samedi 25 juin 2016

Carte-lettre autographe de l'illustrateur Léon Lebègue à Joseph Uzanne, à propos d'une livraison de vin Mariani (4 septembre 1909).

Coll. part.

Paris 4 9bre 09 [4 septembre 1909] (*)

Mon cher ami


Je ne veux pas attendre notre prochaine entrevue pour vous remercier du fond du coeur de la gentille surprise que vous m'avez causé ce matin et pour vous exprimer surtout la gratitude de ma chère malade.

Nous attendions bien quelques flacons du précieux vin mais notre étonnement a été grand à l'irruption de toute une escouade. Vraiment M. Mariani et vous, nous gâtez trop.
Je ne puis que vous répéter merci avec tout ce que cette expression devenue si banale comporte d'élan affectueux et de sincérité reconnaissante.
Puisse ma chère femme trouver dans ces fioles les forces qui lui manquent, c'est la grâce que je "nous" souhaite.
A vous des deux mains en attendant vendredi.

L. Lebègue


(*) cette carte-lettre a été rédigée à l'encre noire sur carton blanc. En en-tête, Léon Lebègue (1863-1944) a dessiné une escouade de bouteilles de vin Mariani faisant irruption chez lui, bouteilles montées sur de frêles petites jambes. Léon Lebègue regardant cette scène surréaliste d'un air étonné et amusé. Léon Lebègue a illustré un ouvrage pour Octave Uzanne en 1898 (la Leçon bien apprise d'Anatole France, pour les Bibliophiles indépendants). Il a par ailleurs dessiné la carte de voeux pour Octave Uzanne pour cette même année 1898. Il a aussi dessiné une autre carte pour Octave Uzanne (sans date, Octave déjeune jeudi chez Sylvain). Cette même année 1898 il dessine et grave également à l"eau-forte une carte de voeux pour son frère Joseph. Léon Lebègue aura sa notice biographique insérée dans les Figures contemporaines Mariani pour l'année 1902.

lundi 6 juin 2016

Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne. Tome 151. Année 2013-2015/1., pp. 43 à 130. Par Bertrand Hugonnard-Roche, Octave Uzanne (1851-1931). Texte corrigé et augmenté de la conférence donnée à Auxerre au siège de la Société le dimanche 15 septembre 2013.

La Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne vient de publier son dernier Bulletin N°151 - Année 2013-2015/1. Il contient aux pages 43 à 130 le texte corrigé et augmenté de la conférence que j'ai donnée à Auxerre au siège de la Société le dimanche 15 septembre 2013. Cette conférence s'intitulait : "Octave Uzanne enfant d'Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite". Le titre est resté inchangé. De nouvelles découvertes ou précisions sont venues s'ajouter au texte initial pour former un corpus plus important et plus exact. Il n'a pas été fait (finalement) de tirage à part. Ce bulletin est distribué aux membres de la Société des Sciences de l'Yonne mais peut être acheté (dans la limite des stocks disponibles) en s'adressant au siège : 1, Rue Marie Noël, 89000 Auxerre. Personnellement je ne dispose, en tant qu'auteur, que de quelques exemplaires "grapillés" que je ne peux distribuer. Merci de votre compréhension. Je joins à cet article quelques photographies de la partie de ce Bulletin consacrée à Octave Uzanne. Si l'avenir est favorable, je mettrai en oeuvre l'impression d'un tiré à part dans les prochains mois.


Voici le détail des chapitres abordés dans cette conférence :


Présentation
Octave Uzanne bibliogaphe, auteur de livres documentaires
Octave Uzanne bibliophile
Octave Uzanne directeur de revue
Octave Uzanne voyageur
Octave Uzanne journaliste chroniqueur
Généalogie - Histoire familiale
Octave Uzanne et Auxerre
Quelques évocations auxerroises et icaunaises
Correspondance des frères Uzanne
La sépulture Uzanne-Chaulmet au cimetière Saint-Amâtre (Auxerre)
Les adresses auxerroises
Conclusion
Annexe : L'Amour aux champs


Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne. Tome 151. Année 2013-2015/1. Bertrand Hugonnard-Roche, Octave Uzanne (1851-1931). Enfant d'Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite, pp. 43 à 130. Ce Bulletin contient trois autres textes fort intéressants : Pierre Glazal, "Bonnes fontaines" et folklore des eaux dans l'Yonne : méthodologie de l'inventaire (pp. 7 à 42) ; Camille Pellet, Le combat de Chastenay (Yonne) : 19 août 1944, pp. 131 à 180 ; Gérard Savéan, Espèces rares ou assez rares vue en 2013, pp. 181 à 190.









vendredi 3 juin 2016

Le Cauchemar d'un Bibliophile, eau-forte par Albert Robida pour Octave Uzanne et ... avec Octave Uzanne !!


Eau-forte originale tirée en noir avec marges symphoniques en bistre,
par Albert Robida. Tirée soit en 1890, soit en 1894,
avec le portrait d'Octave Uzanne au centre qui remplace
celui du bibliophile épouvanté.
Cette eau-forte très rare a certainement été tirée à 25 exemplaires seulement ?


      Celles et ceux qui suivent d'un peu près l'actualité Uzannienne savent, parce que je l'ai déjà écrit ici ou là, qu'Octave Uzanne avait un point commun avec le cinéaste Alfred Hitchcock. Comme chacun sait, le réalisateur anglais aimait à se voir passer une fraction de seconde dans le champs de ses caméras au sein même de ses films. Coquetterie d'artiste ou bien ego surdimensionné ? Je laisse à chacun son opinion. Octave Uzanne avait cette même coquetterie. Le cinéma en étant à ses balbutiements, c'est donc dans les illustrations de ses livres qu'il faut le chercher.
      On sait déjà qu'Octave Uzanne aimait à se voir grimé en satire ou en faune pervers courant derrière gente damoiselle effarouchée (voir notre article à ce sujet). Mais c'est la découverte toute récente d'un document qui nous a mis sous les yeux cette nouvelle démonstration portraitisation sans équivoque.
      En 2012 je vous avais parlé d'une jolie estampe par Albert Robida et intitulée Cauchemar d'un Bibliophile. Elle avait été publiée dans le premier tome de la revue Le Livre Moderne (premier semestre 1890). Dans les exemplaires imprimés sur papier vergé de cette jolie revue artistique, on trouvait une belle eau-forte tirée dans les tons de bleu/vert/noir. Dans les exemplaires de luxe tirés sur Japon ou sur Whatman on trouvait la même estampe avec un état en plus : eau-forte non terminée (état de pointe sèche). Mais l'état que je vous pouvez admirer ci-dessus est déjà beaucoup plus difficile à trouver. D'ailleurs jusqu'à ce jour je ne l'avais pas trouvé, je ne savais même pas qu'il existait. J'aurais pourtant dû le savoir, mais j'avoue être passé à côté.
      L'eau-forte que vous pouvez admirer ci-dessus est tirée en noir avec ce qu'on appelle des marges symphoniques. Félix Buhot eut lui-même pour habitude de graver de telles marges entièrement ornées de petits sujets en rapport (plus ou moins) avec le dessin central (pour les Zigzags d'un Curieux du même Octave Uzanne, 1888). Albert Robida nous en donne ici un exemple similaire. Ici les marges symphoniques sont tirées en bistre, ce qui ajoute à l'esthétique de l'ensemble. D'où provient ce tirage de luxe sur un beau papier Japon ancien s'il ne provient pas des exemplaires de luxe du Livre Moderne ? C'est dans le catalogue de Quelques-uns des Livres contemporains d'un écrivain et bibliophile parisien (Octave Uzanne) qu'il faut aller chercher la réponse. Cette première vente Uzanne s'est déroulée à Paris les 2 et 3 mars 1894. Nous en avons longuement déjà parlé sur ce blog. C'est à la justification du tirage qu'il faut nous intéresser. Ce catalogue a été tiré à 1000 exemplaires distribués aux amateurs, 100 exemplaires tirés sur papier mauve vélin, filigrané de pervenches et numérotés avec un frontispice à l'eau-forte de Robida, et 25 exemplaires sur vieux Japon feutre très rare, avec signature d'Octave Uzanne, frontispice du Bibliophile, portrait ex-libris. Ces derniers 125 exemplaires, uniquement distribués en souscription sont rares. Il m'a été donné une seule fois la possibilité d'en acquérir 1 des 25 exemplaires sur Japon feutre aux enchères, mais je n'ai pu l'obtenir, et donc l'examiner.
      Quid ? D'après ce que nous avons trouvé dans les archives insondables de Google, il semblerait que le tirage ci-dessus (également sur Japon feutre ancien) corresponde au frontispice décrit dans le justificatif du catalogue de 1894, soit uniquement pour les 25 Japon feutre soit pour l'ensemble des 125 exemplaires en souscription. Quoi qu'il en soit le tirage a dû être très restreint, vraisemblablement 25 ou 125 exemplaires.
      Mais, ne remarquez vous rien en regardant l'état définitif publié dans Le Livre Moderne présenté ci-dessous ? Regardez bien ! Plus près ! ...
      Oui ! Voilà ! Vous avez trouvé ! Le Bibliophile épouvanté par son cauchemar, vieux bibliophile ébouriffé dans l'état définitif de la gravure, est remplacé dans l'épreuve de luxe avec marges symphoniques (ci-dessus) par ... Octave Uzanne lui-même ! On reconnaît sans mal sa coiffure frisée à la Richepin et sa barbe fournie. CQFD ! Uzanne, Hitchcock, même combat. Se voir représenté dans ses œuvres. Une manière en quelque sorte pour laisser une trace indélébile à ceux qui savent voir. Clin d’œil, coquetterie d'esthète. Albert Robida a été le complice certainement amusé de cette facétie d'auteur et d'artiste.


Eau-forte ci-dessus, détail.
Octave Uzanne faisant son cauchemar ...


      S'il s'agit sans aucun doute possible du même cuivre qui a été habilement retouché par Robida. Quand ? Est-ce en 1890 au moment de l'édition des premières livraisons du Livre Moderne ? ou bien est-ce seulement vers le début de 1894, soit 4 ans plus tard, à l'approche de la première vente Uzanne que l'artiste a décidé sur la directive du Bibliophile-Uzanne de faire cette retouche sur le cuivre ? Nous ne savons pas.
      Quoi qu'il en soit cet état, pour ne l'avoir jamais rencontré avant ce jour malgré toutes nos recherches, est des plus rares. Et le trouver sans le chercher fut une belle surprise. Parfois les rêves se transforment en cauchemar, parfois l'inverse.


Eau-forte ci-dessous, détail.
Le Bibliophile faisant un cauchemar ... ici ce n'est plus Octave Uzanne mais
un vieux bonhomme à la barbe et aux cheveux hirsutes !


      A lire également notre article sur cette estampe publiée dans le Livre Moderne : L'incendie de la bibliothèque Osborne inspire Albert Robida (1890) pour la revue Le Livre Moderne fondée et dirigée par Octave Uzanne.

Bertrand Hugonnard-Roche


eau-forte par Albert Robida,
état définitif paru dans Le Livre Moderne en 1890

vendredi 13 mai 2016

Octave Uzanne et le Roman Moderne (25 mars 1877). Vues sur l'Assommoir d'Emile Zola et la Fille Elisa d'Edmond de Goncourt.

      
      Octave Uzanne publie cette critique dans la livraison d'avril 1877 du Conseiller du Bibliophile. Il dresse un petit bilan critique de la littérature romanesque de la première moitié du XIXe siècle et s'attarde sur les nouveaux venus du réalisme que sont Zola et les Frères Goncourt. Pour une fois Octave Uzanne est indulgent et même complaisant avec Zola et son Assommoir (*). Il est moins tendre avec Edmond de Goncourt pour sa Fille Élisa (**). Octave Uzanne n'a que 26 ans au moment où il rédige cette critique lucide et cinglante.

Bertrand Hugonnard-Roche


(*) L'Assommoir paraît pour la première fois en feuilleton dans Le Bien Public en 1876. Il sort en volume chez le libraire éditeur Charpentier en 1877. C'est le septième volume des Rougon-Macquart.

(**) La fille Elisa paraît chez Charpentier la même année 1877.


LE ROMAN MODERNE (***)

      Vous achetiez un roman, il y a quelque  vingt ans, Monsieur, et tout heureux de votre emplette signée d'un nom aimé, vous vous preniez à lire, — les pieds sur les chenets, — les vigoureuses aventures d'un d'Artagnan quelconque, d'un héros cambré, souple et fort comme l'acier de sa lame, qui vous menait bon train, à travers mille casse-cous, au chapitre final, où triomphait sa cause.
      C'était par une belle matinée de mai, de septembre ou d'octobre ; le ciel était pur ou nuageux, l'air tiède ou vif, les feuilles d'un vert tendre ou d'un chaud orangé, peu importe ; en deux temps, vous aviez lié connaissance avec votre homme, détaillé vivement sa mise, conçu votre sympathie, et, avec toute la simplicité de votre belle âme de lecteur, — vous vous intéressiez à ce beau jeune premier que vous veniez d'entrevoir et que vous ne deviez plus quitter qu'à la fin de ses peines.
      Que de galantes intrigues ! Quelles joyeuses équipées ! Vous en souvenez-vous ?
      Arquebusades et coups de rapière ! Tout votre sang français bouillait ; vous entriez dans la peau de l'Amadis ; bataillant, intriguant, faisant l'amour, vous couriez avec lui de tous côtés, et terriblement essoufflé, c'est à peine si vous preniez un léger repos, à la dernière ligne d'un émouvant chapitre. — Et vous, chère Madame, que de charmantes soirées vous passiez sous la lampe, ou chastement pelotonnée dans le douillet repos du lit ! Vous parcouriez fiévreusement le gros roman du jour, laissant sommeiller Monsieur votre mari ; et votre petit cœur battait bien fort, bien fort, lorsque le héros, au coin d'un carrefour sombre, luttait vaillamment contre une bande de vilains coupe-jarrets.

II

      Ces émotions, ces courses échevelées en plein air, ces voyages de l'un à l'autre pôle, le roman de cape et d'épée, — qui résume tout cela, — le roman d'aventures a définitivement vécu. Dumas père et tutti quanti ne font plus les délices que des commis voyageurs, des portières ou des rares grisettes (I), aussi rares elles-mêmes que les carlins. Le roman intime fait aujourd'hui nos délices. — Notre époque veut du réel ; l'optique est émoussée, nous prenons une loupe , notre toucher est affaibli, notre main saisit un scalpel ; nous anatomisons. Le roman est devenu une école pratique, nous y étalons les belles horreurs, les cas pathologiques les plus bizarres ; nous indiquons les chloroses et les pustules sociales. Nous ne sommes plus en gondole à Venise, nous nous promenons, en radeau, dans les égouts des villes.

III

      Eh ! mon Dieu, nous n'avons pas tort, nous en sommes arrivés là graduellement, sans y prendre garde ; notre époque littéraire, si féconde, avait blasé nos sens ; notre goût est devenu un petit Néron, difficile à satisfaire. Il nous fallait du nouveau, des choses fortes, odorantes. Nos meilleurs auteurs essayent de nous servir. Les romanciers sont devenus des analystes du plus grand talent ; ils ont mis le tablier blanc, se sont munis de tous les instruments de chirurgie, et nous voilà suivant leur cours avec intérêt. Nous voyons les ulcères de la vie, c'est vrai, mais le musée Dupuytren a bien aussi ses charmes ; et il faut avouer que l'hôpital, les faits divers et les tribunaux moralisent peut-être plus sûrement les masses que les pillules du docteur Labruyère ou les panacées du pharmacien Montaigne.

IV

      Voulez-vous que nous cherchions les causes de la phase littéraire que nous traversons et que nous regardions l'instigateur et son école ? Soit, j'indiquerai donc tout de suite : « Byron et le byronnisme. »
      Ce n'est pas trop un paradoxe, comme vous allez le voir. Nous sommes en 183o ; — la littérature classique est moribonde, le romantisme vient de naître et fait déjà des effets de torse et montre son biceps ; un instant indécis, les Jeunes-France se divisent en deux camps. Dans l'un la force domine ; on y cultive la plastique, la ligne, la couleur, la fooorme. Dans l'autre, la lecture de Byron a sentimentalisé les cœurs, les idylles maladives germent dans les cerveaux, le spleen bruine dans l'âme, on larmoie les amours défuntes ou les ambitions déçues ; Lamartine sanglote sur le lac du Bourget, Musset empoisonne le beau Rolla, de Vigny suicide Chatterton sur le théâtre.
      Une partie du public se laisse aller à cet abandon de soi- même. Il devient exquis, distingué, de suprême bon ton de se faire voir blême et verdâtre de teint ; les amants malheureux se noient dans leurs larmes, les couturières, par douzaines, allument des réchauds ; une douce folie se répand partout ; seul le bourgeois inconscient regarde sans comprendre.

V

      Une réaction était nécessaire, l'idéalisme prenait des proportions inquiétantes pour la santé des esprits, toutes les cervelles étaient parties au diable, dans l'aérostat de la pensée. Il fallait ramener le public au réel, à la vérité, aux choses dignes des larmes ; il était utile de le déféminiser, de lui montrer, en l'intéressant, la vie rude, nerveuse, aride, dans ses manifestations de chaque jour, dans ses luttes, dans ses drames du grand monde ; de lui faire palper les tristesses de la bourgeoisie et les misères des bas-fonds de la société. — « Assez de byronnisme, trêve aux jérémiades et aux variations en mineur sur les amours personnelles ; ne distillons plus ce miel affadissant, versons quelques gouttes d'absinthe dans nos œuvres : » — tel fut le raisonnement d'une nouvelle école, qui semble commencer à Balzac, pour se continuer par MM. de Goncourt, Daudet et Zola.
      Balzac, cet Hercule puissant de la littérature moderne, doit être considéré comme le premier maître du réalisme, de ce réalisme sobre, correct, distingué ; de ce réalisme qui met encore des gants et qui flâne, monocle dans l’œil, au milieu des salons les plus mélangés. Toute une époque défile sous ses yeux, il la fixe magistralement dans ses immortels chefs-d'oeuvre. Mais il restait à glaner sur ses timidités, sur les choses qu'il n'a pas osé décrire, sur ses craintes, ses pudeurs, ses délicatesses ; c'est là précisément ce que font aujourd'hui ses successeurs.
      Les héritiers directs de l'auteur de la Comédie humaine se montrèrent plus hardis, mais avec certaines réticences. Les Champfleury, les Delvau, les Baudelaire, les Duranty et autres explorèrent les coins de la vie réelle non encore décrits. On vit alors, pour la première fois, ces peintures crayeuses des barrières de Paris, ces types bouffons des petites villes de province, ces croquis bizarres d'ateliers d'artiste, cet argot pittoresque des différents milieux parisiens, cette photographie littéraire, pour tout dire, qui rend exactement l'impression des choses vues et étudiées minutieusement.

VI

      Avec Gustave Flaubert et Madame Bovary, se dessine dans sa véritable incarnation le Roman moderne : c'est de ce chef-d'oeuvre, à la fois lumineux de réalité, saisissant et osé, que prennent source les productions remarquables si discutées aujourd'hui.
      Flaubert a créé un genre, qui tâtonnait et se cherchait avant lui.
      Après Madame Bovary, on voit apparaître la Fanny de Feydeau, l'Affaire Clémenceau de Dumas fils et une foule d’œuvres justement célèbres, signées des noms les plus connus.
      Edmond et Jules de Goncourt spécialisent le genre, dans cette admirable série d'études qui commencent à franchir le cercle restreint, mais artistique, où leur immense talent fut apprécié et admiré dès l'origine. Puis vient Zola, qui se cantonne au milieu de l'époque impériale, de 1852 à 1870, et qui, avec une vigueur géniale, nous en trace les types les mieux accusés.
      Nous pourrions parler d'Alphonse Daudet, dont les premières manifestations personnelles, nous ont présenté des œuvres du plus grand mérite : mais dans cette étude au courant de la plume, nous laisserons de côté MM. Daudet. Ferdinand Fabre, Tourgueneff, Cladel, etc., pour jeter un léger coup d'oeil sur l'Assommoir de M. É. Zola, et sur la Fille Elisa de M. Edmond de Goncourt, — les deux romans à sensation du jour.

VII

      Que n'a-t-on pas dit et écrit sur l'Assommoir ? Jamais roman depuis longtemps n'avait passionné à ce point le public : c'est monstrueux, disent les uns ; admirable, ripostent les autres ! Dans tout ce tumulte où chacun a donné son opinion, le Conseiller du Bibliophile, par l'organe d'un de ses fidèles collaborateurs, peut bien, il nous semble, insinuer son avis. Nous dirons donc que l'Assommoir est une oeuvre saisissante, traitée avec une conscience du vrai, un sentiment humain remarquables. — Il est évident que c'est une production forte, accentuée, vigoureusement traitée et non destinée au boudoir d'une femme qui a des faiblesses, ou à la bibliothèque anodine des jeunes gens musqués ; sur la couverture on eût pu imprimer, comme sur certains volumes du XVIIIe siècle : — La mère en interdira la lecture à sa fille ; — mais nous croyons nous adresser à des lecteurs auxquels l'odeur de la moutarde ou des piments ne donne pas de nausées, et, nous le répétons, le livre de M. Zola est non- seulement digne des œuvres qui l'ont précédé, mais encore les surpasse et se renferme dans une forme distincte, qui fait de l'Assommoir l'étude la plus curieuse qui ait vu le jour depuis une vingtaine d'années.

VIII

      Malgré l'admiration que nous avons professée jusqu'ici pour le style et la manière de MM. de Goncourt, nous avouerons franchement le sentiment de tristesse et d’écœurement que vient de nous laisser la lecture de la Fille Elisa. — Il y a évidemment dans ce volume un grand mérite d'observation et de recherches, mais cela est appliqué à un sujet sans intérêt puissant et sans but moral.
      L'oeuvre, dans son ensemble, est malsaine et ne prouve rien ; ce n'est qu'une flânerie enfiévrée dans les bouges les plus immondes, où l'odeur acre des pipes se mêle à la fermentation de la bière et aux parfums éventés des filles de maisons ; c'est une étude in animâ vili sur des créatures aux chairs grasses et flasques qui croupissent dans un avachissement inconscient ; le sens moral ne se repose sur aucun être qui fasse contraste, et le lecteur suit la fille Elisa dans sa prostitution et dans sa détention, sans que rien ne vienne y jeter une lueur d'honnêteté et de sympathie.
      Nous n'ignorons pas que M. de Goncourt a voulu soutenir une thèse ; mais il a un peu trop oublié que cette thèse était à l'usage des gens du monde, et que les légistes, — que vise peut-être son roman, — préféreront toujours les travaux des Parent-Duchâtelet à l'étude la mieux conduite d'un romancier, quel que soit son talent.


OCTAVE UZANNE.

Paris, 25 mars 1877.



(I) .... et de votre directeur, ne vous en déplaise, mon cher collaborateur. — C. G. (pour Camille Grellet qui a dû ajouter cette note à la lecture du papier livré par Octave Uzanne).

(***) pp. 8-14, in Le Conseiller du Bibliophile, deuxième année, 1877.

mercredi 2 mars 2016

Exemplaire remarquable : Parisiennes de ce temps en leurs divers milieux, états et conditions. Etudes pour servir à l'histoire des femmes, de la société, de la galanterie française, des mœurs contemporaines et de l’égoïsme masculin. Ménagères, ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, artistes et comédiennes, par Octave Uzanne. Billet autographe de Remy de Gourmont relatif à la sortie de cet ouvrage. 1 des 12 exemplaires de luxe sur papier de Hollande. Rare. Très bel exemplaire relié à l'époque.


Octave UZANNE

PARISIENNES DE CE TEMPS en leurs divers milieux, états et conditions. Etudes pour servir à l'histoire des femmes, de la société, de la galanterie française, des mœurs contemporaines et de l’égoïsme masculin. Ménagères, ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, artistes et comédiennes.

Paris, Mercure de France, 1910

1 volume in-8 (24 x 17,5 cm) de 483-(1) pages.

Reliure de l'époque demi-chagrin bleu-vert, dos lisse richement orné aux petits fers dorés, tête dorée, filet doré sur les plats, à toutes marges, couvertures imprimés conservées (les deux plats et le dos, parfaitement conservés). Reliure signée Dervois. Excellent état, légers frottements. Intérieur immaculé.



ÉDITION EN PARTIE ORIGINALE.

RARE TIRAGE DE LUXE SUR PAPIER DE HOLLANDE (12 EXEMPLAIRES) UNIQUE GRAND PAPIER.

EXEMPLAIRE ENRICHI D'UN BILLET AUTOGRAPHE DE REMY DE GOURMONT A PROPOS DE CET OUVRAGE.



Octave Uzanne décrit lui-même ce livre comme de "noires sociologies de Paris - Pays noir - de la femme.". (envoi autographe dans un autre exemplaire de ce livre).

Cet ouvrage a paru pour la première fois en 1894 sous le titre La femme à Paris, Nos contemporaines (édition de luxe illustrée par Pierre Vidal et publiée à petit nombre chez l'Ancienne Maison Quantin). Octave Uzanne se souvient, encore une fois dans un envoi autographe qu'il signe quelques jours seulement avant de mourir : "Ces Parisiennes qui furent mes contemporaines et qui s'enfoncent dans ce gouffre du passé que l'oubli recouvre.".

Remy de Gourmont, son ami, publiera une élogieuse critique dans ses Promenades littéraires (Quatrième série, 1912). Il écrit : "L'ouvrage qu'il réédite aujourd'hui est, au contraire, du genre suivi, de ceux qui ont un commencement et une fin et forment un tout parfaitement complet. Il date évidemment d'une période de la vie de l'auteur où il jouissait d'une grande stabilité d'esprit, car c'est faire preuve d'une singulière persévérance que d'étudier, un à un, tous les types de cet être multiforme que l'on nomme la Parisienne. La voilà selon tous ses états, selon tous ses contrastes, depuis la grande dame jusqu'à la balayeuse des rues. Vouloir donner une juste idée de ce livre en quelques lignes serait fort présomptueux. C'est un tableau du Paris d'aujourd'hui et presque complet, quoiqu'il n'étudie que la femme, car on ne peut parler d'un sexe sans laisser entrevoir l'autre. Quels que soient non métier ou sa profession, la femme est femme avant tout et c'est ce qui donne de l'unité à cette enquête nécessairement fragmentée. Un professeur et un employé de commerce forment deux types sociaux parfaitement distincts ; entre la jolie institutrice et la jolie vendeuse, Don Juan ne fait pas de différence, et le point de vue de Don Juan sera toujours un peu celui de l'observateur le plus désintéressé. Tout livre de ce genre sera donc moins une étude sur les métiers exercés par les femmes que sur les femmes qui exercent des métiers, et c'est ce qui en fait, en dehors de tout autre point de vue, l'agrément. Y-a-t-il un type de la Parisienne ? Cela n'est plus bien certain. La facilité avec laquelle la provinciale, l'étrangère même, prennent les différents aspects de la Parisienne donne à réfléchir. De plus, la plupart des Parisiennes ne sont pas nées à Paris, où beaucoup d'indigènes n'ont aucune des qualités que l'on reconnait généralement à cette catégorie de Françaises. Je crois qu'il y a des Parisiennes dans toutes les villes et surtout les grandes villes de France, ou, si elles n'en sont pas encore, elles peuvent le devenir en une saison. Peut-être que ce qui caractérise le mieux la Parisienne, c'est sa manière de comprendre et de sentir l'amour, mais cela tient à la grande liberté de sa vie, au peu de jalousie des hommes qui sentent l'impuissance de leur attention dans cette immense fourmilière. Cette confiance est d'ailleurs la meilleure tactique. Attaquée de trop de côtés à la fois, la Parisienne passe sa vie à parler de l'amour, bien plus qu'à le pratiquer. Au reste, il y a bien des sortes de Parisiennes et il est naturellement d'elles comme des femmes en général : tout ce qu'on en dit est à la fois vrai et faux, juste et injuste. Le livre d'Uzanne, écrit à un point de vue purement objectif, ne mérite pas ce reproche ; précis dans son observation, il est équitable dans son jugement philosophique. Veut-on le titre complet de l'ouvrage ? C'est presque une analyse : « Etudes de sociologie féminine. Parisiennes de ce temps en leurs divers milieux, états et conditions. » Etudes pour savoir « l'histoire des femmes, de la société de la galanterie française, des moeurs contemporaines et de l'égoïsme masculin. Ménagères, ouvrières et courtisanes, bourgeoises et mondaines, artistes et comédiennes. » Cela a une petite senteur dix-huitième siècle qui n'est pas désagréable et ne gâte rien. On pense à Sébastien Mercier et à Restif de la Bretonne, et on n'a pas tort. C'est entre ces deux grands observateurs des moeurs françaises et du coeur humain que se place naturellement Octave Uzanne."

Le volume sort des presses de Ch. Colin (Mayenne) le 15 août 1910. Le 11 octobre 1910 Remy de Gourmont écrit à Octave Uzanne ce petit billet sympathique : "Cher confrère et ami, J'envoie demain à la Dépêche un article intitulé Octave Uzanne. C'est vous dire combien j'ai goûté les Parisiennes. J'en profite pour tenter une légère esquisse de l'auteur. Meilleurs compliments et mille amitiés, Remy de Gourmont." (billet joint à ce volume).



Provenance : Coll. L. C. (avec initiales dorées au bas du dos, non identifiées) ; Coll. B.H.-R., avec monogramme à la plume.

BEL EXEMPLAIRE FINEMENT RELIÉ A L'ÉPOQUE DU RARE TIRAGE DE TÊTE, AVEC BILLET AUTOGRAPHE DE REMY DE GOURMONT ADRESSÉ A L'AUTEUR.

En vente à la Librairie L'amour qui bouquine (2 mars 2016)

jeudi 21 janvier 2016

Octave Uzanne cité dans un billet autographe de Maurice Maeterlinck (1er avril 1923)


[Papier à en-tête : LES ABEILLES, Avenue des Beaumettes, Nice] (*)

1er avril 1923

Monsieur,
"Marie Magdeleine" fut écrite aux "Quatre chemins", à Grasse, et les "Marécages" dont parle le billet à Uzanne (il bazarde donc ses autographes ?) doivent faire allusion aux répétitions de la pièce qui fut crée au Casino Municipal de Nice.
Mille remerciements pour les choses très aimables que vous voulez bien me dire, et veuillez agréer l'expression de mes sentiments dévoués.

Maeterlinck


(*) Billet autographe de Maurice Maeterlinck à un "Monsieur", mis en vente sur Ebay par la Librairie Mathias Gautelier (21 janvier 2016).

mercredi 20 janvier 2016

Lettre d'Octave Uzanne à son frère Joseph (hiver 1907). Octave Uzanne et ses "heures de dépression, cette sale maladie protéiforme et perfide".


Ce samedi. (1)

Mon chéri (2),
Ma grippe va bien mieux ; j’ai pu sortir dix minutes hier – j’ai des heures de dépression, car cette sale maladie est protéiforme et perfide, mais somme toute, je crois bien que j’en serais délivré vivement.
Je voudrais reprendre des forces pour tout ce que j’ai à faire avant de filer à St Raphaël et j’ai tant de papiers à classer et ranger !
Ces ciels gris, même pluvieux, ne me déplaisent pas ici ; je les crois moins malsains que ce temps anormal des jours derniers – je suis heureux ici d’être indépendant et solitaire – mais quelle difficulté pour le rester – que de lettres pour j’espère avoir de tes bonnes nouvelles – je t’embrasse tendrement.

Octave

(1) Lettre non datée probablement écrite durant l'hiver 1907.
(2) Lettre adressée à son frère Joseph Uzanne (1850-1937). Archives de l'Yonne, Fonds Y. Christ cote 1 J 780.

jeudi 14 janvier 2016

Lettre autographe d'Octave Uzanne à Renée Dunan (20 mars 1925) "Un sympathique shake hand à celle qui éveilla ma curiosité par une vague omniscience peu accessible à ses consœurs et que j'ai baptisée, en moi et pour moi "Pica de la Mirandolina".



Photo Etude Delvaux, Paris



Ce 20 III 25 [20 mars 1925] (1)

La magicienne "Passionnante" (2) et le prix Lacombyne (3) viennent d'être couchés à l'orée de ma valise de vieux vagabond. Ils vont voyager avec moi "sous le ciel bleu de l'Espagne", comme dit une romance bête à pleurer, et je les lirai Tras los montes (4), n'ayant pu, jusqu'ici, que flirter avec ces textes fort bien imprimés par Paillard et Couloumat, les moins médiocres typographes de ce temps saboteur -
Je vais passer quelques jours à Séville, avant que les Cook's travellers ne la déshonorent de leur sottise encombrante, aux jours de Semaine Sainte - C'est une des cités soleillées où j'aime encore me donner des rendez-vous, comme aux heures de ma jeunesse morte, qui ne valait peut-être pas l'âge heureux de ma sérénité hivernale -
Ce mot vous remercie de cet envoi qui me permettra de vous situer dans le monde où l'on écrit, et de vous faire surgir dans mon esprit, telle que je saurai vous dégager des contextes de vos deux bouquins.
Je crois vain de vous écrire. Vous devez, avec raison, vous soucier comme d'une guigne, de mes éloges ou conseils critiques, et je suis peu enclin aux compliments, qui s'apparentent aux niaiseries des politesses courantes. Dans notre société, "Asini asinos fricant" (5), parce que les prurits vaniteux les poussent à cet étrillage - nous pouvons nous en dispenser -
Un sympathique shake hand à celle qui éveilla ma curiosité par une vague omniscience peu accessible à ses consœurs et que j'ai baptisée, en moi et pour moi "Pica de la Mirandolina" (6) -

Votre macrobite antédiluvien -
Octave Uzanne

Si vous deviez m'écrire -
mes courriers suivent
mes errances - 



P.S. Je reçois votre mot - merci pour Rappel et Lanterne (6) que tâcherai d'avoir en route, sinon vous les demanderai au retour -


(1) Octave Uzanne est âgé de 74 ans. Sa santé n'est plus au beau fixe depuis déjà plusieurs années. Ses voyages se font moins fréquents. On voit par cette lettre qu'il continue néanmoins à parcourir l'Europe dans les villes qu'il affectionne. Cette lettre a été vendue dernièrement (2015) aux enchères publicques dans un lot d'autographes.
(2) Baal ou la magicienne passionnée. La première édition est parue chez Edgar Malfère, en 1924, dans la collection Bibliothèque du Hérisson. La nouvelle "Paramirum" est à l'origine de ce roman. Elle fut entièrement retravaillée, puis complétée par d'autres textes, avant de devenir "Baal ou la magicienne passionnée". Source : http://reneedunan.over-blog.com/2015/05/renee-dunan-baal-ou-la-magicienne-passionnee-apex-1995.html 
(3) "Le Prix Lacombyne", signé Renée Dunan, fut publié par les éditions Mornay en 1924. Il existe en deux versions : une édition "ordinaire", ainsi qu'une édition "luxe" numérotée. Ce roman serait un message envoyé aux membres de l'académie Goncourt qui ne lui ont pas accordé le prix Goncourt en 1922. Plus généralement, Renée Dunan vise les prix littéraires. Renée Dunan évoque son ouvrage, dans La Pensée française du 14 avril 1924 : "Je ne parle pas, toutefois de Mornay, éditeur spirituel et artiste, qui n'aura, sous peu, point honte de lancer à haut prix un Prix Lacombyne, dont je suis l'auteur estimable et dont la préface (d'Académie Française, ma foi !) aura peut-être la chance de justifier, à tout le moins, le choix des parchemins et le principat des vétures." Source : http://reneedunan.over-blog.com/2014/12/renee-dunan-le-prix-lacombyne-mornay-1924-velin-de-rives.html 
(4) Allusion au texte de Théophile Gautier, Voyage en Espagne, sous-titré Tras los montes (derrière les montagnes).
(5) "Asini Asinos fricant" ou encore Asinus asinum fricat (L’âne frotte l’âne, c’est-à-dire : les imbéciles se congratulent ou les ânes se frottent entre eux) est une sentence latine que l'on retrouve dans la littérature (. Octave Uzanne en use pour montrer combien sont vaines ces courbettes d'entre-soi dans le monde des lettres. En résumé, Octave Uzanne n'a pas envie d'user de flatterie envers Renée Dunan qu'il estime sans pour autant bien la connaître comme l'indique le contenu général de cette lettre.
(6) Allusion à Pic de la Mirandole (Giovanni Pico Della Mirandola), savant, philosophe et théologien italien du XVe siècle. Cet homme fut connu pour son érudition immense et déployée dans de nombreux domaines du savoir. C'est un beau compliment adressé à Renée Dunan.

jeudi 7 janvier 2016

Exemplaire remarquable : Les Moeurs secrètes du XVIIIe siècle publiées par Octave Uzanne, avec préface, notes et index (1883). Compositions de Paul Avril (avec dessins originaux). Exemplaire de la bibliothèque d'Octave Uzanne luxueusement relié en maroquin par Victor Champs. Exemplaire unique.


Octave UZANNE - Paul AVRIL, illustrateur - Victor CHAMPS, relieur

LES MŒURS SECRÈTES DU XVIIIe SIÈCLE publiées par Octave Uzanne, avec préface, notes et index.

Paris, A. Quantin, 1883

1 volume grand in-8 (26 x 18 cm), XVII-300-(1) pages. Frontispice gravé à l'eau-forte en camaïeu deux teintes (ici en exceptionnellement en 14 états successifs plus le dessin original), vignette d'en-tête (ici en exceptionnellement en 5 états plus le dessin original), par Paul Avril.

Reliure plein maroquin bleu pétrole, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés à la façon du XVIIIe siècle (fer à l'oiseau), plats encadrés d'un triple-filet doré, double-filet doré sur les coupes, large encadrement intérieur de maroquin richement orné de filets et roulettes dorés, doublure et gardes de moire rose, tranches dorées sur marbrure, couvertures imprimées conservées. Excellent état de l'ensemble. Quelques très légers frottements. Intérieur immaculé. (reliure de l'époque signée CHAMPS pour Victor Champs).



ÉDITION ORIGINALE.

TIRAGE A PETIT NOMBRE ET 100 EXEMPLAIRES DE LUXE.

CELUI-CI, EXEMPLAIRE UNIQUE CONFECTIONNÉ PAR LE PUBLICATEUR OCTAVE UZANNE POUR LUI-MÊME.



EXEMPLAIRE SUR PAPIER WHATMAN COMPRENANT :

- 14 états successifs du frontispice
- Dessin original du frontispice par Paul Avril (lavis d'encre de Chine)
- 5 états de la vignette d'en-tête
- Dessin original de la vignette d'en-tête par Paul Avril (lavis d'encre de Chine)
- Signature et justification autographe par Octave Uzanne



Ce volume contient les textes suivants : Sur les foires, sur les spectacles forains, anecdotes curieuses et plaisantes - Confession d'une jeune fille - Suite et fin de la confession d'une jeune fille - Apologie de la secte anandryne, exhortation à une jeune tribade, par Mlle Raucourt, prononcée le 28 mars 1778 - Sur la dame Gourdan, sur une femme de condition arrêtée chez elle ; procès singulier à cette occasion, anecdotes, etc - Du Vauxhall d'été, du Vauxhall d'hiver ; de celui des nouveaux boulevards ; de la fête de M. l'Ambassadeur de Sardaigne ; du Colisée ; des promenades nocturnes du Palais-Royal ; Courtisane singulière admirée chez Torré, etc. Sur la maison de Mme Gourdan et sur les diverses curiosités qui s'y trouvent - Oraison funèbre de Justine Pâris, grande prêtresse de Cythère, Paphos, Amathonte, etc., prononcée le 14 novembre 1773, par Mme Gourdan, sa coadjutrice, en présence de toutes les nymphes de Vénus - Sur la scène française, sur les acteurs et les actrices, sur les querelles des auteurs dramatiques avec eux, sur la tragédie de Gabrielle de Vergy ; sur son auteur - Sur l'Opéra, révolution arrivée à ce spectacle ; épître dédicatoire à une fameuse courtisane - Sur les conversations du jour de l'an, chez Mme du Deffant (1777). Anecdotes et Historiettes - Sur le Journal
des Théâtres, sur son auteur, sur son procès, pièces de littérature rejetées de ce journal et qui méritent d'être connues et conservées - Historique du spécifique du docteur de Préval, suite et jugement de son procès - Sur un procès plaidé avec un éclat sans exemple, plaidoyers pour et contre, jugement. - Index.



Dessin original
(lavis d'encre de Chine signé Paul Avril)


Achevé d'imprimer le 27 avril 1883, ce volume est le dernier des quatre qu'Octave Uzanne a consacré aux Mœurs du XVIIIe siècle entre 1879 et 1883, avec La Chronique scandaleuse, Les Anecdotes sur la comtesse du Barry et La Gazette de Cythère. Octave Uzanne, comme on peut le constater en regardant la quatrième de couverture du troisième opus de cette série, prévoyait d'ajouter encore trois autres titres : L'Espion du Boulevard - Le Colporteur et Le Gazetier Cuirassé, et même d'autres encore puisque la liste s'achève sur un laconique "etc". Cette collection devait former environ 12 volumes, comme cela est imprimé au bas de cette même couverture. Au final, cette série ne comptera que 4 volumes, ceux décrits ci-dessus. Uzanne, engagé sur tous les fronts éditoriaux (notamment en menant de front ses publications privées et la direction de la revue Le Livre), aura sans doute finalement jeté l'éponge pour la suite. Ces volumes ont été édités et imprimés avec luxe par l'imprimerie Albert Quantin. Le tirage courant, annoncé "à petit nombre" (sans doute moins de 1.000 exemplaire) s'accompagne d'un tirage de luxe à 100 exemplaires seulement (50 ex. sur Chine et 50 exemplaires sur Whatman).



Octave Uzanne s'est concocté sur mesure un exemplaire de grand luxe comprenant les dessins originaux ainsi qu'un grand nombre d'états des gravures. Il a fait luxueusement habiller ce volume par l'un de ses relieurs favoris de l'époque, Victor Champs.

Provenance : Octave Uzanne (n°145 de la vente du 2 et 3 mars 1894, adjugé 203,50 francs avec les frais) ; Bibliothèque Le Breton (9 mars 1938, adjugé 375 francs avec les frais) ; Pierre Reveilhac (avec son ex libris gravé) ; Bertrand Hugonnard-Roche (avec son monogramme autographe et daté (2014), à l'encre de Chine).



SUPERBE EXEMPLAIRE UNIQUE.

En vente actuellement à la Librairie L'amour qui bouquine



Exemplaire remarquable des Contes pour les bibliophiles par Octave Uzanne et Albert Robida (1895). Un des 1.000 exemplaires sur papier vélin. Exemplaire Rodolphe Salis (Le Chat Noir, Montmartre).




Octave UZANNE - Albert ROBIDA

CONTES POUR LES BIBLIOPHILES par Octave Uzanne et A. Robida. Nombreuses illustrations dans le texte et hors texte.

Paris, Ancienne Maison Quantin, Librairies-Imprimeries réunies, May et Motteroz, 1895 [achevé d'imprimer sur les presses de l'ancienne maison Quantin à Paris le 27 novembre 1894].

1 volume grand in-8 (30 x 21 cm) broché de IV-230-(1) pages. Illustrations dans le texte en noir et hors-texte en noir et en couleurs. Bel exemplaire. Les deux plats de la couverture illustrée dessinée par George Auriol sont en excellent état.

ÉDITION ORIGINALE EN LIBRAIRIE DE CES CONTES POUR BIBLIOPHILES.

EXEMPLAIRE DE DÉDICACE OFFERT PAR OCTAVE UZANNE A SON AMI RODOLPHE SALIS, PATRON DU CÉLÈBRE CABARET DE MONTMARTRE "LE CHAT NOIR".

 "à Rodolphe Salis, Roi de la noble et grandiloque truanderie artistique et littéraire de Montmartre. Son féal, Octave Uzanne, 10 II 96 [le 10 février 1896]."
 

UN DES 1.000 EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN.

Le tirage de luxe est de 30 exemplaires seulement sur papier du Japon (tirage total à 1.030 ex. numérotés au composteur).

Exemplaire sans la planche libre Les Fricatrices (reproduction en héliogravure d'un tableau présumé de Fragonard représentant une scène saphique), tirée à 300 ex. seulement et vendue à part. On ne la trouve que très rarement pour ne pas dire jamais dans les exemplaires brochés.


Ce volume contient les contes suivants : Un Almanach des Muses de 1789 ; L’Héritage Sigismond, luttes homériques d’un vrai bibliofol ; Le Bibliothécaire Van Der Boëcken de Rotterdam ; Un Roman de Chevalerie franco-japonais ; Les Romantiques inconnus ; Le Carnet de Notes de Napoléon Ier ; La Fin des Livres ; Poudrière et Bibliothèque ; L’Enfer du Chevalier de Kerhany, étude d’éroto-bibliomanie ; Les Estrennes du Poète Scarron, et enfin, onzième et dernier conte, Histoire de Momies, récits authentiques.

 

C'est dans ce volume que paraît pour la première fois en librairie la nouvelle d'anticipation La Fin des Livres qui sera rééditée de nombreuses fois à la fin du XXe siècle. Ce texte est sans conteste le plus connu et le plus populaire d'Octave Uzanne. Octave Uzanne y dépeint une société futuriste (XXe s.) dominée par le phonographe qui remplace désormais le livre papier. Les gens écoutent les livres et ne lisent plus comme auparavant. Cette nouvelle n'est aujourd'hui plus tout à fait de la fiction, c'est d'ailleurs sans doute pour cela qu'elle trouve un écho dans le monde entier auprès des lecteurs modernes.

Ce livre est aussi une grande réussite pour l'illustration aussi variée que riche par Albert Robida.

Pour plus de détail sur cet ouvrage et l'histoire de la collaboration entre Albert Robida et Octave Uzanne, voici un article que nous avons publié ICI.

TRÈS BON EXEMPLAIRE TEL QUE PARU. 

BELLE PROVENANCE.

En vente actuellement à la librairie L'amour qui bouquine

mardi 1 décembre 2015

Exemplaire Uzanne : MONTESQUIEU "Le Temple de Gnide suivi d’Arsace et Isménie" Rouen, J. Lemonnyer, [...] (1881). Essai de reconstitution de la bibliothèque d'Octave Uzanne.

  

Photo Quimper Enchères, décembre 2015
 

MONTESQUIEU "Le Temple de Gnide suivi d’Arsace et Isménie". Rouen, J. Lemonnyer, 1881. In- 4 relié cuir dans le goût du XVIIIe par Dupré, dos à nerfs orné, tranches dorées. Rare exemplaire portant l'ex-libris d'Octave Uzanne, exemplaire réservé à Uzanne portant son nom manuscrit au lieu de la numérotation du tirage. Nouvelle édition comprenant la préface inédite d’Octave Uzanne. Inclus dans la reliure deux courriers de Lemonnyer à Uzanne concernant cette préface. Le Temple de Gnide est illustré de la reproduction des figures gravées par Le Mire d’après Eisen pour l’édition de 1772. Arsace et Isménie comprend 3 planches qui sont la reproduction du titre gravé par Le Mire d’après Choffard et des 2 figures gravées par Le Mire et Thomas d’après Le Barbier, que l’on retrouve dans l’édition Didot de 1794. Tirage sur papier Japon hors numérotation contenant les illustrations en 4 états : noir, bistre, sanguine et bleu. (qqs frottements à la reliure, fendillements et qqs accrocs au dos). Estimation : 300 / 400 euros. (Quimper Enchères, 29000 Quimper - vente du 5 décembre 2015)


 Photo Quimper Enchères, décembre 2015



samedi 28 novembre 2015

Préface de Octave Uzanne pour La Femme et la Mode, Métamorphoses de la Parisienne de 1792 à 1892. " [...] les ouvrages très luxueusement imprimés, ornés et illustrés sont en quelque sorte comparables à ces grandes dames qui se gorgiasent dans le faste et le cérémonial du costume au point d'en imposer aux plus amoureux désirs, alors que quelque simple Gothon, par son négligé souple et accorte, mettra les galants en veine de chiffonner ses charmes et de pousser jusqu'au bout l'aventure. [...]".

      
Frontispice de Félicien Rops
      Le mal que Octave Uzanne a toujours redouté tout en l'entretenant à grands renforts de luxe et de réclame, ce fut de ne pas être lu. Cela peut paraître étrange pour un homme de lettres mais finalement assez compréhensible à cette époque là. Octave Uzanne a été reconnu en tant qu'éditeur de merveilleux ouvrages pour les riches bibliophiles et pour les bourgeoises en mal d'étrennes pimpantes et pleines de fanfreluches (selon les mots même d'Octave Uzanne). Si Octave Uzanne a contribué largement à cette réputation de faiseur de livres qu'on ne lit pas, il en a très rapidement ressenti tout le mauvais qui pouvait accompagner une telle situation.
      La préface que nous reproduisons ci-dessous et qui se trouve placée en tête du volume La Française du Siècle, La Femme et la Mode, Métamorphoses de la Parisienne de 1792 à 1892, Tableaux successifs de nos mœurs et usages depuis cent ans (*), éclaire en grande partie ces préoccupations d'un auteur en mal de réputation intellectuelle. En un mot, le luxe de ses livres a occulté une grande partie de son œuvre imprimée. Mais laissons Octave Uzanne nous expliquer cette situation bien mieux que nous ne le ferions jamais.

Bertrand Hugonnard-Roche



EN DEVANTURE
_________

EXPOSITION DE L'OBJET PRINCIPAL

DE CETTE ÉDITION
 _________


      La Femme et la Mode, n'est-ce pas le meilleur titre, le plus suggestif, et le mieux congruent au sujet de ce livre qui, sous la rubrique la Française du Siècle, apparut, au début de 1886, dans sa première manière et édition ?
      C'était alors, on s'en souvient, un somptueux volume, adorné et enjolivé pour la joie d'une élite ; Gaujean y avait polychromo-gravé, dans le texte et hors texte, de délicieux tableaux et vignettes à l'aquarelle, qu'Albert Lynch, alors inconnu des amateurs et des artistes, venait de signer pour ses débuts dans l'illustration des livres.
      Le succès immédiat accueillit ce bel in-octavo, apprêté et pomponné avec une galanterie inusitée en librairie et qui s'offrait à un public spécial de bibliophiles et d'élégantes lectrices sous un costume chamarré d'or et de rubans de soie aux tons roses évanescents de la plus amoureuse allure.
      Ce livre paraissait à l'heure bénie des étrennes, à ce moment opportun des cadeaux du nouvel an, en cette période de fiévreuses recherches, où chacun s'ingénie à découvrir une offrande capable de faire tourner au madrigal une délicate attention. Aussi ce volume diapré, enluminé, fanfreluché, attira-t-il la considération des gentlemen assez judicieux pour préférer cette emplette à quelque fugitif et banal souvenir com- posé de fleurs et de confiseries.
      L'édition s'épuisa pour ces motifs extérieurs, sans qu'il en soit peut-être resté dans la mémoire des possesseurs d'autre écho que celui d'un aimable ouvrage, plaisant au regard, délicieux au toucher, mais surtout fait pour être manié avec ménagement, et inspecté avec ravissement, plutôt que véritablement lu pour son essence même, ainsi qu'un roman du jour ou une œuvre anecdotique et littéraire en édition d'un écu.
      En conséquence, nous pouvons assez logiquement imaginer que, bibelot d'art bon pour la vitrine ou hochet vaniteux du collectionneur, cette coquette publication décorative fut assez généralement reliée avec splendeur et ostentation, avant même d'être coupée, et que, depuis, en guise d'album ou de keepsake précieux, elle sert à l'ornement de certaines tables de salons mondains, à moins qu'elle ne soit enfouie dans la bibliothèque de quelques brillants amateurs dont la principale vertu est de ne pas dépuceler leurs livres, — quels qu'ils soient.
      Nous voulons bien admettre que certains bibliognostes sérieux aient poussé la sympathie pour nos écrits jusqu'à porter un téméraire couteau dans la pliure des feuilles de cette première édition si majestueuse en ses atours, mais ce sont là des « exceptionnels » qui ont inconsciemment commis un crime de lèse-bibliophilie, et il n'en demeure pas moins assuré dans notre pensée que les ouvrages très luxueusement imprimés, ornés et illustrés sont en quelque sorte comparables à ces grandes dames qui se gorgiasent dans le faste et le cérémonial du costume au point d'en imposer aux plus amoureux désirs, alors que quelque simple Gothon, par son négligé souple et accorte, mettra les galants en veine de chiffonner ses charmes et de pousser jusqu'au bout l'aventure.
      En réalité, la beauté d'une édition, la solidité du papier, l'éclat des gravures, la solennité du texte superbement typographié sont autant d'éléments contraires à l'invitation à la lecture. On regarde sans pénétrer, car la splendeur semble souvent l'ennemie de l'intimité. Les grands palais sont froids et n'offrent point le décor rêvé de l'amour ni du mystère, et les petits livres sont comme les petits logis, ceux qu'on se complaît à fréquenter pour la chaude sympathie qu'on y trouve dans la simplicité même du cadre qui les enveloppe.
      C'est pourquoi la vision nous est venue que la plupart des exemplaires de nos ouvrages successivement publiés en brillants équipages d'illustrations précieuses doivent sommeiller, respectueusement conservés et inlus, parmi de nombreuses bibliotières dans leur virginale brochure. — Cette cruelle assurance de nous être momifié à plaisir et par dilettantisme d'art nous a fait peu à peu apprécier l'excessive niaiserie de notre attitude de Don Quichotte de la bibliophilie militante, trop strictement à cheval sur cette idée rigoureuse de la non-réimpression d'une œuvre épuisée en librairie.
      Certes, nous considérons toujours comme une félonie de procéder à un nouveau tirage d'une édition à petit nombre, dans des conditions semblables comme décoration et prix de vente à celles de la première impression ; mais nous estimons que les lois du bibliophilisme ne peuvent mettre un auteur en interdit vis-à-vis de nouveaux lecteurs qui se soucient davantage des lettres que des gravures, et nous pensons désormais, sous des apparences ornementales plus modestes, mais avec des prétentions littéraires infiniment plus exigeantes, présenter celles de nos œuvres qui nous agréent à un public encore inapprécié, mais en tout cas assez amoureux du livre pour le déflorer et le posséder consciencieusement de la Préface à l'Appendice.

Couverture de Louis Morin (premier plat)


      A ce public moins fortuné, nous n'offrirons plus des éditions haut cotées de nos principaux ouvrages, mais de pimpantes réimpressions ornées d'une illustration documentaire qui paraphrasera l'esprit du texte ; nous ne mettrons plus en avant dans ces nouvelles publications les recherches de la taille- douce polychrome ou les difficultés des repérages typographiques, mais nous nous efforcerons de donner, dans un texte très châtié, de nombreuses vignettes typographiques qui égayeront les pages de leur gentillesse et de leur intérêt de curiosité.
      Tous nos livres d'érudition légère, de gaie science historique ou d'observations critiques et psychologiques, nous les reverrons sans doute avec soin tour à tour, dans le but de les publier lentement en éditions correctes et entièrement refondues, afin qu'ils aient chance de rencontrer, dans un milieu de nouveaux lecteurs principalement épris du désir de connaître, une véritable sympathie intellectuelle, motivée par leur caractère de littérature curieuse, de fantaisie rare, de physiologie amusante ou d'histoire féminine.
       Pour aujourd'hui, nous remettons en lumière cette Française du Siècle, qui méritait, pensons-nous, d'être en première ligne exhumée de l'oubli injustifié, en lequel est déjà tombée la première édition trop vite engloutie dans le Royaume des Bibliotaphes. — Nous avons repris entièrement le texte de cet ouvrage afin de lui donner par de successives retouches un complément, de force, d'érudition et de vitalité. Dans l'état où il se présente, espérons que cet ouvrage de la Femme et la Mode réalise quelques mérites, ne serait-ce que celui d'offrir comme un panorama curieux de nos moeurs, usages et costumes depuis la Révolution. Les nombreux dessins que nous y avons semés page à page n'ont pas une relation directe avec le texte, mais ils expriment, dans le cadre même de nos tableaux littéraires, l'histoire des excentricités de la Mode à travers ce Siècle ; ils fournissent également le dessus du panier de cet immense Recueil de La Mésangère, dont les rares collections complètes sont estimées plus de trois mille francs et qu'il est impossible aujourd'hui de se procurer si l'on veut posséder un exemplaire dans un état correct et sortable.
      C'est l'histoire du bon ton et du snobisme de notre Société qui se déploie dans ce livre ; histoire variée à l'infini sur un thème qui semble toujours le même, étude réconfortante et désillusionnante à la fois, car elle nous prouve que l'esprit français s'est toujours montré aussi futile, aussi ingénieux, aussi désintéressé, aussi imprévoyant qu'il l'est encore aujourd'hui, mais aussi qu'il s'est toujours imposé à l'admiration ou à l'envie des autres peuples, comme un enfant terrible, mais merveilleusement doué, dont la bouillante nature désarme, quand bien même elle inquiète.
      C'est encore une évocation des règnes successivement évanouis, sous le sceptre à girouette de la Mode, que provoquera la lecture de ces divers chapitres conçus sans prétentions historiques ni considérations politico-morales. Ce livre franchement mondain est rempli surtout du frou-frou des modes, du chiffonné des mœurs, des échos de la vie élégante; c'est le miroir tournant des costumes féminins, l'image aux nuances changeantes de notre frivolité. — Que faut-il de plus ?
      De jolis doigts roses et effilés tourneront délicatement ces pages, écrivait notre préfacier, il y a sept années déjà ; des yeux de femmes, rieurs et inconstants, picoreront le texte à l'aventure ; de vieilles et charmantes douairières le liront attentivement, prises soudain d'émotion au souvenir de leurs chapeaux Paméla ou de leurs premières manches à la folle ; autour et à propos de ces chapitres vivants et pittoresques, les conversations s'animeront, on remuera les cendres du passé... Que d'amour et de sensations troublantes nombre de nos mondaines sur le retour n'ont-elles pas laissé dans un canezou d'organdi ou dans une jupe de barège !
      Certes, l'évocation d'une mode disparue est, pour beaucoup de femmes, aussi mélancolique qu'un roman vécu, et ce sera la philosophie de ce livre de montrer, par la succession des costumes adoptés avec passion et rejetés avec ennui, que la Mode comme la femme est la grande souveraine et que l'inconstance est l'éternelle loi des peuples, l'éternel pivot des pauvres marionnettes humaines qui ne font que tourner un moment dans l'invariable décor de ce monde dont seules les invariables passions demeurent ici-bas à jamais stéréotypées.

[Octave UZANNE]


(*) Achevé d'imprimer ce 31 octobre 1892 (1893 sur le titre et les couvertures) chez May et Motteroz, Ancienne Maison Quantin, Paris. Illustrations dans le texte par A. Lynch et E. Mas, frontispice en couleurs de Félicien Rops, couvertures de Louis Morin. 1 volume in-8. Tirage à 1.000 exemplaires (955 ex. sur vélin non numérotés, 25 ex. sur Japon et 20 ex. sur Chine). Ce volume est la réimpression corrigée et nouvellement mise en forme de La Française du Siècle publiée en 1886 chez A. Quantin.

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