lundi 7 juillet 2014

Octave Uzanne médecin malgré lui ... Hommage aux Microbes (Echo de Paris du 7 juillet 1901)


Bacilles pathogènes ? ou non ...
Le texte ci-dessous est à remettre dans le contexte hypocondriaque d'Octave Uzanne. Octave Uzanne était-il hypocondriaque ? On peut le dire à la lecture de nombreux articles et textes consacré aux maladies, aux traitements médicaux, etc. Neurasthénique auto-proclamé (d'après la Correspondance inédite d'Octave Uzanne avec son frère Joseph, 1905-1910, en cours de publication), il n'a de cesse de fouiller dans les maladies psycho-somatiques, maladies du transit et autres pathologies grastro-psychologiques.
On peut donc lire ci-dessous, un intéressant exemple de mise accusation du système de Pasteur et de la stérilisation à outrance. Avec plus d'un siècle de recul, on peut dire aujourd'hui qu'Octave Uzanne, médecin improvisé, s'en sort plutôt assez bien pour défendre les bons bacilles qu'on extermine alors sans vergogne.

Sur un sujet connexe on peut lire également : Le droit de guérir (1902).




VÉRITÉS DE DEMAIN
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Hommage aux Microbes
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Comme je remontais l'avenue des Champs-Elysées, ces derniers jours de juin, je crus apercevoir l'ombre de mon condisciple Marcel Beauvillain (*), le bactériophobe excessif et apôtre de l’aseptie à outrance, dont je décrivais ici, il y a quelques mois, l'affolant logis prophylactique et les larbins en livrée salolée (**).
Était-ce bien Beauvillain ? Était-ce l'élégant quadragénaire toujours rigide et soigneux de sa personne ? Je pouvais en douter. L'homme qui marchait devant moi, affalé au bras d'un valet, vieilli, cassé, traînant la jambe, la tête pendante, le dos voûté, semblait être la sénile caricature du camarade retrouvé l'hiver dernier si solide et si sain. Son aspect déprimé, sa démarche ataxique, la lassitude qui aveulissait toute sa charpente étaient pénibles et douloureux à voir. Je hâtai le pas pour juger du profil de cette loque ambulante ; je reconnus nettement Beauvillain. Alors, mû par cette curiosité vaguement égoïste qui nous pousse à rechercher les origines des individuelles démolitions humaines, brusquement j'abordai mon Labadens de Rollin.
- "Tiens, mon vieux Marcel, quel hasard ! Comment va ?"
Il releva la tête et je vis son regard fébrile me dévisager, palpiter inquiet, tandis que ses lèvres, dans un troublant effort de mogitalisme balbutiaient :
- "Tu vois, cher ami ..., pas brillant ; très malade ..., sais pas quoi, mais grignoté par quelque chose inconnu, mystérieux !"
Il s'était arrêté, comme exténué et poussif ; le valet l'aida à s'asseoir et, près des massifs du Grand-Palais, au milieu des bruits continus de la vie hâtive et roulante, nous établîmes notre petite parlotte.

*
* *

- Pauvre vieux ! Et quand ça t'a-t-il pris ?
- Oh ! il y a quatre mois environ ... peu après le jour où tu vins déjeuner avec moi, pour me blaguer ; ... te souviens ? D'abord dyspepsie, hypochlorhydrie, troubles sensitifs, névrose motrice ... Ah ! bien mal, je  t'assure ; fatigue, ah ! intense, intense !
- Et tu as vu des médecins ?
Il sourit avec amertume et découragement ; - Des médecins ! si j'en ai vu ! quarante, cinquante ; français, étrangers, de toutes Facultés, célébrités, charlatans, hypnotiseurs, électriciens, somnambules ... j'ai tout consulté.
- Et que t'ont-ils dit ?
- Des mots, des mots : ... Dégénérescence cellulaire ; dénutrition ; artériosclérose, désordres du grand sympathique, ... Savent pas, tu comprends. M'ont fait avaler des cantines de drogues ; hydrothérapie, bains statiques, suggestions, vapeur, photothérapie, tout essayé, tout fait avec docilité. Résultat, aucun ; tu vois. Suis arrivé à la méthode du renoncement, me laisser aller sans plus rien faire ; fini, fini, me sens fini.
Le pauvre diable parlait lentement avec une lassitude visible, ses grands yeux caves étaient lubrifiés de larmes timides et contenues.
- Voyons, voyons, insistai-je, ne désespère point. Est-ce concevable ce mal étrange qui s'abat sur toi dont la vie était précisément un modèle d'ordre, de quiétude cherchée, de salubrité voulue, de rigoureuse antiseptie et qui croyais avoir créé la maison-type de la pasteurisation ? car tu fus bien le plus féroce bourgeois microbicide de notre temps, et tu semblais devoir braver les intoxications bactériennes. Tu sais que je me moquais de ton absolutisme dans cette voie de l'aseptie ... Es-tu bien sûr de n'avoir pas été trop loin ?
Beauvillain me regarda perplexe, semblant se demander si mon ironie n'était pas en jeu et s'il pouvait se confesser en toute assurance à propos du point d'interrogation que je venais d'émettre. Rassuré sans doute, il me fit confidence de ses craintes :
- Ah ! si, mon ami, je redoute sincèrement, sérieusement, d'avoir été trop loin dans mes méthodes prophylactiques. Je me suis souvent rappelé la sortie que tu fis chez moi à ce sujet, alors que tu affirmais que la vie animale par l'infiniment petit, la vie fécondée par les ferments de l'organisme, pouvait s'éteindre ou s'atrophier dans un milieu nettement purgé de microbes et stérilisé avec excès. Oui, je t'avoue mes doutes ; le corps humain, disais-tu, est un champ de bataille grandiose où l'énergie de l'individu doit triompher des quotidiennes mêlées. La santé est un chant de victoire qui n'est éclatant et réjouissant que parce qu'il y a eu lutte et conquête. J'ai cru qu'on pouvait assurer la vigueur, la verdeur et la validité en supprimant sommairement les éléments qu'on estime offensifs ; je me suis trompé. Peut-être le mal dont je meurs est-il ce mal inconnu encore que tu baptisais drôlement du nom d'abacillie ou défaut de bactéries et d'infusoires. Croirais-tu cependant que je n'ose encore me priver de mes étuves, de mes filtres et autres stérilisateurs ? Je continue l'aseptie absolue ; - et, voulant faire un mot, Marcel conclut, tandis qu'un vague rire éclairait son visage : "Dis, suis-je assez abacille !"

*
* *

- Enfin ! tu approches de la Lumière et de la Vérité, mon brave ami, crai-je à Beauvillain, tu es comme tant d'autres malades, désignés neurasthéniques, la victime de cette peur des microbes pathogènes qui fait plus de ravages que les toxines même qu'on veut éviter. Ton malaise vient d'avoir redouté de boire largement la vie en pleine ébullition, de la filtrer. Tu fus le gardien jaloux de tes organes internes et tu les stérilisas comme des eunuques. Rien en toi n'est plus fécondé parce que tu as injustement arrêté toutes les fermentations, supprimé tous les éléments de désagrégation, de dissolution nécessaires pour activer l'action gastrique et diviser les déchets du chyle assimilable.
"Les savants de l'Institut Pasteur, en nous mettant en garde contre le pneumocoque, le streptocoque, le staphylocoque, le bacille pyocianique et les infusoires de la diphtérie, du charbon, du tétanos, etc., ne se sont pas suffisamment avisés que, pour détruire ces microbes menaçants, auxquels d'ailleurs, résistent un nombre infini d'humains, il fallait mettre à néant une quantité d'honnêtes agents animés dont le rôle est salutaire et même indispensable à l'équilibre de nos bonnes fonctions organiques. Les médecins, les pharmaciens, les inventeurs et industriels de toute sorte, les possesseurs d'eaux minérales de table, les parfumeurs même exploitèrent à qui mieux mieux cette peur du microbe et l'aseptie à outrance exerça un rôle néfaste dont on n'apprécie pas encore toute l'étendue. A côté du bien que fit Jenner, par l'inoculation de la vaccine, on constate à peine encore aujourd'hui les maux que son invention, parfois mal appliquée, causa en transmettant la tuberculose, la syphilis et nombre d'autres maladies constitutionnelles. On jugera plus tard sainement les folies commises actuellement, au nom de l'antiseptie ou de la stérilisation pastorienne. L'excès de zèle des morticoles paraîtra folâtre à distance ...
Ce qu'on rira de nous un jour !
- Et quel est, selon toi, l'avenir de cette méthode de Pasteur ? interrogea Marcel.
- Oh ! bien simple mon cher ; les lois qui condamnent encore en bloc les associations microbiennes seront abolies. On fera des réserves pour quantité de bacilles dont on aura démontré et apprécié les rôles bienfaisants, l'utilité absolue, l'activité nécessaire dans notre organisme. Les bons microbes étudiés, analysés, expliqués, biographiés et microscopo-photographiés seront cultivés, recherchés, emmagasinés avec soin et vendus comme des agents précieux de notre santé, - les probes bacilles empilulés nous seront détaillés au lieu et place des terribles drastiques chimiques qui ravagent nos estomacs ; ils viendront au secours de nos digestions laborieuses, de nos fièvres, de nos dénutritions, et l'humanité, qui leur devra beaucoup, écrira avec compassion l'histoire de nos erreurs actuelles et songera avec pitié au massacre des Innocents dont nous donnons aujourd'hui l'exemple, car nous stérilisons sans doute vingt excellents agents de vie pour un méchant criminel pathogène contre lequel notre tempérament saurait peut-être se défendre efficacement.
- Tu es peut-être un prophète, dit Marcel Beauvillain, et je serais volontiers croyant.
- Un prophète, non, mon cher, mais, à travers les mensonges du jour, j'aime à rechercher les vérités du lendemain, celles qui, peut-être, te sauveraient si tu consentais vraiment à devenir mon disciple et à envoyer promener ton aseptie inexorable et parfaitement homicide.


OCTAVE UZANNE
Echo de Paris du 7 juillet 1901


(*) Marcel Beauvillain ?? On ne trouve personne de ce nom qui aurait pu produire quelque écrit sur le sujet de l’antisepsie ou de l'asepsie ? Pas plus qu'on ne trouve ce nom parmi les personnes connues au début du XXe siècle, que ce soit dans le milieu des lettres ou ailleurs. Marcel Beauvillain exista-t-il vraiment ou n'est-il qu'une invention, un modèle théorique conçu par Octave Uzanne pour mettre en scène sa tirade anti Pasteurienne ? Nous ne savons pas. 

(**) le Salol est le nom donné à l'Ester salicylique du phénol, qui a été utilisé comme antiseptique des voies urinaires et intestinales à la fin du XIXe siècle.

mercredi 25 juin 2014

"à M. Prosper Blanchemain bon souvenir amical au chatelain de Longefont Octave Uzanne" envoi autographe d'Octave Uzanne sur l'Idée sur les romans du marquis de Sade (Paris, Ed. Rouveyre, 1878)



"à M. Prosper Blanchemain
bon souvenir amical au
chatelain de Longefont
Octave Uzanne"

envoi autographe d'Octave Uzanne sur
l'Idée sur les romans du marquis de Sade
(Paris, Ed. Rouveyre, 1878)

Coll. privée


Nous avons déjà parlé de Prosper Blanchemain à propos d'une épître adressée à Octave Uzanne en guise de présentation des Oeuvres de Guy de Tours (24 septembre 1878). Blanchemain meurt le 25 décembre 1879.

Bertrand Hugonnard-Roche

lundi 23 juin 2014

Octave Uzanne antisémite ... "Ceux d'Angleterre plus particulièrement ne songent guère à se préoccuper de Sionisme. Depuis près de trois quarts de siècle, tout sourit à leurs efforts." (1913).



Exemplaire de l'Angleterre Juive, Israël chez John Bull,

par Théo-Doedalus [Octave Uzanne]
Bruxelles, Veuve Ferdinand Larcier,
Paris, Fontemoing et Cie, 1913
Reliure pleine toile de l'éditeur.
Collection Bertrand Hugonnard-Roche
Octave Uzanne antisémite (*) ... peut-être pas farouche antisémite militant mais antisémite au point d'écrire un imposant pamphlet qui paraît à l'été 1913. Nous en avons d'ailleurs déjà parlé ici à plusieurs reprises.

Voici un extrait à verser au dossier. Il ouvre le chapitre VIII intitulé La Société Nouvelle Judéo-Anglaise etc. En quelques lignes on y pose la problématique de l'Etat juif et de Jérusalem. Octave Uzanne écrit :

"Certain juif anglais, parvenu au sommet de ses ambitions, s'écriait un beau soir, vis-à-vis d'un groupe de ses coreligionnaires, au sortir du quatrième Congrès sioniste, à Londres, en août 1901 :
"Pourquoi diable ! l'idée nous pourrait-elle venir de retourner à Jérusalem, si nous pouvons continuer, comme nous avons si bien commencé de le faire jusqu'ici, à façonner l'Angleterre à nos mœurs et coutumes ?"
Cette réflexion, profondément juste dans le cynisme de sa drôlerie, témoigne du peu de succès relatif obtenu en Royaume-Uni par le nouveau mouvement nationaliste juif connu sous le nom de Sionisme. Le Sionisme qui a pour but d'assurer pour l'avenir aux victimes de la persécution antisémite un asile sûr dans un pays définitivement réservé à la régénération d'Israël, qui trouverait son plein développement intellectuel et politique dans un Etat juif, très normalement déterminé en Palestine.
La plupart des israélites établis en Europe et aux Etats-Unis ne se soucient certes point d'avoir une nouvelle patrie ; ils ont trop d'avantages à tirer profit de toutes les patries opulentes de la chrétienneté où ils savent vivre et s'enrichir si plantureusement. Ceux d'Angleterre plus particulièrement ne songent guère à se préoccuper de Sionisme. Depuis près de trois quarts de siècle, tout sourit à leurs efforts. Non seulement ils ont acquis ou acquièrent encore des fortunes considérables, mais aucune classe de la société ne leur étant plus fermée, ils peuvent désormais étaler publiquement leurs vanités, se montrer partout et au premier rang, faire de la piaffe, agiter de la poussière, recevoir l'aristocratie, figurer à la Cour, dans les drawings rooms les plus fastueux, participer à la politique des nations où ils se sont implantés peu à peu de façon insidieuse. - Que pourraient-ils désirer de plus ? - Un Etat juif ne pourrait à tout point de vue leur être qu'infiniment défavorable. Jouisseurs au premier chef, âpres à toutes les curées du plaisir et des honneurs, épris de luxe, de vie fiévreuse et d'hommages publics, ayant le goût immodéré des relations cosmopolites et des constants déplacements pour les villes d'eaux, les plages internationales, les grandes cités soleillées d'hiver, où tous les enrichis des deux mondes se donnent rendez-vous, ils ne trouveraient aucun goût à vivre désormais dans une Jérusalem reconstituée qui, à leurs yeux, ne serait qu'un retour à un Ghetto nationalisé. [...]"

Théo-Doedalus [Octave Uzanne]


samedi 21 juin 2014

Exemplaire Octave Uzanne du Discours du comte de Bussy-Rabutin à ses enfants (1694). Premier ex libris de sa bibliothèque (avant 1882).



Exemplaire Octave Uzanne avec son premier ex libris artisanal (avant 1882).

Collection Bertrand Hugonnard-Roche, 2013


On ne dira que quelques mots concernant cette provenance. Octave Uzanne a côtoyé les écrits de Bussy-Rabutin (1618-1693) lorsqu'il a étudié le XVIIe siècle libertin. Bourguignon comme lui, Uzanne a certainement chiné cet exemplaire chez un bouquiniste des quais entre 1871 et 1881. En effet, en 1882, Aglaüs Bouvenne dessine et grave un nouvel ex libris pour Uzanne (voir le billet concernant les 4 ex libris connus d'Octave Uzanne). Ce premier ex libris, composé des lettres du nom U Z A N N E entremêlées et imprimées en noir, au trait, sur un simple papier jaune, ne se trouve donc que dans les premiers volumes qu'il a acquis. On a trouvé cet ex libris sur un ouvrage accompagné de la date manuscrite 1872 (peut-être a-t-il été employé dès 1871 ? 1870 ? nous ne savons pas). Quoi qu'il en soit, Octave Uzanne a lu Bussy-Rabutin dans le texte et ce dès ces premières années de formation d'homme de lettres averti qu'il voulait être du siècle des Ruelles. Pour l'anecdote, ce volume avait appartenu précédemment à un certain Roger pensionnaire du Collège de Reims (à la fin du XVIIe siècle ou dans le premier quart du XVIIIe d'après quelques notes qu'on peut trouver sur une garde blanche). L'exemplaire est resté jusqu'à aujourd'hui relié dans sa première reliure en veau marbré de l'époque, dos orné des fleurons classiques de la fin du XVIIe siècle, gardes blanches, tranches mouchetées de rouge. Les coins sont usés ainsi que l'extrémité des coiffes, mais l'ensemble reste solide et élégant malgré des ors un peu ternis. La reliure n'a jamais été restaurée. Ce volume n'a pas été catalogué en 1894 et en 1899 lors de la vente de livres de la bibliothèque dOctave Uzanne. Seul le hasard nous a permis de le retrouver dernièrement catalogué chez un libraire parisien du VIe arrondissement, rue Visconti. Amusant d'ailleurs de constater que la rue Visconti se situe presque à mi-chemin entre le 72 de la rue Bonaparte, premier adresse parisienne d'Octavce Uzanne et le 17 Quai Voltaire son adresse entre 1887 et 1904. Ce volume a du voyager entre ces deux adresses avant d'échouer rue Visconti. A moins qu'un plus long périple de l'ai fait voyager bien plus loin pour finalement revenir presque à son point de départ.

Bertrand Hugonnard-Roche

jeudi 19 juin 2014

Un des 4 exemplaires sur vélin du Calendrier de Vénus (1880). Exemplaire offert par Octave Uzanne à James Carleton Young (1856-1918), surnommé le "Roi des bibliophiles". Vendu par Bonhams, Londres le 18 juin 2014 (780 euros frais inclus).



Photo Bonhams, juin 2014


Lot 186 • UZANNE (OCTAVE) Le calendrier de Vénus, NUMBER 1 OF 4 COPIES PRINTED ON VELLUM IN RED AND BLACK, from an overall edition of 100 copies, AUTHOR'S PRESENTATION COPY, inscribed on the colophon "To James Carleton Young for ever. This book of my youth alas! away.... Octave Uzanne", Paris, Edouard Rouveyre, 1880 Sold for £625 (€780) inc. premium.

The Property of a Collector UZANNE (OCTAVE) Le calendrier de Vénus, NUMBER 1 OF 4 COPIES PRINTED ON VELLUM IN RED AND BLACK, from an overall edition of 100 copies, AUTHOR'S PRESENTATION COPY, inscribed on the colophon "To James Carleton Young for ever. This book of my youth alas! away.... Octave Uzanne", engraved frontispiece by Marius Perret, entirely untrimmed in crushed citron morocco by The French Binders, Garden City, N.Y., gilt lettered spine, morocco turn-ins and watered silk doublures, t.e.g., original printed pink wrappers bound in, 8vo, Paris, Edouard Rouveyre, 1880 FOOTNOTES Provenance: James Carleton Young (1856-1918, American bibliophile, known in France as "Le Roi des Livres"), gifted by the author.

BOOKS, MAPS, MANUSCRIPTS AND HISTORICAL PHOTOGRAPHS London, Knightsbridge 18 Jun 2014 13:00 BST Auction 21763.


Photo aimablement communiquée par Bonhams, Londres.
Autographe partiel.

lundi 2 juin 2014

L'exemplaire Octave Uzanne des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Vente du 2 et 3 mars 1894, n° 22. (suite)




Exemplaire Octave Uzanne des Fleurs du mal de Baudelaire
Reliure maroquin décoré par Amand
Exemplaire adjugé 15.000 francs belges à la vente Alex. Daniel à Bruxelles en 1960.


Pour faire suite à notre précédent billet concernant l'exemplaire Octave Uzanne des Fleurs du mal de Charles Baudelaire (n°22 du catalogue de la vente du 2 et 3 mars 1894 des livres de la bibliothèque d'Octave Uzanne), voici, retrouvée par un ami bibliophile M. Benoît Storme, la notice de ce même exemplaire passé aux enchères lors de la vente de la Bibliothèque de M. Alex. Daniel du 12 mars 1960 (Bruxelles, Raoul Simonson, libraire-expert) :

15. Les Fleurs du Mal. Seconde édition, augmentée de trente-cinq poèmes nouveaux et ornée d'un portrait de l'auteur dessiné et gravé par Bracquemond. Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1861 ; in-12, plein maroquin brun foncé, dos à 5 nerfs orné de fleurs de chardon et de motifs d'angle dorés, guirlande à décor identique encadrant les plats, motif central symbolique mosaïqué au centre du premier plat, double filet doré sur les coupes, dentelle int., tranches dorées (Amand.)

Seconde édition, en partie originale. Elle contient 35 poèmes nouveaux et plusieurs poèmes parus dans la première édition de 1857 reparaissent ici remaniés. On a relié dans cet exemplaire le Complément aux Fleurs du Mal, Bruxelles, 1869, donnant le texte des pièces condamnées et supprimées dans la première édition. On a, en outre, relié dans cet exemplaire :

1° Un billet autographe de Baudelaire, à Charles Asselineau, lui annonçant que Rozier sort de chez lui et qu'ils seront deux chez Asselineau, jeudi, 25, après-midi. Il termine aussi "Pas besoin de chevaler".

2° Le très rare frontispice gravé par Bracquemond, à l'eau-forte, pour la seconde édition des Fleurs du Mal et qui fut refusé par Baudelaire. Il figure ici en deux états différents, tous deux sur Chine.

3° Le frontispice de Félicien Rops pour les Epaves de Baudelaire, également en épreuve sur Chine.

4° Trois aquarelles originales, fort naïves, du relieur Amand, d'un satanisme bourgeois, très significatif de son époque.

5° La notice imprimée relative à cet exemplaire, extraite du catalogue de la vente d'Octave Uzanne et rédigée par lui. Elle témoigne d'une admiration démesurée pour le relieur Amand et d'un regrettable parti pris à l'égard du relieur Bauzonnet, qui fut certes un des plus illustres relieurs de cette époque.

Reliure typique et strictement contemporaine de cette édition des Fleurs du Mal. Légères rousseurs. (Voir planche VI.)

Quand M. Alex. Danier a-t-il acquis cet exemplaire avant 1960 ? A qui cet exemplaire a-t-il été adjugé lors de cette vente ? Il a été vendu 15.000 francs belge lors de cette vente de 1960.

A suivre ...

Encore merci à M. Benoît Storme pour ces précieuses informations,

Bertrand Hugonnard-Roche

samedi 31 mai 2014

L'exemplaire Octave Uzanne des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Vente du 2 et 3 mars 1894, n° 22.


Page de titre de la seconde édition des
Fleurs du mal
Poulet-Malassis, 1861
Photo Gallica
22. BAUDELAIRE (Ch.) Les Fleurs du Mal.

Seconde édition, augmentée de trente-cinq poèmes nouveaux et ornée d'un portrait de l'auteur, dessiné et gravé par Bracquemond. Paris, Poulet-Malassis, 1861, in-12, mar. brun, large bande entourant les plats, composée de chardons et autres plantes, dorée aux petits fers ; au milieu du plat, une curieuse mosaïque se rapportant au livre, dent. int., tr. dor. (Amand.)

On [Octave Uzanne] a relié à la fin du volume Complément aux Fleurs du mal, Les Épaves de Ch. Baudelaire (édition Michel Levy, 1869). Bruxelles, chez tous les libraires, 1869.
On [Octave Uzanne] a ajouté une lettre autographe de Baudelaire à Asselineau, un frontispice de Rops des Epaves sur chine volant, et deux frontispices à l'eau-forte de Bracquemond en 2 états, sur chine volant, ainsi que TROIS AQUARELLES naïves et originales du relieur Amand.
Cet exemplaire, enrichi de toutes les pièces relatives aux Fleurs du mal et auquel, en dernier lieu, on a joint deux compositions à l'eau-forte de Bracquemond, primitivement destinées à l'édition Malassis, se trouve revêtu d'une reliure qui, comme composition et mosaïque, est le chef-d'oeuvre d'Amand. Ce relieur incompris de sa génération vit encore, paralysé, aux Incurables. Il fut le premier à sortir des rengaines des XVIIe et XVIIIe siècles dont les bibliophiles ne voulurent pas démordre jusqu'à 1880 environ. Amand eut beaucoup de goût et d'originalité dans ses décorations ; lorsque le temps aura fait son oeuvre, il dégotera soyez-en sûr, comme artiste, ce vieux bonze de Bauzonnet dont on nous a rabattu les oreilles et qui n'était, à vrai dire, qu'un affreux poncif sans invention aucune. [notice par Octave Uzanne].

Ce volume a été adjugé 155 francs le 2 mars 1894.

A ce jour nous n'avons pas réussi à retrouver la trace de cet exemplaire.

Bertrand Hugonnard-Roche

vendredi 30 mai 2014

"Gloire à la femme ! Gloire à cette grande égalitaire et à cette vengeresse des opprimés ! [...] Gloire à la femme ! ange ou démon, car elle seule nous aide à vivre, alors même qu'elle nous fait mourir !" in Octave Uzanne, Son Altesse la Femme, octobre 1884.



La Femme au pantin, par Félicien Rops (1884)

Dans son ouvrage intitulé Son Altesse la Femme (publié le 28 octobre 1884), à la fin du chapitre intitulé Mulieriana, observations, pensées, notes et maximes sur les femmes et l'amour, Octave Uzanne se lance dans une tirade dithyrambique à la gloire de la femme. La voici.

"Gloire à la femme ! Gloire à cette grande égalitaire et à cette vengeresse des opprimés ! Sa mission est de niveler, de répartir l'or et le sang de ses amants dans la coupe du mal, où ceux-ci l'ont jadis fait boire, spéculant sur ses naïvetés ou sa misère ; tout se dissout dans ses mains ; elle égorge la sottise et éventre largement toutes les outrecuidances imbéciles, en rabaissant les vanités humaines.
// Gloire à la femme ! ange ou démon, car elle seule nous aide à vivre, alors même qu'elle nous fait mourir ! - On ne saurait trop écrire sur cette Altesse puissante, car sa beauté victorieuse traîne le monde avec elle, et cette beauté est plus variable que les modes, plus dissemblable que le caractère des peuples, plus changeante que les idées ; elle va du joli au merveilleux avec une gradation si fine que l’œil de l'homme sera longtemps encore atteint de myopie lorsqu'il voudra analyser les nuances infinies qui forment l'arc-en-ciel du beau féminin."

Ce passage se trouve scindé en deux dans le volume (marqué ci-dessus par //) par l'insertion de l'estampe dite "La femme au pantin" d'après le dessin de Félicien Rops (héliogravure par E. Charreyre).

Octave Uzanne a 33 ans.

Bertrand Hugonnard-Roche

dimanche 25 mai 2014

Croyez-vous qu'il y ait bientôt une Révolution - pacifique ou non - en Allemagne ? Octave Uzanne répond (1914).



Voici le questionnaire qui a été adressé (en 1914, avant le début du conflit armé) à un certain nombre d'écrivains européens (*) :

Nous vous serions infiniment obligés si vous vouliez bien nous dire votre avis sur les questions suivantes, pour lesquelles il est si important de dégager l'opinion de la plus haute élite européenne :

Croyez-vous qu'il y ait bientôt une Révolution - pacifique ou non - en Allemagne ?

Ne la sentez-vous pas annoncée dans bien des discours véhéments de l'opposition au Reichstag - le plus riche en partis qui soit parmi les parlements européens ?

Ne la sentez-vous pas commandée par la disparate qu'il y a entre la pensée allemande d'autrefois et le régime d'aujourd'hui ?

Octave Uzanne est ainsi présenté :

M. Octave Uzanne est plus connu des bibliophiles pour ses précieux ouvrages sur les livres, les reliures, les élégances, mais le grand public a été frappé, à l'Echo, au Figaro, à la Dépêche de Toulouse, par ses éloquents et scintillants articles où tranchent particulièrement ses admirables campagnes contre le pangermanisme.

Voici la réponse d'Octave Uzanne :

Les prévisions humaines, les jugements hypothétiques sur l'avènement des révolutions ou le graphique préalablement défini de l'évolution des peuples, sont toujours illusoires. Ce sont jeux passionnants que de rechercher quels seront les résultats futurs des problèmes politiques et sociaux qui se posent à notre heure, mais ces jeux ont toute l'incertitude vacillante des parties hasardeuses. Prophétiser, ce n'est que tenter la chance d'avoir vu juste. C'est avec une absolue raison qu'on a pu dire : "Ici bas l'imprévu seul arrive".
Nous avons toutefois l'incurable vanité de croire à la méthode scientifique de nos observations télescopiques. Il n'est pas rare que les plus myopes d'entre nous s'attribuent des facultés de presbytes. Chacun, quelle que soit la portée de sa vision, regarde les horizons voisins avec l'assurance d'y découvrir ce qui s'y prépare, s'y ensemence ou entre en germe. C'est pourquoi la mode des anticipations ne saurait disparaître.
Il existe trop peu de Français, à vrai dire, qui ayant vécu parmi les Germains, parlé leur langue, étudié leur mentalité, lu leurs livres, connu vraiment leurs aspirations, soient en mesure d'apporter à la question qui nous est posée, une réponse ayant quelque valeur documentaire, sérieuse et démonstrative. La grande majorité de nos compatriotes ne connaissent l'Allemagne que superficiellement, même (sinon surtout) nos hommes politiques, dont les discours prétendent justifier cette connaissance et témoignent du contraire. Les événements récents qui ont agité en surface l'opinion germanique ne sauraient, à mon avis, servir de "lock-out" à une perspective révolutionnaire. Il ne faut voir là que des velléités indécises qu'on ne doit prendre en considération. Nous pensons, trop généralement, sur la traduction de passages suggestifs de certains articles de journaux de Berlin, de Francfort, Cologne ou Leipzig que l'Empire allemand s'émeut actuellement, entre en fermentation d'idées et que les événements vont s'accélérer à bref délai de façon impulsive et folle, à la française. Profonde erreur ! L'organisme de l'Allemagne est sain, comme celui d'un athlète musclé et entraîné que ne guettent ni la neurasthénie, ni la consomption, ni l'infection purulente du parlementarisme aigu. Seule, la mégalomanie, ou folie des grandeurs, peut atteindre subitement le colosse à la tête. C'est là que réside surtout le mal et le danger allemand. Le Reichstag ne tient qu'une place mesurée et secondaire dans l'Etat. Il émet des idées et des vœux, il enregistre des lois qui lui sont soumises, il obéit davantage qu'il ne conduit, revendique, prescrit, statue ou impose ses vues. Au-dessus du Reichstag, le dominant, le suggestionnant jusqu'à le réduire à la timidité de tout acte indépendant, il y a le pouvoir monarchique qu'exalte la magnifique puissance d'une armée sur laquelle il s'appuie avec d'autant plus de confiance qu'il fait corps avec elle. Il y a l'Etat formidablement centralisé qui dispose jalousement de tous moyens d'action. Il y a la discipline consentie et généralisée, le caporalisme militaire et civil. Il y a surtout la religion presque mystique du nationalisme, ce violent pangermanisme qui unit, plus qu'on ne le croira jamais, toutes les âmes et tous les esprits du nord et du sud, les hommes de tous partis et qui réduirait à néant en cas d'alerte cet équivoque des deux Allemagnes qui n'est pas aussi grave que certains critiques le veulent faire supposer. Cette Allemagne féodale, guerrière, éperdument monarchique, toujours confite dans le droit divin constitue une énergique et résistante armature que les progrès du socialisme ou le véhément mécontentement d'une très faible minorité d'intellectuels ne saurait entamer de longtemps. Si, d'autre part, on s'applique à considérer la force économique du pays, l'effacement volontaire de la population laborieuse et de la grande bourgeoisie industrielle et commerciale devant l'aristocratie et les hobereaux qui s'inféodent à l'armée lorsqu'ils ne l'encadrent point, si l'on étudie les mœurs, les tendances, les aspirations de la jeunesse universitaire, si même, ce qui est plus étrange, on arrive à percer à jour et à analyser l'état précaire des députés socialistes et des libéraux du Parlement, dont on ne peut méconnaître la servitude intellectuelle et l'impuissance réelle, il devient invraisemblable qu'une révolution, pacifique ou par le courroux tempétueux d'un raz-de-marée de l'océan populaire, se produise en Allemagne.
Il ne peut y avoir de conflit persistant entre les masses du nord et du sud et la Monarchie qui règne en souveraine, avec un despotisme et un absolutisme toujours prêt à s'exercer rigoureusement. De même entre l'esprit constitutionnel de l'Empire et l'esprit féodal prussien, il semble puéril d'entrevoir la possibilité d'une lutte durable.
Il y a vingt-cinq ans, personne n'aurait osé ouvrir une enquête sur l'éventualité d'une révolution sociale en Angleterre. Vers la fin du règne de Victoria, la puissance britannique étant à son apogée, à l'heure actuelle l'hypothèse devient davantage admissible. La vieille Terre des Angles serait bouleversée d'ici quatre ou cinq lustres par un mouvement ouvrier que cela ne saurait nous surprendre, du point actuel précis où nous sommes en observation. Mais, rien ne semble devoir entamer le bloc allemand, homogène dans son armature et si furieusement organisé pour engager la lutte extérieure. A aucune époque de son histoire contemporaine, l'Allemagne ne nous sembla jamais plus éloignée d'une révolution intérieure et aussi réfractaire aux ferments de désordres qui pourraient se produire en son organisme soumis au régime du fer. Le peuple d'Empire - regardons-le - est discipliné à la foi, à l'orgueil collectif, à l'opinion exagérée de sa suprématie. Il y a de l'illuminisme mystique dans l'ardeur du pangermanisme. Cela est fort dangereux pour nous, et c'est surtout contre ce péril indiscutable qu'il nous faut désormais fixer sans répit ni dépit notre attention, car c'est chez nous, hélas ! que les Germains aimeraient à revoir une révolution furieuse dont ils seraient les agents et dont ils tirereaient tout le parti possible ... et au delà.
Gardons-nous des illusions d'optique.


Octave Uzanne


(*) Maurice Barrès, Victor Bérard, Georges Blondel, Johan Bojer, Emile Bourgeois, Henri Coulon, Georges Delahache, Ovid Densusianu, Louis Dumont-Wilden, Auguste Dupouy, Théodore Duret, Louis Eisenmann, Jean Finot, Eugène Fournière, Daniel Halévy, Jules Huret, Camille Jullian, André Lichtenberger, Lucien Maury, Albert Milhaud, Pierre Mille, Max Nordau, Georges Renard, Romain Rolland, J.-H. Rosny aîné, J.-H. Rosny jeune, Roy-Devereux, Edouard Schuré, Charles Seignobos, Marcel Sembat, Waclaw Sieroszewski, Tallenay-Kleine, Petko Théodoroff, Octave Uzanne, Henri Welschinger, Abbé Wetterlé (Alsace). Publié sous le titre En Allemagne une Révolution est-elle possible ? Introduction et notes de Marius-Ary Leblond. Albin Michel, Paris, s.d. (1917). Quelques réponses datent d'avril 1917 "après la Révolution Russe".

jeudi 22 mai 2014

Extrait du catalogue de la librairie Edouard Rouveyre (1881). Détail des différents ouvrages publiés par Octave Uzanne chez cet éditeur.


Voici 4 pages extraites du catalogue des livres publiés par la librairie Edouard Rouveyre. Ce catalogue se trouve broché à la fin des exemplaires des Surprises du Coeur d'Octave Uzanne achevé d'imprimer le 20 juin 1881. On y trouve les ouvrages d'Octave Uzanne déjà parus chez Rouveyre : les Surprises du Coeur (1881, le dernier titre en date) mais également les Caprices d'un Bibliophile (1878), le Bric-à-Brac de l'Amour (1879), le Calendrier de Vénus (1880), Du Mariage (1877) et les Idées sur les Romans par le marquis de Sade (1878). Ces réclames sont intéressantes à plus d'un titre puisqu'elle donne des détails sur les éditions (papiers, nombre d'exemplaires de luxe, tirages de luxe des estampes) mais également les prix de vente de chacun des tirages.

Bertrand Hugonnard-Roche






mercredi 21 mai 2014

Les Soupers de Daphné de Meusnier de Querlon, commentés dans Le Livre par Octave Uzanne (10 novembre 1882)


Octave Uzanne sous ses initiales en clair : O. U., commente ainsi la sortie en librairie des Soupers de Daphné par Meusnier de Querlon, avec avant-propos et notes par Olivier de Gourcuff, bibliophile breton (*) :

"Meusnier de Querlon est une des physionomies les plus curieuses du XVIIIe siècle et il est extraordinaire que ce travailleur infatigable, qui est bien le type du véritable homme de lettres, à la fois journaliste, romancier et érudit, n'ait pas tenté la verve d'un de nos chercheurs de ce temps, qui remettent au jour des figures moins intéressantes à tous points de vue. Ce de Querlon toucha un peu à tout avec bonheur, depuis ls Petites Affiches de province jusqu'aux Voyages de Montaigne en Italie, qu'il fut le premier à publier ; il faudrait un gros volume pour camper un tel homme aux yeux de la postérité et nous espérons que ce grand travail de portraitiste, d'analyste et de bibliographe sera entrepris par quelque jeune érudit de ce siècle. M. Olivier de Gourcuff, qui vient de remettre en lumière les Soupers de Daphné, l'espère aussi. Cet ouvrage, composé d'anecdotes grecques, parut à Oxford (Paris) en 1740, in-8°. C'est une satire sur les soupers de Marly ou sur ceux que Daniel Bernard donnait à Passy, composée en trois jours sur des anecdotes ramassées par Moret. Les impostures innocentes et les Soupers de Daphné ont une grande ressemblance ; Barbier, dans ses Anonymes (t. III, n° 17203), explique quelques noms grecs de ce dernier ouvrage qu'on vient de réimprimer. On y voit figurer les dames de Moras ; Mlle de la Touche ; Mme Hérault ; les filles de M. de Sechelles, la présidente Portal ; la princesse de Rohan, la duchesse de Ruffec, Mlle Le Maure, de l'Opéra ; Samuel Bernard, Richelieu, Louis XV et de Boufflers. Nodier donne aussi la clef de plusieurs noms de ces soupers dans ses Mélanges tirés d'une petite bibliothèque. Ce livre, intéressant pour tous ceux qui aiment et connaissent le XVIIIe siècle, était très rare et méritait d'être réimprimé. M. Olivier de Gourcuff a faire preuve de beaucoup de tact et de goût dans sa notice et son avant-propos ; il se montre à la fois très docte bibliographe et très judicieux critique ; le tout avec sobriété, comme il convenait de le faire. L'impression de M. Kistemaeckers est belle, mais les en-tête et culs-de-lampe ne sont pas en harmonie avec le texte ; trop grands et trop lourds, ils l'écrasent affreusement. M. Amand Lynen a composé des dessins qui sont un peu des fantaisies charivariques modernes, mais qui n'ont pas la délicatesse convenable pour ce délicat ragoût du siècle dernier. Il fallait du blond et du vaporeux où il a maladroitement jeté du grossier.

O. U.


(*) Les Soupers de Daphné, suivis de Psaphion ou la Courtisane de Smyrne, et les Dortoirs de Lacédémone, par Meusnier de Querlon, avant-propos et notes, par Olivier de Gourcuff, bibliophile breton. Bruxelles. Kistemaeckers. 1 vol. in-8° - Prix : 7 fr. 50. in Le Livre, livraison du 10 novembre 1882, pp.702-703.

mardi 20 mai 2014

Un envoi autographe qui en dit long : Octave Uzanne à l'anatomo-pathologiste français Charles-Joseph Bouchard (1837-1915)



"au Docteur Ch. Bouchard
en hommage sympathique,
en souvenir reconnaissant,
Octave Uzanne
7 août 92"


Cet envoi se trouve sur un exemplaire broché des Zigzags d'un Curieux d'Octave Uzanne publiés le 15 mai 1888 à Paris chez Albert Quantin imprimeur-éditeur. Il s'agit d'un des 1.000 exemplaires numérotés sur vergé (tirage le plus courant avec 30 papiers Whatman, 30 papiers du Japon et 5 papiers de Chine).

Offert au début du mois d'août 1892 (soit un peu plus de 4 ans après sa sortie en librairie) à un médecin de renom, voici ce que ce volume nous révèle de manière implicite.

Charles-Joseph Bouchard (1837-1915)
Professeur en médecine

Le destinataire tout d'abord, qui était-il ? Charles-Joseph Bouchard est médecin. Il a été diplômé de la faculté de médecine de Lyon (il passe sa thèse en 1869). Il est élu membre de
l'Académie de médecine de Paris en 1886 et membre de l'Académie des sciences en 1887. Médecin des hôpitaux à Bicêtre depuis 1874 il devient titulaire de la chaire de pathologie générale à la faculté de Paris en 1879.

Sur quoi a-t-il travaillé plus particulièrement ? En 1882 il donne un ouvrage intitulé : Maladies par ralentissement de la nutrition. Il travaille également sur les auto-intoxications, il étudie les régimes alimentaires et les troubles digestifs sévères. Il aborde aussi les problèmes des maladies infectieuses et l’antisepsie.

En 1892 Octave Uzanne a 41 ans. Il vient de vivre les 12 années les plus chargées en travail intellectuel de toute son existence, ayant mené à bien l'édition de plusieurs ouvrages de bibliophilie et successivement trois revues : Le Livre (1880-1889), Le Livre Moderne (1890-1891) et L'Art et l'Idée (1892). Ainsi s'achève un cycle de revuiste intense et qui le conduit
progressivement vers un repos obligé mêlé à des envies de voyages lointains. 1892 est également l'année de pleine activité de la Société des Bibliophiles Contemporains qu'il a fondé à la fin de 1889 et qu'il dirige d'une main de fer. 1892 voit ainsi paraître pour cette société les Contes choisis de Guy de Maupassant.
Que signifie ce "souvenir reconnaissant" adressé amicalement par Octave Uzanne au professeur Bouchard ? Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une reconnaissance liée à la médecine. Octave Uzanne a donc été soigné par le professeur Bouchard, mais pour quel mal ?

Le hasard fait que nous avons retrouvé mention du docteur Bouchard dans plusieurs écrits publiés par Octave Uzanne. Le premier est extrait d'un article intitulé Avant les vendanges, le retour du vin, publié dans le Gil Blas du 30 septembre 1909. Il écrit à propos des bienfaits et des méfaits du vin : "La Faculté de médecine doit rigoureusement prescrire le vin après l'avoir proscrit. Je crois être bon prophète en disant qu'elle ne tardera pas à revenir de ses jugements injustifiés et à réhabiliter le produit de nos vignes, le vin de France, en affirmant ses vertus de panacée universelle, en faisant de nouveau chanter efficacement ses louanges, à la façon dont Homère chanta les bienfaits du fameux Népenthès. Déjà, certain docteur, qui est viticulteur au pays du Jurançon, cher à Henri IV, s'est mis à la tête d'un mouvement de réhabilitation du vin. Sa défense est ardente et logique. Elle apparaît sous la forme d'une communication qu'il eut la crânerie de faire à la Faculté de médecine de Paris, et qui mériterait d'être vulgarisée par des tirages innombrables d'exemplaires destinés à une générale distribution à tous nos compatriotes. Il réfute les études de Bouchard sur les échanges nutritifs dans l'arthritisme et la dilatation d'estomac, qui conduisirent tant de médecins à défendre le vin. Il démontre que l'arthritique et le névropathe ne doivent point compter sur l'eau pour les guérir, mais que ceux-ci, en activant leur circulation par un exercice quotidien, en marchant, respirant largement au grand air, doivent mériter le vin et en boire avec modération." Octave Uzanne s'oppose ici aux théories soutenues par Bouchard qui commandent l'interdiction du vin pour se bien porter. La deuxième mention du docteur Bouchard par Uzanne se trouve dans le Sottisier des Moeurs publié en 1911. Elle se trouve au chapitre intitulé Honorons nos appétits, la digestion psychologique. La voici : "Le mécanisme de la digestion est resté encore mystérieux pour nombre de médecins spécialistes, parmi ceux qui ont la sagesse de croire que la science est encore très éloignée d'avoir acquis toutes les certitudes sur les fonctions gastriques - les caprices de l'estomac dépistent souvent les plus autorisés des maîtres ; Potain avouait souvent n'y pouvoir rien comprendre, et Bouchard cherche encore parfois bien en vain à éclaircir les exigences stomachiques qui lui sont révélées par ses malades. Comment admettre, en effet, qu'un dispeptique au dernier degré, incapable de supporter un blanc de poulet ou d'assimiler un litre de lait, puisse désirer, ingérer et tolérer, par une digestion sans douleur, un coriace hareng-saur, sinon un pesant morceau de homard ? Devant de tels faits la science informe, et cependant tous les gastrologistes savent combien ils sont fréquents. Or, il paraît que nous possédions les idées les plus fausses qu'on puisse imaginer sur le processus de la digestion. [...]". La chose nous paraît entendue, Octave Uzanne a consulté Bouchard pour des problèmes digestifs. Problèmes digestifs que le docteur a certainement dû résoudre, tout ou en partie, compte tenu du "souvenir reconnaissant" qu'Uzanne lui offre au travers de ce modeste volume.

Que sait-on d'Octave Uzanne et de son alimentation ? Il écrit à son frère Jospeh en 1909 : "[...] J’adore l’hôtel, j’y suis heureux et si libre, mais je suis devenu si amoureux de sobriété, de vie végétarienne le soir que j’ai trop de tentations de céder à mes appétits gloutons à table et ici la cuisine est trop tentatrice. [...]" Il avoue ses appétits gloutons d'avant 1909 ... En 1888, dans son Miroir du Monde, il s'avoue gastrolâtre ! Tout comme Uzanne se définissait féminolâtre à la même époque.

Uzanne aime les femmes ! Uzanne aime manger ! Uzanne est un épicurien !

Voici ce qu'il écrit à ce sujet en 1888 : "D'après le dictionnaire de l'Académie, le mot Gourmand est synonyme de goulu et de glouton ; mais tous les gastrolâtres protestent contre cette acception ; il leur semble que cette définition n'est pas rigoureusement exacte et que l'on doit réserver les épithètes de glouton et de goulu pour caractériser l'intempérance et l'insatiable avidité. Selon les physiologistes du goût ... et par suite de la goutte, le terme de gourmand mérite de recevoir dans le monde poli une acception beaucoup moins défavorable et aussi beaucoup plus noble. A leur dire, le gourmand n'est pas seulement l'être que la nature a doué d'un excellent estomac et d'un vaste appétit, — tous les hommes robustes et bien constitués étant dans ce cas, — mais c'est bien au contraire celui qui joint à un estomac, parfois même médiocre, le goût éclairé dont le premier principe réside dans un palais singulièrement délicat, mûri par une longue expérience." En mars 1907 il écrit encore à son frère depuis le Cannet : "[...] En résumé, je puis bien me soigner ici, prendre la nourriture qui me convient [...]". Peut-être encore plus flagrant comme aveu de son mal endémique, il écrit à son frère en mars 1909 : "ce n’est pas seulement sa nourriture et son estomac qu’il faut surveiller, c’est sa vie et son travail – il faut s’aérer, marcher quand même, faire manœuvrer ses muscles et se donner tous les soins d’hygiène nécessaire. [...]". On apprend ainsi entre 1907 et 1910 qu'Octave Uzanne de diverses préparations médicamenteuses ou naturelles pour venir à bout de ces maux digestifs récurrents : huile de ricin, boisson de houblon, fruits cuits, lait, quassia amara, huile d'olive, lavements d'huile, huile de foie de morue, etc.

Un chapitre entier pourrait être consacré aux citations de son estomac malade ... Nous ferons ce chapitre.

De quelle manière Bouchard s'y est-il pris pour traiter, dès 1892 (et peut-être même avant cette date) les troubles digestifs d'Octave Uzanne ? Nous ne savons pas. Il est cependant fort probable, si l'on se réfère aux différents traitements prescrits par le docteur Bouchard en pareil cas de dyspepsie chronique, qu'il ait employé l'arme du régime alimentaire. Entre 1890 et 1900 les quelques photographies d'Octave Uzanne dont nous disposons nous montre un homme corpulent, avec un embonpoint marqué. Les régimes qu'il suit à partir de 1906-1907 et ce jusqu'après 1910 lui permettent sans doute de perdre du poids et d'avoir une digestion plus aisée. Uzanne fuit désormais les banquets et autres "repas monstres" qu'il ne manquaient pas auparavant. D'autres ennuis de santé plus sévère encore surviendront dans les années suivantes (1922).

Nous reviendrons prochainement sur les autres médecins qu'Octave Uzanne a consulté dans les premières années du siècle.

Bertrand Hugonnard-Roche

vendredi 16 mai 2014

Rops, Félicien, peintre et illustrateur (1833-1898) - 15 lettres autographes signées A SON AMI OCTAVE UZANNE, 1881-1893 : à vendre 75 000 euros (mai 2014).


Rops, Félicien, peintre et illustrateur (1833-1898) - 15 lettres autographes signées A SON AMI OCTAVE UZANNE, 1881-1893, et une lettre autographe signée à l’imprimeur François Nys, 26 février 1893. 40 pages in-8 ou in-12, dont 3 lettres ou cartes-télégrammes avec adresse au verso, une lettre à l’encre rouge et une autre au crayon bleu. Rops, Félicien, peintre et illustrateur (1833-1898). Prix: EUR 75.000,00

Exceptionnel ensemble où s’épanouit toute la verve de Rops épistolier, AVEC TROIS DESSINS OU CROQUIS à l’encre, illustrant par un humour acide et parfois cru des jugements anticonformistes, notamment sur la Belgique, certains de ses contemporains, mais aussi sur lui-même. La première de ces lettres porte une mention manuscrite indiquant qu’il s’agit de la première d’une longue série adressée à Uzanne qui devint l’un de ses plus chers amis et à qui il offrit régulièrement ses services d’illustrateur, soulignant dès cette première missive son intérêt pour le nu féminin: Bruxelles 4 janvier 1881. «J’espère que nous nous entendrons & que nous ferons ensemble des choses qui scandaliseront nos chers contemporains & qui prépareront des tortures & des rougeurs aux Saumaises de 1980 ! J’ai ‘gémi’ en voyant de quelle gauche et surtout peu féminielle eau-forte votre joli livre du Calendrier de Vénus était frontispicé! [par Marius Perret] ( ) Chaque siècle ayant ses formes amoureuses il faut bien rendre les nôtres, même à travers les pastiches, les réminiscences, les renaissances & les imitations des autres temps! Je suis très préoccupé du nu moderne moi – du document féminin palpable & palpé!». Et Rops cite son album, Cent croquis légers pour réjouir les honnêtes gens, alors en possession d’un «Monsieur bizarre» [le bibliophile parisien Jules NOILLY].Ce souhait de collaboration réalisé, une amitié profonde et loyale ne tarde pas à unir les deux hommes et Rops s’adresse désormais à son cher Octave, comme à un frère et un «copaing», complice de ses aventures féminines, lui donnant des nouvelles de l’avancée de ses travaux de dessinateur et de graveur, lui confiant ses humeurs, gaies ou sombres.Heist sur Mer. Hôtel des Bains, 15 septembre [1881?]. L’amitié, à la fois «vieille et jeune», est solidement installée entre les deux hommes, le tutoiement est de rigueur, et Rops se confie à Uzanne après l’avoir remercié pour son intervention dans une affaire concernant l’éditeur Decaux. Il explique son silence par un départ pour les plages de la mer du Nord, après avoir été pris par le spleen de Paris, «le spleen du nez au vent, de la cretonne intime, des petites mules roses dont on baise le museau dans le flot des balayeuses endentellées!». Il évoque avec drôlerie ses souvenirs de jeune homme rêveur et amoureux lorsqu’il s’imaginait capitaine de bateau, couchant avec des Javanaises aux fesses d’or, ou buvant de grands verres de Hasselt avec la petite Stephany à la langue rose, compagne de grandes courses dans les dunes: «Tous cela repose bien d’Anseremme & de ses gueuleries [près de Dinant dans la région de Namur où Rops fréquenta régulièrement la colonie d’artistes qui s’y retrouvaient]. La mer a toujours son grand: sursum corda! Et le magistrat Berger (première catégorie) n’y dessinerait qu’une lourde silhouette bonne à faire s’esclaffer les crabes rieurs». Ces propos sont suivis du dessin d’un crabe agitant ses pattes. Rops décrit alors le lieu de sa villégiature en Flandre occidentale où doit le rejoindre son ami Dom [l’homme de lettre Léon Dommartin, alias Jean d’Ardenne], les différents lieux qu’il a montré à sa fille, et il clôt sa lettre sur une nouvelle note d’humour: «Je procure pauvret – une foule de jouissances intimes à mon hôtesse, qui ressemble à la madone dans la Chandelle d’Arras & elle a les étonnements qu’aurait la susdite madone si elle couchait avec toi».Vendredi, s.d. [printemps 1882]. Ayant appris qu’Uzanne s’apprête à partir pour l’Italie, il lui suggère un certain itinéraire, afin de ne pas manquer certains sites, comme Vérone, et d’en éviter d’autres, comme le mont Somering au sud de Vienne qui n’est qu’un morceau de Suisse, «l’éternelle montagne à effets d’opéra-comique, la joie de l’épicier retiré qui fait son tour d’Europe». Pour étayer son propos, il dessine 4 lignes parallèles de crêtes montagneuses: Le Somering, la Suisse, la Souabe et les Alpes.Paris, 12 avril 1882. Il revient de Montigny-sur-Loing, toujours très [...] (la fin de la fiche est tronquée).

Actuellement en vente sur Abebook.com et sur ZVAB, pas sur le site direct du libraire (Kotte Autographs GmbH (Roßhaupten, BY, Germany). Notre demande de photographies de ces lettres au libraire est restée à ce jour sans suite.

Bertrand Hugonnard-Roche

La fortune des Uzanne : Marchands merciers en gros à Auxerre (1800-1850 environ).


Poser un problème, c'est déjà le résoudre à moitié. Effectuer une recherche demande de la persévérance, un peu d'habileté, de hasard, et une certaine dose de chance.
Une recherche en amène souvent une autre. C'est ainsi que je viens de faire le lien entre la famille Uzanne d'Auxerre et la famille de "l'instituteur des idiots", le médecin Edouard Séguin (1812-1880).

Edouard Séguin (né le 20 janvier 1812 à Clamecy dans la Nièvre) était le fils de Jacques-Onésime Séguin et de Marguerite Uzanne. D'après l'acte de mariage de ses parents en date du 29 avril 1811 à Auxerre, il apparaît que le patronyme s'écrit Seguin et non Séguin comme on le lit le plus souvent. Dans cet acte il est également indiqué que Jacques-Onésime Seguin est âgé de 30 ans, qu'il est médecin à Clamecy (fils de François Seguin propriétaire à Coulanges-sur-Yonne près d'Auxerre, et de Marie-Thérèse Guimard, tous deux décédés), et qu'il épouse Marguerite Uzanne âgée de 17 ans domiciliée à Auxerre et fille de Joseph Uzanne (en réalité Maurice Joseph) marchand, et de Marie Agnès Peronnier.

Le couple Maurice Joseph Uzanne (1752-1806) et Marie-Agnès Peronnier (1757-1827) s'était marié aux Chapelles (Savoie) le 3 octobre 1774. Il s'agit du couple fondateur de la lignée auxerroise des Uzanne, dont Octave Uzanne est le descendant direct. Ils eurent 5 enfants : Marie-Antoinette (1779-1855), Antoine (1784-1858) le grand-père d'Octave Uzanne, Joseph Maurice (1787-1860) le grand oncle célibataire et à héritage d'Octave Uzanne, Marie-Antoinette (1791-1857) et enfin Marguerite-Marthe (1793-1871) épouse Seguin et mère du célèbre "instituteur des idiots".

En résumé, Marguerite, la mère d'Edouard Seguin, était la grand-tante d'Octave Uzanne. L'a-t-il jamais connu ? Nous ne savons pas. Elle a vécu à Clamecy où elle est décédée le 25 septembre 1871, Octave Uzanne venait d'avoir 20 ans. Cependant, ce que nous savons, c'est qu'Octave Uzanne était très proche de sa grand-mère maternelle Geneviève-Marguerite Gremeret (branche Chaulmet), elle aussi native de Clamecy dans la Nièvre. Il est donc tout à fait probable que le jeune Octave ait rendu visite dans ses jeunes années à la grand-tante Marguerite, sœur de son grand-père Antoine Uzannaz (Uzanne).

Pourquoi en venir à cette généalogie un peu lointaine ? Parce que le hasard nous a mis en présence de quelques chiffres intéressants concernant le patrimoine de la famille Uzanne au début du XIXe siècle (*). Ainsi nous relevons les chiffres suivants : Marguerite Uzanne apporte en dot 42 000 francs dont 16 000 francs en immeubles lors de son mariage avec Jacques-Onésime Seguin en 1811. Par ailleurs on apprend que Maurice-Joseph (en réalité Joseph-Maurice), son frère (le même grand oncle célibataire qui léguera le domaine de La Villotte près de Villefargeau à la maman d'Octave Uzanne et sans doute d'autres biens), lui lègue à cette occasion la somme de 1 000 francs or.

Que représentent ces sommes en 1811 ? D'après quelques rapides recherches, il faut considérer qu'un ouvrier non qualifié gagne alors environ 1 franc par jour voire un peu moins. Un calcul rapide permet donc de déduire que la dot de Marguerite Uzanne, prise dans son ensemble, est équivalente à environ un peu plus d'un siècle de salaire d'un ouvrier. Une conversion sommaire et nécessairement largement erronée permet tout de même de dire que la dot Uzanne représente environ 1 million d'euros de notre époque (voire un peu plus). Ce n'est pas rien. Il faudrait retrouver les montants des dots des deux autres filles Uzanne (sœurs de Marguerite) qui se sont mariées, la première en 1808 (à Auxerre) et la seconde à une date et dans un lieu encore inconnu de nous.

Ces quelques chiffres devront être mis en comparaison de quelques autres que nous découvrirons bientôt lors de l'étude d'autres contrats de mariages ou inventaires après décès (en cours d'étude) afin de mieux cerner "la fortune des Uzanne". On sait que la branche auxerroise des Uzanne était marchands de père en fils et ce dès la fin du XVIIIe siècle. Il ne s'agissait pas de petits marchands de province comme on pouvait alors en compter de nombreux mais de marchands en gros dans le domaine de la mercerie. Que vendaient-ils ? des boutons, des rubans, des draps, du linge, des habits ? (Antoine Uzannaz dit Uzanne, le grand-père d'Octave et le frère de Marguerite était désigné comme marchand rubanier). Comment ont-ils fait fortune ? Comment sont-ils devenus riches ? Une piste pourrait être la vente en gros aux armées durant les guerres napoléoniennes. C'est une piste que nous devrons explorer. Il faudra par ailleurs nous pencher sur la fortune de la branche maternelle (Chaulmet d'Auxerre également) et qui n'est sans doute pas moins considérable avec une généalogie complète de marchands remontant au moins jusqu'aux premières années du XVIIIe siècle.

Octave Uzanne est arrivé à Paris au début des années 1870 avec un suffisamment d'argent en poche pour se laisser vivre et profiter de la bohème parisienne de son temps. Cependant il ne s'est jamais laissé aller à ne rien faire et à toujours écrit et s'est fait payer pour cela (même si les archives nous manquent également de ce côté). A partir des années 1890-1900, sa carrière de journaliste lui procure un revenu sinon somptuaire du moins confortable. Il semble néanmoins qu'à cette époque il ne vive plus guère sur les deniers hérités et sur la fortune familiale. Nous ne savons encore rien de la succession Uzanne en 1931 si ce n'est que c'est son frère Joseph qui en fut le légataire universel et unique héritier. Nous ne savons encore rien non plus de l'héritage de Joseph Uzanne à son décès en 1937 (on l'a dit pauvre ... ce que nous avons du mal à croire). Il meurt laissant pour unique héritière la fille (Françoise Millon) issue du premier mariage de son épouse Marie Adenot et son fils l'historien de l'architecture Yvan Christ).

Il y a encore tellement de choses à découvrir pour mieux comprendre ! Tout viendra en son temps.

Nous rappelons aux lecteurs que la généalogie des Uzanne (la plus complète à ce jour) est disponible en ligne ICI.

Bertrand Hugonnard-Roche


(*) Un pionnier de la psychiatrie de l'enfant : Edouard Seguin (1812-1880), par Yves Pélicier, Guy Thuillier, Association pour l'histoire de la Sécurité Sociale, 1996. Page 390.

mercredi 14 mai 2014

Exemplaires remarquables : L'Ombrelle (1883). Reliure maroquin doublé (reliure de l'époque par David, dorure par Domont). Exemplaire H. Stanley Marcus, célèbre bibliophile américain.


Octave UZANNE - Paul AVRIL, illustrateur L’OMBRELLE par Octave Uzanne, illustrations de Paul Avril. Paris, A. Quantin, imprimeur-éditeur, 1883 relié avec : SUITE DES GRAVURES DE L’OMBRELLE par Octave Uzanne, illustrations de Paul Avril. Paris, A. Quantin, 1883 1 fort volume grand in-8 (27 x 18,5 cm) de 138-(1) pages. Illustrations dans le texte imprimées dans différentes teintes. Suite des photogravures à part sur Japon. Reliure plein maroquin bleu nuit, dos à nerfs richement orné avec un fer spécial "ombrelle" souligné de maroquin rouge (dans le fer ombrelle), plats encadrés d'un triple filet doré, double filet doré sur les coupes, riche doublure de maroquin rouge décorée d'un encadrement de filets architecturés avec fleurettes dorées dans les angles, fer losangé central en dentelle dorée avec au centre dans un ovale une ombrelle dorée avec souligné de maroquin bleu, encadrement de filets pleins et perlés dorés, double garde de papier peigne, tranches dorées sur témoins (non rogné, ébarbé), les couvertures en soie rose imprimée ont été reliées avant les couvertures illustrées imprimées sur papier (reliure de l'époque signée DAVID et dorure signée DOMONT).



Somptueux exemplaire en maroquin doublé décoré, en excellent état de conservation. A noter une fente au mors supérieur (sur la hauteur du premier caisson), sans incidence sur la solidité du volume (le volume a été établi sur charnière intérieure de maroquin, intacte). Papier des gardes blanches bruni.

ÉDITION ORIGINALE. UN DES EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN DES VOSGES (BEAU PAPIER DE CUVE). EXEMPLAIRE AUQUEL ON A JOINT LA SUITE DES ILLUSTRATIONS SUR JAPON TIRÉES A PART EN COULEURS.

Provenance : Exemplaire de la bibliothèque H. Stanley Marcus, célèbre bibliophile américain. Ancienne Collection Bertrand Hugonnard-Roche

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