vendredi 14 juillet 2017

Nécrologie de Joséphin Péladan par Octave Uzanne (La Dépêche, 24 juillet 1918). " [...] un héroïque soldat de la virile pensée française, un héroïque champion de notre idéalisme, un défenseur de notre intellectualisme civilisateur."


© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

JOSÉPHIN PÉLADAN (*)

Au milieu de la tourmente qui jonche le jardin de l'humanité du produit de ses meilleures créations, il nous devient chaque jour plus difficile de relever nos morts, de les mesurer à terre, de les honorer comme il convient en leur accordant le lot qui leur est dû. La chaux de l'oubli qui les recouvre et les brûle, consume vite leur mémoire et nous ne pouvons plus nous attarder au delà d'une seconde vis-à-vis de leur sépulture, ni même nous y recueillir dans la reconnaissance des vertus disparues.
Il nous faut tourner quand même, d'un doigt inconscient et rapide, le feuillet du livre de la vie avec la perception que tout n'y a pas été dit ni lu avec la précision et l'attention désirables. Aussi bien que les vivants, sinon davantage, les morts, les pauvres morts, insuffisamment mensurés par l'aveugle service de la critique ignorante, préjugiste, hasardée ou partiale, connaissent trop souvent pour l'éternité l'injustice insondable des jugements d'ici-bas. Ils sont catalogués au petit bonheur par la légèreté, l'esprit superficiel, l'incompréhension des contemporains, avec un minimum de chances d'une révision de la postérité qui a tout à gagner en ne contrôlant pas les iniquités des opinions et les déplorables bases des réputations acquises.
Josephin Péladan qui, récemment, tomba dans cette "tranchée civile" où il combattit jusqu'au bout avec une énergie chevaleresque pour une oeuvre de supérieure beauté, d'idéale vérité et d'art suprême, fut un esprit de première digne, toujours frémissant et valeureux dans l'offensive des idées, infatigablement prodigue de visions neuves dans l'universel domaine de l'intellectualité. Les lettres françaises ne comptent guère, au cours des ces trente dernières années, de cerveaux comparables à celui de ce noble créateur de formes ingénieuses qui se dévoua, avec la conscience d'être le plus souvent incompris, à l'enseignement éthique, esthétique, mythique et mystique, sans y rencontrer autant de disciples passionnés qu'en eût sans doute souhaité son apostolat.
Admirable romancier, critique d'art de supérieure allure, catholique dans le style des grands penseurs de la Renaissance, wagnérien impénitent, mage subtil et profond, osant se proclamer Sâr sans estimer usurper un titre charlatanesque, érudit au point d'outrager l'ignorance et la frivolité de ses lecteurs, dramaturge tétralogique, d'un lyrisme prodigieux et d'un style parfois vertigineux, théoricien de la décadence latine, dont il s'efforça de composer une vigoureuse éthopée dans d'étranges et substanciels romans tels que le Vice suprême, Curieuse, l'Initiation sentimentale, l'Androgyne, Finis Latinorum, Pérégrine et Pérégrin, fondateur enfin du Salon de la Rose-Croix, cet étonnant maître de l'Amphithéâtre des Sciences mortes, nourri d'antiquité, d'occultisme, fanatique de culture française fut, qu'on le reconnaisse ou non, un véritable génie, un de ceux trop rares qui, par-dessus l'opinion, les académies, les honneurs publics, rehaussent aux regards de l'étranger la valeur spirituelle de leur nation.

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Joséphin Péladan avant, dans sa jeunesse, commis l'irréparable faute d'amuser la curiosité publique par l'étrangeté de ses costumes, par l'intégrité d'une chevelure abondante et hirsute qu'il prétendait sauvegarder en dépit des ordonnances égalitaires du service militaire nivelant tous les crânes sous la tondeuse régimentaire. Il ne comprit pas, à l'heure opportune, combien il est téméraire de se soustraire aux moindres expressions des modes régnantes et de fronder les usages et coutumes même inesthétiques. Pour avoir voulu illustrer individuellement, hors temps de carnaval, son Prince de Byzance, il attira sur sa personne, ses écrits, ses rythmes, les foudres impitoyables des jupitériens bourgeois de la caricature vengeresse. Ses innocents costumes à la Watteau, ses pourpoints de satin merveilleux se transformèrent aussitôt en d'inexorables tuniques de Nessus que jamais plus depuis lors il ne put arracher. Elles lui corrodaient la peau jusqu'à la paralysie de ses mouvements dans les efforts multipliés qu'il fit pour dégager son âme, cependant si claire, si peu cabotine, si fougueuse à l'assaut de toutes les éthiques et esthétiques et la délivrer de l'accumulat des salissures, boursouflures comiques, des hyperboles ridicules, des légendes extravagantes répandues sur sa personne et sur son oeuvre d'occultiste sincère.
Il se redressa toutefois avec la conscience de sa force et de sa foi. Lors de mon premier voyage en Orient, vers 1883, cet incantateur émerveillé du verbe m'écrivait : "Puisque vous vous rendez au pays d'où tout vint, dites aux mages que vous rencontrerez, - si vous en rencontrez, - que je porte bravement la chape du ridicule que le rire moderne met aux épaules des adeptes."
Et cette chape, il la soutint religieusement, fièrement. Il fit admirer ses sortilèges dans son chef-d'oeuvre d'Istar, dans sa comédie lyrique le Fils des Etoiles, dans la tragédie d'Oedipe et le Sphynx, dans la Terre du Sphynx (Egypte) et dans la Terre du Christ (Palestine), dans Comment on devient Mage et dans l'Art ochlocratique. Il porta la bonne parole à l'étranger, en Hollande, en Suisse et ailleurs... Ailleurs, il y était plus et mieux connu que par ceux de sa race. Il y était lu, interprété, commenté, admiré. On y exaltait ses œuvres romanesques si originales, si fortes et planant si noblement au dessus des marécages de l'érotologie contemporaine française qui assurait tant de succès publics à ses confrères psychologues et mondains, assurés d'une clientèle soi-disant bien pensante dans l'auto-gobage des salons littéraires où se consacrent les réputations bien parisiennes.
Un brésilien de Paris s'est indigné des articles parus dans différents journaux au lendemain de la mort de cet étonnant remueur d'idées que l'on bâtonna sans le connaître et sans soupçonner l'élévation et la noblesse de son oeuvre. "De tout temps, hélas ! écrit-il justement au Mercure, les journalistes se sont moqués du génie, qu'il s'appelât d'Aurevilly ou Hallo." Il nous faut  donc entendre sa protestation, parce que lui, écrivain étranger, malgré le journalisme, ne croit pour des raisons foncières qu'à la culture française et qu'il souffre de voir ainsi humilié par delà le tombeau, un des plus grands et des plus purs esprits de cette race qui va vaincre et de cette terre qui va refleurir.
La décadence latine n'entraîne pas celle de toutes les consciences. Péladan doit être vengé de ses pitoyables nécrologues du boulevard si peu faits pour le comprendre et l'aimer. Nos alliés nous imposeront peut-être le culte de sa mémoire. Quelques-uns d'entre nous les y aideront. Ce fut un héroïque soldat de la virile pensée française que Joséphin Péladan, un héroïque champion de notre idéalisme, un défenseur de notre intellectualisme civilisateur. Il est l'heure de l'affirmer puisque l'actualité n'a pas encore abandonné son ombre.

OCTAVE UZANNE


(*) article paru dans La Dépêche du Mercredi 24 juillet 1918. Il occupe les deux premières colonnes de la première page. Péladan était mort à l'âge de 60 ans à Neuilly-sur-Seine le 27 juin. Il est inhumé au cimetière des Batignolles (6e section). Cet article nous apprend qu'Octave Uzanne a entrepris son premier voyage en Orient (Egypte ?) vers 1883.

Lire également sur Sâr Péladan et Uzanne :

- Un envoi autographe du Sâr sur L'Initiation Sentimentale (1887)
- Octave Uzanne admirateur sans condition du Vice Suprême de Joséphin Péladan (1884)
- Opinion d'Octave Uzanne sur le Sâr Joséphin Péladan et son oeuvre (février 1894)
- Octave Uzanne commente le nouveau roman du Sâr Joséphin Péladan : A coeur perdu (1888)

lundi 10 juillet 2017

The Ballad of Reading Gaol : la Ballade de la prison de Reading, par Oscar Wilde, critique par Octave Uzanne (6 avril 1898).

Frontispice par Eric Forbes Robertson
pour les Visions de Notre Heure
Paris, H. Floury, 1899

Octave Uzanne évoque Oscar Wilde dans ses Instantanés d'Angleterre publiés en 1914 : "[...] Oscar Wilde qui alors âgé de trente-cinq ans (vers 1892) était un vrai dandy, gras, rose, maniéré, dans l’apothéose éclatante de ses succès mondains dont les lendemains, hélas ! devaient être si amers et pitoyables. [...]." Octave Uzanne aurait alors fait la connaissance de l'auteur du Portrait de Dorian Gray. Voici un article qu'il publie dans l’Écho de Paris en avril 1898. Octave Uzanne nous livre ici en demi-teinte ses impressions sur le poète anglais qu'il décrit comme doué d'une supersensibilité anormale. Octave Uzanne ne dénonce ni ne condamne l'homosexualité du poète. Il se contente de constater la qualité de son œuvre littéraire.

Bertrand Hugonnard-Roche

______________

      6 avril 1898 - The Ballad of Reading Gaol : la Ballade de la prison de Reading, par C. 3. 3. - Ainsi se frontispice un livre qui vient de paraître à la fois en Angleterre et en Amérique et qui, primitivement imprimé à 800 exemplaires, a vu monter son tirage au delà de six mille. - O vertueuse et curieuse Albion !
      C. 3. 3. fut le chiffre matricule à la prison de Reading du poète, romancier et auteur dramatique Oscar Wilde, mis à l'ombre durant deux années en raison de ses goûts-non conformistes, et il est juste de dire que l'originalité de ce pseudonyme est un trait d'humour auquel ne résistèrent pas ses compatriotes ; - on lit, on s'arrache en ce moment dans le monde littéraire la Ballade de Reading gaol.
      Cette plaquette de 31 pages est dédiée à la mémoire de C. T. W., anciennement soldat du régiment royal des horse guards, qui mourut à la prison de Reading, en Bertshire, le 7 juillet 1896. C'est un poème d'environ sept cents vers, groupés par stances de six, et qui conte les angoisses, les mortelles affres, les nuits de terreur et d'émotion que ressentit le détenu Oscar Wilde durant la captivité, voisine de la sienne, d'un jeune soldat condamné à mort pour avoir tué sa maîtresse.
      A la suite d'une sorte d'avatar ou d'hallucination que les rigueurs de l'internement suffisent à expliquer par l'état de supersensibilité anormale d'Oscar Wilde, le poète qui avait vu, connu peut-être, le cavalier meurtrier de son amie, s'était pris de pitié pour ce jeune homme destiné au supplice de la potence en sa cellule même. Chaque jour, à chaque heure, à mesure qu'approche le dénouement terrible, le condamné au hard labour note les frayeurs, les dysphories du soldat à la veille d'être exécuté ; il croit sentir toutes les tortures, les remords, les émois, les anxiétés, les suées, les effroyables transes du malheureux qu'il peut apercevoir chaque jour au cours de sa régulière et pénible promenade dans le préau de la prison.
      En des stances au rythme noble, berceur et pitoyable, il nous dit l'expression de l'homme vers qui convergent aussitôt nos sympathies et notre commisération ; il nous montre ses yeux étrangement bleus, sa mélancolique résignation, et comment lui est venue, à lui poète, cette prise de possession morale par un autre être dont il partage ou plutôt exagère toutes les souffrances et toutes les émotions.
      Ce poème révèle un admirable pathétisme de supérieure humanité chez son auteur, une sensibilité exquise, affinée, dont l'expression nous gagne et nous méliore ; l'intellectuel, le paradoxal Oscar Wilde, l'homme des recherches de mots précieux, des originalités voulues et qui nous énervait à force de tarabiscoter sa pensée et de nous donner le change sur ses réelles émotions ; Wilde qui se mit en scène dans un rôle de Desgenais superbe en son roman de Dorian Gray et que la société anglaise considéra comme le cœur le plus sec sous le cerveau le plus souple et le plus brillant, rachète amplement dans ce tendre poème de pitié toutes ces préventions. Loin du sommet de gloire qui lui donna le vertige, en sa cellule de Reading, il aura senti dans l'ombre et le recueillement, - en même temps que le rire cessait de creuser son masque gras, - renaître en soi la source des larmes et des douleurs fécondes ; c'est pourquoi, si ce petit poème ne doit pas être considéré comme son œuvre la plus sereinement esthétique et la plus haute, on peut être assuré que ce sera la plus humaine, celle qui vivra non pas par un genre d'esprit qui se démonétise ou par une symbolique d'art dont la mode peut passer, mais par l'émotion sincère, indestructible, qui aura toujours son écho dans le cœur des hommes qui ont vécu, souffert et aimé ... chacun selon ses instincts.

La Cagoule alias Octave Uzanne (*)

(*) article publié initialement dans l’Écho de Paris du 6 avril 1898 puis réédité par Octave Uzanne dans le volume Visions de Notre Heure achevé d'imprimer le 8 mars 1899.

vendredi 7 juillet 2017

"[...] pour une fois que je suis à Paris, la dent incisive et l'appétit ouvert, le gibier récalcitre et se dérobe. [...] (3 novembre 1898). Octave Uzanne a un ami chasseur originaire de Bressuire (Deux-Sèvres).

Carte-Lettre autographe d'Octave Uzanne à un ami [chasseur ?] resté non identifié. Carte-Lettre a en-tête de l'adresse du 17, Quai Voltaire à Paris et datée du 3 novembre 1898. Marque gravée par Félicien Rops aux initiales d'Octave Uzanne (Daphnée).

Coll. B.H-R.
Texte intégral :

[17, Quai Voltaire. Paris, ce] 3 novembre 1898

Cher monsieur et ami (*),
un employé du chemin de fer vient de venir m'aviser qu'un colis, à mon nom, venant de Bressuire, n'avait pas été retrouvé.
Comme je suis assuré qu'il s'agit d'une généreuse attention de votre part, je m'empresse de vous écrire pour vous remercier de l'envoi non reçu, et aussi pour vous avertir de l'objet égaré ; sans doute un produit de votre chasse.
Croyez-vous que je n'ai pas de veine avec vos aimables envois ; pour une fois que je suis à Paris, la dente incisive et l'appétit ouvert, le gibier récalcitre et se dérobe.
Une bonne poignée de main et bien à vous
Octave Uzanne

(*) Nous n'avons pas retrouvé de qui il pouvait bien s'agir ici. Un homme, visiblement chasseur, habitant à Bressuire. Deux hypothèses plausibles s'offrent pourtant à nous à l'étude de la liste des membres de la Société des Bibliophiles contemporains fondée fin 1889. Nous trouvons en effet au sein de cette liste deux personnes originaires de Bressuire (Deux-Sèvres) : Monsieur Alfred Barion, admis comme nouveau membre dans le courant de l'année 1891. Monsieur Henri Thuile, chef de district aux chemins de fer de l’Etat, rue Barbotin, faisant partie des membres fondateurs de ladite société de bibliophiles. Lequel de ces deux hommes était chasseur ?

Bertrand Hugonnard-Roche

jeudi 6 juillet 2017

Jean Lorrain réclame à Joseph Uzanne de l'Elixir Mariani et du Vin Mariani pour sa mère et lui.



Coll. privée


45, rue d'Auteuil  [s.d.]

Mon cher ami
Ma mère réclame de l'Elixir et moi du reconstituant - à bon entendeur salut.
Voulez-vous donc, très cher José, nous faire
adresser 45, rue d'Auteuil, bouteilles de vin et d'Elixir aussi
et croyez moi votre
Jean Lorrain (*)

(*) La notice biographique de Jean Lorrain apparaît dans le troisième volume des Figures Contemporaines Mariani publié en 1897. C'est Joseph Uzanne qui rédige la notice (peut-être aidé par son frère Octave à moins que ce ne soit tout bonnement Octave Uzanne qui donne cette notice). Jean Lorrain écrit alors : "Le vin Mariani // effroi de la Neurasthéni // e, au poète rajeuni // fournit la rime à l'infini. (voir ci-dessous).

Lire nos autres articles concernant Jean Lorrain et les frères Uzanne : ICI


Notice extraite des Figures Contemporaines Mariani
Troisième volume, 1897

jeudi 8 juin 2017

L'exemplaire Angelo Mariani de l'Album Mariani

Si tout collectionneur s'intéressant aux années 1900 (et à Uzanne en particulier) et tout libraire connaît Les Figures Contemporaines de Mariani, peu ont déjà eu l'occasion de voir une série complète. La longue période de publication des 14 volumes, sur 33 années (1894 à 1926) explique déjà cette difficulté. Notons d'ailleurs que le volume 12 parait en 1911, le volume 13 en 1913 et que c'est donc surtout le volume 14 qui a tardé, le rythme habituel étant un volume tous les deux ans à peu près. 


Un ancien confrère, âgé de 80 ans, m'a dit un jour avec fierté : "Je connais un collectionneur qui a la série complète sur papier courant". Cet article ne présente pas cette série.


Nous vous invitons à relire notre article de 2013 sur les Albums Mariani.

Tout d'abord, voici les tirages annoncés des volumes : 
  • Volumes 1 à 5
    • 50 exemplaires sur Japon avec suite.
    • 50 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite..
    • 400 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
    • tirage courant.
  • Volumes 6 à 13
    • 25 exemplaires sur Japon avec suite.
    • 25 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite.
    • 150 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
    • tirage courant.
  • Volume 14 
    • pas de grand papier.
Aujourd'hui, il devient peu aisé de trouver, même séparément, chacun des volumes, même en tirage courant. Il n'y a ainsi qu'une vingtaine de volumes, tout confondu, en vente actuellement en ligne et seuls deux volumes sont en grand papier. Il est plus aisé de trouver une biographie démontée d'un volume qu'un volume lui-même bien souvent.

Quel pourrait être l'exemplaire le plus désirable de cet imposant ouvrage ? Celui enrichi des originaux. Ne rêvons pas ! Si vous avez relu l'article de 2013, ce passage vous aura sauté aux yeux : 
Je ne pouvais me soustraire au souvenir de ce pari, dont l'album les Figures Contemporaines avait été l'arbitre, lorsque j'appris que M. Angelo Mariani venait de faire don à la Bibliothèque Nationale de la collection reliée des notices et gravures des Douze volumes de son Recueil panthéonesque, avec adjonction des lettres, dessins, aquarelles, autographes, originaux de toutes les personnalités qui s'y pressent.

Ne rêvons donc pas ! Mais rêvons de l'exemplaire de Mariani, et gageons qu'il est très beau.

Un exemplaire exceptionnel est passé en vente aux enchères en octobre 2007. Il y avait 6 volumes, reliés en plein maroquin bleu, dans les premiers tomes. Ces volumes faisaient partie du tirage sur japon, et parmi eux, trois avec une particularité intéressante : les plats intérieurs était ornés de gouaches originales de Robida, Avril et Kastor. Un exemplaire de choix donc.


Une gouache de Robida de l'exemplaire de 2007

Cet exemplaire était-il celui de Mariani ? Nous ne pensons pas.

Voici donc l'exemplaire qu'un gentil correspondant nous permet de présenter partiellement ici (merci à lui!) et que nous supposons être celui de Mariani :

  • 14 volumes plein maroquin lie de vin
    • les 12 premiers tranches dorées, avec aquarelles, gouaches ou cuirs ciselés ou modelés sur les plats intérieurs
    • les 2 derniers têtes dorées, sans rien sur les plats intérieurs (et de qualité médiocre, imitant les autres volume).
  • 13 volumes sur grand vélin d'Arches (pas de grand papier pour le dernier).
  • 10 artistes différents pour les 12 volumes enrichis sur les plats intérieurs. Un seul artiste par volume, deux artistes ayant fait deux volumes.
    • Henrique Atalaya
    • Paul Avril
    • Boutet
    • Delaspre
    • Louis Dezé (spécialiste des cuirs modelés)
    • Paul Guignebault
    • Léon Lebègue
    • Charles Meunier (cuirs incisés)
    • Robida
    • Tofani
Dans cette liste d'artistes, on retrouve les artistes tournant autour d'Octave Uzanne : Avril, Boutet, Delaspre, Lebègue et Robida par exemple, qui ont fait des cartes de vœux pour lui. Ou encore Atalaya qui illustra un des Huit contes à Mariani, ouvrage dans lequel Uzanne a aussi écrit un conte. Ou encore Louis Dezé qui connaissait Joseph et Octave Uzanne (voyez notre article sur Dezé). Nous ne ferons pas l'affront aux lecteurs d'indiquer les liens entre Charles Meunier, les frères Uzanne et Mariani ici, liens qui leur sont certainement connus.



Puisqu'on mentionne Meunier, précisons une chose : seules deux reliures sont signées, les deux reliures ayant des cuirs incisés de Meunier. Elles sont signées dans le cuir incisé mais aussi en bas des plats intérieurs. Pour qui connait le travail de Meunier, il n'y a pas de doute : les 12 premiers volumes sont l'oeuvre de Charles Meunier.


Un cuir incisé par Charles Meunier


Une aquarelle de Paul Avril

Quels sont donc les arguments en faveur de la provenance ?
  1. Si on s'arrête à la qualité générale - qualité des reliures et truffes, artiste en présence -, il est évident que c'est un très proche d'Angélo Mariani et d'Octave Uzanne qui possédait cet exemplaire à l'origine.
  2. Seuls 12 volumes ont cette qualité : les plats intérieurs truffés.
    Si vous avez lu la citation de l'article de 2013, Mariani a donné les 12 premiers volumes à la BnF. On peut supposer qu'il sentait la fin arriver, la fin du travail ou la fin de sa vie ! Il a certainement fait relier un des exemplaires de grand luxe, au fur et à mesure, par Meunier à ce moment-là. On voit que les ouvrages ont été reliés un peu à la fois grâce au décor de filet en bordure des plats intérieurs : il diffère légèrement suivant les volumes. Les deux volumes signés sont aussi datés. Les deux derniers volumes seront arrivés plus tard.
  3. Les truffes des exemplaires font toutes référence au vin Mariani ou aux feuilles de coca. Cela ressemble fortement à l'esprit de l'Album où chaque participant envoyait un texte en rapport avec le vin Mariani. Ici chaque participant, chaque artiste donc, envoyait une oeuvre en rapport avec le vin Mariani.
Voilà donc une série fabuleuse, certainement la plus belle possible (après celle de la BnF) qu'il me tarde de pouvoir admirer par moi-même dès que l'occasion se présentera !

Bertrand Hugonnard-Roche

mardi 16 mai 2017

Envoi autographe d'Octave Uzanne à Jacques Larcher sur le Barbey d'Aurevilly publié en 1927 à la Cité des Livres (Collection l'Alphabet des Lettres).


"à M. Jacques Larcher (*), j'offre cet opuscule sur un écrivain que j'aimai, admirai et qui influença profondément mon intellectualité, vers ma vingtième année, avec mes sympathies bien affectueuses, Octave Uzanne, St Cloud, 15 X 27" (**)

(*) Jacques Larcher était journaliste au "Petit Méridional" de Montpellier au tournant du siècle. Sans doute fut-il parmi les bonnes relations du sérail journalistique fréquenté par Octave Uzanne.

(**) exemplaire broché de BARBEY D'AUREVILLY par Octave Uzanne, vendu par la librairie Hugues de Bourbon (ebay) le 15 mai 2017.

mardi 4 avril 2017

Dessin original d'une couverture de Marius Perret, destiné à un ouvrage non paru d'Octave Uzanne en 1880.

Note autographe d'Octave Uzanne au verso du dessin.


Dessin original d'une couverture de Marius Perret, destiné à un ouvrage non paru d'Octave Uzanne en 1880. (*)


Collection Raffaele Malerba


(*) ce dessin original par Marius Perret m'a été transmis par Raffaele Malerba, bibliophile, qui détient précieusement dans sa bibliothèque cet inédit très important. En effet, c'est en 1880 qu'Octave Uzanne publie Voyage autour de sa chambre, un récit hautement morbide dans lequel l'auteur décrit sa visite dans la chambre de sa défunte maîtresse. Comme nous l'avions dit, c'est Octave Uzanne lui-même qu'il faut reconnaître dans le rôle de l'amant malheureux. Ce frontispice pour des Mémoires d'un Suicidé viennent donc à point nommé s'insérer dans cette période sentimentalement très troublée pour le jeune Octave Uzanne. Nous pensons, à la lumière de tous les documents inédits ou des textes publiés que nous avons pu consulter, qu'Octave Uzanne avait donc le projet de publier un récit sur cette histoire mélodramatique personnelle. Le manuscrit existe-t-il ? L'auteur nous dit lui-même que l'ouvrage n'a pas paru. Ce qui ne signifie pas qu'il n'a jamais été écrit. Nous reviendrons sans doute prochainement sur ce sujet plus que passionnant pour qui s'intéresse vraiment à l'histoire intime d'Octave Uzanne. Notamment en ce qui concerne ses penchants encore non étudiés pour le suicide (même si nous savions sa neurasthénie explicitement dévoilée à partir des années 1906-1910).

Bertrand Hugonnard-Roche

mercredi 29 mars 2017

LA VERGINE E LA FEMME FATALE. L'eterno femminino nell'immaginario grafico del Simbolismo e dell'Art Nouveau. Exposition actuellement en cours du 26 mars au 28 mai 2017 "Centro Espositivo A. Berti" Via Bernini, 57 - Sesto Fiorentino.


Très fier d'avoir participé à l'aventure LA VERGINE E LA FEMME FATALE. L'eterno femminino nell'immaginario grafico del Simbolismo e dell'Art Nouveau. Exposition actuellement en cours du 26 mars au 28 mai 2017 "Centro Espositivo A. Berti" Via Bernini, 57 - Sesto Fiorentino. Un très grand merci à Emanuele Bardazzi et Ian Millman. Le catalogue de l'exposition est tout simplement une merveille. Vous y retrouverez ma modeste contribution : Octave Uzanne e Son Altesse la Femme, par Bertrand Hugonnard-Roche Libraire (traduit du français en italien par Hélène Koehl). Merci à toute l'équipe qui a travaillé à cette exposition et à ce magnifique catalogue !









vendredi 3 mars 2017

Lettre autographe d'Armand d'Artois (1847-1912) à Octave Uzanne. "Votre Calendrier [de Vénus]. Quelle exquise pornographie !" (1880).


Photographie Librairie Trois Plumes


Armand d’Artois (1847-1912), écrivain. L.A.S., Paris, 24 mars 1880, 2 pages in-8.

Longue lettre à Octave Uzanne :

 « Mon bon Uzanne,

Je n’ai pas pontifié ce mois-ci, faute de bouquins. Je vais, en revanche, vous en envoyer gros cette fois : Daniel Rochat[1], Attila[2], Daudet[3] &c…

J’attends toujours que vous vous invitiez à diner chez moi.

J’ai lu votre Calendrier[4]. Quelle exquise pornographie ! J’éclaterai dans la Vie Moderne à ce sujet, après un grand article spécialement consacré à Silvestre[5], qui est un collabo du journal & un ami !.. Vous ne passez après que parce que collabo, soit dit entre parenthèse.

A bientôt. Je compte sur vous la semaine prochaine.

Poignée de main.

A d’Artois.

P.S. Que de fautes dans mon dernier article. Qu’on le décave pour qu’on le décore ! Va… Ai-je souffert ?... Bah ! c’est si peu lu… je parle de ma copie !...

Repoignée de main.

A.

P.S. Vous devriez bien dire à Lévy[6] de m’envoyer ses publications théâtrales. Il ne m’envoie rien ce fils d’Abraham !

A. ».

Magnifique lettre.

Cette lettre est actuellement en vente (3 mars 2017) à la Librairie Trois Plumes - Benoît Galland. Vous pouvez la retrouver sur le site Livre Rare Book.

Notice et commentaires. Librairie Trois Plumes. Publié avec l'autorisation de la Librairie Trois Plumes.

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[1] Daniel Rochat est une comédie de Victorien Sardou, jouée à la Comédie-Française à partir du 16 février 1880 avec Julia Bartet dans le rôle principal. Elle connut alors un grand succès. La comédie sera publiée en 1881.

[2] Les noces d’Attila est un drame d’Henri de Bornier, joué au théâtre de l’Odéon la veille seulement, le 23 mars 1880. Louis-François Dumaine tenait le rôle principal.

[3] Le Nabab d’Alphonse Daudet est alors joué au Théâtre du Vaudeville depuis le 30 janvier 1880.

[4] Il s’agit du Calendrier de Vénus qui vient juste d’être publié.

[5] Il s’agit d’Armand Silvestre. Peut-être un article suite à ses deux pièces jouées fin 1879 ?

[6] L’éditeur Michel Lévy.


Photographie Librairie Trois Plumes

mardi 21 février 2017

Un exemplaire remarquable de l'Eventail d'Octave Uzanne relié maroquin doublé etc. Reliure signée Matthews.


Photo  Nudelman Rare Books (Seattle, WA, Etats-Unis)



Description du libraire : L’Éventail. A. Quantin, Paris, 1882. First edition. Quarto. Sumptuously bound by MATTHEWS in full crushed light brown morocco with blind-stamped rules, raised bands, bound to a Jansenist style, with enormously lavish and stunning wide gilt decorated dentelles tooled with fillets, scrolling foliage, fan tools, all around a central doublure inset light gray silk pastedown, the front with red and black printed design incorporating the author and illustrator's name and title in illustration (i.e. on silk), and the rear with related design without lettering. The two free endpapers are formed from the original illustrated endpapers. The text volume, numbered 46, is ONE OF 100 COPIES, printed on "papier du Japon," the suite of proofs are also printed o A. Quantin, Paris, 1882. First edition. Quarto.n Japan paper. This is Uzannne's best-known work and a classic example of a sumptuously illustrated work published in a small edition, where the author worked in close collaboration with the illustrator. Proofs before text of the tinted illustrations, all by Paul Avril. Title printed in red and black with a vignetter in blue, half-title is signed by Paul Avril. A wonderful binding, with the Jansenist concept of plain outside and burst of decoration on the inside. Housed in contemporary marbled-covered slipcase. Binding and book are fine with with slight wearing on outer joint of front cover (not weakening). A lasting rarity thus.

Prix Abebooks : environ 4.100 euros / en vente chez Nudelman Rare Books (Seattle, WA, Etats-Unis)

vendredi 17 février 2017

L’eterno Femminino Nell’immaginario Grafico Del Simbolismo e Dell’art Nouveau Da Domenica 26 Marzo a Domenica 28 Maggio 2017 - Sesto Fiorentino (FI). Octave Uzanne et la femme par Bertrand Hugonnard-Roche.

La Vergine E La Femme Fatale
L’eterno Femminino Nell’immaginario Grafico Del Simbolismo e Dell’art Nouveau
Da Domenica 26 Marzo a Domenica 28 Maggio 2017 -
Sesto Fiorentino (FI)
Dopo il successo di pubblico e di critica riscontrato dalla mostra su Max Klinger e l’incisione simbolista mitteleuropea, questa nuova esposizione – che rientra nel progetto AltoBasso 2017 curato da Comune di Sesto Fiorentino e Gruppo La Soffitta Spazio delle Arti del Circolo Arci-Unione Operaia di Colonnata –, è una nuova indagine nella cultura figurativa europea tra ’800 e ’900 che intende rivisitare l’immaginario legato all’eterno femminino attraverso circa 300 opere grafiche tra incisioni e illustrazioni di libri e riviste di una stagione ineguagliata, che ancora una volta ci rivela lo straordinario livello di fantasia e creatività che la percorse.
L'evento si terrà dal 26 marzo al 28 maggio 2017 nelle location legate ad AltoBasso, cioè La Soffitta Spazio delle Arti di Colonnata e il centro espositivo “Antonio Berti” di via Bernini.
Nelle opere di questa suggestiva rassegna si manifesta l’idolatria esasperata di un’epoca per un universo femminile dalle mille sfaccettature e contraddizioni, alle soglie di un progresso e di un’emancipazione dei costumi ormai sentiti in tutta la loro impellente necessità. Ne emerge un caleidoscopio che si delinea soprattutto nella fantasia maschile, modellando l’immagine della donna nuova su basi che da un lato ne rivendicano la libertà assoluta e l’estremo predominio, dall’altro la inchiodano a ruoli e ad archetipi rigidi e contrapposti mitizzandone ed estremizzandone l’immagine su un piano simbolico oltre i confini del reale: donna mercificata e sublimata, riprodotta in immagini simulacro di godimento estetico e sensuale, amplificata e proiettata dalla letteratura alle arti maggiori e minori.
Il nuovo gusto introdotto dal simbolismo e dall’Art Nouveau si appoggia sui preraffaelliti inglesi, sul panteismo e neo-paganesimo germanici e sulla letteratura tardo-romantica francese di filiazione baudelairiana: in esso convergono quindi nobiltà e miseria, spleen e ideale, erotismo e tragedia.
La cultura estetica di fine secolo enfatizza il mito delle femme fatale alla quale si contrappone la figura asessuata della vergine casta, la musa santa che diviene proiezione mistica ed epitome dell'arte ideale particolarmente cara a Joséphin Péladan e agli artisti affiliati all’estetica rosacrociana.
Un lontano passato di memorie è fatto rivivere sotto le spoglie di figure muliebri – angelicate, peccatrici o funeste – della mitologia, dell’antichità, dei testi sacri e della letteratura: Beatrice, la Vergine Maria, Giovanna d’Arco, Saffo, Pandora, la meretrice di Babilonia, Cleopatra, Semiramide, Medea, Salammbô, Maria di Magdala, Erodiade e prima su tutte Salomè, una delle incarnazioni più radicali della donna fatale romantica, il mito di un eros ambiguo e perverso, quintessenza degli umori decadenti fin-de-siècle, l’enfant fatale, la danzante vergine crudele magnificata dalla fantasia di Gustave Moreau nel dipinto così splendidamente descritto da Huysmans in À rebours e dal genio di Aubrey Beardsley, prescelto da Oscar Wilde per illustrare il suo dramma.
Una selezione di opere significative documenta la figura eminente e trasgressiva di Félicien Rops, illustratore dei maggiori protagonisti della letteratura decadente francese, da Barbey d’Aurevilly a Péladan, da Mallarmé a Verlaine: un artista folgorante anche per Baudelaire che già nel 1866 volle un suo frontespizio per illustrare Les epaves, libro pubblicato in Belgio con le liriche censurate in Francia nella prima edizione di Les fleurs du mal.
Un’altra nutrita sezione è dedicata al parigino, figlio di padre olandese e madre belga, Georges De Feure – raffinatissimo esponente dell’Art Nouveau francese e per la prima volta esposto in Italia –, che traghetta Baudelaire e Rops nel decorativismo raffinato della linea fluente di fine secolo, passando dalle femmes damnées alle femmine-fiore, fino alla sofisticata e algida donna elegante. Moltissimi sono gli artisti francesi in mostra, dai più famosi come Alfons Mucha – glorificatore della femme fatale per eccellenza vivente sulla scena e icona incontrastata dei pittori e disegnatori del tempo, Sarah Bernhardt – Eugène Grasset e Paul Berthon, a nomi poco noti al pubblico italiano e per questo interessanti scoperte come Jeanne Jacquemin, Valère Bernard, Marcel Lenoir o Maurice Dumont. Presenti, in continuità con la mostra precedente, significativi protagonisti dell’area simbolista tedesca come Max Klinger, Otto Greiner o Franz von Stuck. Ma non mancano al panorama esaustivo internazionale artisti inglesi (da Beardsley agli ex libris preraffaelliti), boemi (Josef Vachal, František Kobliha, Max Švabinský) scandinavi (Tyra Kleen, Olaf Lange), belgi (Fernand Khnopff, Armand Rassenfosse, Emile Berchmans), austriaci (Franz von Bayros), olandesi (Jan Toorop) e italiani (da Giulio Aristide Sartorio a Raoul Dal Molin Ferenzona) ad evidenziare la diffusione ampia e trasversale di uno dei miti più affascinanti dell’epoca, paragonabile quasi a una specie di magnifica ossessione artistica collettiva.
Le opere in mostra provengono in massima parte dalla collezione privata di Emanuele Bardazzi. Sua è anche la curatela scientifica con la collaborazione di Giulia Ballerini e M. Donata Spadolini. Nel catalogo, che avrà un'introduzione del sindaco di Sesto Fiorentino, oltre ai loro testi dedicati rispettivamente al contesto letterario e artistico decadente francese, a quello dannunziano e alle biografie degli autori in mostra, saranno presenti anche un saggio su Georges De Feure di Ian Millman, massimo esperto dell’artista e autore della principale monografia nonché curatore di importanti esposizioni internazionali su di lui, uno su Octave Uzanne e la femme dello studioso e bibliofilo parigino Bertrand Hugonnard-Roche, anteprima di un suo imminente libro dedicato al tema, e uno sulla figura di Salomè indagata nella letteratura e nelle arti figurative da Annalisa Proietti Cignitti, amministratrice e autrice del blog Rocaille. La parte tecnica e logistica è curata da Francesco Mariani, responsabile del Gruppo La Soffitta Spazio delle Arti e presidente del Circolo Arci-Unione Operaia di Colonnata.
L’evento sarà corredato da un catalogo edito da Polistampa Edizioni – Firenze.

jeudi 16 février 2017

Octave Uzanne caricaturé par son ami Albert Robida (La Caricature, 30 janvier 1886).

Octave Uzanne caricaturé par son ami Albert Robida.

Le Blog Albert Robida vient de publier un article à propos de la redécouverte d'une caricature d'Octave Uzanne par son ami Albert Robida, publiée dans La Caricature n°318 - 30 Janvier 1886. p. 34. Voici le compte rendu qu'Albert Robida fait de La Française du siècle :

"Jadis d’un bout de siècle à l’autre, la femme était à peu près la même ; nous vivons plus vite maintenant et l’espèce toujours charmante se subdivise tous les vingt ans en variétés nouvelles. Octave Uzanne, après l’Eventail, après l’Ombrelle, étudie cette autre fragilité, la Française du Siècle, et d’un fin pastel dessine l’une après l’autre ses variétés et transformations si nombreuses. C’est la Grande Revue Galante, voici les citoyennes merveilleuses du Directoire, les belles du premier Empire, adorées par les superbes officiers, les femmes tendres en manches à gigot de la Restauration, les beautés romantiques, les lionnes, les cocodettes, les gommeuses, etc. Il n’est pas jusqu’à celles de 1889 qui ne se trouvent dessinées et croquées pour le dessert."

Voici l'article original publié le 16 février 2017 sur le Blog Albert Robida ICI.

Bertrand Hugonnard-Roche

Carte de déménagement vers le Quai Voltaire (décembre 1886). Gravure à l'eau-forte probablement par Manesse. Épreuve sur papier du Japon.


Eau-forte non signée probablement exécutée par Manesse
pour Octave Uzanne.
Déménagement vers le 17 Quai Voltaire en décembre 1886


Le 23 décembre 2014 nous publiions un petit article concernant le déménagement d'Octave Uzanne depuis le 72bis Rue Bonaparte vers le 17 Quai Voltaire, à Paris. Nous avions établi la date du déménagement aux premiers jours de décembre 1886.
La carte illustrée que nous montrions alors ne nous était connue que d'après une copie imparfaite reproduite d'après un imprimé. Un peu plus de deux années plus tard, nous avons enfin réussi à mettre la main sur un original de cette carte. Elle mesure 10,5 x 7,9 cm (gravure) et est tirée sur un beau papier Japon de 14,2 x 10,5 cm. Elle n'est pas signée mais nous pensons pouvoir dire qu'elle doit être l'oeuvre du graveur Manesse, alors très en relation avec Octave Uzanne pour d'autres travaux. L'exemplaire que nous avons en mains a la particularité d'avoir la date 1894 ajoutée sur le coin replié de l'enveloppe gravée. Cette mention est très certainement de la main d'Octave Uzanne. En 1894 cela fait cependant déjà plus de 7 ans qu'il vit dans ce logis.

Bertrand Hugonnard-Roche

vendredi 27 janvier 2017

La propriété Uzanne à La Villotte (Villefargeau / Chevannes - Auxerre, Yonne) a les pieds dans l'eau (5 novembre 1896).


Que faisiez-vous début novembre 1896 ? Si vous n'étiez pas dans le département de l'Yonne ; plus précisément à quelques kilomètres d'Auxerre, sur la commune de Chevannes, très exactement au hameau de La Villotte (aujourd'hui commune de Villefargeau), vous ne pouvez pas savoir que vous auriez eu les pieds dans l'eau ! et sans doute bien pire encore. Voici ce qu'on pouvait lire dans la presse nationale (La Croix mais aussi La Lanterne) du jeudi 5 novembre 1896 :

"Dans l'Yonne. - On écrit de la Villotte, commune de Chevannes, à la Consitution d'Auxerre, que le rû de Baulches est tellement gonflé qu'une crue d'un mètre au-dessus du niveau de la berge s'est produite, inondant tout le village. Les habitants, affolés, ont été obligés d'abandonner leurs habitations pour chercher un asile chez leurs voisins. Des bestiaux sont noyés. Dans les maisons il y a une hauteur d'eau, variant entre 0m,30 et 0m,60, submergeant les meubles et les lits. De mémoire d'homme, on ne se rappelle pas avoir vu tant d'eau. Le lit du rû de Baulches était déplacé de 150 mètres de chaque côté."

Cet automne là de nombreux cours d'eau débordèrent de leur lit, dans plusieurs régions (le Rhône et la Saône notamment d'après la presse de l'époque).

En quoi cette brève météorologique intéresse la biographie d'Octave Uzanne ? Tout simplement par le fait que le ru de Baulches est en temps normal un petit ruisseau qui coule à quelques mètres de la propriété des Uzanne à La Villotte. Nous avons déjà longuement traité de cette propriété aujourd'hui située sur la commune de Villefargeau (alors sur la commune de Chevannes). Le château de La Villotte ou plutôt la propriété de La Villotte longe sur plus de cent mètres le ru de Baulche. Seul un pré sépare l'habitation du ruisseau (sur son flanc droit quand on va sur le centre du village de Villefargeau). Quelques dizaines de mètres tout au plus et un dénivelé très faible. On peut donc dire sans se tromper que lors de cette crue de plus d'un mètre du ru de Baulche la propriété des Uzanne eut au minimum les pieds dans l'eau. Il faut également savoir que la route qui passe devant la propriété aujourd'hui n'existait pas ou n'était pas ou peu carrossable avant 1891. La route était donc toute récente. Le petit pont qui permet de venir à la propriété Uzanne depuis La Villotte ou Chevannes devait évidemment être submergé. Nous avons retrouvé dans les archives municipales de Villefargeau quelques mentions qui établissent que Joseph Uzanne protestait souvent à l'encontre de la municipalité et des propriétaires des parcelles qui longent le ru de Baulche afin que les bords de ce ru soient nettoyés pour éviter les crues (accentuées lorsque le bois mort s'accumule et que les arbres ne sont pas entretenus).

Voilà qui nous donne une idée de l'état d'esprit des frères Uzanne en ce début novembre 1896 : sans doute très préoccupés par cette indondation provinciale tandis qu'ils menaient leur vie parisienne. Madame Veuve Uzanne était-elle à La Villotte ? Etait-elle à Paris ? Nous ne savons pas.

Voici en quelques photos Google Map la propriété Uzanne ainsi que ses abords "inondables".


Photos Google Map (captures d'écran)


Bertrand Hugonnard-Roche

mercredi 25 janvier 2017

Portrait d'Octave Uzanne vers 1920-1925 (70 ans environ) publié dans l'Almanach illustré du Soir pour l'année 1933.


Portrait d'Octave Uzanne
publié dans l'Almanach illustré du Soir pour l'année 1933


C'est un grand plaisir que de recevoir de la part d'un confrère wallon (*) ce joli portrait d'Octave Uzanne que je ne connaissais pas. Publié dans l'Almanach illustré du Soir pour l'année 1933 (en vente à l'Agence Rossel et chez tous les libraires - Almanach du journal quotidien belge) à la page 201, il est accompagné de cette courte nécrologie :

Uzanne est mort à Saint-Cloud le 31 octobre [1931] Il était né à Auxerre le 14 septembre 1851. Un prince de la chronique a disparu avec lui. Remy de Gourmont a écrit à son propos : "On pense à Sébastien Mercier et à Restif de la Bretonne et on n'a pas tort. C'est entre ces deux grands observateurs des mœurs françaises et du cœur humain que se place naturellement Octave Uzanne." Il eut deux amours dans sa vie : le livre et la femme. En 1880, il fonda Le Livre, revue du monde littéraire ; il publia Nos Amis les livres, La Reliure moderne artistique et fantaisiste, Causeries sur l'art du livre, Contes pour les bibliophiles, L'Art dans la décoration extérieure des livres de ce temps, Dictionnaire bibliophilosophique. Il créa la Société des Bibliophiles indépendants. A la femme, il consacra des monographies dans lesquelles l'eau-forte et la lithographie illustraient une prose pittoresque. Il intitula ces pages souvent exquises Son Altesse la femme, L’Éventail, L'Ombrelle, Le Manchon. Enfin, il faut encore citer de lui Les Poètes de ruelles au XVIIe siècle, Les Petits Conteurs du XVIIIe siècle, Documents sur les mœurs du XVIIIe siècle. (article non signé).

Le portrait est un dessin photogravé, sans doute tiré d'une photographie, que nous ne connaissons pas encore et qui reste à découvrir. Le port du chapeau chic typique des années 1920-1925, la barbiche à la Lénine déjà blanchie par l'âge, des cheveux bouclés qui restent bruns, la mine souriante, le regard pratiquement de face (ce qui est rare), voici comment il nous est présenté ici. Une pleine barbe en collier nous ramènerait à son visage des années d'avant 1900. Les modes changent ... Octave Uzanne suit la mode qu'il a tant de fois décrite et étudiée.

Bertrand Hugonnard-Roche


(*) Bernard Waterlot de la librairie ancienne L'oiseau-Lire à Mons (Belgique). http://www.loiseaulire.com/

vendredi 13 janvier 2017

Octave Uzanne et les publications de luxe modernes (10 juillet 1885, Le Livre) "Mon Dieu protégez-nous, car il pleut des volumes !"


LES PUBLICATIONS DE LUXE MODERNES (*)

La multiplicité des livres et la Babel des styles. L'édition nationale de Victor Hugo. La récapitulation littéraire du siècle. Les bibliothèques modernes de luxe. M. A. Quantin et ses Chefs-d'œuvre contemporains. Monsieur de Camors et le Père Goriot. La Librairie des Bibliophiles et ses publications récentes. Une Page d'amour et Servitude et Grandeur militaires. Une publication des Amis des livres, chez  M. Conquet. Le Violon de faïence, de Champfleury, et Froment jeune, de Daudet. L'illustrateur Bayard.


   
      Mon Dieu protégez-nous, car il pleut des volumes ! Ils arrivent en masses serrées, issant de toutes parts, oeilladant à la vitrine des libraires, quêtant un regard, un sourire satisfait ; nous suivant au logis, encombrant nos tables, nos sièges, nos étagères, parés à qui mieux mieux des attraits de la nouveauté, de la fraîcheur de l'inédit, du fard artistique de la réimpression et des grâces du renouveau. On croirait que les mots de l'Ecclésiaste ont été écrits d'aujourd'hui, tant ils apparaissent lumineusement prophétiques faciendi plures libfos nullus est finis, frequens que meditatio carnis afflictio est.
      Jamais on n'a confié aux presses plus d'essence d'humanité et moins d'esprit littéraire ; jamais on n'a improvisé avec plus d'insouciance ce qu'on nommait jadis respectueusement un volume. Les moindres grimauds entrent dans la danse des caractères typographiques. Les gens du sire quart de monde se mêlent de trousser un ouvrage ; de tous côtés on recueille les plus minces déjections pseudo-littéraires de certain journalisme sous le format de l'in-18 ou de l'in-8°; la librairie enfin est devenue une Babel des styles innomés où l'esprit public a peine à se reconnaître.
      Chaque semaine voit paraître plus de cent romans qui se dispersent Dieu sait où ; les éditeurs même se multiplient, avides de prose hâtive à distribuer sous couverture engageante. Il ne s'agit plus de belles-lettres, il s'agit de métier, et, dans le monde des écrivains, on argumente de préférence sur le taux proportionnel des éditions et sur le revenu à tirer de tel genre spécial opposé à tel autre.
      La critique ne saurait exister dans cette foire aux livres elle ne voit plus, elle n'entend plus son règne est passé ; l'écœurement lui monte aux lèvres, le flot débordant a violé son temple ; elle fait place aux hommes-sandwich, à la réclame grossière, aux boniments, elle ne peut que se réfugier dans la littérature rétrospective, elle abandonne, sans plus lutter, à la foule des-nouveaux venus, le grand et le petit trottoir.

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      L'heureux lecteur qui vit doucement dans sa bibliothèque, donnant aux livres qu'il aime un regard bienveillant, lisant et relisant ses pages favorites, accueillant de temps à autre, sur une bonne lettre de crédit ou une sérieuse présentation, quelque nouvel auteur dans sa thébaïde, ne saura jamais à quel degré la lassitude et le découragement peuvent envahir le journaliste bibliographe amoureux des lettres, forcé d'accueillir et de passer en revue tous les produits de la librairie française qui, sans répit, franchissent sa porte. On dirait d'une déroute : chefs, soldats et maraudeurs arrivent sans ordre. Les piètres fantassins du roman coudoient les archers d'Apollon ; les graves historiens se mêlent aux conteurs graveleux, les monographies d'art bousculent les mélanges littéraires ; il faut classer tout cela avec un soupir d'accablement, parcourir, parcourir sans cesse, ne jamais s'attarder, rester le Juif errant de la critique hâtive, tout en songeant au bonheur inapprécié de ceux qui peuvent encore flâner dans notre grand domaine littéraire, séjournant là où il leur convient, mettant de la rêverie entre les lignes des ouvrages qu'ils dégustent peu à peu, sans souci de l'heure brève. Incomparablement fortunés sont-ils, ces bibliophiles qui ont fait graver en lettres d'or sur leur ex libris le fallitur hora legendo.
      C'est pour avoir cédé à cette tant douce flânerie que me voici, pauvre victime du Livre et des livres, très en retard vis-à-vis de ceux qui daignent m'accorder audience et me pardonner d'être un irrégulier ; je parlerai donc aujourd'hui de quelques beaux et bons livres, honnêtement imprimés sur solides papiers, à la forme enrichis d'eaux-fortes et de vignettes, munis de tous les sacrements de la Bibliophilie.
      L'Édition nationale complète des œuvres de Victor Hugo, publiée par MM. Richard et J. Lemonnier et annoncée à grand fracas depuis de longs mois, a épuisé les boniments ordinaires et extraordinaires du journalisme ; toutes les plumes complaisantes et toutes les plumes à vendre ont versé l'encre polychrome des éloges sur ce monument élevé à l'homme du siècle. Nous avons voulu, avant de parler de cette publication si hautement vantée, attendre que plusieurs livraisons aient vu le jour et juger de l'élégance et des formes de cet « Édifice national qui sera composé de plus de 40 volumes in-4° carré, comprenant quatre portraits à l'eau-forte et au .burin, 250 grandes eaux- fortes hors texte et 2,500 vignettes en taille-douce imprimées à mi-page dans le texte, puis enfin, de très nombreux ornements typographiques spécialement gravés pour ce Panthéon artistique.
      Huit livraisons sont déjà en vente ; après les avoir vues avec soin, je constate, non sans regret, qu'après tant de tam-tam et de grosse caisse, il me faut avouer que la publication se présente comme déplorablement manquée, tant au point de vue du bon goût et du sens artistique qu'à celui du papier et de l'ensemble. Une oeuvre qui coûtera plus de quatre mille francs aux souscripteurs sur Japon et environ trois cents écus aux modestes acheteurs sur vélin ordinaire, méritait plus d'originalité et plus de splendeur à coup sûr.
      Jusqu'ici l'illustration se traîne dans le poncif et la vulgarité les en-têtes de chapitre, bien que tirés en taille-douce, sont gris, sans valeur, d'une conception lourde et commune, d'une exécution absolument défectueuse. On jurerait de mauvais zincs, imprimés sans mise en train ; il n'y a là ni reliefs ni accents, rien qui dénote l'eau-forte ni le burin. Ce sont des cartouches d'art décoratif sortis des vieux cartons et qui n'expriment point le moderne dans sa force et sa réelle valeur. A cette œuvre dite nationale, il fallait des artistes nationaux, depuis Meissonier jusqu'à Detaille, depuis Baudry jusqu'à Chaplin : toute la palette française, comme on dit, toute la lyre, devait se trouver au rendez-vous des éditeurs ; il fallait ne point ménager l'or pour ne point épargner les talents; ce monument ne pouvait être rapetissé; il l'est, hélas ! dans le médiocre et dans le laid. La montagne vient d'accoucher d'une horrible souris grise.
      Les eaux-fortes hors texte, sans harmonie entre elles, dénotant un plan arrêté, ne sortent point des vignettes courantes ; quelques-unes même ont choquantes de dessin et d'inhabileté de gravure. Encore, les éditeurs n'ont-ils abordé jusqu'ici que les Odes et Ballades et les Orientales, œuvres de rêve et de quintessence poétique, merveilleux canevas d'illustration fait pour tenter le génie. Lorsque viendront drames et romans, Cromwell, l'Homme qui rit et les Travailleurs de la mer, William Shakespeare et le Rhin, il est permis de se demander avec inquiétude ce qu'ils pourront mettre en lumière et si la lassitude n'aura pas peu à peu invinciblement saisi les souscripteurs d'ici là. Je n'apporte ici aucune animosité vis-à-vis des entrepreneurs de cette publication considérable ; je ne puis que peindre en franchise l'expression de ma désillusion, partagée par la majorité des bibliophiles parisiens, et, lorsque je lis, en tête du prospectus, l'espérance manifestée par les éditeurs de présenter aux grandes assises de l'Exposition universelle de 1889 un incomparable monument du génie artistique et industriel français au XIXe siècle, je demeure sceptique et pense, en conscience, que mon pays peut produire de meilleures choses avec moins de vanité d'appel à la badauderie et sous un plus petit format.

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      Nous voici parvenus sur la fin du siècle, aussi l'on sent déjà le besoin de la récapitulation un tri se fait dans l'esprit public pour toutes les gloires littéraires des deux dernières générations, et depuis plus d'un an la librairie de luxe en fournit un signe certain, en donnant aux principaux auteurs du temps la consécration de somptueuses éditions plus ou moins définitives, soigneusement illustrées et d'un prix relativement élevé. - MM. Quantin, Jouaust et Conquet ont mis en coupe réglée la littérature du XIXe siècle, à cette différence que le premier a su fonder, par droit de traités habilement acquis, une véritable bibliothèque française des chefs-d'œuvre du siècle, où tous les grands écrivains, du romantisme à nos jours, se trouvent représentés. Cette remarquable collection romancière inaugurée par Madame Bovary, dont nous avons parlé au début de cette année, compte aujourd'hui deux œuvres nouvelles, Monsieur de Camors, d'Octave Feuillet, et l'impérissable chef-d'œuvre de Balzac, le Père Goriot.
      La Bibliothèque de luxe de M. Quantin contiendra, en cinquante volumes, l'élite des romans du temps : Balzac, de Vigny, Mérimée, Alexandre Dumas père et fils, Charles de Bernard, Théophile Gautier, Flaubert, Feydeau, de Goncourt, Victor Hugo, Alphonse Karr, Murger, Nodier, Alfred de Musset, George Sand, Souvestre, Méry, Clarétie, Daudet, Zola y paraîtront tour à tour ; puis, si le succès encourage cette entreprise considérable, Lamartine, Stendhal, les grands et moyens oubliés seront admis dans cette collection, qui ne saurait guère être terminée qu'à l'aurore du XXe siècle, alors que l'on résumera d'un coup d’œil admiratif les gloires incomparables en tous genres qu'a produites le XIXe.
      Le format adopté par M. Quantin est un bel- in-8° carré, de papier vélin blanc, spécialement fabriqué par les usines françaises du Marais, d'un joli grain, bien encollé, fait pour défier le temps. Le caractère d'impression est du plus pur Didot, d'un bel œil, qui ne fatigue point la vue ; l'illustration ne comprend pas moins de dix ou douze eaux-fortes par volume, et le prix général est de 25 francs l'exemplaire. C'est là réellement une innovation dans la librairie de luxe, aussi tous ceux qui peuvent calculer le prix de revient de ces sortes d'ouvrages demeureront étonnés d'un prix relativement si minime, qui mériterait de faire sensation dans le monde de l'impression.
      Pour les bibliophiles di primo cartello, il a été tiré, à cent exemplaires numérotés, une édition spéciale, réimposée sur grand papier jésus du Japon, avec une double suite d'épreuves avant et avec lettre, au prix de 100 francs. Ce sont là des livres de toute beauté, qui peuvent, si on le désire, accueillir dans la splendeur de leurs marges tous les dessins originaux que certains amateurs du jour ont la fantaisie de demander parfois à des artistes en renom.
      Examinons Monsieur de Camors, le maître roman d'Octave Feuillet, illustré ici pour la première fois. Onze scènes principales de l'ouvrage ont été interprétées par M. S. Rezchan, avec talent et un réel sentiment dramatique. Cinq figurent dans la première partie du livre, six dans la seconde. L'artiste a mis dans ses compositions, sans rien emprunter aux disgracieux costumes du second Empire, ce je ne sais quoi de spécial qui entre dans l'atmosphère d'une époque et forme comme la couleur locale d'un règne; ses personnages ont un type bien accusé, qui ne se dément pas dans la série des divers dessins ; c'est ainsi que Monsieur de Camors évoque l'image d'un duc de Morny jeune, auquel l'auteur aurait songé, si l'on en croit certaines indiscrétions mondaines. Les gravures de Mme Rouveyre et de MM. Daumont et Duvivier ne sont peut-être pas aussi égales qu'on le voudrait, mais elles donnent l'expression exacte des compositions et sont redevables au burin et à la pointe sèche de leur allure calme et un peu froide.
      Le seul petit reproche que je ferai à l'éditeur, c'est de s'être montré, de parti pris, un peu trop sévère pour l'ornementation typographique de son texte ; Monsieur de Camors se divise en deux parties et en treize chapitres ; j'aurais aimé à voir, en tête et à la fin de chacun d'eux, des fleurons et des culs-de-lampe finement gravés sur bois, dans le genre des livres de 1845-1850 ; je sais bien que ce sont là des frais importants, et que, d'autre part, beaucoup d'amis des livres, et des plus judicieux, apprécient comme une suprême correction la sobriété qu'a laissé voir ici M. Quantin ; mais je n'en persiste pas moins dans ma manière de sentir un beau volume ; je le veux vivant et gai, relevé de vignettes le plus possible, considérablement fourni d'arabesques. Il y a en moi un ennemi irréconciliable des grands blancs, où l'œil's'abîme comme en un désert ; je réclame une caravane typographiée, si minime ou lointaine soit-elle. Il manque une oasis dans l'aridité polaire de la page.

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Le Père Goriot, le dernier ouvrage paru de cette collection de chefs-d'œuvre, ne réclame rien de ce genre ; le texte se suit d'un bout à l'autre sans arrêt, et il faut tout le génie de Balzac pour que le lecteur, enlevé par la magie de l'écrivain, ne songe point à s'en apercevoir. M. Quantin a fait de ce livre un ouvrage impeccable ; je suis ̃ravi de le constater, et je voudrais que tous les bibliophiles de France et de l'étranger fissent à cette édition le succès qu'elle mérite. On sait toute la discrétion apportée dans cette revue, lorsqu'il s'est agi de faire l'éloge des ouvrages publiés par notre éditeur ; cette discrétion a été poussée parfois jusqu'au mutisme, ou tout au moins jusqu'à l'annonce banale et sans commentaires ; je ne serai donc assurément pas susceptible de montrer ici plus d'amitié que de sincérité en parlant de la perfection de cette édition du Père Goriot, et en particulier des compositions hors ligne d'un jeune artiste de grand avenir, M. A. Lynch.

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      Le Père Goriot ne compte que dix eaux-fortes gravées par Abot. d'après les tableaux de M. Lynch, car ce sont dix peintures très étudiées qui ont été confiées à la gravure, dix scènes posées, vues, senties qui restent en harmonie avec le roman « La table d'hôte de la Maman Vauquer » est particulièrement bien traitée ; chaque personnage y est à sa place, chaque physionomie cherchée et heureusement trouvée. Les types de Vautrin, ce géant shakespearien, de l'élégant Rastignac et du brave papa Goriot sont vivants sous le crayon de M. Lynch. La dernière composition, « la mort de Goriot », est saisissante dans sa grandiose simplicité. Le jeune peintre a restitué avec une exactitude extrême le caractère, l'architecture mobilière, les modes, l'esprit même de cette période de la Restauration, où Balzac s'est plu à mettre son drame en action. Rien ne choque l'œil, aucun détail n'est oublié on jurerait voir l'œuvre d'un contemporain grandement préoccupé de réalisme. M. Abot, dans la gravure de ces dix planches, a fait preuve d'une grande habileté ; il a rendu avec une belle conscience les ingénieuses compositions du jeune illustrateur ; peut-être demeure-t-il néanmoins un peu trop maître de lui dans le maniement de la pointe c'est un méticuleux qui a peur des audaces du burin et des morsures trop franches de l'eau-forte ; c'est pourquoi, de volonté, il reste dans les tonalités grises et les petites tailles léchées ; c'est presque un aciériste comme on les comprenait en 1850 ; mais ici cette correction de gravure n'est pas un défaut condamnable, elle entre en communion avec l'époque et la nature des sujets reproduits, et je ne pourrais que complimenter M. Abot du soin tout particulier qu'il a apporté dans l'interprétation de ces aimables chefs-d'œuvre de composition.
      Il faut souhaiter aussi que M. Quantin nous offre de nombreux ouvrages aussi parfaits que ce Père Goriot ; il a devant lui le champ littéraire le plus vaste et le plus pittoresque à exploiter. Avec Dumas, avec Flaubert, Mme Sand, Sandeau, Gautier, Souvestre et de Vigny, il possède en main les canevas les plus riches et les plus fantaisistes pour y broder de mirifiques illustrations ; mais je ne saurais trop lui conseiller de ne pas s'en tenir uniquement au procédé de l'eau-forte et des compositions hors texte je ne vois pas bien les Trois Mousquetaires, la Reine Margot ; Colomba, la Fée aux Miettes et Cinq-Mars imagés de planches sur cuivre ; il faut du nouveau aux amateurs de cette fin de siècle ; qu'on nous ramène un peu à ces bois splendides qui se mariaient si bien au texte dans les beaux livres de Curmer et de Bourdin, justement recherchés aujourd'hui, et lors même que les artistes graveurs en relief feraient défaut, il restera toujours les procédés de zincographie qui progressent chaque jour et dont on peut tirer des effets exquis, tant dans le noir que dans le repérage en couleur. Au reste, point ne m'est besoin de pousser notre éditeur ami dans la voie de l'actualité, du progrès et des routines brisées il est de ceux qui marchent de l'avant avec ardeur et il a fourni assez de preuves de sa prodigieuse activité et de son intelligence de créateur et d'innovateur, pour que les amoureux du livre soient assurés de toujours trouver son nom lorsqu'il y aura un beau volume franchement artistique et de forme nouvelle à admirer.



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      MM. Jouaust et Sigaux, eux aussi, ont voulu enrichir la Librairie des Bibliophiles d'une Bibliothèque artistique moderne, d'un format plus petit et d'un prix plus élevé. Déjà ils ont publié les Contes d'Alphonse Daudet, le Roi des montagnes d'Edmond About, le Capitaine Fracasse et Une page d'amour d'Émile Zola. Nous avons déjà parlé de ces diverses publications de grand luxe, qui ont un tirage sur vélin .de Hollande. à la forme, avec exemplaires sur papier de chine et. sur Whatman, et qui possèdent une édition de luxe sur grand papier à très petit nombre. Je m'étendrai cependant sur les deux derniers ouvrages parus Une page d'amour et Servitude et Grandeur militaires, d'Alfred de Vigny.
      La belle oeuvre psychologique de Zola est éditée en deux volumes in-8° écu (au prix de 45 francs), avec une préface de l'auteur, dix dessins d'Édouard Dantan et un portrait gravés par Duvivier. Le texte est d'une belle typographie, d'un tirage un peu gris et pas assez suivi de couleur, ce qui est le défaut général des livres de l'imprimerie Jouaust ; le caractère adopté, très sympathique à l'œil, fort et d'un type original est bien mis en pages et laisse une marge suffisante le papier est irréprochable l'aspect extérieur du volume est tout à fait séduisant. Si l'on pouvait autrefois élever quelques réserves au sujet des gravures faites pour les Contes de Daudet et le Capitaine Fracasse, il faut ici louer en toute sincérité la très intéressante suite d'illustrations que le peintre Dantan a mises au jour, après lecture d'Une page d'amour.
      Ce roman, simple jusqu'à la monotonie et d'une modernité si accusée, n'était point aisé à illustrer ; il avait contre lui le costume moderne et aussi le manque de pittoresque dans le décor et dans le dramatique. Or rien ne m'apparaît aussi difficile à rendre vivant, pour un dessinateur qui n'a pour moyen d'interprétation que le noir et le blanc. M. Dantan qui, avec M. Dagnau-Bouveret, est un des peintres qui sentent le mieux le côté intime des intérieurs modernes, a tiré d'Une page d'amour tout le parti qu'un Yan d'Argent eût pu tirer d'un roman de cape et d'épée. Ses dix compositions, alors même qu'inégales, ont une expression de vérité, une perfection de dessin qui séduisent toutes sont d'un art élevé. L'Enfant malade, qui ouvre la première partie du roman, la scène de l'Évanouissement dans l'église sont des tableaux de maître. Si d'autres dessins nous laissent plus froids, c'est que la gravure n'était pas de nature à en donner toute la saveur. Non pas que je veuille blâmer les eaux-fortes de M. Duvivier, qui sont fines, séduisantes et d'une exécution très finie, mais parce que je pense que dans un cadre aussi étroit que celui du livre, la gravure ne sera jamais d'une finesse assez enveloppante pour indiquer les demi-teintes qui viennent mourir dans les oppositions de lumière et d'ombre.

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Le dernier ouvrage publié par MM. Jouaust et Sigaux dans leur Bibliothèque moderne est la Servitude et Grandeur militaires, d'Alfred de Vigny, que, par un singulier hasard, la Société des Amis des Livres vient également d'éditer pour ses membres fondateurs et correspondants. Ces deux livres sont curieux à comparer. L'édition de la Librairie des Bibliophiles a pour illustrateur le peintre des chouans, Julien Le Blant ; celle des Amis des Livres, imprimée sous la direction artistique de M. Henry Houssaye, est entièrement vignettée par le peintre militaire Henri Dupray. L'ouvrage des Cinquante est de format grand in-8°, entièrement tiré sur Japon et superbement imprimé en caractères Didot par Lahure. C'est,à mon sentiment, la plus belle publication de la Société, celle qui exprime une note d'art franchement caractéristique et dont l'ensemble est le mieux réussi. Les quelques exemplaires mis en vente valent aujourd'hui 220 francs, et cet ouvrage atteindra un prix beaucoup plus élevé. L'illustration se compose de onze dessins que Dupray a habilement distribués en planches hors texte et en-têtes de chapitre, tous gravés par Mordant. Dupray, qui est un lettré et un fanatique des légendes impériales, a enlevé ses compositions comme Charlet l'eût seul pu faire, non pas avec une correction absolue si l'on veut, mais avec une conviction et une ardeur guerrière qui valent infiniment mieux. Les gravures de Mordant sont brillantes, très eau-fortées et sans excès de burin ou de pointe sèche. Ce livre se développe dans une splendeur de haut goût et fait grand honneur à son directeur Henry Houssaye. Je ne fais ici que le saluer en passant et j'y reviendrai peut-être par la suite.       L'édition de M. Jouaust, sans présenter l'ampleur magistrale qu'ont donnée à leur œuvre d'élection les Amis des Livres, offre un intérêt absolu. Le conte de Laurette est illustré de deux dessins, ainsi que la Veillée de Vincennes et la Canne de Jonc, soit six compositions d'une grande originalité et qui doivent à la gravure de M. Champollion un relief surprenant. M. Le Blant, dans cette oeuvre, a montré une grande simplicité ; il n'a point cherché le dramatique tapageur et il a su trouver des scènes émues, toutes contenues dans l'expression parfois admirable de ses personnages. Il a mis moins de passion que Dupray et aussi plus de sentiment poétique. Au demeurant, les deux illustrations sont dignes d'être réunies, et je sais quelques amis des livres qui joindront les deux suites dans leur exemplaire, sans oublier les deux portraits d'Alfred de Vigny, à ses débuts et sur la fin de sa vie, que M. Jouaust a eu l'heureuse inspiration de faire graver pour ses souscripteurs sur grand et petit papier.

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      Un troisième éditeur d’œuvres modernes en éditions luxueuses se présente, c'est M. Conquet, dont j'ai eu ici souvent l'occasion de constater le bon goût et l'intelligence artistique, lors de ses précédentes publications. Cet éditeur n'a point fondé, à proprement parler, de collection ou plutôt de « Bibliothèque moderne. » II se refuse à adopter un format uniforme, et ainsi il reste indépendant d'allures, sans gêner la constance de ses fidèles amateurs. Il pense, non sans raison, que chaque ouvrage appelle un genre d'illustrations à part, un type de caractères et par conséquent un format spécial, et ainsi va-t-il du petit au grand in-8°, de l'in-16 à l'in-18, sans souci des collectionneurs méthodiques. Ses derniers livres sont une édition du Violon de faïence, de Champfleury, avec 36 eaux-fortes de Jules Adeline, dans le format in-8° écu carré, d'un tirage à 5oo exemplaires numérotés (35 francs sur vélin du Marais), et le célèbre roman de Daudet : Fromont jeune et Risler aîné, illustré de douze grandes compositions hors texte d'Émile Bayard, gravées à l'eau-forte par F. Massard, publication en 2 volumes in-8° cavalier, tirés à 500, dont 350 exemplaires sur vélin à 50 francs.
      L'avantage de M. Conquet est de publier ses livres à un prix élevé, en limitant son tirage pour un très petit nombre de bibliophiles ; il peut ainsi, sans prétendre à de forts bénéfices, les épuiser rapidement, les suivre, les racheter au besoin, en un mot, veiller sur ses livres comme un libraire-amateur qui aime à ne pas abandonner ses enfants aux hasards de la foule.
      Le Violon de faïence, de Champfleury, parut primitivement dans la Presse en 1861 et y obtint un succès relatif ; il y a quelques années, Dentu en publia une édition illustrée de chromolithographies remarquables, qui fut vite enlevée par un public de délicats. La publication de M. Conquet vient donc bien à son heure et ne fait pas double emploi. Les eaux-fortes d'Adeline, dans le texte, sont d'une disposition et d'un effet très heureux et donnent à ce délicieux roman un cachet exquis et tout à fait nouveau. Ce sont des paysages, des natures mortes, des amoncellements de vieilles faïences de Rouen ou de Nevers, qui viennent sous l'inspiration de l'aquafortiste se contourner en débuts de pages ou former de charmants culs- de-lampe.
      Livre charmant d'esprit, de format, d'impression, qui mérite une place d'honneur dans les bibliothèques d'archéologues.

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Quant à Fromont jeune et Risler aîné, le roman de Daudet le plus lu et le moins contesté M. Conquet en a fait un bijou d'impression et d'élégance. Je voudrais également pouvoir m'extasier sur les eaux-fortes d'après les dessins de M. Bayard ; et je serai, cela est probable, taxé de barbare, après la déclaration que je vais faire. Elles séduiront, en effet, le plus grand nombre, mais j'avoue toute l'antipathie qu'elles m'inspirent ; M. Émile Bayard est le plus poncif, le plus banal illustrateur que je connaisse ; c'est un vignettiste mou, sans nerf et, ce qui est pire, sans défaut. C'est bien le dessinateur idéal de l'ancien Journal pour tous déjà il marque une époque et fait date ; son talent incolore a eu son heure et ne l'a jamais dépassée sur le cadran de la renommée ; c'est l'homme de la mine de plomb : un gris par excellence, mais qui ne grisera jamais les contemplateurs de ses plats crayonnages. Son dessin sent le renfermé, le vieillot, le suranné, les mauvais clichés des œuvres morales de M. de Ségur. J'avoue que cela m'exaspère et je le dis sans façon  ; c'est à tel point que le graveur, M. Massard, qui cependant ne manque point de talent, après s'être évertué à donner à ses cuivres des reliefs d'eau-forte, n'est arrivé à produire que des apparences de bois très chipotés, selon la formule Bayard et Cie. Cela nous rappelle un peu trop les honnêtes vignettes de la Bibliothèque rose et les fines images du Plus beau jour de la vie. C'est un peu jeune ... n'est-il pas vrai ?
      Avoir gâché ainsi les types de Delobelle, de la petite Désirée, du père Planus, c'est réellement dommage ! Je suis assuré qu'en son for intérieur, Daudet, qui n'est guère bibliophile cependant, mais qui est très artiste, sera de mon avis. M. Conquet s'est trompé dans le choix de son dessinateur il a frappé à la porte d'un illustrateur pour livraisons populaires, mais non point pour livres d'amateurs éclairés et difficiles. Heureusement qu'il prépare des Contes à Ninon qui lui permettront de prendre, avec M. Rudaux, une fameuse revanche !

OCTAVE UZANNE



(*) Cette chronique mordante a été publiée en tête de la Bibliographie Moderne de la revue Le Livre (livraison n°67 pour le 10 juillet 1885). Octave se pose en Directeur de la revue aussi bien qu'en chef de la critique artistique (plutôt que littéraire). Ses avis sont tranchés et il ne se montre pas tendre. L'illustrateur Emile Bayard en fait largement les frais. Cette chronique est très intéressante en cela qu'elle montre un Octave Uzanne débordé de travail (la critique des ouvrages qui paraissent chaque jour lui donne un travail qu'il ne parvient plus à absorber) qui cependant ne néglige pas ses obligations envers les artistes et les livres qu'on lui soumet. La revue Le Livre est au milieu du gué, lancée en 1880 elle s'éteindra en 1889, sans doute à cause d'un manque d'abonnés et sans doute également à cause d'un étiolement de l'enthousiasme de l'équipe de rédaction menée par un chef sans concession.
Bertrand Hugonnard-Roche


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