lundi 16 octobre 2017

Exemplaire remarquable : Voyage autour de sa chambre par Octave Uzanne, illustré par Henri Caruchet (1896). Magnifique ouvrage de la période Symboliste et Art Nouveau. Tirage rare à 210 exemplaires seulement pour les Bibliophiles indépendants. Exemplaire offert par Octave Uzanne au libraire-éditeur Henry Floury, avec envoi autographe et épreuves d'essais ajoutées.


Octave UZANNE - Henri CARUCHET illustrateur

[EXEMPLAIRE OFFERT PAR OCTAVE UZANNE AU LIBRAIRE-EDITEUR HENRY FLOURY] VOYAGE AUTOUR DE SA CHAMBRE. Illustrations de Henri Caruchet gravées à l'eau-forte par Frédéric Massé, relevées d'aquarelles à la main.

Imprimé à Paris pour les Bibliophiles Indépendants, Henry Floury libraire, Paris, 1896 (Imprimerie Maire, 1897)

1 volume in-8 (28 x 21,5 cm), de 36 pages, toutes gravées à l'eau-forte (texte et encadrement illustré rehaussé à l'aquarelle), suite complète en noir des eaux-fortes sans le texte + épreuves d'essais ajoutées (36).


Reliure de l'époque plein maroquin caramel mou signé CANAPE (1909), dos janséniste à cinq nerfs, premier plat orné d'une jolie couronne de violettes mosaïquées. Triple-filet doré en encadrement intérieur des plats, gardes et doublures de papier marbré. Tranches dorées sur brochure, non rogné. Etui bordé. Parfait état. Les deux couvertures sont conservées en parfait état. La très belle couverture d'inspiration symboliste et imprimée en couleurs et en or de Henri Thiriet est magnifique.


TIRAGE UNIQUE A 210 EXEMPLAIRES.

CELUI-CI AU NOM DU LIBRAIRE-ÉDITEUR H. FLOURY (à la plume par Octave Uzanne) et portant le numéro 201 (numéroté par O. Uzanne).

ENVOI AUTOGRAPHE A H. FLOURY : "à m. Henry Floury, en souvenir de cette édition victorieusement souscrite, Octave Uzanne. Paris, 9. XII. 1896."


Ce volume a été entièrement gravé à l'eau-forte par Frédéric Massé d'après les Compositions de Henri Caruchet. Il a été tiré page à page par A. Maire, imprimeur-taille-doucier à Paris sur papier in-folio spécialement fabriqué en Hollande. Le texte de l'ouvrage a été calligraphié par Antoine Barbier et reporté sur cuivre à l'eau-forte. Les pages décoratives ont été successivement aquarellées à la main. Le tout, d'après la conception et sous la direction de l'Auteur-Editeur Octave Uzanne fondateur des Bibliophiles indépendants.

Ce superbe ouvrage magnifiquement illustré par Henri Caruchet dans le plus pur style Art Nouveau et Symboliste, sous la direction d'Octave Uzanne. C'est-à-dire qu'Octave Uzanne a donné le plan et l'idée de chaque page historiée. On y retrouve d'ailleurs Octave Uzanne métamorphosé en faune, comme il aimait à se voir représenté.


Cet exemplaire unique contient en outre 36 tirages d'essais où l'on peut voir la manière de faire d'Octave Uzanne. Citons pour exemple qu'il demande de refaire l'illustration de la page 9 où il baise la main de son amoureuse (il raye rageusement le tirage fait et note "à refaire"). On trouve dans cette suite d'essais plusieurs essais de coloris et d'aciérage également, des avant-lettre, parfois sur un papier différent (papier de cuve également).



Ce court récit autobiographique a été publié une première fois en 1880 dans le volume intitulé Le Calendrier de Vénus. Sous le même titre Voyage autour de sa chambre, Octave Uzanne nous conte cette histoire malheureuse. Qu’est-ce que ce Voyage autour de sa chambre ? Comme l’indique tout à fait explicitement le sous-titre donné par Octave Uzanne en 1880 : Réminiscence. Du latin reminisci (se souvenir) et de menimi (avoir présent à l'esprit). Le narrateur (Octave Uzanne) se souvient de ses premières amours de dix-huit ans. Mais pas n’importe quels amours, un amour unique, celui d’une seule femme, disparue dans la fleur de l’âge, certainement de la tuberculose : « (…) mignardes hantises de mes dix-huit ans » écrit-il. Ce texte est une complainte à l’amour perdu : « Une ancienne chanson d'amour voltige dans la solitude ; dans ce nid charmant où l'on était si bien à deux, il ne reste que des rêves de volupté indécise et la sarabande enlaçante, mystérieuse et sinistre des souvenirs, ces revenants de l'âme qu'on évoque, qu'on chasse et qu'on appelle encore. » C’est un récit charnel où il évoque les « caresses friponnes d'autrefois ». Cet amour était mortel et mortifère : « quand je jetai mon cœur dans ton âme avec la furie des désirs qui se cabrent et l'impétuosité des prurits cuisants, quand je m'agenouillai pour la prime fois devant ta beauté absorbante, quand nos lèvres allangouries se donnèrent la becquée divine, alors, j'aurais dû cesser de vivre ; j'étais Dieu dans la Création ! » Qui pouvait bien être cette « blonde » aux « longues tresses blondes dont parfois dans sa nudité, elle se faisait un manteau d'or. » ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Quelle est la part du rêve et de la réalité ? Le narrateur (Octave Uzanne) a aimé ! aimé à perdre la raison, dans ses premières années de virilité et a refusé d'aimer ensuite. Il l'explique en détail. Mais « la mort, en surprenant la pauvrette, a fauché mon âme avec la sienne » écrit-il. « O la seule amante aimée, je reviens chaque jour faire ce tendre voyage autour de ta chambre ». Un récit d'une grande sensibilité pour qui est attaché aux affaires du corps et du cœur.

Cet exemplaire unique, ayant été relié pour le libraire-éditeur Henry Floury en 1909 par Canape, montre les liens étroits qu'Octave Uzanne tissait aussi bien avec ses illustrateurs qu'avec ses éditeurs. On trouve dans la suite reliée à la fin du volume un tirage annoté et signé par Henri Caruchet (tirage non retenu). Partout on sent l'influence sévère d'Octave Uzanne qui voulait faire de ce livre un maître-livre. Sans doute celui qui lui tenait le plus à cœur de réussir.

Provenance : de la bibliothèque Henry Flouy, relié pour lui ; de la bibliothèque Bertrand Hugonnard-Roche (avec son monogramme à l'encre au verso de la garde, daté 2017).

Nous avons republié ce texte ICI : http://www.octaveuzanne.com/2013/01/voyage-autour-de-sa-chambre-1880-1896.html

SUPERBE EXEMPLAIRE UNIQUE FINEMENT RELIÉ A L'ÉPOQUE DE CE MAGNIFIQUE OUVRAGE.

En vente à la librairie L'amour qui bouquine
















vendredi 13 octobre 2017

Octave Uzanne en habile physiologiste contemporain ... "Le développement de la vie psychique est en raison inverse du développement de la vise sexuelle."

Cette citation est extraite du Chapitre X de La Femme à Paris, Nos Contemporaines, publié à la fin de l'année 1893. Ce chapitre est consacré aux femmes de lettres autrement dit à l'époque "Bas-Bleus" ... Octave Uzanne conclut victorieusement en écrivant : "Le domaine sur lequel l'intelligence des femmes se peut exercer est assez vaste pour que, dorénavant, elles ne s'en écartent plus. Elles devineront moins, elles sauront davantage ; leur sacerdoce ne se réclamera pas de l'art pour l'art, mais de l'utilitarisme, et nos petits-fils ne comprendront plus le terme de Bas-bleu qui stigmatisa les premières femmes de lettres. Tout rentrera dans l'ordre. On a lancé le cri de : Place aux jeunes ! l'heure approche où l'on criera : Place aux femmes ! Toutefois, celles-ci devront je pas se montrer trop vaniteuses et ne pas oublier cette loi remarquablement formulée par un habile physiologiste contemporain (qui n'existe pas et qui en réalité s'appelle Octave Uzanne lui-même) : "Le développement de la vie psychique est en raison inverse du développement de la vise sexuelle." Nous laissons à Octave Uzanne la responsabilité du propos.

Bertrand Hugonnard-Roche

lundi 9 octobre 2017

Octave Uzanne et En rade de J.-K. Huysmans (10 juin 1887). "Un livre effrayant, torturant, soufflant par toutes ses pages la puanteur du mal de la vie, mais un maitre livre."






J.-K. Huysmans - Photographie empruntée au site http://www.societe-huysmans.paris-sorbonne.fr/



En rade, par J.-K. Huysmans. Un vol. in-18 jésus. Paris, Tresse et Stock ; 1887. Prix 3 fr. 5o. (*)

La sueur d'existence pénible et cahotée, l’âcreté de vie lamentable qui se dégagent du nouveau livre de Huysmans, vous piquent aux yeux, vous mordent aux entrailles avec une force de pénétration terrible. C'est un rude et fameux artiste que celui qui vient d'écrire ce livre En rade ; mais quel navrement il fait entrer en vous, comme il s'attaque avec une science douloureuse à-tous les ferments de décomposition qui dorment et sommeillent dans la vase humaine ! Comme il sait tirer de leur apathie tous les virus qui empoisonnent l'âme, liquéfient la chair et putréfient le cœur ! C'est à la campagne, dans un vieux château abandonné, qu'il a placé ce drame intime de deux époux, cette agonie morale et physique de deux êtres, chassés de Paris par la malchance, par les incessants combats contre les misères commerciales, les luttes d'échéances ou de billets à ordre, la torture des huissiers ; et ce milieu ne sert qu'à développer mieux encore, par le contraste de solitude et de moisissure du château, par la sécheresse de cœur, par l'âpreté bestiale des paysans, la sinistre maladie d'âme qui ronge ces malheureux fugitifs. Jacques Marles et sa femme Louise ont cherché un abri chez leur oncle, régisseur du château de Lourps. La femme est malade, névrosée physiquement ; le mari souffre d'une névrose morale, et ces deux malheureuses créatures, désespérément accouplées, sentent tout avec une acuité doublée par leur triste état de santé. C'est une analyse d'une férocité implacable, jour par jour, heure par heure, de ce qu'ils éprouvent, de ce qui les dévore jusqu'aux moelles. Trois rêves bizarres, qui semblent devoir noter d'une manière palpable le coup de griffe donné par l'exaspération du mal dans le cerveau du mari, se déroulent, somptueux et désolants, à travers ces tableaux de l'existence misérable et réelle. En même temps, Huysmans a trouvé prétexte aux plus magistrales peintures, à des paysages merveilleux d'exactitude, d'atmosphère, de lumière et de vie. Mais ce qui frappera peut-être plus encore, dans ce livre d'ordre supérieur, d'art pur, c'est la manière dont il a peint les paysans, créant des types inoubliables en leur simplesse, d'une beauté terrible dans leur laideur native, dans le détail raffiné de leur bestialité. On n'avait certes pas donné encore une sensation aussi humaine, aussi exacte de ces natures primitives et roublardes. En résumé, un livre effrayant, torturant, soufflant par toutes ses pages la puanteur du mal de la vie, mais un maitre livre.

(*) Le Livre, Bibliographie moderne, sixième livraison, 10 juin 1887, n°90, Critique littéraire du mois, article non signé mais donné par Octave Uzanne.

samedi 7 octobre 2017

Anecdotiana Bibliophiliana : Le Bibliophile et sa servante, par Octave Uzanne (Le Livre, 10 février 1887)


Le Bibliophile et sa servante. (*) - Fréquemment on rencontre sur les quais des gens qui modifieraient volontiers le mot de Richard III, et qui s'écrieraient: « Un bouquin ! Un bouquin ! Mon royaume pour un bouquin ! » Les « bouquineurs » sont les héros d'une foule d'anecdotes, en voici une qui vient d'être rééditée :

« Un célibataire frisant la cinquantaine était un amateur passionné de bouquins. Une vieille servante prenait soin de son intérieur. A force de ranger et d'épousseter la bibliothèque de son maître, Augustine fut prise d'une folle envie de lire. La voilà donc dépensant tous ses gages à s'acheter des livres.
« Et, chose curieuse, c'était aussi de vieux livres qu'elle lisait. Une après-midi, un peu avant le dîner, elle arrive avec un paquet d'ouvrages acquis à la cour des Miracles et à la grande Truanderie des livres parisiens ». Par curiosité, le maître feuillette les bouquins. Tout à coup, sa face s'illumine. « Combien as-tu payé ça ? dit-il en montrant un volume piqué outre mesure.
« - Quinze sous, répond Augustine.
« - Quinze sous. Mais cet ouvrage vaut vingt mille francs, s'écria le bouquineur.
« II réfléchit trop tard qu'il venait de dire une bêtise. « En vain, il essaya de se reprendre. »
«  - Je te l'achète cinquante francs ? demanda-t-il.
«  - Monsieur m'a dit qu'il valait vingt mille francs.
« Augustine était rusée. Le bouquineur alla jusqu'à 1,5oo francs. C'était une première édition, très rare, de Montaigne. Il eut beau marchander, sa servante ne voulait pas rabattre un radis des 2o,ooo francs. Cette somme était difficile à débourser ! La nuit, le bouquineur rêvait du Montaigne.
« Bientôt, il ne put plus résister. A tout prix, il lui fallait le bouquin.
« Cette fille me soigne bien ; elle parait avoir la même passion que moi, se dit-il un matin où il était plus obsédé que jamais. Pourquoi ne l'épouserais-je point ? J'aurais ainsi mon Montaigne.
« Et il se maria avec sa servante qui apportait un bouquin en dot. »

(*) Le Livre, 10 février 1887, livraison n°86, pp. 97-98, Gazette bibliographique tenue par Octave Uzanne.

vendredi 6 octobre 2017

Lettre de Félicien Rops à Octave Uzanne. Un rendez-vous manqué à Bièvres (Saclay). 21 juillet 1884.




Lettre de Félicien Rops à Octave Uzanne. Bièvres, Lundi. [s.d. - 21 juillet 1884 ?]. (*)

Or ça, mon cher Octave que t'es-t-il arrivé ? Je t'écris samedi, voyant qu'il pleuvait des hallebardes, que tu es libre de ne pas venir s'il pleut, pour que tu ne sois pas lié par ta parole et forcé de venir t'enfermer ici pendant tout un long jour de pluie ; - donc s'il ne pleuvait pas, tout naturellement restait comme nous l'avions arrangé et ma lettre était non avenue ! Trois heures après ma lettre partie, il faisait beau. Si beau que j'ai été Samedi soir t'attendre à la gare. Si beau le lendemain par le brouillard lumineux, que je t'ai attendu de train en train jusqu'à 11h30 avant de partir pour Saclay. On avait apporté de Paris un lièvre arrangé à la bourguignonne qui était un chef-d'oeuvre.
Pends-toi ! on l'a mangé sans toi ! Polisson ! Je t'en veux un peu d'avoir manqué le dernier jour de soleil, les étangs de Saclay pleins de rayons et le lièvre plein d'épices. Et pas une lettre et pas une dépêche ! Serais-tu frappé d'inanition, comme feu Clarétie ?
Léontine me charge de te dire qu'elle se vengera en te faisant manger de la cuisine de chiffonnier à ta prochaine excursion en Seine-et-Oise.
Enfin, donne signe de vie ! ! ou je me divorce.

Ton vieux mais très furieux.
Fély.

(*) Lettre reproduite dans le Numéro Spécial de La Nervie consacré à la correspondance de Félicien Rops et intitulé "Sous la plume de Félicien Rops" (1929), par Maurice Kunel. Il y a quelques errers de retranscription dans la revue. Cette lettre a été parfaitement reproduite en ligne sur le site http://www.ropslettres.be (voir photo) qui date ce courrier du Samedi 19 juillet 1884. Voir lettre : inv. III/215/4/38. – N° d’édition : 670.



vendredi 14 juillet 2017

Nécrologie de Joséphin Péladan par Octave Uzanne (La Dépêche, 24 juillet 1918). " [...] un héroïque soldat de la virile pensée française, un héroïque champion de notre idéalisme, un défenseur de notre intellectualisme civilisateur."


© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

JOSÉPHIN PÉLADAN (*)

Au milieu de la tourmente qui jonche le jardin de l'humanité du produit de ses meilleures créations, il nous devient chaque jour plus difficile de relever nos morts, de les mesurer à terre, de les honorer comme il convient en leur accordant le lot qui leur est dû. La chaux de l'oubli qui les recouvre et les brûle, consume vite leur mémoire et nous ne pouvons plus nous attarder au delà d'une seconde vis-à-vis de leur sépulture, ni même nous y recueillir dans la reconnaissance des vertus disparues.
Il nous faut tourner quand même, d'un doigt inconscient et rapide, le feuillet du livre de la vie avec la perception que tout n'y a pas été dit ni lu avec la précision et l'attention désirables. Aussi bien que les vivants, sinon davantage, les morts, les pauvres morts, insuffisamment mensurés par l'aveugle service de la critique ignorante, préjugiste, hasardée ou partiale, connaissent trop souvent pour l'éternité l'injustice insondable des jugements d'ici-bas. Ils sont catalogués au petit bonheur par la légèreté, l'esprit superficiel, l'incompréhension des contemporains, avec un minimum de chances d'une révision de la postérité qui a tout à gagner en ne contrôlant pas les iniquités des opinions et les déplorables bases des réputations acquises.
Josephin Péladan qui, récemment, tomba dans cette "tranchée civile" où il combattit jusqu'au bout avec une énergie chevaleresque pour une oeuvre de supérieure beauté, d'idéale vérité et d'art suprême, fut un esprit de première digne, toujours frémissant et valeureux dans l'offensive des idées, infatigablement prodigue de visions neuves dans l'universel domaine de l'intellectualité. Les lettres françaises ne comptent guère, au cours des ces trente dernières années, de cerveaux comparables à celui de ce noble créateur de formes ingénieuses qui se dévoua, avec la conscience d'être le plus souvent incompris, à l'enseignement éthique, esthétique, mythique et mystique, sans y rencontrer autant de disciples passionnés qu'en eût sans doute souhaité son apostolat.
Admirable romancier, critique d'art de supérieure allure, catholique dans le style des grands penseurs de la Renaissance, wagnérien impénitent, mage subtil et profond, osant se proclamer Sâr sans estimer usurper un titre charlatanesque, érudit au point d'outrager l'ignorance et la frivolité de ses lecteurs, dramaturge tétralogique, d'un lyrisme prodigieux et d'un style parfois vertigineux, théoricien de la décadence latine, dont il s'efforça de composer une vigoureuse éthopée dans d'étranges et substanciels romans tels que le Vice suprême, Curieuse, l'Initiation sentimentale, l'Androgyne, Finis Latinorum, Pérégrine et Pérégrin, fondateur enfin du Salon de la Rose-Croix, cet étonnant maître de l'Amphithéâtre des Sciences mortes, nourri d'antiquité, d'occultisme, fanatique de culture française fut, qu'on le reconnaisse ou non, un véritable génie, un de ceux trop rares qui, par-dessus l'opinion, les académies, les honneurs publics, rehaussent aux regards de l'étranger la valeur spirituelle de leur nation.

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Joséphin Péladan avant, dans sa jeunesse, commis l'irréparable faute d'amuser la curiosité publique par l'étrangeté de ses costumes, par l'intégrité d'une chevelure abondante et hirsute qu'il prétendait sauvegarder en dépit des ordonnances égalitaires du service militaire nivelant tous les crânes sous la tondeuse régimentaire. Il ne comprit pas, à l'heure opportune, combien il est téméraire de se soustraire aux moindres expressions des modes régnantes et de fronder les usages et coutumes même inesthétiques. Pour avoir voulu illustrer individuellement, hors temps de carnaval, son Prince de Byzance, il attira sur sa personne, ses écrits, ses rythmes, les foudres impitoyables des jupitériens bourgeois de la caricature vengeresse. Ses innocents costumes à la Watteau, ses pourpoints de satin merveilleux se transformèrent aussitôt en d'inexorables tuniques de Nessus que jamais plus depuis lors il ne put arracher. Elles lui corrodaient la peau jusqu'à la paralysie de ses mouvements dans les efforts multipliés qu'il fit pour dégager son âme, cependant si claire, si peu cabotine, si fougueuse à l'assaut de toutes les éthiques et esthétiques et la délivrer de l'accumulat des salissures, boursouflures comiques, des hyperboles ridicules, des légendes extravagantes répandues sur sa personne et sur son oeuvre d'occultiste sincère.
Il se redressa toutefois avec la conscience de sa force et de sa foi. Lors de mon premier voyage en Orient, vers 1883, cet incantateur émerveillé du verbe m'écrivait : "Puisque vous vous rendez au pays d'où tout vint, dites aux mages que vous rencontrerez, - si vous en rencontrez, - que je porte bravement la chape du ridicule que le rire moderne met aux épaules des adeptes."
Et cette chape, il la soutint religieusement, fièrement. Il fit admirer ses sortilèges dans son chef-d'oeuvre d'Istar, dans sa comédie lyrique le Fils des Etoiles, dans la tragédie d'Oedipe et le Sphynx, dans la Terre du Sphynx (Egypte) et dans la Terre du Christ (Palestine), dans Comment on devient Mage et dans l'Art ochlocratique. Il porta la bonne parole à l'étranger, en Hollande, en Suisse et ailleurs... Ailleurs, il y était plus et mieux connu que par ceux de sa race. Il y était lu, interprété, commenté, admiré. On y exaltait ses œuvres romanesques si originales, si fortes et planant si noblement au dessus des marécages de l'érotologie contemporaine française qui assurait tant de succès publics à ses confrères psychologues et mondains, assurés d'une clientèle soi-disant bien pensante dans l'auto-gobage des salons littéraires où se consacrent les réputations bien parisiennes.
Un brésilien de Paris s'est indigné des articles parus dans différents journaux au lendemain de la mort de cet étonnant remueur d'idées que l'on bâtonna sans le connaître et sans soupçonner l'élévation et la noblesse de son oeuvre. "De tout temps, hélas ! écrit-il justement au Mercure, les journalistes se sont moqués du génie, qu'il s'appelât d'Aurevilly ou Hallo." Il nous faut  donc entendre sa protestation, parce que lui, écrivain étranger, malgré le journalisme, ne croit pour des raisons foncières qu'à la culture française et qu'il souffre de voir ainsi humilié par delà le tombeau, un des plus grands et des plus purs esprits de cette race qui va vaincre et de cette terre qui va refleurir.
La décadence latine n'entraîne pas celle de toutes les consciences. Péladan doit être vengé de ses pitoyables nécrologues du boulevard si peu faits pour le comprendre et l'aimer. Nos alliés nous imposeront peut-être le culte de sa mémoire. Quelques-uns d'entre nous les y aideront. Ce fut un héroïque soldat de la virile pensée française que Joséphin Péladan, un héroïque champion de notre idéalisme, un défenseur de notre intellectualisme civilisateur. Il est l'heure de l'affirmer puisque l'actualité n'a pas encore abandonné son ombre.

OCTAVE UZANNE


(*) article paru dans La Dépêche du Mercredi 24 juillet 1918. Il occupe les deux premières colonnes de la première page. Péladan était mort à l'âge de 60 ans à Neuilly-sur-Seine le 27 juin. Il est inhumé au cimetière des Batignolles (6e section). Cet article nous apprend qu'Octave Uzanne a entrepris son premier voyage en Orient (Egypte ?) vers 1883.

Lire également sur Sâr Péladan et Uzanne :

- Un envoi autographe du Sâr sur L'Initiation Sentimentale (1887)
- Octave Uzanne admirateur sans condition du Vice Suprême de Joséphin Péladan (1884)
- Opinion d'Octave Uzanne sur le Sâr Joséphin Péladan et son oeuvre (février 1894)
- Octave Uzanne commente le nouveau roman du Sâr Joséphin Péladan : A coeur perdu (1888)

lundi 10 juillet 2017

The Ballad of Reading Gaol : la Ballade de la prison de Reading, par Oscar Wilde, critique par Octave Uzanne (6 avril 1898).

Frontispice par Eric Forbes Robertson
pour les Visions de Notre Heure
Paris, H. Floury, 1899

Octave Uzanne évoque Oscar Wilde dans ses Instantanés d'Angleterre publiés en 1914 : "[...] Oscar Wilde qui alors âgé de trente-cinq ans (vers 1892) était un vrai dandy, gras, rose, maniéré, dans l’apothéose éclatante de ses succès mondains dont les lendemains, hélas ! devaient être si amers et pitoyables. [...]." Octave Uzanne aurait alors fait la connaissance de l'auteur du Portrait de Dorian Gray. Voici un article qu'il publie dans l’Écho de Paris en avril 1898. Octave Uzanne nous livre ici en demi-teinte ses impressions sur le poète anglais qu'il décrit comme doué d'une supersensibilité anormale. Octave Uzanne ne dénonce ni ne condamne l'homosexualité du poète. Il se contente de constater la qualité de son œuvre littéraire.

Bertrand Hugonnard-Roche

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      6 avril 1898 - The Ballad of Reading Gaol : la Ballade de la prison de Reading, par C. 3. 3. - Ainsi se frontispice un livre qui vient de paraître à la fois en Angleterre et en Amérique et qui, primitivement imprimé à 800 exemplaires, a vu monter son tirage au delà de six mille. - O vertueuse et curieuse Albion !
      C. 3. 3. fut le chiffre matricule à la prison de Reading du poète, romancier et auteur dramatique Oscar Wilde, mis à l'ombre durant deux années en raison de ses goûts-non conformistes, et il est juste de dire que l'originalité de ce pseudonyme est un trait d'humour auquel ne résistèrent pas ses compatriotes ; - on lit, on s'arrache en ce moment dans le monde littéraire la Ballade de Reading gaol.
      Cette plaquette de 31 pages est dédiée à la mémoire de C. T. W., anciennement soldat du régiment royal des horse guards, qui mourut à la prison de Reading, en Bertshire, le 7 juillet 1896. C'est un poème d'environ sept cents vers, groupés par stances de six, et qui conte les angoisses, les mortelles affres, les nuits de terreur et d'émotion que ressentit le détenu Oscar Wilde durant la captivité, voisine de la sienne, d'un jeune soldat condamné à mort pour avoir tué sa maîtresse.
      A la suite d'une sorte d'avatar ou d'hallucination que les rigueurs de l'internement suffisent à expliquer par l'état de supersensibilité anormale d'Oscar Wilde, le poète qui avait vu, connu peut-être, le cavalier meurtrier de son amie, s'était pris de pitié pour ce jeune homme destiné au supplice de la potence en sa cellule même. Chaque jour, à chaque heure, à mesure qu'approche le dénouement terrible, le condamné au hard labour note les frayeurs, les dysphories du soldat à la veille d'être exécuté ; il croit sentir toutes les tortures, les remords, les émois, les anxiétés, les suées, les effroyables transes du malheureux qu'il peut apercevoir chaque jour au cours de sa régulière et pénible promenade dans le préau de la prison.
      En des stances au rythme noble, berceur et pitoyable, il nous dit l'expression de l'homme vers qui convergent aussitôt nos sympathies et notre commisération ; il nous montre ses yeux étrangement bleus, sa mélancolique résignation, et comment lui est venue, à lui poète, cette prise de possession morale par un autre être dont il partage ou plutôt exagère toutes les souffrances et toutes les émotions.
      Ce poème révèle un admirable pathétisme de supérieure humanité chez son auteur, une sensibilité exquise, affinée, dont l'expression nous gagne et nous méliore ; l'intellectuel, le paradoxal Oscar Wilde, l'homme des recherches de mots précieux, des originalités voulues et qui nous énervait à force de tarabiscoter sa pensée et de nous donner le change sur ses réelles émotions ; Wilde qui se mit en scène dans un rôle de Desgenais superbe en son roman de Dorian Gray et que la société anglaise considéra comme le cœur le plus sec sous le cerveau le plus souple et le plus brillant, rachète amplement dans ce tendre poème de pitié toutes ces préventions. Loin du sommet de gloire qui lui donna le vertige, en sa cellule de Reading, il aura senti dans l'ombre et le recueillement, - en même temps que le rire cessait de creuser son masque gras, - renaître en soi la source des larmes et des douleurs fécondes ; c'est pourquoi, si ce petit poème ne doit pas être considéré comme son œuvre la plus sereinement esthétique et la plus haute, on peut être assuré que ce sera la plus humaine, celle qui vivra non pas par un genre d'esprit qui se démonétise ou par une symbolique d'art dont la mode peut passer, mais par l'émotion sincère, indestructible, qui aura toujours son écho dans le cœur des hommes qui ont vécu, souffert et aimé ... chacun selon ses instincts.

La Cagoule alias Octave Uzanne (*)

(*) article publié initialement dans l’Écho de Paris du 6 avril 1898 puis réédité par Octave Uzanne dans le volume Visions de Notre Heure achevé d'imprimer le 8 mars 1899.

vendredi 7 juillet 2017

"[...] pour une fois que je suis à Paris, la dent incisive et l'appétit ouvert, le gibier récalcitre et se dérobe. [...] (3 novembre 1898). Octave Uzanne a un ami chasseur originaire de Bressuire (Deux-Sèvres).

Carte-Lettre autographe d'Octave Uzanne à un ami [chasseur ?] resté non identifié. Carte-Lettre a en-tête de l'adresse du 17, Quai Voltaire à Paris et datée du 3 novembre 1898. Marque gravée par Félicien Rops aux initiales d'Octave Uzanne (Daphnée).

Coll. B.H-R.
Texte intégral :

[17, Quai Voltaire. Paris, ce] 3 novembre 1898

Cher monsieur et ami (*),
un employé du chemin de fer vient de venir m'aviser qu'un colis, à mon nom, venant de Bressuire, n'avait pas été retrouvé.
Comme je suis assuré qu'il s'agit d'une généreuse attention de votre part, je m'empresse de vous écrire pour vous remercier de l'envoi non reçu, et aussi pour vous avertir de l'objet égaré ; sans doute un produit de votre chasse.
Croyez-vous que je n'ai pas de veine avec vos aimables envois ; pour une fois que je suis à Paris, la dente incisive et l'appétit ouvert, le gibier récalcitre et se dérobe.
Une bonne poignée de main et bien à vous
Octave Uzanne

(*) Nous n'avons pas retrouvé de qui il pouvait bien s'agir ici. Un homme, visiblement chasseur, habitant à Bressuire. Deux hypothèses plausibles s'offrent pourtant à nous à l'étude de la liste des membres de la Société des Bibliophiles contemporains fondée fin 1889. Nous trouvons en effet au sein de cette liste deux personnes originaires de Bressuire (Deux-Sèvres) : Monsieur Alfred Barion, admis comme nouveau membre dans le courant de l'année 1891. Monsieur Henri Thuile, chef de district aux chemins de fer de l’Etat, rue Barbotin, faisant partie des membres fondateurs de ladite société de bibliophiles. Lequel de ces deux hommes était chasseur ?

Bertrand Hugonnard-Roche

jeudi 6 juillet 2017

Jean Lorrain réclame à Joseph Uzanne de l'Elixir Mariani et du Vin Mariani pour sa mère et lui.



Coll. privée


45, rue d'Auteuil  [s.d.]

Mon cher ami
Ma mère réclame de l'Elixir et moi du reconstituant - à bon entendeur salut.
Voulez-vous donc, très cher José, nous faire
adresser 45, rue d'Auteuil, bouteilles de vin et d'Elixir aussi
et croyez moi votre
Jean Lorrain (*)

(*) La notice biographique de Jean Lorrain apparaît dans le troisième volume des Figures Contemporaines Mariani publié en 1897. C'est Joseph Uzanne qui rédige la notice (peut-être aidé par son frère Octave à moins que ce ne soit tout bonnement Octave Uzanne qui donne cette notice). Jean Lorrain écrit alors : "Le vin Mariani // effroi de la Neurasthéni // e, au poète rajeuni // fournit la rime à l'infini. (voir ci-dessous).

Lire nos autres articles concernant Jean Lorrain et les frères Uzanne : ICI


Notice extraite des Figures Contemporaines Mariani
Troisième volume, 1897

jeudi 8 juin 2017

L'exemplaire Angelo Mariani de l'Album Mariani

Si tout collectionneur s'intéressant aux années 1900 (et à Uzanne en particulier) et tout libraire connaît Les Figures Contemporaines de Mariani, peu ont déjà eu l'occasion de voir une série complète. La longue période de publication des 14 volumes, sur 33 années (1894 à 1926) explique déjà cette difficulté. Notons d'ailleurs que le volume 12 parait en 1911, le volume 13 en 1913 et que c'est donc surtout le volume 14 qui a tardé, le rythme habituel étant un volume tous les deux ans à peu près. 


Un ancien confrère, âgé de 80 ans, m'a dit un jour avec fierté : "Je connais un collectionneur qui a la série complète sur papier courant". Cet article ne présente pas cette série.


Nous vous invitons à relire notre article de 2013 sur les Albums Mariani.

Tout d'abord, voici les tirages annoncés des volumes : 
  • Volumes 1 à 5
    • 50 exemplaires sur Japon avec suite.
    • 50 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite..
    • 400 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
    • tirage courant.
  • Volumes 6 à 13
    • 25 exemplaires sur Japon avec suite.
    • 25 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite.
    • 150 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
    • tirage courant.
  • Volume 14 
    • pas de grand papier.
Aujourd'hui, il devient peu aisé de trouver, même séparément, chacun des volumes, même en tirage courant. Il n'y a ainsi qu'une vingtaine de volumes, tout confondu, en vente actuellement en ligne et seuls deux volumes sont en grand papier. Il est plus aisé de trouver une biographie démontée d'un volume qu'un volume lui-même bien souvent.

Quel pourrait être l'exemplaire le plus désirable de cet imposant ouvrage ? Celui enrichi des originaux. Ne rêvons pas ! Si vous avez relu l'article de 2013, ce passage vous aura sauté aux yeux : 
Je ne pouvais me soustraire au souvenir de ce pari, dont l'album les Figures Contemporaines avait été l'arbitre, lorsque j'appris que M. Angelo Mariani venait de faire don à la Bibliothèque Nationale de la collection reliée des notices et gravures des Douze volumes de son Recueil panthéonesque, avec adjonction des lettres, dessins, aquarelles, autographes, originaux de toutes les personnalités qui s'y pressent.

Ne rêvons donc pas ! Mais rêvons de l'exemplaire de Mariani, et gageons qu'il est très beau.

Un exemplaire exceptionnel est passé en vente aux enchères en octobre 2007. Il y avait 6 volumes, reliés en plein maroquin bleu, dans les premiers tomes. Ces volumes faisaient partie du tirage sur japon, et parmi eux, trois avec une particularité intéressante : les plats intérieurs était ornés de gouaches originales de Robida, Avril et Kastor. Un exemplaire de choix donc.


Une gouache de Robida de l'exemplaire de 2007

Cet exemplaire était-il celui de Mariani ? Nous ne pensons pas.

Voici donc l'exemplaire qu'un gentil correspondant nous permet de présenter partiellement ici (merci à lui!) et que nous supposons être celui de Mariani :

  • 14 volumes plein maroquin lie de vin
    • les 12 premiers tranches dorées, avec aquarelles, gouaches ou cuirs ciselés ou modelés sur les plats intérieurs
    • les 2 derniers têtes dorées, sans rien sur les plats intérieurs (et de qualité médiocre, imitant les autres volume).
  • 13 volumes sur grand vélin d'Arches (pas de grand papier pour le dernier).
  • 10 artistes différents pour les 12 volumes enrichis sur les plats intérieurs. Un seul artiste par volume, deux artistes ayant fait deux volumes.
    • Henrique Atalaya
    • Paul Avril
    • Boutet
    • Delaspre
    • Louis Dezé (spécialiste des cuirs modelés)
    • Paul Guignebault
    • Léon Lebègue
    • Charles Meunier (cuirs incisés)
    • Robida
    • Tofani
Dans cette liste d'artistes, on retrouve les artistes tournant autour d'Octave Uzanne : Avril, Boutet, Delaspre, Lebègue et Robida par exemple, qui ont fait des cartes de vœux pour lui. Ou encore Atalaya qui illustra un des Huit contes à Mariani, ouvrage dans lequel Uzanne a aussi écrit un conte. Ou encore Louis Dezé qui connaissait Joseph et Octave Uzanne (voyez notre article sur Dezé). Nous ne ferons pas l'affront aux lecteurs d'indiquer les liens entre Charles Meunier, les frères Uzanne et Mariani ici, liens qui leur sont certainement connus.



Puisqu'on mentionne Meunier, précisons une chose : seules deux reliures sont signées, les deux reliures ayant des cuirs incisés de Meunier. Elles sont signées dans le cuir incisé mais aussi en bas des plats intérieurs. Pour qui connait le travail de Meunier, il n'y a pas de doute : les 12 premiers volumes sont l'oeuvre de Charles Meunier.


Un cuir incisé par Charles Meunier


Une aquarelle de Paul Avril

Quels sont donc les arguments en faveur de la provenance ?
  1. Si on s'arrête à la qualité générale - qualité des reliures et truffes, artiste en présence -, il est évident que c'est un très proche d'Angélo Mariani et d'Octave Uzanne qui possédait cet exemplaire à l'origine.
  2. Seuls 12 volumes ont cette qualité : les plats intérieurs truffés.
    Si vous avez lu la citation de l'article de 2013, Mariani a donné les 12 premiers volumes à la BnF. On peut supposer qu'il sentait la fin arriver, la fin du travail ou la fin de sa vie ! Il a certainement fait relier un des exemplaires de grand luxe, au fur et à mesure, par Meunier à ce moment-là. On voit que les ouvrages ont été reliés un peu à la fois grâce au décor de filet en bordure des plats intérieurs : il diffère légèrement suivant les volumes. Les deux volumes signés sont aussi datés. Les deux derniers volumes seront arrivés plus tard.
  3. Les truffes des exemplaires font toutes référence au vin Mariani ou aux feuilles de coca. Cela ressemble fortement à l'esprit de l'Album où chaque participant envoyait un texte en rapport avec le vin Mariani. Ici chaque participant, chaque artiste donc, envoyait une oeuvre en rapport avec le vin Mariani.
Voilà donc une série fabuleuse, certainement la plus belle possible (après celle de la BnF) qu'il me tarde de pouvoir admirer par moi-même dès que l'occasion se présentera !

Bertrand Hugonnard-Roche

mardi 16 mai 2017

Envoi autographe d'Octave Uzanne à Jacques Larcher sur le Barbey d'Aurevilly publié en 1927 à la Cité des Livres (Collection l'Alphabet des Lettres).


"à M. Jacques Larcher (*), j'offre cet opuscule sur un écrivain que j'aimai, admirai et qui influença profondément mon intellectualité, vers ma vingtième année, avec mes sympathies bien affectueuses, Octave Uzanne, St Cloud, 15 X 27" (**)

(*) Jacques Larcher était journaliste au "Petit Méridional" de Montpellier au tournant du siècle. Sans doute fut-il parmi les bonnes relations du sérail journalistique fréquenté par Octave Uzanne.

(**) exemplaire broché de BARBEY D'AUREVILLY par Octave Uzanne, vendu par la librairie Hugues de Bourbon (ebay) le 15 mai 2017.

mardi 4 avril 2017

Dessin original d'une couverture de Marius Perret, destiné à un ouvrage non paru d'Octave Uzanne en 1880.

Note autographe d'Octave Uzanne au verso du dessin.


Dessin original d'une couverture de Marius Perret, destiné à un ouvrage non paru d'Octave Uzanne en 1880. (*)


Collection Raffaele Malerba


(*) ce dessin original par Marius Perret m'a été transmis par Raffaele Malerba, bibliophile, qui détient précieusement dans sa bibliothèque cet inédit très important. En effet, c'est en 1880 qu'Octave Uzanne publie Voyage autour de sa chambre, un récit hautement morbide dans lequel l'auteur décrit sa visite dans la chambre de sa défunte maîtresse. Comme nous l'avions dit, c'est Octave Uzanne lui-même qu'il faut reconnaître dans le rôle de l'amant malheureux. Ce frontispice pour des Mémoires d'un Suicidé viennent donc à point nommé s'insérer dans cette période sentimentalement très troublée pour le jeune Octave Uzanne. Nous pensons, à la lumière de tous les documents inédits ou des textes publiés que nous avons pu consulter, qu'Octave Uzanne avait donc le projet de publier un récit sur cette histoire mélodramatique personnelle. Le manuscrit existe-t-il ? L'auteur nous dit lui-même que l'ouvrage n'a pas paru. Ce qui ne signifie pas qu'il n'a jamais été écrit. Nous reviendrons sans doute prochainement sur ce sujet plus que passionnant pour qui s'intéresse vraiment à l'histoire intime d'Octave Uzanne. Notamment en ce qui concerne ses penchants encore non étudiés pour le suicide (même si nous savions sa neurasthénie explicitement dévoilée à partir des années 1906-1910).

Bertrand Hugonnard-Roche

mercredi 29 mars 2017

LA VERGINE E LA FEMME FATALE. L'eterno femminino nell'immaginario grafico del Simbolismo e dell'Art Nouveau. Exposition actuellement en cours du 26 mars au 28 mai 2017 "Centro Espositivo A. Berti" Via Bernini, 57 - Sesto Fiorentino.


Très fier d'avoir participé à l'aventure LA VERGINE E LA FEMME FATALE. L'eterno femminino nell'immaginario grafico del Simbolismo e dell'Art Nouveau. Exposition actuellement en cours du 26 mars au 28 mai 2017 "Centro Espositivo A. Berti" Via Bernini, 57 - Sesto Fiorentino. Un très grand merci à Emanuele Bardazzi et Ian Millman. Le catalogue de l'exposition est tout simplement une merveille. Vous y retrouverez ma modeste contribution : Octave Uzanne e Son Altesse la Femme, par Bertrand Hugonnard-Roche Libraire (traduit du français en italien par Hélène Koehl). Merci à toute l'équipe qui a travaillé à cette exposition et à ce magnifique catalogue !









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