Mais il restait à glaner sur ses timidités, sur les choses qu'il n'a pas osé décrire, sur ses craintes, ses pudeurs, ses délicatesses ; c'est là précisément ce que font aujourd'hui ses successeurs.
      Les héritiers directs de l'auteur de la Comédie humaine se montrèrent plus hardis, mais avec certaines réticences. Les Champfleury, les Delvau, les Baudelaire, les Duranty et autres explorèrent les coins de la vie réelle non encore décrits. On vit alors, pour la première fois, ces peintures crayeuses des barrières de Paris, ces types bouffons des petites villes de province, ces croquis bizarres d'ateliers d'artiste, cet argot pittoresque des différents milieux parisiens, cette photographie littéraire, pour tout dire, qui rend exactement l'impression des choses vues et étudiées minutieusement.

VI

      Avec Gustave Flaubert et Madame Bovary, se dessine dans sa véritable incarnation le Roman moderne : c'est de ce chef-d'oeuvre, à la fois lumineux de réalité, saisissant et osé, que prennent source les productions remarquables si discutées aujourd'hui.
      Flaubert a créé un genre, qui tâtonnait et se cherchait avant lui.
      Après Madame Bovary, on voit apparaître la Fanny de Feydeau, l'Affaire Clémenceau de Dumas fils et une foule d’œuvres justement célèbres, signées des noms les plus connus.
      Edmond et Jules de Goncourt spécialisent le genre, dans cette admirable série d'études qui commencent à franchir le cercle restreint, mais artistique, où leur immense talent fut apprécié et admiré dès l'origine. Puis vient Zola, qui se cantonne au milieu de l'époque impériale, de 1852 à 1870, et qui, avec une vigueur géniale, nous en trace les types les mieux accusés.
      Nous pourrions parler d'Alphonse Daudet, dont les premières manifestations personnelles, nous ont présenté des œuvres du plus grand mérite : mais dans cette étude au courant de la plume, nous laisserons de côté MM. Daudet. Ferdinand Fabre, Tourgueneff, Cladel, etc., pour jeter un léger coup d'oeil sur l'Assommoir de M. É. Zola, et sur la Fille Elisa de M. Edmond de Goncourt, — les deux romans à sensation du jour.

VII

      Que n'a-t-on pas dit et écrit sur l'Assommoir ? Jamais roman depuis longtemps n'avait passionné à ce point le public : c'est monstrueux, disent les uns ; admirable, ripostent les autres ! Dans tout ce tumulte où chacun a donné son opinion, le Conseiller du Bibliophile, par l'organe d'un de ses fidèles collaborateurs, peut bien, il nous semble, insinuer son avis. Nous dirons donc que l'Assommoir est une oeuvre saisissante, traitée avec une conscience du vrai, un sentiment humain remarquables. — Il est évident que c'est une production forte, accentuée, vigoureusement traitée et non destinée au boudoir d'une femme qui a des faiblesses, ou à la bibliothèque anodine des jeunes gens musqués ; sur la couverture on eût pu imprimer, comme sur certains volumes du XVIIIe siècle : — La mère en interdira la lecture à sa fille ; — mais nous croyons nous adresser à des lecteurs auxquels l'odeur de la moutarde ou des piments ne donne pas de nausées, et, nous le répétons, le livre de M. Zola est non- seulement digne des œuvres qui l'ont précédé, mais encore les surpasse et se renferme dans une forme distincte, qui fait de l'Assommoir l'étude la plus curieuse qui ait vu le jour depuis une vingtaine d'années.

VIII

      Malgré l'admiration que nous avons professée jusqu'ici pour le style et la manière de MM. de Goncourt, nous avouerons franchement le sentiment de tristesse et d’écœurement que vient de nous laisser la lecture de la Fille Elisa. — Il y a évidemment dans ce volume un grand mérite d'observation et de recherches, mais cela est appliqué à un sujet sans intérêt puissant et sans but moral.
      L'oeuvre, dans son ensemble, est malsaine et ne prouve rien ; ce n'est qu'une flânerie enfiévrée dans les bouges les plus immondes, où l'odeur acre des pipes se mêle à la fermentation de la bière et aux parfums éventés des filles de maisons ; c'est une étude in animâ vili sur des créatures aux chairs grasses et flasques qui croupissent dans un avachissement inconscient ; le sens moral ne se repose sur aucun être qui fasse contraste, et le lecteur suit la fille Elisa dans sa prostitution et dans sa détention, sans que rien ne vienne y jeter une lueur d'honnêteté et de sympathie.
      Nous n'ignorons pas que M. de Goncourt a voulu soutenir une thèse ; mais il a un peu trop oublié que cette thèse était à l'usage des gens du monde, et que les légistes, — que vise peut-être son roman, — préféreront toujours les travaux des Parent-Duchâtelet à l'étude la mieux conduite d'un romancier, quel que soit son talent.


OCTAVE UZANNE.

Paris, 25 mars 1877.



(I) .... et de votre directeur, ne vous en déplaise, mon cher collaborateur. — C. G. (pour Camille Grellet qui a dû ajouter cette note à la lecture du papier livré par Octave Uzanne).

(***) pp. 8-14, in Le Conseiller du Bibliophile, deuxième année, 1877.

mercredi 2 mars 2016

Exemplaire remarquable : Parisiennes de ce temps en leurs divers milieux, états et conditions. Etudes pour servir à l'histoire des femmes, de la société, de la galanterie française, des mœurs contemporaines et de l’égoïsme masculin. Ménagères, ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, artistes et comédiennes, par Octave Uzanne. Billet autographe de Remy de Gourmont relatif à la sortie de cet ouvrage. 1 des 12 exemplaires de luxe sur papier de Hollande. Rare. Très bel exemplaire relié à l'époque.


Octave UZANNE

PARISIENNES DE CE TEMPS en leurs divers milieux, états et conditions. Etudes pour servir à l'histoire des femmes, de la société, de la galanterie française, des mœurs contemporaines et de l’égoïsme masculin. Ménagères, ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, artistes et comédiennes.

Paris, Mercure de France, 1910

1 volume in-8 (24 x 17,5 cm) de 483-(1) pages.

Reliure de l'époque demi-chagrin bleu-vert, dos lisse richement orné aux petits fers dorés, tête dorée, filet doré sur les plats, à toutes marges, couvertures imprimés conservées (les deux plats et le dos, parfaitement conservés). Reliure signée Dervois. Excellent état, légers frottements. Intérieur immaculé.



ÉDITION EN PARTIE ORIGINALE.

RARE TIRAGE DE LUXE SUR PAPIER DE HOLLANDE (12 EXEMPLAIRES) UNIQUE GRAND PAPIER.

EXEMPLAIRE ENRICHI D'UN BILLET AUTOGRAPHE DE REMY DE GOURMONT A PROPOS DE CET OUVRAGE.



Octave Uzanne décrit lui-même ce livre comme de "noires sociologies de Paris - Pays noir - de la femme.". (envoi autographe dans un autre exemplaire de ce livre).

Cet ouvrage a paru pour la première fois en 1894 sous le titre La femme à Paris, Nos contemporaines (édition de luxe illustrée par Pierre Vidal et publiée à petit nombre chez l'Ancienne Maison Quantin). Octave Uzanne se souvient, encore une fois dans un envoi autographe qu'il signe quelques jours seulement avant de mourir : "Ces Parisiennes qui furent mes contemporaines et qui s'enfoncent dans ce gouffre du passé que l'oubli recouvre.".

Remy de Gourmont, son ami, publiera une élogieuse critique dans ses Promenades littéraires (Quatrième série, 1912). Il écrit : "L'ouvrage qu'il réédite aujourd'hui est, au contraire, du genre suivi, de ceux qui ont un commencement et une fin et forment un tout parfaitement complet. Il date évidemment d'une période de la vie de l'auteur où il jouissait d'une grande stabilité d'esprit, car c'est faire preuve d'une singulière persévérance que d'étudier, un à un, tous les types de cet être multiforme que l'on nomme la Parisienne. La voilà selon tous ses états, selon tous ses contrastes, depuis la grande dame jusqu'à la balayeuse des rues. Vouloir donner une juste idée de ce livre en quelques lignes serait fort présomptueux. C'est un tableau du Paris d'aujourd'hui et presque complet, quoiqu'il n'étudie que la femme, car on ne peut parler d'un sexe sans laisser entrevoir l'autre. Quels que soient non métier ou sa profession, la femme est femme avant tout et c'est ce qui donne de l'unité à cette enquête nécessairement fragmentée. Un professeur et un employé de commerce forment deux types sociaux parfaitement distincts ; entre la jolie institutrice et la jolie vendeuse, Don Juan ne fait pas de différence, et le point de vue de Don Juan sera toujours un peu celui de l'observateur le plus désintéressé. Tout livre de ce genre sera donc moins une étude sur les métiers exercés par les femmes que sur les femmes qui exercent des métiers, et c'est ce qui en fait, en dehors de tout autre point de vue, l'agrément. Y-a-t-il un type de la Parisienne ? Cela n'est plus bien certain. La facilité avec laquelle la provinciale, l'étrangère même, prennent les différents aspects de la Parisienne donne à réfléchir. De plus, la plupart des Parisiennes ne sont pas nées à Paris, où beaucoup d'indigènes n'ont aucune des qualités que l'on reconnait généralement à cette catégorie de Françaises. Je crois qu'il y a des Parisiennes dans toutes les villes et surtout les grandes villes de France, ou, si elles n'en sont pas encore, elles peuvent le devenir en une saison. Peut-être que ce qui caractérise le mieux la Parisienne, c'est sa manière de comprendre et de sentir l'amour, mais cela tient à la grande liberté de sa vie, au peu de jalousie des hommes qui sentent l'impuissance de leur attention dans cette immense fourmilière. Cette confiance est d'ailleurs la meilleure tactique. Attaquée de trop de côtés à la fois, la Parisienne passe sa vie à parler de l'amour, bien plus qu'à le pratiquer. Au reste, il y a bien des sortes de Parisiennes et il est naturellement d'elles comme des femmes en général : tout ce qu'on en dit est à la fois vrai et faux, juste et injuste. Le livre d'Uzanne, écrit à un point de vue purement objectif, ne mérite pas ce reproche ; précis dans son observation, il est équitable dans son jugement philosophique. Veut-on le titre complet de l'ouvrage ? C'est presque une analyse : « Etudes de sociologie féminine. Parisiennes de ce temps en leurs divers milieux, états et conditions. » Etudes pour savoir « l'histoire des femmes, de la société de la galanterie française, des moeurs contemporaines et de l'égoïsme masculin. Ménagères, ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, artistes et comédiennes. » Cela a une petite senteur dix-huitième siècle qui n'est pas désagréable et ne gâte rien. On pense à Sébastien Mercier et à Restif de la Bretonne, et on n'a pas tort. C'est entre ces deux grands observateurs des moeurs françaises et du coeur humain que se place naturellement Octave Uzanne."

Le volume sort des presses de Ch. Colin (Mayenne) le 15 août 1910. Le 11 octobre 1910 Remy de Gourmont écrit à Octave Uzanne ce petit billet sympathique : "Cher confrère et ami, J'envoie demain à la Dépêche un article intitulé Octave Uzanne. C'est vous dire combien j'ai goûté les Parisiennes. J'en profite pour tenter une légère esquisse de l'auteur. Meilleurs compliments et mille amitiés, Remy de Gourmont." (billet joint à ce volume).



Provenance : Coll. L. C. (avec initiales dorées au bas du dos, non identifiées) ; Coll. B.H.-R., avec monogramme à la plume.

BEL EXEMPLAIRE FINEMENT RELIÉ A L'ÉPOQUE DU RARE TIRAGE DE TÊTE, AVEC BILLET AUTOGRAPHE DE REMY DE GOURMONT ADRESSÉ A L'AUTEUR.

En vente à la Librairie L'amour qui bouquine (2 mars 2016)

jeudi 21 janvier 2016

Octave Uzanne cité dans un billet autographe de Maurice Maeterlinck (1er avril 1923)


[Papier à en-tête : LES ABEILLES, Avenue des Beaumettes, Nice] (*)

1er avril 1923

Monsieur,
"Marie Magdeleine" fut écrite aux "Quatre chemins", à Grasse, et les "Marécages" dont parle le billet à Uzanne (il bazarde donc ses autographes ?) doivent faire allusion aux répétitions de la pièce qui fut crée au Casino Municipal de Nice.
Mille remerciements pour les choses très aimables que vous voulez bien me dire, et veuillez agréer l'expression de mes sentiments dévoués.

Maeterlinck


(*) Billet autographe de Maurice Maeterlinck à un "Monsieur", mis en vente sur Ebay par la Librairie Mathias Gautelier (21 janvier 2016).

mercredi 20 janvier 2016

Lettre d'Octave Uzanne à son frère Joseph (hiver 1907). Octave Uzanne et ses "heures de dépression, cette sale maladie protéiforme et perfide".


Ce samedi. (1)

Mon chéri (2),
Ma grippe va bien mieux ; j’ai pu sortir dix minutes hier – j’ai des heures de dépression, car cette sale maladie est protéiforme et perfide, mais somme toute, je crois bien que j’en serais délivré vivement.
Je voudrais reprendre des forces pour tout ce que j’ai à faire avant de filer à St Raphaël et j’ai tant de papiers à classer et ranger !
Ces ciels gris, même pluvieux, ne me déplaisent pas ici ; je les crois moins malsains que ce temps anormal des jours derniers – je suis heureux ici d’être indépendant et solitaire – mais quelle difficulté pour le rester – que de lettres pour j’espère avoir de tes bonnes nouvelles – je t’embrasse tendrement.

Octave

(1) Lettre non datée probablement écrite durant l'hiver 1907.
(2) Lettre adressée à son frère Joseph Uzanne (1850-1937). Archives de l'Yonne, Fonds Y. Christ cote 1 J 780.

jeudi 14 janvier 2016

Lettre autographe d'Octave Uzanne à Renée Dunan (20 mars 1925) "Un sympathique shake hand à celle qui éveilla ma curiosité par une vague omniscience peu accessible à ses consœurs et que j'ai baptisée, en moi et pour moi "Pica de la Mirandolina".



Photo Etude Delvaux, Paris



Ce 20 III 25 [20 mars 1925] (1)

La magicienne "Passionnante" (2) et le prix Lacombyne (3) viennent d'être couchés à l'orée de ma valise de vieux vagabond. Ils vont voyager avec moi "sous le ciel bleu de l'Espagne", comme dit une romance bête à pleurer, et je les lirai Tras los montes (4), n'ayant pu, jusqu'ici, que flirter avec ces textes fort bien imprimés par Paillard et Couloumat, les moins médiocres typographes de ce temps saboteur -
Je vais passer quelques jours à Séville, avant que les Cook's travellers ne la déshonorent de leur sottise encombrante, aux jours de Semaine Sainte - C'est une des cités soleillées où j'aime encore me donner des rendez-vous, comme aux heures de ma jeunesse morte, qui ne valait peut-être pas l'âge heureux de ma sérénité hivernale -
Ce mot vous remercie de cet envoi qui me permettra de vous situer dans le monde où l'on écrit, et de vous faire surgir dans mon esprit, telle que je saurai vous dégager des contextes de vos deux bouquins.
Je crois vain de vous écrire. Vous devez, avec raison, vous soucier comme d'une guigne, de mes éloges ou conseils critiques, et je suis peu enclin aux compliments, qui s'apparentent aux niaiseries des politesses courantes. Dans notre société, "Asini asinos fricant" (5), parce que les prurits vaniteux les poussent à cet étrillage - nous pouvons nous en dispenser -
Un sympathique shake hand à celle qui éveilla ma curiosité par une vague omniscience peu accessible à ses consœurs et que j'ai baptisée, en moi et pour moi "Pica de la Mirandolina" (6) -

Votre macrobite antédiluvien -
Octave Uzanne

Si vous deviez m'écrire -
mes courriers suivent
mes errances - 



P.S. Je reçois votre mot - merci pour Rappel et Lanterne (6) que tâcherai d'avoir en route, sinon vous les demanderai au retour -


(1) Octave Uzanne est âgé de 74 ans. Sa santé n'est plus au beau fixe depuis déjà plusieurs années. Ses voyages se font moins fréquents. On voit par cette lettre qu'il continue néanmoins à parcourir l'Europe dans les villes qu'il affectionne. Cette lettre a été vendue dernièrement (2015) aux enchères publicques dans un lot d'autographes.
(2) Baal ou la magicienne passionnée. La première édition est parue chez Edgar Malfère, en 1924, dans la collection Bibliothèque du Hérisson. La nouvelle "Paramirum" est à l'origine de ce roman. Elle fut entièrement retravaillée, puis complétée par d'autres textes, avant de devenir "Baal ou la magicienne passionnée". Source : http://reneedunan.over-blog.com/2015/05/renee-dunan-baal-ou-la-magicienne-passionnee-apex-1995.html 
(3) "Le Prix Lacombyne", signé Renée Dunan, fut publié par les éditions Mornay en 1924. Il existe en deux versions : une édition "ordinaire", ainsi qu'une édition "luxe" numérotée. Ce roman serait un message envoyé aux membres de l'académie Goncourt qui ne lui ont pas accordé le prix Goncourt en 1922. Plus généralement, Renée Dunan vise les prix littéraires. Renée Dunan évoque son ouvrage, dans La Pensée française du 14 avril 1924 : "Je ne parle pas, toutefois de Mornay, éditeur spirituel et artiste, qui n'aura, sous peu, point honte de lancer à haut prix un Prix Lacombyne, dont je suis l'auteur estimable et dont la préface (d'Académie Française, ma foi !) aura peut-être la chance de justifier, à tout le moins, le choix des parchemins et le principat des vétures." Source : http://reneedunan.over-blog.com/2014/12/renee-dunan-le-prix-lacombyne-mornay-1924-velin-de-rives.html 
(4) Allusion au texte de Théophile Gautier, Voyage en Espagne, sous-titré Tras los montes (derrière les montagnes).
(5) "Asini Asinos fricant" ou encore Asinus asinum fricat (L’âne frotte l’âne, c’est-à-dire : les imbéciles se congratulent ou les ânes se frottent entre eux) est une sentence latine que l'on retrouve dans la littérature (. Octave Uzanne en use pour montrer combien sont vaines ces courbettes d'entre-soi dans le monde des lettres. En résumé, Octave Uzanne n'a pas envie d'user de flatterie envers Renée Dunan qu'il estime sans pour autant bien la connaître comme l'indique le contenu général de cette lettre.
(6) Allusion à Pic de la Mirandole (Giovanni Pico Della Mirandola), savant, philosophe et théologien italien du XVe siècle. Cet homme fut connu pour son érudition immense et déployée dans de nombreux domaines du savoir. C'est un beau compliment adressé à Renée Dunan.

jeudi 7 janvier 2016

Exemplaire remarquable : Les Moeurs secrètes du XVIIIe siècle publiées par Octave Uzanne, avec préface, notes et index (1883). Compositions de Paul Avril (avec dessins originaux). Exemplaire de la bibliothèque d'Octave Uzanne luxueusement relié en maroquin par Victor Champs. Exemplaire unique.


Octave UZANNE - Paul AVRIL, illustrateur - Victor CHAMPS, relieur

LES MŒURS SECRÈTES DU XVIIIe SIÈCLE publiées par Octave Uzanne, avec préface, notes et index.

Paris, A. Quantin, 1883

1 volume grand in-8 (26 x 18 cm), XVII-300-(1) pages. Frontispice gravé à l'eau-forte en camaïeu deux teintes (ici en exceptionnellement en 14 états successifs plus le dessin original), vignette d'en-tête (ici en exceptionnellement en 5 états plus le dessin original), par Paul Avril.

Reliure plein maroquin bleu pétrole, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés à la façon du XVIIIe siècle (fer à l'oiseau), plats encadrés d'un triple-filet doré, double-filet doré sur les coupes, large encadrement intérieur de maroquin richement orné de filets et roulettes dorés, doublure et gardes de moire rose, tranches dorées sur marbrure, couvertures imprimées conservées. Excellent état de l'ensemble. Quelques très légers frottements. Intérieur immaculé. (reliure de l'époque signée CHAMPS pour Victor Champs).



ÉDITION ORIGINALE.

TIRAGE A PETIT NOMBRE ET 100 EXEMPLAIRES DE LUXE.

CELUI-CI, EXEMPLAIRE UNIQUE CONFECTIONNÉ PAR LE PUBLICATEUR OCTAVE UZANNE POUR LUI-MÊME.



EXEMPLAIRE SUR PAPIER WHATMAN COMPRENANT :

- 14 états successifs du frontispice
- Dessin original du frontispice par Paul Avril (lavis d'encre de Chine)
- 5 états de la vignette d'en-tête
- Dessin original de la vignette d'en-tête par Paul Avril (lavis d'encre de Chine)
- Signature et justification autographe par Octave Uzanne



Ce volume contient les textes suivants : Sur les foires, sur les spectacles forains, anecdotes curieuses et plaisantes - Confession d'une jeune fille - Suite et fin de la confession d'une jeune fille - Apologie de la secte anandryne, exhortation à une jeune tribade, par Mlle Raucourt, prononcée le 28 mars 1778 - Sur la dame Gourdan, sur une femme de condition arrêtée chez elle ; procès singulier à cette occasion, anecdotes, etc - Du Vauxhall d'été, du Vauxhall d'hiver ; de celui des nouveaux boulevards ; de la fête de M. l'Ambassadeur de Sardaigne ; du Colisée ; des promenades nocturnes du Palais-Royal ; Courtisane singulière admirée chez Torré, etc. Sur la maison de Mme Gourdan et sur les diverses curiosités qui s'y trouvent - Oraison funèbre de Justine Pâris, grande prêtresse de Cythère, Paphos, Amathonte, etc., prononcée le 14 novembre 1773, par Mme Gourdan, sa coadjutrice, en présence de toutes les nymphes de Vénus - Sur la scène française, sur les acteurs et les actrices, sur les querelles des auteurs dramatiques avec eux, sur la tragédie de Gabrielle de Vergy ; sur son auteur - Sur l'Opéra, révolution arrivée à ce spectacle ; épître dédicatoire à une fameuse courtisane - Sur les conversations du jour de l'an, chez Mme du Deffant (1777). Anecdotes et Historiettes - Sur le Journal
des Théâtres, sur son auteur, sur son procès, pièces de littérature rejetées de ce journal et qui méritent d'être connues et conservées - Historique du spécifique du docteur de Préval, suite et jugement de son procès - Sur un procès plaidé avec un éclat sans exemple, plaidoyers pour et contre, jugement. - Index.



Dessin original
(lavis d'encre de Chine signé Paul Avril)


Achevé d'imprimer le 27 avril 1883, ce volume est le dernier des quatre qu'Octave Uzanne a consacré aux Mœurs du XVIIIe siècle entre 1879 et 1883, avec La Chronique scandaleuse, Les Anecdotes sur la comtesse du Barry et La Gazette de Cythère. Octave Uzanne, comme on peut le constater en regardant la quatrième de couverture du troisième opus de cette série, prévoyait d'ajouter encore trois autres titres : L'Espion du Boulevard - Le Colporteur et Le Gazetier Cuirassé, et même d'autres encore puisque la liste s'achève sur un laconique "etc". Cette collection devait former environ 12 volumes, comme cela est imprimé au bas de cette même couverture. Au final, cette série ne comptera que 4 volumes, ceux décrits ci-dessus. Uzanne, engagé sur tous les fronts éditoriaux (notamment en menant de front ses publications privées et la direction de la revue Le Livre), aura sans doute finalement jeté l'éponge pour la suite. Ces volumes ont été édités et imprimés avec luxe par l'imprimerie Albert Quantin. Le tirage courant, annoncé "à petit nombre" (sans doute moins de 1.000 exemplaire) s'accompagne d'un tirage de luxe à 100 exemplaires seulement (50 ex. sur Chine et 50 exemplaires sur Whatman).



Octave Uzanne s'est concocté sur mesure un exemplaire de grand luxe comprenant les dessins originaux ainsi qu'un grand nombre d'états des gravures. Il a fait luxueusement habiller ce volume par l'un de ses relieurs favoris de l'époque, Victor Champs.

Provenance : Octave Uzanne (n°145 de la vente du 2 et 3 mars 1894, adjugé 203,50 francs avec les frais) ; Bibliothèque Le Breton (9 mars 1938, adjugé 375 francs avec les frais) ; Pierre Reveilhac (avec son ex libris gravé) ; Bertrand Hugonnard-Roche (avec son monogramme autographe et daté (2014), à l'encre de Chine).



SUPERBE EXEMPLAIRE UNIQUE.

En vente actuellement à la Librairie L'amour qui bouquine



LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...