samedi 10 août 2019

"Ces ineptes parodies de livres saints ne sauraient être du goût que de commis voyageurs de dernier ordre" Octave Uzanne, à propos du Livre d'heures satyrique et libertin publié par Henry Kistemaeckers (1888).


"L'éditeur Kistemaeckers me fait tenir un livre curieusement imprimé, avec encadrements polychromes, sous le titre le Livre d'heures satirique et libertin. Il m'est pénible d'être désagréable à l'actif et aimable éditeur belge, mais, sans professer des sentiments trop orthodoxes en matière de dévotion, j'avoue que cette singulière compilation ne me paraît que lourdement grossière, niaise et dépourvue de tour sel, à quelque point de vue qu'on se place. Ces ineptes parodies de livres saints ne sauraient être du goût que de commis voyageurs de dernier ordre, et je n'insisterai point sur cette publication. Que Kistemaeckers me le pardonne ! O. U. [Octave Uzanne, in Critique littéraire du mois, Le Livre, livraison du 10 juillet 1888]."

Il n'y aura pas d'autre compte rendu pour ce livre dans les colonnes de la revue d'Octave Uzanne Le Livre, ni par lui, ni par un autre de ses collaborateurs. On peut imaginer que l'éditeur Henry Kistemaeckers ne fut pas ravi de ce petit entre-filet négatif à l'encontre d'un livre qui venait d'être imprimé. On sait que Kistemaeckers demandait régulièrement à Octave Uzanne de dire quelques mots de ces dernières productions imprimées. Dans ce cas, il semblerait que la demande ne fut pas reçue avec tous les égards auxquels il aurait pu s'attendre de la part d'Octave Uzanne.

Nous donnons ci-dessous la suite des 16 encadrements différents qui composent ce pastiche érotique de livre d'heures. A vous de juger de l'intérêt de ces illustrations miniatures tirées en différentes couleurs. Le prix du livre était de 40 francs (somme très importante pour un livre à l'époque). A noter que cette suite d'encadrement a été imprimée dans deux tons/coloris différents, ce qui donne l'impression (assez franche) que tout le livre est composé d'encadrements tous différents. Ces encadrements ne sont pas signés et à ce jour aucun nom d'illustrateur n'a été avancé. Il faudrait sans doute chercher parmi les collaborateurs vignettistes réguliers d'Henry Kistemaeckers. Le volume a été imprimé sur les presses de Vanbuggenhoudt imprimeur 49, rue d'Isabelle, à Bruxelles. Ce livre n'a donc rien de clandestin ; il est même tout ce qu'il y a de plus officiel et déclaré. A noter, pour la petite anecdote que sur la couverture en parchemin végétal blanche où le titre est imprimé en caractères bleus au centre, on peut lire "Livre d'heures satyrique" tandis que sur la page de titre de l'ouvrage on lit "Livre d'heures satirique". Erreur volontaire ou involontaire ? Je vous laisse juge. Les mots ont un sens.









L'anticléricalisme déployé en image et en texte à chaque page de ce petit bréviaire à l'usage des libertins a certainement effrayé Octave Uzanne, directeur du Livre. Celui-ci n'ayant certainement pas voulu appuyer de son soutien un livre qui aurait pu lui faire perdre une clientèle de (sinon dévots pour le moins) personnes attachées au respect de la religion.

Nous reparlerons très prochainement des relations entre Octave Uzanne et l'éditeur belge Henry Kistemaeckers.

Bertrand Hugonnard-Roche


samedi 3 août 2019

"Je suis, moi aussi, un sylvain, un amoureux des grandes forêts, près desquelles j'ai vécu et voudrais prendre retraite." Octave Uzanne à André Mary, 29 mai 1907.

Coll. Bertrand Hugonnard-Roche, acquisition août 2019


* * *


"Paris ce 29 mai 07 [1907]

Cher monsieur,

Merci pour l'envoi des "Profondeurs de la forêt". Le mal qui me tient, depuis plus d'un mois, une broncho-pneumonie, m'a donné les loisirs de lire votre ouvrage et de vous témoigner du plaisir que j'y trouvai.

Je suis, moi aussi, un sylvain, un amoureux des grandes forêts, près desquelles j'ai vécu et voudrais prendre retraite. J'ai donc particulièrement goûté votre livre de poëte et suis heureux de pouvoir vous le dire.

Mes souvenirs bien sympathiques

Octave Uzanne" (*)

(*) Cette lettre est adressée à André Mary (1879-1962). Comme Octave Uzanne, André Mary était d'origines bourguignonnes. Poète, amoureux de la poésie anciennes, il contribua à de nombreuses revues littéraires. On lui doit notamment les Symphonies pastorales (1903), Les Sentiers du Paradis (1906), Les Profondeurs de la Forêt (1907), Le Cantique de la Seine (1911), Le Doctrinal des Preux (1919), Le livre des idylles et passe-temps (1922), Rondeaux (1924), etc. Au moment de l'envoi de cette lettre Octave Uzanne est malade depuis plus d'un mois (sans doute depuis fin mars ou début avril 1907). On sait par la chronologie que nous avons pu établir qu'Octave Uzanne partira de juin à novembre 1907 pour se reposer et retrouver une certaine sérénité physique et morale au coeur de la forêt de Barbizon (lire à ce sujet notre article Parenthèse Barbizonnienne (juin à novembre 1907) - Première partie.). Par ailleurs nous avions publié plusieurs articles concernant cette période de santé fragile, notamment à travers les courriers qu'il envoyait alors à son frère Joseph. Voir les articles de la chronologie se rapportant à l'année 1907. Nous savions l'amour d'Octave Uzanne pour les forêts et leur calme. Son penchant mélancolique pour ne pas dire dépressif s'acclimatait parfaitement aux silence bruyant des arbres centenaires.

Bertrand Hugonnard-Roche

mardi 30 juillet 2019

Die Pariserin (La Parisienne) par Octave Uzanne (Dresde, vers 1928-1929). Une traduction en allemand qui conserve encore bien des mystères.


Frontispice


Cela fait des années que je voulais vous décrire cet ouvrage. Le temps passe. On passe à autre chose. Il est temps d'y revenir. On sait qu'Octave Uzanne, dès les années 1880, a été traduit en anglais pour le public américain et anglais, plus généralement pour le public anglophone qu'il affectionnait particulièrement. La traduction de ses ouvrages dans la langue de Shakespeare sont certainement dues, comme nous l'avions déjà évoqué dans de précédents billets, premièrement à son réseau de relations anglophones qu'il noue dès ses années d'études an Angleterre (1869-1870). Même s'il n'a alors que 19 ans on sait qu'il côtoie quelques personnalités du monde des lettres outre-Manche. Deuxièmement son travail de directeur de la publication de la revue Le Livre chez l'éditeur-imprimeur Albert Quantin entre 1880 et 1889. Ce travail lui donne l'occasion d'avoir en contact régulier plusieurs personnalités du monde des lettres aux Etats-Unis d'Amérique et en Angleterre. Il trouve alors plusieurs éditeurs et traducteurs pour prendre en charge la traduction et la diffusion de ses propres ouvrages. C'est un fait assez rare à l'époque compte tenu du cercle de notoriété très restreint d'Octave Uzanne. Il ne faut jamais perdre de vue qu'en France ses ouvrages n'étaient guère imprimés à plus de 750 ou 1.000 exemplaires tout au plus. Ce tirage faible ne lui permettant que d'atteindre que les petits cercles bibliophiles et érudits de la capitale, guère plus. Concernant les autres langues européennes (allemand, espagnol, italien, etc), nous n'avons rien trouvé (sauf erreur) avant cet ouvrage publié sans date (vers 1930) intitulé : DIE PARISERIN. La Parisienne. Tout le monde aura compris. Ouvrage publié en langue allemande sous le titre complet suivant :

DIE PARISERIN. Studien zur geschichte der frau der gesellschaft der französichen galanterie und der zeitgennössischen sitten. Mit 350 zum teil farbigen tafeln und textabildungen.

Publié chez : Paul Aretz / verlag / Dresden [Paul Aretz éditeur à Dresde].

On lit au verso du titre : Einzig autorisierte übertragung aus dem französischen von J. Von Oppen.


Page de titre


Ce volume de format grand in-8 (25,5 x 17,5 cm) et de 429 pages est illustré de 350 reproductions de tableaux, gravures, dessins, etc., en noir ou en couleurs. Certaines illustrations sont hors-texte.

Le tirage est sur papier vélin satiné kaolin (papier lourd et brillant - type papier couché). Il existe un tirage numéroté à 500 exemplaires (sur le même papier) mais qui se différencient par une reliure demi-cuir à coins (cuir vert, dos orné, pièce de titre lie de vie), avec plats de papier marbré. Les exemplaires courants sont quant à eux reliés pleine toile bleue, à vrai dire tout aussi jolie.


Premier plat de la reliure demi-cuir réservée aux 500 exemplaires numérotés



Dos de la reliure demi-cuir réservée aux 500 exemplaires numérotés



Reliure pleine toile bleue pour les exemplaires ordinaires


Aucun traducteur n'est indiqué pour ce volume. Aucune date d'édition non plus. Il est simplement indiqué : Printed in Germany au verso du titre.

Quid de ce livre ?

Le problème de la date d'édition pour commencer. Certains libraires cataloguent cet ouvrage sous la date de 1920, d'autres sous la date de 1924 ou 1925. D'autres ne se mouillent pas tant et indiquent "ca 1929" ou d'autres encore 1930. Sachant qu'Octave Uzanne est mort en 1931, la date d'édition a son importance. Nous pensons qu'Octave Uzanne a donné son autorisation pour la publication de cette traduction de La Parisienne. Mais quand ? Ce qui est certain, c'est qu'après avoir feuilleté le volume nous sommes tombé sur une illustration portant la date de 1928 (voir illustrations ci-dessous). Ce volume a donc été publié en 1928 ou un peu après (1929 ou 1930). Nous ne pouvons être plus précis pour le moment.

Il existe un jaquette illustrée par la photo en noir et blanc pour ce livre (femme nue). Nous ne l'avons pas pour notre exemplaire mais nous avons pu la voir (elle doit être rare car elle ne se voit quasiment jamais - fragile donc perdue ou déchirée donc supprimée au fil du temps). Nous en donnons la reproduction ci-dessous. Elle porte en lettres jaunes un titre légèrement différent : Octave Uzanne. Kultur-Und Sittengeschichte der Pariserin vom sweiten kaiserreich bis zur gegenwart [Histoire culturelle et morale de la parisienne du second empire à nos jours]. On ne retrouve pas ces précisions sur la page de titre du volume.


Jaquette illustrée (très rare)


Voici la liste des chapitres contenus dans ce volume :

Die Pariserin gestern und heute

1. Teil: Physiologie der zeitgenössischen Pariserin

I. Die zeitgenössische Pariserin
II. Die moderne Nacktheit
III. Die Toilette in Paris
IV. Das Reich der Mode

2. Teil: Die zeitgenössische Pariserin in Umwelt, Stand und Beruf

V. Geographie der Pariser Frau
VI. Die Pariser Dienstboten
VII. Die Pariser Arbeiterinnen
VIII. Die Händlerinnen und Ladenbesitzerinnen
IX. Ladenfräuleins und Angestellte
X. Die Damen der Verwaltung
XI. Künstlerinnen und Blaustrümpfe
XII. Die Theaterdamen
XIII. Die Sportdamen und Mannweiber
XIV. Die Pariser Bürgersfrau

3. Teil: Die Frau außerhalb der Moralgesetze

XV. Das Dirnentum
XVI. Die mittlere Dirnentum
XVII. Die heimliche Prostitution
XVIII. Die heutigen Phrynes

4. Teil: Psychologie der zeitgenössischen Frau

XIX. Tochter, Frau und Mutter

Ce volume reprend l'édition de 1910 intitulée "Parisiennes de ce temps" (Mercure de France). L'ordre et le nombre des chapitres a été parfaitement respecté. Il faudrait entièrement traduite le texte allemand en français pour voir s'il y a eu des coupes ou des modifications importantes. Si Octave Uzanne était à la manoeuvre derrière cette traduction, nous ne pensons pas.

Ce qui fait la particularité de ce volume ? C'est l'importance de l'illustration (350) et sa variété, mais aussi et surtout sa légèreté assumée par l'éditeur. Nombre des illustrations flirtent en effet avec un érotisme ouvert illustrant à la perfection ce que les allemands pouvaient voir d'érotique et même d'exotique en "La Parisienne" des années 1900-1920. Paris et ses excès érotiques ! Voilà bien ce qui transpire dans ce volume abondamment illustré. Octave Uzanne a-t-il choisi de mettre en avant cette illustration fortement grivoise ? Nous en doutons. L'éditeur allemand s'est-il servi du texte d'Octave Uzanne comme prétexte à publier une quantité impressionnante de "clichés" érotiques "parisiens". C'est ce que nous croyons. D'où l'importance de savoir si Octave Uzanne est à l'origine et collaborateur (de près ou de loin) ou non de cette publication. Pour le moment nous ne savons pas.

En résumé, voici un volume probablement imprimé vers 1929/1930, date qui nous parait la plus probable à la vue de certaines illustrations reproduites dans le volume. Volume qui a probablement été traduit du vivant d'Octave Uzanne avec son accord, mais probablement illustré sans qu'il ait prit part à la sélection des illustrations. Ce volume a clairement été doté d'une illustration légère et racoleuse tendant à prouver par l'image la légèreté de la Parisienne (Française) par extension. L'image allemande de Paris et de la France passant alors inévitablement par l'interprétation érotique de la française moderne. Par ailleurs, qui était ce J. Von Oppen dont il est question ?

Ce volume est aujourd'hui peu goûté des bibliophiles voire négligé, sans doute à cause de la langue allemande qui n'est pas aussi populaire que la langue anglaise. Il vaut néanmoins pour la variété et la quantité et la qualité des œuvres reproduites. C'est à notre connaissance le volume le plus illustré d'un ouvrage d'Octave Uzanne. Sans doute un jour prochain nous trouverons quelques informations complémentaires sur la genèse de cet ouvrage qui reste à ce jour très mystérieuse.

Bertrand Hugonnard-Roche


Quelques illustrations extraites du volume "Die Pariserin"













lundi 29 juillet 2019

Octave Uzanne à A. Le Breton [5 avril 1894]. A propos des illustrations de Félicien Rops pour son Féminies.


Copie d'écran internet (cette carte est actuellement [29 juillet 2019] en vente sur Ebay)


Paris, ce 5 avril 1894 (*)

Monsieur,
je vous remercie très sincèrement pour votre aimable réponse et pour l'espoir que vous me donnez de me confier l'archéologie à Cythère et "Cour et tribunal à Cythère", car ce sont bien les deux frontispices que je réclamais de votre obligeance.
Vous pouvez m'adresser "dans le plus bref délai" ces deux frontispices dont j'aurai un soin jaloux. Si je les reçois samedi, je pense pouvoir vous les retourner minutieusement mardi prochain.
J'aurai plaisir à vous réserver deux épreuves d'artiste ainsi qu'un exemplaire de luxe du volume qui contiendra ces frontispices.
J'attends donc votre envoi au plus tôt, mon graveur étant dispo pour faire ses retouches sans délai.
Agréez, cher monsieur, mes remerciements et trouvez ici l'expression de ma parfaite considération.

Octave Uzanne


Copie d'écran internet (cette carte est actuellement [29 juillet 2019] en vente sur Ebay)


(*) Pour comprendre ce courrier il faut se référer à notre billet du 4 juin 2012 [lien : http://www.octaveuzanne.com/2012/06/exemplaires-remarquables-feminies-huit.html] qui donnait les détails de publication de l'ouvrage intitulé Féminies et achevé d'imprimer le 15 février 1896. Cette superbe production dirigée de main de maître par Octave Uzanne pour sa Société des Bibliophiles Contemporains. Ce beau volume de format in-8 étroit (26,5 x 17,5 cm) avait été commencé dès mai 1895 et sort des presses de l'Ancienne maison Quantin. Ce livre a été composé pour MM. les Sociétaires de l'Académie des Beaux Livres, Bibliophiles contemporains (alors que cette société n'existe plus en réalité depuis plusieurs mois lorsque ce livre est fini d'imprimer). Le tirage en couleur à "la poupée" des planches gravées d'après Félicien Rops, par Hellé, Fornet et Massé, a été exécuté par F. Maire. Les encadrements de pages ont été gravés d'après les dessins de L. Rudnicki. La couverture de Georges de Feure a été coloriée au patron par Charpentier. Nous donnons à nouveau ici ce qu'écrivait Octave Uzanne à propos des dessins de Félicien Rops : "Il n'est guère d'ouvrage réunissant sous une même couverture divers auteurs indépendants, qui n'ait, pour expliquer son groupement, - sauf la contingence de quelque haute idée générale, - certaine cause charitable, littéraire ou artistique. Celle qui enfanta ce livre se trouve, si l'on peut ainsi s'exprimer, être absolument Ropsique. C'est en effet, au désir de publier, aussi parfaitement reproduits que possible, huit frontispices aquarellés par le maître Félicien Rops, - et qu'un bonne fortune avait mis en leurs mains, - que cédèrent les Bibliophiles Contemporains, fervents admirateurs de l'auteur des Sataniques, lorsque après leur dissolution sociale, ils constatèrent les jolis deniers inemployés qui restaient aux mains du Trésorier. Ces huit frontispices exécutées, de 1872 à 1876 environ, pour un Recueil fameux d'aquarelles de Rops, formé par M. Noilly, et connu sous le nom de : Cent croquis pour réjouir les honnêtes gens, préfaçaient chaque série de dizains de cet Album fantaisiste, dans lequel apparaissait une sorte de "comédie humaine" vue par le côté exclusif des tentations amoureuses et des éternelles convoitises de la chair. L'album des Cent croquis, vendu près de vingt mille francs, au lendemain du décès de M. Noilly, fut divisé, et les curieuses compositions de Rops enrichissent aujourd'hui de nombreuses collections françaises et étrangères. Les huit frontispices, demeurés longtemps en notre possession et cédés par la suite, sous réserve des droits de reproduction, appartiennent aujourd'hui à MM. Le Breton (3), de Rouen ; Vautier, de Maubeuge ; Tricaud, Delafosse et Pellet, de Paris. Ils ont été gravés à l'hélio, puis repris à la pointe sèche, mordus à l'eau-forte, tirés en noir et enfin repiqués, retouchés de nouveau selon les exigences du tirage en taille-douce polychrome, dit à la poupée." Nous possédons la réponse d'Octave Uzanne en date du 7 avril 1894. "Cher monsieur, J'ai reçu ce matin en très bon état les deux frontispices de Rops qui sont actuellement entre les mains du graveur. Vous pouvez avoir toute confiance ; je profiterai de la latitude que vous me donnez de ne point me hâter et vous retournerai ces deux belles pièces soigneusement enveloppées, au début de la semaine prochaine. Avec mes remerciements empressés, croyez, monsieur, à l'expression de mes sentiments les meilleurs. Octave Uzanne 7 Avril 1894." [lien : http://www.octaveuzanne.com/2012/05/octave-uzanne-evoque-le-travail-de.html]. Nous donnons en illustration de ce billet la reproduction des deux dessins de Rops dont il est question ici.


Les deux frontispices par Félicien Rops dont il est question dans le courrier


Bertrand Hugonnard-Roche


Page de titre de Féminies

lundi 1 juillet 2019

Un rendez-vous mystérieux pour Joseph Uzanne en septembre 1898. Qui pouvait bien être Mademoiselle Anne Marie Rousseau domiciliée au 36 Rue Lacroix dans le 17e arrondissement de Paris ?



Recto de la carte postale
écrite autographe par Joseph Uzanne


Voici un petit document qui reste plein de mystère. Essayons de débroussailler un peu cette petite historiette documentaire. Le samedi 24 septembre 1898 Joseph Uzanne (alors âgé de 48 ans) écrit et poste une carte postale à l'attention de Mademoiselle Anne Marie Rousseau domiciliée au 36 rue Lacroix dans le 17e arrondissement à Paris. La carte postale en question est une gravure de Léon Lebègue qui a servi au début de l'année 1898 pour souhaiter les vœux de nouvelle année. La carte est oblitérée au 24 septembre 1898 et sous la gravure on peut lire ces simples mots tracés au crayon : A Jeudi. JU [pour Joseph Uzanne]. Le verso de la carte postale étant exclusivement réservé à l'adresse, le recto ne laissant que peu de place à la littérature ... nous n'en saurons pas plus !

Qui pouvait bien être cette demoiselle Anne Marie Rousseau ? Quel pouvait bien être le genre de rendez-vous auquel Joseph Uzanne fait écho de manière si brève et si mystérieuse ?

Quels Rousseau dans l'entourage connu des frères Uzanne ? Peu d'informations, mais le nom de Rousseau revient tout de même deux fois dans nos données précédemment collectées. Tout d'abord un Jean Anatole Rousseau, propriétaire, âgé de soixante-treize ans, oncle par alliance de Charles Auguste Omer Uzanne, père des deux frères Uzanne, décédé en 1866. Ensuite, un certain Edme Rousseau, notaire royal à Vermenton, marié en 1841 à Antoinette Constance Séguin, une des filles d'Edouard Séguin. Or Marguerite Uzanne, la mère d'Edouard Seguin, était la grand-tante d'Octave et Joseph. Ceci étant dit, rien ne dit que la demoiselle Anne Marie Rousseau ait un quelconque rapport avec ces Rousseau là originaires de l'Yonne et donc de la famille des Uzanne. Qui était-elle donc alors ? Intéressons-nous à son adresse. En 1898 on sait que Joseph Uzanne est depuis plusieurs années le secrétaire particulier et aussi le directeur désormais bien connu des célèbres Figures Contemporaines Mariani. A cette époque donc, Joseph Uzanne habite Boulevard St-Germain. Ce n'est pas tout à côté de la rue Lacroix qui se situe dans le 17e arrondissement près des Batignolles. Angelo Mariani habitait 11 rue Scribe. C'est encore situé assez loin de la rue Lacroix. Les locaux de l'entreprise Mariani était au 41 Boulevard Haussmann. On se rapproche un peu. 30 minutes de marche suffisent à rejoindre la rue Lacroix depuis le Boulevard Haussmann. Que penser de tout ça ? Le mystérieux "A Jeudi" sans précision donnée à sa jeune correspondante, sous-entendu par le Mademoiselle, laisse penser que les deux protagonistes savaient fort bien où se retrouver. On ne sent pas le rendez-vous de travail. D'autant qu'à la vue des courriers écrits par Joseph Uzanne, on a pu juger du ton très solennel du "Monsieur" quand il s'agit de son travail. Même lorsqu'il parle de reliures à faire faire à sa relieuse, il n'est guère de doute sur ses intentions. On sent chez Joseph Uzanne un caractère fort, déterminé et assez froid. Cependant nous savons aussi qu'à cette époque (1895-1900), les années de la quarantaine pour Joseph, ce dernier est assez fêtard, voire dirons-nous "bambocheur" si l'on s'en remet aux quelques sources que nous avons pu consulter. Il fait alors partie de clubs et associations de bons vivants de la capitale et semble en pleine possession de sa "verdeur". Mais, mais, mais ... quand on n'est pas certain, on se tait ! Alors ...

Le "jeudi" en question était donc le jeudi 29 septembre 1898, soit 5 jours plus tard. Où a eu lieu ce rendez-vous ? Que s'est-il passé ce jour-là ? Joseph Uzanne et Anne Marie Rousseau seuls le savent !


Joseph Uzanne vers 1898, à l'âge de 48 ans environ


Disons pour finir, que cette carte nous laisse un peu rêveur. Nous pensons, sans preuve réelles à l'appui, si ce n'est notre "feeling" uzannien (il en faut parfois), que Joseph Uzanne donne ici ce qu'on pourrait appeler un rendez-vous galant. Et que Mademoiselle Anne Marie Rousseau pourrait bien être de ces dulcinées qu'on évite de présenter à belle-maman ! Cela tombe plutôt bien puisque Joseph Uzanne est resté un jeune homme célibataire (non marié) jusqu'à ce qu'il rencontre Marie Adenot et qu'il l'épouse en juin 1916. Sur le tard dirons-nous ... il avait alors 66 ans ! Le lapin avait dû courir la campagne bien avant, j'en gagerais ma casquette de pêche !

Votre avis sur la question ? Nous allons essayer d'en savoir plus sur cette Anne-Marie Rousseau. Nous reviendrons ici quand nous en saurons plus.

Bertrand Hugonnard-Roche



Recto de la carte postale / carte de vœux pour 1898
postée le samedi 24 septembre 1898

mardi 25 juin 2019

Envoi autographe d'Octave Uzanne à Pierre Guitet-Vauquelin sur Pietro Longhi (éditions Nilsson, Paris, 1924).



"à Pierre Guittet-Vauquelin,
avec ma vieille sympathie
littéraire et en souvenir de mon fidèle attachement à sa
personne et à ses écrits
Octave Uzanne"


En 2013 nous avions publié un article à propos de ce livre Pietro Longhi. C'est également par ce petit livre publié en 1924 alors qu'Octave Uzanne est âgé de 73 ans qu'on apprend par le préfacier Gustave Geffroy qu'Octave Uzanne avait commis un pamphlet antisémite intitulé L'Angleterre juive publié en 1913. Ce petit envoi autographe nous permet de situer une nouvelle amitié uzannienne, à savoir Pierre Guitet-Vauquelin.

Pierre Guitet-Vauquelin est né et mort à Montauban (1882-1952). Il fut journaliste, romancier et critique. De la génération qui suit celle d'Octave Uzanne, voire un peu plus (ils ont 31 ans d'écart), Guittet-Vauquelin est l'auteur d'ouvrages divers et variés dont plusieurs romans. Il a également publié pour la Revue Rose de Toulouse et ce en 1904, ce qui nous permet de penser que Guitet-Vauquelin et Octave Uzanne ont certainement dû se côtoyer non loin des bureaux de la Dépêche de Toulouse pour laquelle Octave Uzanne fournissait régulièrement des articles. Nous ne savons pas pour le moment si Guittet-Vauquelin a publié dans la Dépêche, mais cela est fort probable. Par ailleurs il publie un roman intitulé L'aéroplane invisible en 1921 (livre qui n'a sans doute pas laissé Octave indifférent quand on sait ses écrits sur le sujet (1900 et 1911). Mais nous pensons qu'un autre ouvrage de Guitet-Vauquelin a dû interpellé Octave Uzanne. Cet ouvrage s'intitule : Le zaporogue ou De la connaissance des autres et de la méconnaissance de soi en amour et autres agitations humaines. Publié en 1929, soit 5 ans après l'envoi autographe que nous publions et à peine deux ans avant la mort d'Octave Uzanne. Cet ouvrage au titre aussi étrange que prometteur n'a pu laisser l'auteur du Paroissien du célibataire et du Miroir du monde indifférent. A ce jour nous n'avons retrouvé aucune correspondance entre les deux hommes. Nous compléterons ce billet en fonction de nos découvertes futures.

Bertrand Hugonnard-Roche

dimanche 23 juin 2019

Lettre ouverte d'Octave Uzanne pour un catalogue de chapeaux de luxe de la maison parisienne Jeanne Laurent (1896). 10 planches de chapeaux de femme par Gorguet.


Nous ne connaissons pas les conditions qui ont conduit Octave Uzanne à rédiger en 1896 cette "Lettre ouverte" placée en tête d'un catalogue de chapeaux féminins de la maison de luxe parisienne Jeanne Laurent. Ce petit catalogue de format 22 x 13 cm (in-8) se compose de 2 pages de "Lettre ouverte" (par Octave Uzanne) et de 10 planches hors-texte en noir représentant chacune un chapeau pour dames de la maison Jeanne Laurent, 45, Avenue de l'Opéra à Paris. Les planches ont été dessinées par A. F. Gorguet et gravées par Florian. Voici cette courte lettre ouverte par Octave Uzanne :

"Lorsque La Mésangère fonda, au siècle dernier, son élégant et artistique Journal des Dames et des Modes, il voulut faire, non pas un recueil éphémère, mais un admirable monument dédié aux variations du costume. Autour de lui vinrent tour à tour se grouper des peintres et dessinateurs de grand mérite, tels que Debucourt, Boilly, Carle Vernet, Duplessis, Girardet, etc., etc. ; David même ne dédaigna pas d'employer son talent au dessin du costume. Quelles merveilleuses gravures de modes se succédèrent alors, que les collectionneurs se disputent aujourd'hui.
Depuis, cet art s'est démocratisé et de nos jours les publications de modes, cédant aux exigences d'un fort tirage, sont devenues d'une navrante banalité. Les jolies créations actuelles de nos grands faiseurs y sont reproduites à la hâte ; pas une note d'art ne s'y trouve, c'est à peine si la forme est vaguement rendue. Cette décadence des gravures de modes, si regrettable pour tous ceux qui aimeraient à voir conserver brillants et intacts ces délicieux témoignages de la coquetterie moderne, vous vous proposez de la faire cesser et de reprendre les grandes traditions du siècle dernier ; je vous en félicite.
Vous inaugurez votre tentative par un Album de dis médaillons de femmes contemporaines, coiffées selon la dernière mode chez la modiste en vogue ; vous revenez à ce goût du XVIIIe siècle qui nous documente si heureusement aujourd'hui ; vous revenez à l'opuscule de modes qui fût caractérisé sous Louis XVI par tant de mignonnes publications.
Je ne puis que vous adresser mes compliments pour votre entreprise sconographique (*) ; vos planches de modes seront bien accueillies en tous lieux, elles sont vos meilleures lettres de crédit par le choix des modèles et l'art affiné des reproducteurs ; mais puisque vous voici engagé vis-à-vis du public, n'hésitez pas, chaussez les escarpins de La Mésangère et donnez-vous un cabinet des modes d'art ; nulle époque ne se prête mieux que la nôtre à cette rénovation.

Octave UZANNE."


(*) Ce mot devenu inusité et absent de la quasi-totalité des dictionnaires récents ou anciens aurait désigné un dessin en perspective.


Voici la liste des 10 modèles de chapeaux présentés :

1. Chapeau à la Récamier
2. Chapeau à la Maréchale
3. Chapeau à la Henriette
4. Chapeau à la Régence
5. Chapeau à la Montespan
6. Chapeau à la Parsifal
7. Chapeau à la Bergère de Watteau
8. Chapeau à la Flore
9. Chapeau à la Trianon
10. Chapeau à la Diane











Ce petit catalogue "publicitaire" a été imprimé par Draeger et Lesieur à Paris. Il a été tiré sur papier vélin crème. Notre exemplaire a été relié à l'époque en demi-toile à la bradel et les deux plats de couverture ont été conservés. Le premier plat de couverture est imprimé dans un encadrement floral rococo.


Le petit mot d'introduction par Octave Uzanne sert à merveille ce publi-reportage à peine déguisé servant de réclame pour la maison de luxe parisienne Jeanne Laurent. L'histoire de cette maison de mode reste à faire semble-t-il. Son adresse, 45, Avenue de l'Opéra à Paris laisse présager le passage d'une clientèle très aisée et très habituée des arts. Il semblerait que ce petit catalogue soit une tentative unique pour cette maison qui n'a visiblement pas réédité de catalogues conçus de la même manière. Nous ne savons pas à quelle date la maison Jeanne Laurent à cessé son activité de modiste. Nous trouvons encore des modèles de chapeaux de la maison Jeanne Laurent dans une revue de modes datant de novembre 1901 (le Moniteur de la mode). Ce petit catalogue conçu avec luxe, auquel Octave Uzanne apporte sa caution d'homme à "femmes à la mode", a probablement été tiré à petit nombre pour de riches clientes. On regrette qu'il n'y ait pas de prix dans ce catalogue ... mais affiche-t-on les prix dans les grandes maisons de luxe ? En tous les cas, gageons que ce petit catalogue publicitaire est devenu fort rare. Nous ne l'avons rencontré que deux fois en deux décennies.

Bertrand Hugonnard-Roche

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