mercredi 16 mai 2018

Lettre autographe d'Octave Uzanne à un "cher confrère" (22 février 1889).

Lettre autographe d'Octave Uzanne adressée à un "cher confrère" (non identifié)
Papier à en-tête de la revue Le Livre, Octave Uzanne rédacteur en chef.
Photo : copie d'écran annonce Ebay / 16 mai 2018 / Librairie Thomas Vincent
Lettre vendue sur Ebay au prix de 200 euros.

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Paris, le 22 février 1889

J'ai pris à la lecture de votre article, mon cher confrère, en dehors même de ma personnalité flattée, le plus vif plaisir.
Il est gai, vivant, spirituel et admirablement bien coordonné pour la place qui lui était réservée.
Je vous en sais un gré infini, et il me sera très agréable de vous exprimer encore de vive voix combien j'ai apprécié le tact et la finesse avec lesquels vous avez parlé des Contemporains.
Avec mes remerciements, trouvez ici l'assurance de mes sentiments de cordiale sympathie

Octave Uzanne

lundi 14 mai 2018

Le Fol de Saint-Pol-Roux dédié à Octave Uzanne (1901). Pourquoi ?

Portrait de Saint-Pol-Roux
par Félix Vallotton
paru dans Le Livre des masques
de Remy de Gourmont (1898).
Pour quelle raison Saint-Pol-Roux (40 ans) dédie-t-il "Le Fol" à Octave Uzanne (50 ans) ? A vrai dire nous n'en savons absolument rien. Tout comme nous ne savons rien des relations entre le Magnifique et Octave Uzanne aux environs de 1900, moment de la publication de ce texte. Quelques mots font pourtant écho aux propres pensées Uzaniennes : "croire posséder son rêve, ne serait-ce pas la suprême fortune" ou encore "aucune servitude", ces " végétations infinies du cerveau" si chères à Octave Uzanne le sensitif. Saint-Pol-Roux voyait-il dans ce fol un double d'Octave Uzanne ? Nous trouverons sans doute prochainement quelques informations et avis permettant de mieux appréhender cette dédicace encore pleine de mystère.

LE FOL (*)

                                                        A Octave Uzanne.


Près d'un champ de lin en fleur, sur un tronc mort, je découvris, vêtu de sac, pieds nus, l'air d'un naufragé de la Vie, l'haleine en va-et-vient de scie, un homme aux regards vers ailleurs.
Une pièce d'or en hostie, je m'approchai.
La fusée d'ironie gicla de son gosier.
— « Fi de ta rondelle ! Selon toi, je suis pauvre ; mais tu es misérable, selon moi. Tu crois à la richesse qui tombe sous les sens, je crois à l'autre. Naïf qui me fais l'aumône, contemple donc mon palais et mes domaines. »
Et d'un geste qui paraissait illustrer le vide, l'homme objectiva terres et tourelles devant moi.
Ensuite, simulant d'ouvrir un lourd portail de fer, il dit :
— « Entrez. »
Pitoyable à son illusion, je parodiai un pas.
— « Ouais ! garde-toi d'écraser les tulipes de l'allée ! »
J'en restai le pied en suspens, tel un chien à la patte meurtrie.
Du parc il m'introduisit plus avant dans sa chimère, m'invitant souventefois à des précautions minutieuses.
— « Attention aux cris taux précieux ! »
Son corps, souple à l'excès, plus expressif qu'un pouce de peintre en causerie d'art, morphosait positivement des figures dans l'espace, que dis-je : il les créait par le déplacement qu'il en accusait moyennant ses déhanchements, ses enjambées, ses contorsions, son toucher et parfois ses respects.
Cet homme avait une telle façon de saisir certain petit rien de néant et d'en caresser de doigts délicats la plastique absente que ce petit rien ce ne pouvait être qu'une statuette de Tanagra.
Dès le seuil il s'était penché si charmantement pour flatter d'une tape familière une abstraction capricieuse à hauteur de ses genoux que je n'avais pas hésité à penser : « Là est le chien de la maison ! » et que cette pensée, maintenant obsession, m'imprimait le regret du morceau de sucre laissé dans la soucoupe de ma dernière auberge, et que, même, bientôt j'allais avoir la sensation fraîche d'une langue sur la main.
Dans une salle, où nous pénétrâmes par une porte que (de ce qu'il avait, au chambranle, baissé le front) je devinais basse, il ouvrit un coffre et brassa des orfèvreries que sa mimique passionnée faisait véritablement tinter.
Je dus encore monter, traverser de nouvelles pièces brèves ou spacieuses — dans l'une d'elles ayant failli glisser sur un prétendu zest d'orange omis sur la mosaïque, il cria le nom d'un majordome évidemment très vieux à la déférence avec laquelle son maître accueillit et secoua ses idéales oreilles « ah si vous n'aviez pas vu casser le vase de Soissons ! » — puis il fallut descendre, et je me rappelle un escalier en caragol où il veillait à ce que son hôte ne tombât à tel ou tel degré plus rapide ; au surplus je me prêtai de bonne grâce à toute cette gymnastique de fantasmagorie.
Une fois dans un endroit que tout de suite vous eussiez estimé être le cabinet de toilette à sa manie d'éternuer comme si les flacons fussent à l 'évent, il héla deux valets et, non sans m'avoir en exorde offert de prendre un bain que j'eus toutes les peines du monde à refuser, il ordonna aux serviteurs aux membres de songe de me pomponner.
On errait en pleine métaphysique.
Comme midi sonnait dans son imagination :
— « Voici l'heure du repas! »
Et de s'accroupir sur le sol devant un bloc de pierre mêmement que devant une table riche de vaisselle plate et de m'inviter à la victuaille.
J'attestai sortir de table !
Il savoura des mets imaginaires dont je percevais la nature à ses exclamations ; et de temps en temps, c'était un geste à droite, un geste à gauche, envoyant une tête de truite ou un os de chevreuil vers la gueule du chien de féerie.
— « Ah que vous avez tort de bouder ce faisan aux atours de marquis ! »
— « Le gibier m'est odieux ! »
— « Ce marsala me vient d'un mien cousin de Sicile. »
— « Le vin me donne la migraine. »
— « Eh cette grenade entr'ou verte qui vous fait risette! »
— « Pas même ! »
— « Alors, de cette frangipane ? »
— « Pas davantage. »
— « Et ce moka Martinique ? »
— « Point ! »
— « Mais ce havane ? »
— « Nenni ! »
— « Du moins, susurra-t-il orientalement, vous ne me ferez pas l'injure de refuser une de ces dames... »
Et l'amphitryon montrait autour de la table, convives, des femmes sans doute jolies, que je n'avais pas perçues, — telles des Idées Pures.
J'objectai le vœu de chasteté.
Finalement il s'endormit au creux d'une roche, cultivant des joies de rêve en un lit que je présumai à baldaquin.
Je repris ma route.
— « La foi en un trésor idéal, ruminais-je, croire posséder son rêve, ne serait-ce pas la suprême fortune ? Le biens de l'imagination, voilà certes des richesses aimables ; nul impôt, aucune servitude ; en outre, il suffit d'un cran de plus au rouage du désir pour accroître la valeur et la superficie de pareils domaines dont le vol n'est pas à redouter et que les catastrophes ne sauraient anéantir. Joignez qu'un espoir de cristallisation peut se greffer sur ces végétations infinies du cerveau. Le monde visible, qu'est-ce en vérité ? de l'invisible à la longue solidifié par l'appétit humain. Un jour Dieu sera-t-il traduit en saisissable par la somme des vœux des multitudes, — et d'ailleurs cet homme le touche- t-il déjà, peut-être ? »
Un gardien de la Maison de santé voisine accourait.
— « N'auriez-vous pas vu un Fol ? me jeta-t-il. Trompant la surveillance, il s'est enfui vers l'humanité et l'on craint que sa démence (la folie des Idées, Monsieur !) n'y sème le désordre. Les gardiens sont partis dans toutes les directions. Mais je ne saurais le reconnaître, étant depuis hier seulement à l'établissement. »
Je m'avançai :
— « Le Fol, c'est moi. »
Le gardien me lança la camisole de force et m'emporta, comme une proie, à travers les aubépines fleuries.

Saint-Pol-Roux



(*) Saint-Pol-Roux, in Les Reposoirs de la Procession I, La Rose et les Épines du Chemin, 1885-1900. Paris, Mercure de France, 1901. pp. 237-244. Publié précédemment dans le Mercure de France, n° 125, mai 1900, p. 392-396 (variantes). Cette première publication n'est pas dédiée à Octave Uzanne.

Envois autographes d'Octave Uzanne à son amie Augusta Laborde.


Photographie archives Famille de Riquer, mai 2018

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[sur Jean Lorrain, l'Artiste, l'Ami, 1913]

à Augusta Laborde,
ce portrait à l'état d'ébauche
d'un esprit artiste et vibrant dont
j'aimais l'allure naguère.
En affectueux souvenir
Octave Uzanne

St-Cloud ce 15 III 15 [15 mars 1915]

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[sur le Miroir du Monde, 1888]

à Augusta Laborde,
ce miroir du monde, moins vilain
peut-être que celui qui refléterait
le monde actuel
Cordial souvenir
Octave Uzanne

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[sur l’Éventail, 1881]

à Augusta Laborde,
en souvenir de ses courses chez les bouquinistes
parisiens, en pourchas de mes livres
disparus de la circulation.
Son très vieil ami cordial
Octave Uzanne


Photographie archives Famille de Riquer, mai 2018

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[sur la Locomotion, 1900]

à mon Amie Augusta Laborde,
de la part de son vagabond camarade toujours en
partance vers l'ailleurs.
Cordial témoignage d'un canard errant
à une poule sagement sédentaire
Octave Uzanne

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[sur les Ornements de la Femme, 1892]

Pour Augusta Laborde
Son affectionné
Octave Uzanne

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[sur les Surprises du Cœur, 1881]

à Augusta Laborde
ces "surprises du coeur" oeuvre
de jeunesse, écrite en une heure
où l'on situe le cœur un peu
trop bas
en témoignage amical
Octave Uzanne

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[sur Nos amis les Livres, 1886]

à l'excellente camarade
Augusta Laborde,
je dédicace ce livre qui marque
une étape déjà si lointaine de ma
vie bibliographique
En témoignage de vive affection
Octave Uzanne

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[sur les Visions de Notre-Heure, 1899]

à Augusta Laborde
ces choses et gens qui passent, de la
part d'un ami qui restera son
affectionné
Octave Uzanne

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[sur la Nouvelle Bibliopolis, 1897]

à mon amie
Augusta Laborde,
qui me donne la déception
d'acheter quelques uns
de mes livres que j'aurais
tant aimé lui offrir -
et aussi le regret de lui mettre une dédicace
sur une oeuvre qu'elle
ne tient pas de moi
affectueux témoignage
de ma vieille amitié
Octave Uzanne (*)

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(*) Nos plus sincères remerciements à Monsieur de Riquer qui nous a communiqué un ensemble très intéressant de documents issus des archives de sa famille et a permis la publication de ces mêmes documents intimes très émouvants sur ce site. D'autres suivront bientôt dans les colonnes du site www.octaveuzanne.com. A propos d'Augusta Laborde voir nos précédents billets ICI. Les autres billets relevant de la source de Riquer se trouvent ICI. Ces envois dénotent une pudeur certaine de la part d'Octave Uzanne envers Augusta Laborde pour qui, semble-t-il, il ne développait pas qu'une simple amitié banale. Aucune preuve encore concrète ne vient pourtant étayer la thèse d'une quelconque relation amoureuse entre eux deux. A suivre ...

Bertrand Hugonnard-Roche

dimanche 13 mai 2018

Nos Hôtels, par Octave Uzanne (Extrait du journal la Dépêche de Toulouse, 1er septembre 1903., Bulletin Pyrénéen n°41, pp. 360-362).


Photographie de carte postale ancienne
(détail de la façade du Grand Hôtel de Bourgogne, vers 1903)


NOS HÔTELS (*)
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      Alors que je me trouvais, il y a quelques années, sur un transatlantique cinglant vers New-York, quelques gentlemen américains que l'intimité du bord et les parties forcées de poker ou de bridge avaient assez vivement transformés en vieux camarades, osaient librement s'exprimer vis-à-vis de moi sur les charmes et les défauts qu'ils avaient ressentis ou découverts durant leur séjour chez nous. Leur opinion pouvait se résumer ainsi :

      « Votre pays est admirable de pittoresque, varié à l'infini au point de vue des sites, le climat tempéré, dont on y jouit en toute saison, le rend incomparable, et Shakespeare avait raison de nommer la France le Jardin merveilleux de l'Univers. Cependant, comment se promener avec tout le loisir voulu dans ce Jardin où les gîtes de repos sont si incorfortables ? Comment vivre chez vous avec les déplorables hôtels qui s'offrent aux voyageurs ? — Nous ne parlons point de la nourriture de vos tables d'hôte qui est le plus souvent excellente et d'un prix modéré. Mais quelles hôtelleries sont les vôtres ! vieilles, sombres, démodées, d'une propreté douteuse et d'un aménagement déplorable en tant que lumière, hygiène et véritable confort. Nulle part ailleurs en Europe, sauf peut-être en Espagne et dans certaines provinces d'Italie, on ne rencontrerait des hôtels, dits de premier ordre, offrant aux touristes avec une égale prétention, des chambres sans nom, étroites et imprégnées d'odeurs rances, affreusement tapissées et munies des plus antiques mobiliers. Cela frappe tous nos compatriotes et la réputation de vos « maisons d'hospitalité » comme disent les Espagnols, est, nous devons vous l'avouer, assez compromettante pour empêcher des milliers d'étrangers de visiter, comme ils le désireraient, votre contrée aussi belle à parcourir de l'est à l'ouest que du nord au midi. »

      Cette opinion de citoyens de la libre Amérique, j'ai pu mainte fois la contrôler en pays anglais, germanique ou Scandinave. D'ailleurs, à aucun moment, elle ne porta atteinte à ma vanité française, car depuis que je voyage sur notre territoire aussi bien que hors frontière, je n'ai pas eu à faire appel à une bien profonde clairvoyance pour établir des comparaisons équitables et pour juger de la lamentable infériorité de nos vieilles boîtes à voyageurs. Je sais, plus que je ne le voudrais, qu'on n'y couche pas toujours sans dégoût, car l'odorat, la vue et le toucher n'y sont que trop fréquemment lésés par les odeurs, les laideurs et les malpropretés les moins recommandables.

      J'ajouterai que cela est d'autant plus affligeant que dans nombre de « grands hôtels » de province, où des étrangers auraient scrupule de faire coucher leurs domestiques, les tenanciers ont une arrogance satisfaite, se donnent une importance excessive et comique, comme s'ils vous accordaient une faveur en daignant vous accueillir dans leur bouge qu'ils déclarent et estiment le plus réputé de la ville, le plus entièrement remis à neuf et le plus à la hauteur des progrès modernes.

      Il faut pourtant en rabattre. Sur mille hôtels français, parmi les premiers, aussi bien de Paris que de province, beaucoup plus des trois quarts mériteraient, au nom de l'hygiène seule, d'être discrédités et mis à l'index, en dépit de leurs outrecuidantes prétentions. On aurait vite fait de compter les très rares maisons françaises bien tenues, sérieusement bâties en vue de l'hospitalisation, pourvues de commodités dignes de ce nom, de salles de bains à chaque étage, de cabinets de toilette à eau chaude et froide, d'électricité intelligemment disposée et d'un mobilier aussi sain qu'élégant et neuf, disposé dans des chambres propres, bien vernissées, lavées et désinfectées après le départ de chaque nouvel occupant. J'avoue n'en avoir guère rencontré plus de quinze ou vingt, au très grand maximum, au cours de nombreuses excursions dans le Dauphiné, les Vosges, la Bourgogne, la Provence, le Languedoc et les Flandres. Pour le reste, il faut évoquer le chapitre des désillusions, des mésaventures, des douleurs et des écœurements qui attendent trop souvent chez nous l'excursionniste aux stations de ses vagabondages vers l'inconnu.

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* *

      A cette époque des vacances, il est urgent de parler de ces choses et de s'efforcer de provoquer quelque peu l'opinion à la révolte contre l'optimisme satisfait, la morgue caricaturale, l'incurie et le laisser-aller des hôteliers français. Il est assuré que la grande majorité de nos compatriotes se contenteraient encore longtemps à la rigueur de cet état actuel, étant donné que ceux-ci voyagent peu, qu'ils n'apportent pas, à vrai dire, de grandes exigences pour la chambre où ils doivent passer une nuit ou deux, que la question des salles de bain ne les passionne point, ayant contracté l'habitude d'aller prendre leurs immersions de propreté dans les établissements spéciaux de la ville. Nos voyageurs tiennent principalement à la nourriture ; ils supportent assez bénévolement d'être mal logés dans des cabinets peu aérés, d'une propreté aléatoire, d'une décoration vieillotte prenant jour sur des cours souvent empuantées par l'odeur d'invraisemblables water-closets ou par des relents d'écurie. Cependant, ils ne pourraient être que très agréablement surpris d'une radicale modification de nos hôtelleries qui, leur donnant plus de confortable et de plaisance dans leur logement de passage, les inciterait davantage à voyager.

      Il faut penser surtout au tort que causent au mouvement d'affaires en général la routine aveugle des maîtres-hôteliers. Si nous possédions des grands hôtels dignes de ceux qui sont à l'étranger en si grand nombre et qui font, par exemple, l'agrément des résidences en Suisse, les étrangers afflueraient chez nous, apportant avec eux l'argent si nécessaire à l'accélération du trafic général. C'est à ce point de vue qu'il faut envisager l'urgence d'une réforme complète de nos auberges, maisons garnies et caravansérails hospitaliers. Je n'ignore pas qu'un syndicat d'hôteliers s'occupe actuellement d'organiser avec méthode leur industrie et que tous ceux qui ont intérêt au développement du tourisme sont arrivés à faire comprendre à ces négociants retardataires et trop souvent bornés, quel énorme avantage il pouvait y avoir pour eux à modifier du tout au tout leur attitude et l'état de leurs maisons vis-à-vis d'un public qui les néglige avec raison et pour cause.

      Le Touring-Club de France, ainsi que l'A. C. F. et les agences de voyages économiques ont déjà beaucoup fait pour améliorer et réformer nos hôtelleries. Ce ne sont jusqu'ici toutefois que d'infimes réparations qui ont été obtenues, d'insignifiants « ressemelages ». Les corps de logis demeurent toujours aussi médiocres et c'est à qui n'entreprendra pas les gros ouvrages de chambardement complet et de restauration réelle sur un plan nouveau.

*
* *

      Il y a urgence, il faut y insister, à se mettre à la besogne, car l'évolution de la nouvelle locomotion se fait à la vitesse de 100 kilomètres à l'heure, les chemins de fer se trouvent entraînés à doubler leurs express et rapides, le goût du voyage et du déplacement gagne toutes les classes sociales. Encore quelques années et l'on ira demander aux hôtels qui se feront accueillants, méticuleusement propres, relativement bon marché pour le confort qu'ils offriront, plusieurs fois annuellement, sinon davantage, des distractions à la vie du chez soi. Si la France qui a tant de variétés de climats, tant de sites ravissants, qui offre tant de vestiges historiques, qui présente tant de vallées à parcourir, tant de villes illustres à visiter, ne se prend pas d'un beau zèle qui consisterait à prétendre, non sans sagesse, vouloir rivaliser avec la Suisse, tant pis pour elle ! Les touristes continueront à la traverser sans arrêt pour filer vers l'Engadine, vers le Valais, vers les rives du Léman, qu'enrichissent été comme hiver d'innombrables colonies anglo-saxonnes.

      Nos auberges, à l'heure actuelle, sont en quelque sorte préférables à nos hôtels des villes dont la négligence est de plus en plus pitoyable. Déjà la Compagnie des Wagons-Lits a su installer dans certaines grandes cités des Terminus bien aménagés qui arrêtent les voyageurs au passage. Les traiteurs, maîtres- d'hôtel et tenanciers de vieilles baraques humides et noircies, fondées il y a des siècles, dans le centre de la ville, se plaignent amèrement de la concurrence et gémissent sur la misère des temps. La faute en est à qui, sinon à eux-mêmes qui ne nous offrent qu'e des chambres immuables depuis le premier Empire, la Restauration ou la dynastie de Louis-Philippe, des salles de repas tristes, froides et laides à donner l'indigestion, des cabinets de nécessité qui tourneraient le cœur à des employés de vidange ? Et pour tant d'horreurs cependant, ces têtus routiniers écorchent ceux qui sont entrés dans leur musée des antiques en leur présentant les notes les plus salées et les moins équitables.

      Il est à croire que des Compagnies immobilières se formeront un jour prochain pour créer dans les principales villes de France de vastes caravansérails bien modernes, semblables à celui que je voyais inaugurer dans le département de l'Isère il y a environ un an. Ce jour tant désiré, les hôtelleries du temps de Lafitte et Caillard pourront fermer leurs portes, personne ne s'y aventurera plus. Il y aura un soulagement général dans le public et nul ne songera à plaindre les vaincus. Ces veules industriels peuvent encore éviter la destinée qui les menace : qu'ils aillent voir un peu ce qui se fait ailleurs et que, honteux et confus, ils reviennent vite chez eux se mettre à la hauteur des pays capables de recevoir comme il convient les hôtes qui les enrichissent.

OCTAVE UZANNE. (Extrait du journal la Dépêche, de Toulouse, 1er septembre 1903.)

(*) Bulletin Pyrénéen n°41, septembre-octobre 1903, pp. 360-362

Exemplaire remarquable. Les Caprices d'un Bibliophile d'Octave Uzanne (1878). Edition originale sur papier Whatman (50 exemplaires). Reliure de l'époque japonisante en papier-cuir estampé coloré. Tirage rare et superbe exemplaire en reliure décorée.


Octave UZANNE

CAPRICES D'UN BIBLIOPHILE par Octave Uzanne.

Paris, Edouard Rouveyre, 1878

1 volume in-8 (25 x 16 cm), 146-(4)-(8) pages. Frontispice gravé à l'eau-forte par Ad. Lalauze.

Reliure de l'époque bradel plein papier-cuir japonais posé sur toile. Superbe réalisation hélas restée non signée (on pourrait attribuer ce travail à l'atelier de Carayon mais sans certitude. Cette reliure pourrait tout aussi bien sortir de l'atelier de Pierson qui s'est également essayé aux cartonnages de papier-cuir Japonais. Les deux plats de couvertures imprimés en noir sur papier bleus ont été conservés à l'état de neuf (compositions de Marius Perret). Grands marges conservées (ébarbées). Excellent état. Un coin de la reliure (coin inférieur du plat supérieur a été recollé), quelques minimes frottements aux extrémités des coiffes. Les mors parfois légèrement fendillé sans conséquence.


ÉDITION ORIGINALE.

TIRAGE A 572 EXEMPLAIRES.

CELUI-CI, UN DES 50 EXEMPLAIRES SUR PAPIER WHATMAN EXTRA-FORT.

Il a été imprimé de ce volume 500 ex. sur Hollande, 50 ex. sur Whatman extra-fort, 10 ex. sur Chine, 10 ex. sur papier de couleur et 2 ex. sur parchemin choisi.



Ce volume est le premier ouvrage littéraire d'Octave Uzanne, achevé d'imprimer à Dole (Jura) le 10 février 1878. Curieusement la préface est datée du 15 février 1878. Il contient, outre une préface au lecteur : Une vente de livres à l'Hôtel Drouot, La Gent Bouquinière, Les Galanteries du Sieur Scarron, Le Quémandeur de Livres, Le Vieux Bouquin, Le Libraire du Palais, Un ex-libris mal placé, Les Quais en août, Les Catalogueurs, Simple Coup-d'oeil sur le roman moderne, Le Bibliophile au Champs, Les Projets d'Honoré de Balzac,Variations sur la Reliure de fantaisie, Restif de la Bretonne et ses Bibliographes, Le Cabinet d'un Eroto-Bibliomane, Rondeau.

Octave Uzanne avait fait paraître précédemment quelques volumes d'études littéraires : Les Poésies de Benserade, La Guirlande de Julie, Les Poésies de Sarasin, Du Mariage par un philosophe du XVIIIe siècle, chaque fois avec d'érudites et piquantes présentations. Quelques textes des Caprices avaient déjà parus dans la revue Le Conseiller du Bibliophile entre 1876 et 1877.


La reliure qui recouvre le présent exemplaire est une jolie réussite. Il semble que pour ce cas précis, il s'agisse d'un papier-cuir japonais contrecollé sur une toile (on la distingue aux mors et aux extrémités des coiffes). Le tout semble avoir été enduit à l'époque d'un vernis brillant. On sait qu'Octave Uzanne était friand de ce type de reliures et qu'il en a fait plus d'une fois la réclame dans ses écrits (articles et livres). Ce volume ne comporte cependant aucune marque d'appartenance.

TRÈS BEL EXEMPLAIRE DE CE RARE TIRAGE SUR PAPIER WHATMAN DANS UNE SUPERBE RELIURE JAPONISANTE DE L'ÉPOQUE.

Exemplaire vendu par la librairie L'amour qui bouquine en 2016
Exemplaire à nouveau mis en vente en mai 2018 par la librairie Eric Fosse (Ebay), vendu 299 euros (vente fictive puisque remis aussitôt après en vente en achat immédiat au prix de 450 euros).

vendredi 4 mai 2018

Une longue lettre inédite d'Octave Uzanne à Andrée Béarn (5 novembre 1915). "Pauvre Gourmont ! Je le voyais bien mal [...] Il est mort le jour de la St Remy [...] quelle misère, dans cette vie d'homme si éminent dont l'esprit s'élevait au dessus de toutes les contingences !!" et quelques informations sur la mauvaise santé de Remy de Gourmont.

Archives Famille Riquer. Publié avec autorisation.


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St Cloud ce 5 [4 rayé] XI 15 (1)

Je pense, Filleule (2), que vous êtes de retour à l'ombre de votre cathédrale Barcelonaise, près du maître (3), heureux de vous retrouver, et tous en belle santé.
J'ai eu votre mot à St Cloud - Je vous remercie pour l'envoi de vos "En marge" (4) qui ont de l'allure et de l'émotion - Le De Gourmont surtout ..
Pauvre Gourmont ! Je le voyais bien mal ; ses dernières lettres me rassuraient un peu - J'étais en Bourgogne lorsque son frère Jean, m'écrivit pour m'apprendre que son aîné n'était plus ; Je ne pus revenir, pour les obsèques - Il est mort le jour de la St Remy - 1er octobre (4bis) - Depuis lors, une Mme de Courrière, vieille dame dont Goya aurait traduit la physionomie dans ses "Caprices" ou ses cauchemars, et qui est l'héritière de l'admirable écrivain des Épilogues, me demanda rendez-vous, dans le pitoyable logis que vous savez. J'y vis la chambre où il dormait, un bouge, sans air ni lumière, et si inconfortable qu'un ouvrier ne s'en serait accommodé - quelle misère, dans cette vie d'homme si éminent dont l'esprit s'élevait au dessus de toutes les contingences !!
Il n'est pas mort chez lui, dans cette turne, mais, heureusement, dans une maison de santé. Il ne souffrit point, fut inconscient de sa fin, parait-il. Il fit de l'hémiplégie, de la paralysie, sans que la tête fut prise ; il eut l'esprit lucide et cependant ne vit pas la mort s'approcher ; ne la devina pas, m'affirme-t-on.
Nous retrouverons ce noble esprit dans quelques œuvres qu'il laisse inédites, entre autres, un livre de pensées très variées et superbes qui se grouperont sous ce titre : "des pas sur le sable". (5)
Les morts vont si vite, en ces temps de massacres, que les disparus n'attirent plus l'attention et les meilleurs disparaissent sans qu'on perçoive des vagues de tristesse ou d'émotion. Cette guerre dessèche, abêtit l'âme humaine. La vie individuelle n'a plus de valeurs alors que l'on fauche si âprement les collectivités de jeunes hommes recrutés pour les luttes effroyables dont nous ne pouvons voir la fin, je veux dire préciser l'issue.
Ah ! Comment songer encore à la beauté, à la culture des fleurs intellectuelles, à la possibilité d'une oeuvre capable d'intéresser des êtres, après les cinématographies sanglantes et tragiques qui ne cessent de tourner sur tous les fronts d'Europe. - Les livres, qui s'en occupera encore ? Comment pourront-ils attirer ? Quels sont les écrits qui pourront encore séduire un public qui fut acteur ou spectateur des effroyables tragédies actuelles ? - Et l'art dans toutes ses formes que deviendra-t-il ? Comprendra-t-on ses sourires, ses interprétations de nature ? Que de temps, il faudra avant qu'on revienne à la douce vie cérébrale de naguère ! (6)
Ceux qui ont mon âge (7), ne retrouveront plus jamais les heureuses atmosphères d'intellectualité romantique et leur belle foi littéraire d'il y a quelques années encore - Hélas ! quelle faillite !!
Je vous envoie, ma chère Filleule, une page pour Iberia, sans la recopier. Vous m'en adresserez le texte après impression traduction et je vous prie de me retourner ma copie française.
Un affectueux souvenir à Alexandro de Riquer (8), mes sympathies à la turbulente jeunesse qui farandole à vos côtés (9) et, pour vous, Filleule, mes compliments les meilleurs du parrain, bien portant, mais très chambardé par les faits qui désagrègent si terriblement certains hommes qui prolongeaient l'esthétique de la vie par le rêve et l'illusion - et je suis de ceux-ci.

Octave Uzanne


(1) 5 novembre 1915. Octave Uzanne est dans on appartement de St Cloud. Il revenait d'un voyage dans le sud de la France annoncé par la lettre du 28 août 1915 adressée à la même (Andrée Béarn).
(2) Andrée Béarn de son nom d'état civil Marguerite Laborde. Voir notes de la lettre du 28 août 1915.
(3) Alexandre de Riquer, son époux. Voir notes de la lettre du 28 août 1915.
(4) Nous n'avons pas retrouvé cet article pour le moment.
(4 bis) Octave Uzanne se trompe quand il annonce le décès de Remy de Gourmont le 1er octobre 1915 jour de la St Remy. En réalité Remy de Gourmont est décédé le 27 septembre (jour de la Saint Vincent en mémoire de Saint Vincent (de Paul).
(5) "Les pas sur le sable", cet ouvrage a paru en 1919 à la Société littéraire de France. Agrémenté d'ornements gravés sur bois par Alexandre Noll.
(6) Octave Uzanne est littéralement effondré par les événements de la guerre en cours. Il est effondré professionnellement (à cause de la censure il ne peut plus travailler à la Dépêche de Toulouse), et psychiquement (il ne supporte pas l'idée de ces massacres au nom de la raison des états).
(7) Octave Uzanne a fêté ses 64 ans en septembre 1915.
(8) Alexandre de Riquer était-il son ami ?
(9) Jean de Riquer (1912-1993) alors âgé de seulement 3 ans, enfant d'Andrée Béarn et d'Alexandre de Riquer. Futur artiste lui aussi.

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Archives Famille Riquer. Publié avec autorisation.


(*) Nos plus sincères remerciements à Monsieur de Riquer qui nous a communiqué un ensemble très intéressant de documents issus des archives de sa famille et a permis la publication de ces mêmes documents intimes très émouvants sur ce site. D'autres suivront bientôt dans les colonnes du site www.octaveuzanne.com. Les notes ajoutées sont pour la plupart de M. de Riquer.

Bertrand Hugonnard-Roche

Une longue lettre inédite d'Octave Uzanne à Andrée Béarn (28 août 1915). "cette guerre féroce et déséquilibrante" et quelques informations sur la mauvaise santé de Remy de Gourmont.

Archives Famille Riquer. Publié avec autorisation.


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Portrait d'Andrée Béarn peint en 1911
par son époux Alexandre de Riquer,
donné en 1972
par leur fils Jean de Riquer
au Musée national d'art de Catalogne.
(source Wikipédia)
Toulouse, ce 28 août [19]15 (1)

Ma chère Filleule (2),
votre lettre me parvient à Toulouse, en route vers les Pyrénées-orientales, puis, vers Marseille, sans doute et la Provence.
Je me demandais souvent si vous étiez encore en Barcelone ou bien près de votre gave Oloronais (3). Je vous remercie de m'avoir situé votre séjour et donné des nouvelles de vous, du seigneur votre époux (4) et du beau Nanito (5) qui doit croître et s'épanouir en puissance et éclat charnel, en intelligence et en espièglerie, comme un Gargantua Rabelaisien.
Je ne saurais m'analyser, depuis le début de cette guerre féroce et déséquilibrante. Je suis comme un automobiliste, durant une panne qui se prolonge et s'éternise. Je me promène fébrilement sur la route, séparé de ma machine d'allure ; désemparé, incapable de savoir si je pourrais remonter sur mes pneus, repartir en vitesse et avoir encore une direction et un but.
Je me fais pitié, incapable de travailler, de reprendre goût à mon nid laborieux, à mes livres, à mes travaux - il me semble que je suis évacué, expulsé de mon intellectualité coutumière, émigré de ma profession, incapable de savoir quand je pourrai rentrer chez moi.
Dans ces conditions, ma chère Filleule, comment voulez-vous que je puisse avoir de grands projets pour l'hiver, sinon étant très frileux la peur d'avoir froid et d'être, sans combustible, obligé de fuir vers des climats où les vieux singes grelottant, comme je le suis, peuvent se tiédir dans les rais solaires sans oublier la misère des temps.
Des projets, mon amie, comment en former ? N'y-a-t-il pas ce poids de cauchemar qui nous pèse comme un obus de 420 sur la poitrine ? - Ce n'est pas une guerre normale que nous subissons, c'est la fin d'un monde, l'écroulement d'une civilisation factice, le masque arraché à des conventions internationales, qui montre la face bestiale, sauvage, carnassière de l'éternelle humanité.
A l'issue, encore lointaine, si incertaine de ce cataclysme, il n'y aura plus de place pour les mandarins intellectuels, pour les joueurs de flûte littéraire, pour les artistes et les décorateurs de vie. Il faudra tout rebâtir et honorer durant de longs jours les simples maçons. La truelle triomphera de la plume et des pinceaux. - Nous aurons nos jours de vache maigre et longtemps seront inutiles et hors des mœurs nouvelles des reconstructeurs.
Pour moi, qui fait ma dernière étape sur une longue route fleurie de bonheurs intimes, je ne vois plus guère que la stérilité sur le parcours à couvrir jusqu'à la tombe. - Repos et seul but égalitaire. - Mais, pour les jeunes, il leur faudra attendre que chacun ait repris sa place dans un foyer retapé avant d'espérer y faire oeuvre de trouvères. Je redoute que ce soit long, que l'esprit soit changé, qu'on veuille autre chose que nos intimités et sensibilités d'âme. Qu'importe, on verra ! - La soif de vivre, c'est la curiosité qui la fait aussi tenace et qui nous pousse aux sources d'où jaillissent les nouvelles formes d'existences, les expressions fraîches des générations montantes.

J'ai vu de Gourmont en mai (6). Il était changé, incapable de marcher, ruiné par l'albuminurie, causant avec difficulté. Je lui ai écrit. Il répond peu. Il ne dit rien de lui-même, mais je crois qu'il se voit chaviré. Il est atteint par sa vie même de reclus et par les germes morbides qui causèrent les désordres dont son visage porte les marques cruelles. Quel admirable esprit libre ! C'est un des plus grands parmi nous. Je l'estime supérieur à Anatole France par la philosophie, l'originalité et surtout par le caractère - c'est l'homme de lettres dans toute sa fierté d'expression, dédaigneux des honneurs et des succès inférieurs, n'ayant rien de l'arriviste - superbe figure morale !

Je penserai à vous pour Ibéria (7) et bientôt, j'espère, et, si je puis, pour la première fois depuis un an faire un articulet, je vous l'enverrai à Oloron.

Si vous m'écrivez, que ce soit à St-Cloud d'où tout me suit régulièrement.

J'embrasse et caresse votre belle fleur le Nanito et je vous donne aussi l'accolade cordiale du vieux parrain.

Octave Uzanne

Mes amitiés affectueuses à Alessandro (8) quand lui écrirez, mes souvenirs à Augusta (9).

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(1) Octave Uzanne était à Toulouse, siège du journal la Dépêche de Toulouse dans lequel il écrivait quasi quotidiennement des chroniques jusqu'au début de la guerre en août 1914. Depuis cette date la censure règne en maître sur la presse et Uzanne ne peut plus rien publier, ce qui explique son état d'esprit très pessimiste dans cette lettre. En août 1915 Octave Uzanne est âgé de 64 ans.
(2) Cette lettre est adressée à Andrée Béarn alias Marguerite Laborde. Octave Uzanne fut son parrain en littérature. Nous n'avons encore que peu d'éléments pour en dire plus sur ce sujet. Nous y reviendrons prochainement. Marguerite Laborde était la fille d'Alexis Laborde greffier du tribunal civil d'Oloron Sainte-Marie (Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées Atlantiques). Alexis Laborde avait obtenu cette charge pour sa bravoure lors de la guerre de 1870, et avait passé sa jeunesse dans l’appartement de fonction du Tribunal qui surplombe le Gave d'Aspe.
(3) A Oloron Sainte-Marie (Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées Atlantiques).
(4) Marguerite Laborde (Andrée Béarn) épousa en 1911 Alexandre de Riquer était Marquis de Bénavente et comte d'Avolos. C'est à ces titres qu'Uzanne emploi le terme Seigneur.
(5) Nanito était le surnom de Jean de Riquer, fils d'Andrée Béarn (Marguerite Laborde) et d'Alexandre de Riquer, qui avait déjà sept enfants d'un premier mariage (il était veuf). "Nanito", c'est ainsi qu'on désignait le dernier d'une fratrie en Espagne.
(6) Remy de Gourmont mourra le 27 septembre 1915. Voir la lettre suivante du 5 novembre 1915, adressée à la même.
(7) Iberia était un journal satyrique francophile édité à Barcelone. Andrée Béarn y aurait commis quelques articles et sans doute a-t-elle souhaité qu'Octave Uzanne en parle dans la Dépêche.
(8) Alessandro. Alejandro de Riquer, l'époux de Marguerite qui vit à Barcelonne (d'où les termes "quand vous lui écrirez"). En effet, Andrée Béarn, qui était considérée comme "grande intellectuelle" dans la petite ville d'Oloron, se sentait dévalorisée au milieu de l'intelligentsia barcelonaise que fréquentait son époux (mieux vaut être grand chez soi que petit chez les autres) ; par ailleurs, elle avait des rapport exécrables avec la fille aînée de son époux, Emilia (avec qui d'ailleurs n'avait-elle pas des rapports détestables ?...) Aussi, prétextant de la Guerre de 14 et d'un "devoir patriotique", elle quitta son époux pour revenir à Oloron.
(9) Augusta Laborde, soeur de Marguerite. Elle tient boutique de mode à Oloron. A Oloron elle tenait également un salon littéraire où se réunissaient pour en faire lecture et commentaires, les lecteurs du "Mercure de France" auquel Augusta s'était abonnée.


Archives Famille Riquer. Publié avec autorisation. (*)


(*) Nos plus sincères remerciements à Monsieur de Riquer qui nous a communiqué un ensemble très intéressant de documents issus des archives de sa famille et a permis la publication de ces mêmes documents intimes très émouvants sur ce site. D'autres suivront bientôt dans les colonnes du site www.octaveuzanne.com. Les notes ajoutées sont pour la plupart de M. de Riquer.

Bertrand Hugonnard-Roche

jeudi 19 avril 2018

Octave Uzanne à Victor Colomb : "Je ne reprends pas de revue en 1894. Mordu par le goût des voyages, ambitieux d'indépendance absolue, je ne veux pas me créer de nouvelles attaches ni me donner des charges écrasantes et vraiment peu lucratives. Je ferai des livres, des articles, des plaquettes, mais en toute liberté de date et d'allure." (17 décembre 1893)


Photos Ebay / Copies d'écran - 20 avril 2018


Paris, ce 17 XII 93 [17 décembre 1893].

Cher Monsieur,

Je ne vous ai certes point oublié et conserve un excellent souvenir de nos relations. Le tome III de l'album Mariani n'a pas encore paru en édition de luxe, je penserai à vous au moment précis et M. Mariani y pensera, mais il n'y a encore que 2 tomes avec portraits de Lalauze.
Je ne reprends pas de revue en 1894. Mordu par le goût des voyages, ambitieux d'indépendance absolue, je ne veux pas me créer de nouvelles attaches ni me donner des charges écrasantes et vraiment peu lucratives.
Je ferai des livres, des articles, des plaquettes, mais en toute liberté de date et d'allure.
Agréez, Monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.

Octave Uzanne (*)


Photos Ebay / Copies d'écran - 20 avril 2018


(*) Carte-lettre adressée à Monsieur V. Colomb (**) de Valence, Drôme (13 rue du Jeu de Paume). Enveloppe ornée au recto du monogramme carré "SEUL" imprimé en brun (déjà rencontré - imitation du carrelage de l'Hôtel-Dieu de Beaune). Au verso de l'enveloppe, impression en brun "C'est mon plaisir" (losange). Cette carte autographe a été montée sur onglet dans un exemplaire des Zigzags d'un Curieux (1888) sur Hollande (n°602), relié demi-chagrin à coins de l'époque ou légèrement postérieur. Cet exemplaire a été vendu aux enchères publiques sur Ebay le 19 avril 2018 au prix de 201 euros. Photos : source Ebay / copies d'écran.



Photos Ebay / Copies d'écran - 20 avril 2018

(**) Victor Colomb (1847-1924), membre de la Société des Bibliophiles Contemporains fondée par Octave Uzanne fin 1889, membre de la Société d'Archéologie de la Drôme à Valence (Secrétaire Adjoint). On lui doit plusieurs publications dont une Notice biographique et bibliographique sur M. Adolphe Rochas, conservateur de la bibliothèque et du musée de la ville de Valence, par Victor Colomb, secrétaire-adjoint de la Société d'archéologie de la Drôme. - Genoble : Impr. Allier, 1890. - in-8° ; 18 p. (Études de bibliographie dauphinoise, XI).

dimanche 1 avril 2018

Envoi autographe de Noël Santon (Noëla Le Guiastrennec) à Octave Uzanne, sur La poésie de Rachilde (1928).


Exemplaire en vente sur internet le 1er avril 2018 (source Ebay). (*)


La poésie de Rachilde,
par Noël Santon (de son vrai nom Noëla Le Guiastrennec)
Paris, éditions "Le Rouge et le Noir", 1928

Envoi autographe de l'auteur à Octave Uzanne

"A Mr. Octave Uzanne
cette petite étude sur la
grande Rachilde
Hommage
Noël Santon"

(*) exemplaire très modeste, broché, mis en vente à 30 euros.

samedi 31 mars 2018

Octave Uzanne à son ami A. Huc : "à mon vieil ami A. Huc. En souvenir de notre chère Venise. Affectueusement." (1924).


Exemplaire en vente prochainement aux enchères publiques :


LIVRES ET AUTOGRAPHES
Mercredi 11 avril à 15h30 à Toulouse
Lieu de vente Maître Marc LABARBE et MARC LABARBE sarl
Place Saint-Aubin 3, bd Michelet
31000 Toulouse

N°72. Uzanne, Octave : Pietro Longhi. Paris, Nilsson, 1924. In 12°, reliure demi basane fauve. Edition originale sur papier ordinaire, envoi de l'auteur à A. Huc, directeur de la Dépêche du Midi à l'époque. Estimation : 20 / 30 euros.

Voir les occurrences HUC dans notre blog ICI.

Photographies Interenchères.

mardi 27 mars 2018

L'envers d'un féerie, par Octave Uzanne et Albert Robida (mars 1882). Les Mille et une nuits au théâtre du Châtelet dirigé par Emile Rochard.

L'ENVERS D'UNE FÉERIE (*)
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      Que de livres n'a-t-on pas écrits, sur l'Envers au théâtre, dont les titres plus ou moins fantaisistes, imprimés sur couvertures multicolores, me dansent encore dans la tête, bien qu'entrevus furtivement au hasard des flâneries, soit aux vitrines proprettes des librairies modernes, soit dans les poussiéreuses boîtes à quatre sols des parapets de la Seine ? — Derrière la toile ; - le Manteau d'Arlequin ; — Au rideau ! — Entre cour et jardin ; — Foyers et coulisses ; — le Théâtre tel qu'il est ; — Derrière la rampe ; — les Théâtres en robe de chambre, et tant d'autres monographies des spectacles parisiens vus à l'envers du spectateur dans le brouhaha des changements à vue et des appels pour l'entrée en scène. — Le public semble très friand de ces mystères que lui voile le rideau de pourpre ; il n'est de joli rêve que son imagination ne crée, d'Éden qu'il n'entrevoie, de plaisirs piquants qu'il ne s'imagine dans sa conception de ce monde de comédiens. Point ne sert de lui répéter à satiété que rien n'est plus triste à voir de près que cette mascarade humaine ; ses désirs s'irritent de cet inconnu des coulisses et il ne comprendra jamais que le carnaval fini le masque tombe ; que là où le rire s'achève, la tristesse arrive et que la fiction fait place à la banalité la plus réelle ou à la vulgarité la plus sotte. — Je ne prétends pas ici m'armer du falot de Diogène pour jeter des lueurs crues dans les bas-fonds attristants du théâtre ; la toge du censeur se goderait en plis grotesques sur mon buste d'épicurien et mes jambes s'empêtreraient aisément dans la jupe philosophique ; je ne veux, en compagnie de mon collaborateur et ami Robida, qu'entr'ouvrir la porte de fer qui sépare la salle de la scène, et là tous deux, prenant notes et croquis, faire une de ces courtes chroniques, à propos et dessins rompus, digne de complaire durant une fugitive seconde à quelque piquante mondaine prise des vapeurs de l'ennui dans les far niente de sa chaise longue.
      Une féerie s'offre à nous : les Mille et une Nuits ; Émile Rochard, le jeune directeur gentleman, nous accueille au Châtelet avec une bonne grâce dont feu Roqueplan lui légua sans doute la tradition, et, puisque nous voici dans la place, nous aurons la consciencieuse ingratitude de mettre de côté tout esprit de réclame à son égard et de prendre la pièce qu'il a si superbement conçue et montée uniquement comme le prototype du genre où Martainville excella, et qui enrichit tant d'auteurs sur le dos de Perrault, de Mme d'Aulnoy et du bon et vertueux Galland.
      Nous arrivons au moment précis où le sifflet du chef machiniste fait mouvoir des cintres et des dessous les toiles de fond, la ferme et tous les châssis compliqués du Royaume des Perles. — La bousculade est effrayante comme en un camp à l'approche de la bataille ou sur un pont de corvette à l'heure de l'abordage ; les mâts se heurtent, les commandements se croisent, les herses se dressent et les manœuvres font glisser de lourdes charpentes dans une atmosphère de poussière de poudre et de gaz évaporés.
      « Attention ! attention ! » crient les machinistes qui rangent les plantations de Bagdad et d'Ispahan, et les visiteurs effarés, craintifs ne savent où avancer ni comment reculer, se blottissant pour éviter les chocs le long des murs blancs maculés d'huile, éraflés d'inscriptions, balafrés de caricatures naïves, encharbonnés de silhouettes burlesques.

 
      Le dialogue des acteurs en scène, les chansons, les chœurs et les répliques se perçoivent indistinctement dans ces clameurs confuses des coulisses, car voici que descendent des étages supérieurs la cohorte de la figuration et la colonie des marcheuses et des ballerines. — Un timbre électrique roule sa note cuivrée et continue vers la région des loges pour indiquer l'heure du premier ballet, et déjà, sur le côté jardin, l'aristocratie de la danse se masse lentement ; petites ondines, langoustes, hippocampes, crevettes roses, escargots marins, moules, coraux et bernards l'hermite se groupent ; mélange d'opulences charnelles et de pauvretés étiques, singulier bétail féminin où le rire se stéréotype sur des lèvres carminées, où le crayon allonge des yeux qui n'ont plus qu'une expression de passivité attendrie. Les caquets marchent dans cette cohue blonde et rose, c'est un papotage indicible mêlé de rires et de petits cris parmi lesquels domine parfois la toux rauque et irrésistiblement poignante d'une phtisique.
      Dans les bas côtés, on ne peut plus circuler ; le foyer regorge de premiers sujets emmitouflés dans de larges tricots de laine, d'acteurs bâillants, pris de l'impatience de regagner leur lit, d'habilleuses assises avec un abandon résigné sur les banquettes de velours rouge noircies et éventrées, tandis que près de la cheminée, une fée coquine se cambre, attifant, en ronronnant un refrain, les rebelles frisons de sa chevelure rousse.



      Un mouvement se produit: « En place pour le ballet ! » — près des plantations de troisième plan, on dispose l'apothéose ; de grandes échelles sont dressées auxquelles gravissent les nageuses aériennes que doivent suspendre des fils de platine. — D'aimables Bellevillois en casquette de soie, foulard imprimé au cou, serrés dans le bourgeron de toile bleue, montent aux échelons opposés pour agrafer ce fil à l'anneau de fer du corsage solidement blindé, et c'est un contraste puissant que de voir, ainsi réunis au sommet de ces vulgaires échelles de peintre en bâtiments, ces filles en maillot chair cuirassées d'argent, grelottantes dans leur nudité et ces ouvriers de faubourgs qui se dodelinent et grasseyent voyoucratiquement avec ce reste du gavroche qui fut en eux, aux heures du lazzaronisme de la rue.
      Au moment du « lâchez tout » ! ces vivantes poupées-nageuses, affolées par le vide, l'œil hagard, les jambes immobiles, grenouillant en l'air, se cramponnent de la main aux lambeaux de toile qui forment les « bandes d'eau » du féerique Royaume des Perles, et, tandis que ces infortunées contemplent l'espace et les dures arêtes de bois des décors, tandis que les fils fonctionnent, les balancent et les promènent sur la largeur de la scène, des artificiers allument et agitent dans des réceptacles de fer-blanc les rouges flammes de Bengale qui illuminent cette assomption de la femme- poisson. — Le public qui bonde la salle, émerveillé à juste titre, applaudit longuement pendant la dernière ritournelle du ballet, le rideau se baisse, se relève et tombe définitivement. L'acte s'achève, et toute cette population de l'humide séjour se rue à l'escalier pour gravir aux loges, souffler un instant, et se transfigurer de nouveau. — Nous montons pendant l'entr'acte à l'une de ces loges de première danseuse.

 
      Une petite porte, au milieu de laquelle une lucarne ronde ; en face, une fenêtre sur cour ; d'un côté, le vestiaire ou plutôt l'armoire aux costumes ; de l'autre une longue tablette de marbre, quelques miroirs ou fragments de glaces et tout l'attirail voulu de blanc de perle, de cold-cream, de poudre de riz, de pattes de lièvre, ainsi que les crayons et tous les tubes où Gautier aurait vu de l'antimoine et des parfums de Judée, et qui ne contiennent en définitive que des pommades rosat, du blanc et du rouge pour graduer les pastels du visage. — Devant cette table, trois femmes déjà au repos, en jupon blanc, dans le déshabillé d'un lever de modistes, jadis peint par Bernard Lépicié ; l'une faufile un chausson de satin rose, l'autre fait au crochet une classique courtine de laine, tandis que la troisième, un « Syngnathe » signé Grévin, ajuste sa réchauffante, et fait des jetés-battus et des fantaisies giratoires dans la petite pièce.
      Des murs nus, sur lesquels, par place, un artiste décorateur, quelque ancien pensionnaire, a peint « en trompe-l'œil » des assiettes de vieux Rouen, une horloge en cartel et un parapluie jeté dans un coin où il projette une ombre fausse. — Aux patères est accroché le fouillis des costumes de ville ; les chapeaux fleuris, les manteaux-dolmans bordés de chat-noir, les jupes, les pantalons et les lingeries les plus intimes et, sur des chaises en désordre, des maillots reprisés et déteints par place, des chaussons troués, des ceintures abandonnées, tout un mêli-mêlo d'objets ; jusqu'au petit nécessaire de cuir que ces dames emporteront tout à l'heure à la sortie.
      Ici mon collaborateur Robida est l'objet de toutes 1es gracieusetés ; son crayon qui erre sur l'album tente ces filles d'Eve : « Pour quel journal... Dites ?... » et de se démener, de sourire, de se mettre de profil ou de trois quarts, à cheval sur un siège, héroïques devant la réclame entrevue, joyeuses à la pensée de voir leur silhouette provocante reproduite en public.
      Mais les personnages de la cour de Cléopâtre doivent songer dès ce moment à revêtir les costumes de l'Alexandrie décadente, et nous descendons de nouveau sur la scène, où de formidables praticables se sont dressés en un clin d'œil, encombrant de leur charpente massive les passages déjà trop étroits ; sur le côté cour, les éléphants attendent sous leur harnachement de velours que le cornac les accote flanc à flanc sous le même panneau qui doit supporter la divine reine d’Égypte et ses esclaves favorites ; — les énormes pachydermes épandent par leur seule présence une odeur puissante et fauve qui monte à la tête ; ils sont aimables, fouillent dans les poches et promènent de tous côtés leur longue trompe grise semblable à un tuyau de pompe d'incendie. Le cortège de Cléopâtre, les prêtres, les guerriers, les porteurs d'étendard arrivent peu à peu et jettent des notes d'or, de pourpre et de satin azur, au milieu des équipes populaires et dégingandées des machinistes, lampistes, et garçon d'accessoires. — Le contraste est bien fait ici pour charmer la rétine d'un artiste, d'un coloriste ou même pour un simple piqueur de croquis et de documents, et je m'étonne qu'en ce temps d'impressionnistes, de naturalistes et d'intentionnalistes, dans cette fièvre d'étrange qui passionne notre époque, je m'étonne, dis-je, qu'il ne se soit pas trouvé un seul peintre de talent pour tenter quelque pochade, même un tableau très étudié de ces coins de coulisse où la plus curieuse friperie humaine s'étale avec tant de pittoresque de heurté et d'imprévu.

   

      Il y a, entre certains portants, des aspects de salle bondée jusqu'aux cintres qui prennent, dans leur gradation populeuse et par les gigantesques remous des têtes, une allure grandiose d'arène romaine ou de cirque espagnol un jour de « toros ». — Cette salle, — de la scène, — offre à l'œil comme une muraille circulaire de spectateurs dont tous les yeux convergent au même point, depuis le rayon visuel horizontal ou oblique jusqu'au perpendiculaire qui tombe du paradis avec d'autant plus de fixité qu'il est plus élevé. Rien de baroque et de saisissant, dans un amphithéâtre aussi remarquablement vaste que celui du Châtelet, et pour un curieux de sang-froid, comme cette agglomération d'hommes et de femmes réunis en hauteur et qui inspirent ce rêve Poësque « d'une bibliothèque vivante rangée sur diverses galeries et dont un géant pourrait tirer à lui, comme autant de livres, les personnalités variées ou les tomaisons d'une même famille. »
   
  
      Je le répète, un peintre assoiffé de couleur et de bizarre, même un « tachiste » trouverait une jolie mine de « modernisme» à exploiter dans ces milieux des grands théâtres ; le crayon rend mal ce que la couleur seule pourrait interpréter avec ses reliefs, ses demi-teintes et ses vigueurs éclaboussantes. — Voici, par exemple, derrière un châssis, dans la pénombre, une fée et des sultanes qui guettent leur entrée en scène, presque frileuses sous la mante qui les protège ; c'est à peine si elles marchent librement dans les chaussures de satin qui emprisonnent leurs pieds mignons, et dont les talons élévés font saillir les muscles de la jambe ; le décor, troué par places, laisse filtrer des rayons de lumière qui se promènent sur la soierie ou les broderies des étoffes et des maillots, allumant tout à coup des scintillements sur les costumes comme un éclat de soleil sur un vitrail gothique ; — ces jeux de lumière des coulisses, surtout avant quelque changement à vue, eussent affolé Rembrandt lui-même par leur étourdissante fantaisie et leurs zébrures fluctuantes et spirituelles à force d'oppositions brutales.
      Mais nous voici tirés de notre contemplation esthétique par le bruit que ne peut manquer de faire le cortège de la reine Cléopâtre, dont les différentes parties se forment sur le grand praticable du fond. — Les porteurs de palmes, sacrées, les gardes, les dignitaires, les joueuses de cistre, les lévites, les harpistes bleues, les prêtres brûle-parfums, les eunuques, les esclaves porteuses de chasse-mouches en plumes d'ibis, les seigneurs, les guerriers conducteurs, se disposent pour le défilé que scandera un « pas redoublé » de l'orchestre. Tout ce monde vu de profil, de la coupe du praticable, donne l'illusion d'une foire aux costumes historiques, magistralement conçue par Gustave Doré, et, dans l'éloignement, la vibration des couleurs évoque les étonnantes débauches de palette d'un Monticelli.
   


      Le défilé de côté, avec la vision générale du spectateur en moins, prend, une allure très originale ; quelque chose de ce que devait être pour le public de la rue, à Vienne, lors des fêtes des noces d'argent, le fameux cortège historique du peintre Mackart. Au moment où Cléopâtre fait son entrée couchée entre quatre filles d'honneur sous le vaste dais de soie bleue pâle frangé d'or, il semble que le théâtre doive s'effondrer sous les pas des gros éléphants attelés côte à côte. Les costières tremblent sous le faix ; la maîtresse de Marcus-Antonius veut agiter encore un monde tout nouveau.
      Pendant le temps que dure le ballet égyptien, ces éléphants, remisés dans la coulisse, se dandinent en cadence avec des grâces titanesques, faisant grincer l'édifice de bois qui les harnache, comme un navire en rade, pris de gros temps, menacerait de briser. ses amarres.
      Au milieu de la poussière de la danse, de l'âcre odeur pachydermique, des senteurs du gaz et de toutes les émanations humaines qui se confondent, la nausée de la scène monte alors à la gorge. — Voici la meute des chiens danois, vendéens et anglais tenus en laisse par de grossiers piqueurs, voilà les chevaux qui montent du manège pour la Chasse infernale ; puis arrivent les sonneurs de trompe, les rabatteurs, toute la figuration du grand Lancé courre au tigre qui doit se terminer par une curée aux flambeaux d'un réalisme si saisissant qu'il enlève le public tout entier en frénétiques applaudissements. — Rien de plus navrant, j'ose le dire, que cette exhibition canine vue de près. Ces pauvres bons toutous de race, réduits sans doute par le fouet et le jeûne à tenir un rôle ; la grande fatigue résignée qui se lit dans leurs yeux, leur joie à sentir une main qui les caresse, et leur ahurissement dans ce pourchas sans merci sous des futaies de toile et des buissons de carton éclairés par des incandescences d'artificiers ; ce travestissement du meilleur ami de l'homme a quelque chose de profondément poignant ; — un honnête musulman s'indignerait, mais un chrétien civilisé est au-dessus de ces apitoiements. — La phrase du placide Fénelon d'un spectacle « fait pour le plaisir des yeux » a singulièrement dérivé de son sens originel ; ce n'est plus la nature, les sources, les berceaux de verdure et les frais bocages que cette phrase appelle ici à l'imagination, c'est l'apothéose théâtrale, la chasse fantomatique où passent éperdus, hors d'haleine, des animaux bizarres et des cavaliers géants comme dans la légende du Beau Pécopin.
  


      Les tableaux succèdent aux tableaux. Le Royaume d'Aladin ou le monde des Lampes apparaît, mais nous sommes harassés par cette très rapide excursion à travers une féerie. Ma foi ! tant pis, s'écrie Robida ; — qu'importe que l'on dise : Desinit in piscem ; finissons en cul-de-lampe par ce croquis de Lampes qui défilent. — Et tandis que les quarante voleurs rôtissent dans leurs jarres, et que se démènent dans un acte final tous les sujets brillants d'Aroun-al-Raschild, alors que les palais de porphyre, d'agate et de jaspe s'écroulent pour la plus belle moralité d'un amour qui veut rester pauvre afin de demeurer plus noblement grand ; tandis enfin que le spectacle enchanté s'achemine à l'évanouissement de tous ces contes bleus de Ma Mère l'Oie, nous fuyons, les yeux secs de poussière, la gorge aride, la tête cerclée d'une légère migraine, heureux de nous retrouver sous la morne clarté des becs de gaz, de respirer l'air de la rue et de humer les gouttes de la pluie bienfaisante qui bruine dans la nuit.
      Il ne nous restait plus qu'à envier la sérénité heureuse du public qui s'écoulait lentement à la sortie, et de voir des yeux de femmes se fermer lentement comme pour mieux emporter avec elles la vision des merveilles entrevues dans ces Mille et une Nuits, songeant à part nous à cette vérité ressassée que voir l'envers des plaisirs est une sottise, que la doublure importe peu à l'habit qui flatte, que la trituration de la meilleure cuisine dont on regarde les apprêts dégoûte souvent des plus fins ragoûts, et qu'avec le vieil Horace il faut bien répéter Nocet empta dolore vôluptas (fui la volupté qui amène la douleur).

OCTAVE UZANNE.

Paris, 6 mars 1882.
 
(*) Octave Uzanne (30 ans) et son ami et collaborateur Albert Robida (33 ans) assistent donc à une représentation (sans doute la première) des Mille et une nuits, féerie en trois actes et trente et un tableaux, de MM. Adolphe d'Ennery et Paul Ferrier, au théâtre du Châtelet, sous la direction de M. Emile Rochard. Cette première représentation a lieu le 14 décembre 1881. C'était un mercredi soir. Octave Uzanne a très certainement dû être invité à cette première grandiose par son ami de jeunesse Emile Rochard. Nous avons déjà traité du cas Emile Rochard dans les colonnes de ce blog. Emile Rochard fut l'ami des années de bohème parisienne des deux frères Uzanne, c'est-à-dire les années 1871 et 1872. L'amitié des deux frères Uzanne avec Emile Rochard se prolongera jusque dans les années 1910 et sans doute même jusqu'à la mort de ce dernier en 1917. Rochard qui fut bohème, riche, en partie ruiné, noceur, célibataire pour finir bredin-bigot. L'article que donne ici Octave Uzanne, assisté des dessins de son ami Albert Robida dans la revue La Vie élégante (pp. 153-163, troisième livraison du 15 mars 1882 - l'article étant daté du 6 mars). Le texte est ampoulé et rempli de néologismes et phrases alambiquées pas toujours très heureuses, les dessins de Robida sont là pour simplifier la chose. Néanmoins, il se dégage de ces descriptions des coulisses du théâtre un parfum de naturalisme (honni par Uzanne) assez intéressant. C'est le seul article qu'Octave Uzanne livrera pour cette revue (sous son nom tout au moins - car quelques articles signés de pseudonymes nous intriguent et pourraient bien sortir de sa plume également). Albert Robida quant à lui fut un grand collaborateur de cette revue éphémère que ne dura que 12 livraisons (1 an) -Nous avons reproduit l'intégralité des dessins de l'article dans ce billet. On trouve de nombreuses illustrations sorties de sa plume caricaturale ainsi que quelques textes savoureux tout au long de la revue. Pour en savoir plus sur cette féerie des Mille et une nuits librement adaptée de Galland, voir les Premières illustrées (1881-1882, pp. 77-84). Vous pouvez retrouver les billets consacrés à Emile Rochard ICI.

Bertrand Hugonnard-Roche

mercredi 21 mars 2018

Envoi autographe d'Octave Uzanne au journaliste Philippe Gille (1878) sur les Caprices d'un Bibliophile.


Envoi autographe d'Octave Uzanne à Philippe Gille (1878) (*)


(*) Philippe Gille (1831-1901) était un journaliste de la génération de Francisque Sarcey. Il tenait une chronique littéraire au Figaro sous le titre « Bataille littéraire ». Il épousa la fille du compositeur Victor Massé. Leur fils Victor Gille (1884-1964), à qui Franz Liszt aurait donné sa première leçon de piano à l’âge de deux ans, fut élève de Louis Diémer au Conservatoire et plus tard un interprète reconnu de Chopin. Philippe Gille fut élu en 1899 à l’Académie des beaux-arts (Section VI : Membres libres Fauteuil 8). (Source : Wikipedia). Octave Uzanne offrira au moins un autre ouvrage à Philippe Gille : Le Paroissien du Célibataire (1890) comme nous l'avions signalé dans un précédent billet ICI. Philippe Gille sera membre des Bibliophiles Contemporains fondés en 1889 par Octave Uzanne.

Bertrand Hugonnard-Roche

jeudi 15 mars 2018

Aux enchères prochainement : HISTOIRE DES QUATRE FILS AYMON très nobles et très vaillans chevaliers. Introduction et notes de Charles Marcilly. Paris, Launette, 1883. Un exemplaire bijou du joaillier bibliophile Henri Vever. Estimation : 200 000 / 250 000 euros.


Copie d'écran DROUOT DIGITAL. 15 mars 2018.

Lot 64. HISTOIRE DES QUATRE FILS AYMON très nobles et très vaillans chevaliers. Introduction et notes de Charles Marcilly. Paris, Launette, 1883. In-4, maroquin noir, encastrée dans le premier plat grande plaque d'or à émaux cloisonnés d'après une composition d'Eugène Grasset, dos à quatre doubles nerfs à l'imitation des reliures gothiques, large encadrement intérieur mosaïqué en bordeaux et décoré d'éléments dans l'esprit de l'illustration de Grasset, doublure et gardes de soie brochée bordeaux sur fond bleu, tranches dorées, double couverture et dos, boîte de maroquin brun en forme de livre, doublé de soie lie-de-vin (Ch. Meunier).

Spectaculaire édition illustrée par Eugène Grasset des Quatre fils Aymon, version en prose d'une chanson versifiée du XIIIe siècle ayant pour titre Renaut de Montauban, et appartenant à la geste carolingienne. Imprimé pour la première fois à Lyon vers 1483-1485, le texte fut diffusé durant tout le XVIe siècle avant d'être repris, très modifié, au siècle suivant, devenant, et ce jusqu'au XIXe siècle, l'un des romans de chevalerie les plus populaires de la bibliothèque bleue, à l'inverse de Lancelot du Lac, par exemple, qui disparaîtra après l'édition de 1533. L'illustration d'Eugène Grasset, oeuvre immense de plus de 250 aquarelles qui le mobilisera plus de deux années, révélera les qualités de l'illustrateur, alors que ses dons d'ensemblier s'étaient déjà manifestés quelques années auparavant lorsqu'il créa des meubles et objets de décoration pour la maison de Charles Gillot, l'imprimeur du présent livre. Révolutionnaire par sa mise en page dans laquelle texte et illustration s'interpénètrent, l'édition l'est aussi par la technique de phototypogravure mise au point par Charles Gillot, et employée ici pour la première fois. Cette technique photographique (gillotage) permettait l'impression des gravures en couleurs et du texte en même temps. La complexité de la conception du livre, qui voulait que les pages soient toutes imprimées dans des couleurs différentes, nécessita plus de 900 planches. Célébré à sa parution pour son esthétique, sa mise en page et son procédé industriel,

Les Quatre fils Aymon de Grasset fut classé parmi les plus beaux livres du siècle par le critique, éditeur et bibliophile Octave Uzanne et immédiatement adopté par les bibliophiles. Nombre d'exemplaires de luxe furent alors confiés aux deux grands maîtres relieurs de l'époque, Charles Meunier et Marius Michel, qui rivalisèrent d'imagination pour créer des reliures utilisant la technique du cuir incisé, laquelle, issue du XVe siècle, leur sembla particulièrement convenir à cet ouvrage célébrant le Moyen Âge. On peut citer aussi à ce propos l'étonnante reliure de Marius Michel ornée d'une plaque en étain repoussé, qui reproduit la composition de Grasset pour la couverture du livre, commandée par Henri Beraldi (IV, 1935, n°88) pour son exemplaire; celui-ci réapparut dans la bibliothèque Henri M. Petiet (IV, 1993, n°67). Tirage à grand nombre d'exemplaires sur papier ordinaire, munis le plus souvent d'un cartonnage d'éditeur illustré (tirage qui fut en grande partie détruit) et à 200 exemplaires de luxe, sur chine et sur japon. Celui-ci est un des 100 exemplaires sur japon (n° 7). Prestigieux exemplaire du grand bijoutier Henri Vever, orné d'une merveilleuse plaque d'or à émaux cloisonnés, exécutée dans ses ateliers par le maître émailleur Étienne Tourrette, d'après une aquarelle d'Eugène Grasset. Des bibliothèques Henri Vever et Henri Bonnasse (1980, n° 35). Premier exemple de collaboration entre Vever et Grasset, cette plaque de grand format (230 x 166 mm), signée Vever et portant les monogrammes d'Étienne Tourrette et d'Eugène Grasset, chef-d'oeuvre de l'émaillerie française de la fin du siècle, fut réalisée de 1892 à 1894 et présentée à l'Exposition du Champ-de-Mars en 1894 et à l'Exposition universelle de 1900. Elle est digne de tous les superlatifs. Elle est reproduite en couleurs dans Art et Décoration de janvier 1903, dans un article consacré à Grasset.

L'EXEMPLAIRE VEVER DES QUATRE FILS AYMON né de la rencontre de quatre personnalités qui marqueront l'histoire de l'Art nouveau. Henri VEVER (1854-1942), joaillier, directeur avec son frère Paul de la maison créée par leur père et devenue l'un des phares de la rue de la Paix. Bibliophile et grand collectionneur de tableaux, il participa dès 1892 aux dîners des Amis de l'art japonais de Siegfried Bing. Et c'est à partir de la vente, à la galerie Petit, de sa collection de peintures modernes et impressionnistes en 1897 qu'il se consacra pleinement à sa passion pour l'art japonais dont la vogue battait alors son plein. Praticien et marchand, Henri Vever fut aussi l'auteur de l'ouvrage de référence: La Bijouterie française au XIXe siècle, 1906-1908, 3 volumes in-4. En 1924, il fera don au musée des Arts décoratifs de sa collection, plus de 350 bijoux français du XIXe siècle, dont une soixantaine provenant de la maison Vever.

Charles GILLOT (1853-1903), imprimeur et graveur-lithographe. Perfectionnant une invention de son père Firmin Gillot, il mit au point en 1876 le procédé de photogravure connu sous le nom de «gillotage» dont il déposa le brevet en 1877. Grand admirateur d'Eugène Grasset, il lui confia l'ameublement et la décoration d'une partie de son hôtel particulier dans les années 1880. C'est lui qui présenta Grasset à Vever dont il était l'ami et le guide pour ses acquisitions d'objets d'art japonais. Lui-même collectionneur, Charles Gillot avait surtout réuni un ensemble d'art japonais qui faisait l'admiration des connaisseurs, notamment celle d'Edmond de Goncourt: [la] collection japonaise la plus parfaite, la plus raffinée [...], c'est la collection de Gillot. Offerte pour partie au musée du Louvre, elle enrichit aujourd'hui le musée Guimet. Le reste de ses collections fut dispersé aux enchères en 1904, l'expert de la vente en était Siegfried Bing.

Eugène GRASSET (1845-1917), décorateur et illustrateur, son style particulier allait marquer le Livre et l'Affiche. L'Histoire des quatre fils Aymon est sa première illustration importante. Sa rencontre avec Henri Vever s'avéra déterminante, ce dernier appréciant son vaste répertoire iconographique et ses compositions fortement influencées par l'art japonais. Il lui commanda la création d'une vingtaine de bijoux qui firent sensation à l'Exposition universelle de 1900, et restent aujourd'hui aussi fameux que ceux de René Lalique (1860-1945) qui créait depuis 1880 pour Vever des bijoux et des objets d'art. On rappellera à ce propos que l'un des alter ego de Vever rue de la Paix, Georges Fouquet, faisait lui appel au talent d'Alphonse Mucha. Une passion commune de l'art japonais unissait ces trois hommes. Sous la tutelle des deux marchands d'art Tadamasa Hayashi et Siegfried Bing (l'éditeur du Japon artistique), ils furent des collectionneurs passionnés d'objets d'art et d'estampes de la période Edo (1603-1868), particulièrement des oeuvres de Hokusai et Hiroshige. Ils se firent les hérauts du japonisme avec Philippe Burty (qui créa le mot en 1872), et, pour ne citer que les plus grands, Félix Bracquemond, les frères Goncourt, Théodore Duret et Claude Monet.

Étienne TOURRETTE (1858-1924), maître émailleur parmi les plus grands. Possédant toutes les nombreuses techniques de l'émail (cloisonné, translucide, basses tailles, peint), il réutilisa celle de l'émail dit de résille d'or, technique très ancienne qui consistait en l'inclusion de feuille d'or entre les couches de l'émail pour lui donner un scintillement particulier. Étienne Tourrette fut l'un des grands artistes qui permirent aux bijoux Art nouveau d'exister, ces fantastiques «bijoux de peintre» ainsi dénommés pour rappeler la technique de la pose de l'émail, appliqué couche par couche au pinceau. Paul Richet, professeur à l'École des Arts appliqués, dans son article Les Émailleurs modernes au XIXe et XXe siècle (Revue Céramique, verre, émaillerie, mai 1936), a rapporté l'histoire et les vicissitudes de la fabrication de la plaque d'or de Vever pour laquelle Tourrette employa plusieurs techniques de l'émail. En effet, après plus de deux années de travail, celle-ci faillit se détruire en raison de la dilatation du métal, contrariée par le cloisonnement. Sa présence devant nous aujourd'hui n'est due qu'à l'art et à la ténacité de l'émailleur. Les destins croisés de ces quatre personnalités aboutirent ainsi à la création de cette oeuvre unique, pièce de qualité muséale. On a relié dans le volume divers documents: - L'aquarelle originale de Grasset pour la plaque de la reliure, ainsi que diverses gravures et photos de cette plaque. (reproduite page 45) - L'aquarelle originale de Grasset de la page 79. - Le menu illustré du dîner offert par ses amis à Eugène Grasset à l'occasion de sa promotion au grade d'officier de la Légion d'Honneur. - Deux lettres autographes signées d'Eugène GRASSET à Henri VEVER, datées du 1er octobre 93 et du 26 mars 94, dont l'une contient cet éloge: C'est avec la plus grande admiration que j'ai constaté la miraculeuse exactitude avec laquelle mon aquarelle a été reproduite et dont vous avez su faire une véritable oeuvre d'art à l'épreuve des siècles. - Une carte autographe signée d'Henri Vever. - Le prospectus illustré.

On joint TROIS ESSAIS D'ÉMAIL: - Une plaque sur cuivre (77 x 57 mm), partie du décor de Grasset, Renaut de Montauban à cheval sur Bayard, sans la tête du cheval ni le pied du cavalier. - Deux plaques sur or à émail translucide (42 x 35 mm chacune), portant les titres Souvenirs et Heures.

Estimation : 200 000 / 250 000 euros

Résultat 196 420 € (frais compris)

Nous donnerons ici le résultat de l'enchère.

Etudes Binoche et Giquello.
Vente du 29 mars à Drouot, Paris.

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