samedi 10 août 2019

"Ces ineptes parodies de livres saints ne sauraient être du goût que de commis voyageurs de dernier ordre" Octave Uzanne, à propos du Livre d'heures satyrique et libertin publié par Henry Kistemaeckers (1888).


"L'éditeur Kistemaeckers me fait tenir un livre curieusement imprimé, avec encadrements polychromes, sous le titre le Livre d'heures satirique et libertin. Il m'est pénible d'être désagréable à l'actif et aimable éditeur belge, mais, sans professer des sentiments trop orthodoxes en matière de dévotion, j'avoue que cette singulière compilation ne me paraît que lourdement grossière, niaise et dépourvue de tour sel, à quelque point de vue qu'on se place. Ces ineptes parodies de livres saints ne sauraient être du goût que de commis voyageurs de dernier ordre, et je n'insisterai point sur cette publication. Que Kistemaeckers me le pardonne ! O. U. [Octave Uzanne, in Critique littéraire du mois, Le Livre, livraison du 10 juillet 1888]."

Il n'y aura pas d'autre compte rendu pour ce livre dans les colonnes de la revue d'Octave Uzanne Le Livre, ni par lui, ni par un autre de ses collaborateurs. On peut imaginer que l'éditeur Henry Kistemaeckers ne fut pas ravi de ce petit entre-filet négatif à l'encontre d'un livre qui venait d'être imprimé. On sait que Kistemaeckers demandait régulièrement à Octave Uzanne de dire quelques mots de ces dernières productions imprimées. Dans ce cas, il semblerait que la demande ne fut pas reçue avec tous les égards auxquels il aurait pu s'attendre de la part d'Octave Uzanne.

Nous donnons ci-dessous la suite des 16 encadrements différents qui composent ce pastiche érotique de livre d'heures. A vous de juger de l'intérêt de ces illustrations miniatures tirées en différentes couleurs. Le prix du livre était de 40 francs (somme très importante pour un livre à l'époque). A noter que cette suite d'encadrement a été imprimée dans deux tons/coloris différents, ce qui donne l'impression (assez franche) que tout le livre est composé d'encadrements tous différents. Ces encadrements ne sont pas signés et à ce jour aucun nom d'illustrateur n'a été avancé. Il faudrait sans doute chercher parmi les collaborateurs vignettistes réguliers d'Henry Kistemaeckers. Le volume a été imprimé sur les presses de Vanbuggenhoudt imprimeur 49, rue d'Isabelle, à Bruxelles. Ce livre n'a donc rien de clandestin ; il est même tout ce qu'il y a de plus officiel et déclaré. A noter, pour la petite anecdote que sur la couverture en parchemin végétal blanche où le titre est imprimé en caractères bleus au centre, on peut lire "Livre d'heures satyrique" tandis que sur la page de titre de l'ouvrage on lit "Livre d'heures satirique". Erreur volontaire ou involontaire ? Je vous laisse juge. Les mots ont un sens.









L'anticléricalisme déployé en image et en texte à chaque page de ce petit bréviaire à l'usage des libertins a certainement effrayé Octave Uzanne, directeur du Livre. Celui-ci n'ayant certainement pas voulu appuyer de son soutien un livre qui aurait pu lui faire perdre une clientèle de (sinon dévots pour le moins) personnes attachées au respect de la religion.

Nous reparlerons très prochainement des relations entre Octave Uzanne et l'éditeur belge Henry Kistemaeckers.

Bertrand Hugonnard-Roche


samedi 3 août 2019

"Je suis, moi aussi, un sylvain, un amoureux des grandes forêts, près desquelles j'ai vécu et voudrais prendre retraite." Octave Uzanne à André Mary, 29 mai 1907.

Coll. Bertrand Hugonnard-Roche, acquisition août 2019


* * *


"Paris ce 29 mai 07 [1907]

Cher monsieur,

Merci pour l'envoi des "Profondeurs de la forêt". Le mal qui me tient, depuis plus d'un mois, une broncho-pneumonie, m'a donné les loisirs de lire votre ouvrage et de vous témoigner du plaisir que j'y trouvai.

Je suis, moi aussi, un sylvain, un amoureux des grandes forêts, près desquelles j'ai vécu et voudrais prendre retraite. J'ai donc particulièrement goûté votre livre de poëte et suis heureux de pouvoir vous le dire.

Mes souvenirs bien sympathiques

Octave Uzanne" (*)

(*) Cette lettre est adressée à André Mary (1879-1962). Comme Octave Uzanne, André Mary était d'origines bourguignonnes. Poète, amoureux de la poésie anciennes, il contribua à de nombreuses revues littéraires. On lui doit notamment les Symphonies pastorales (1903), Les Sentiers du Paradis (1906), Les Profondeurs de la Forêt (1907), Le Cantique de la Seine (1911), Le Doctrinal des Preux (1919), Le livre des idylles et passe-temps (1922), Rondeaux (1924), etc. Au moment de l'envoi de cette lettre Octave Uzanne est malade depuis plus d'un mois (sans doute depuis fin mars ou début avril 1907). On sait par la chronologie que nous avons pu établir qu'Octave Uzanne partira de juin à novembre 1907 pour se reposer et retrouver une certaine sérénité physique et morale au coeur de la forêt de Barbizon (lire à ce sujet notre article Parenthèse Barbizonnienne (juin à novembre 1907) - Première partie.). Par ailleurs nous avions publié plusieurs articles concernant cette période de santé fragile, notamment à travers les courriers qu'il envoyait alors à son frère Joseph. Voir les articles de la chronologie se rapportant à l'année 1907. Nous savions l'amour d'Octave Uzanne pour les forêts et leur calme. Son penchant mélancolique pour ne pas dire dépressif s'acclimatait parfaitement aux silence bruyant des arbres centenaires.

Bertrand Hugonnard-Roche

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