samedi 11 mai 2013

Octave Uzanne membre du Comité de réforme du mariage (1905-1908) : Première partie (opinion d'Octave Uzanne dans le Gil Blas du 26 décembre 1905)


Vignette à l'eau-forte pour le Paroissien du Célibataire d'Octave Uzanne
publié en 1890 chez A. Quantin.
Dessin d'Albert Lynch gravé par Gaujean.


Que peut bien dire du mariage un célibataire à moins qu'il n'ait navigué dans le mariage des autres ? C'est bien la question qui se pose quand on sait qu'Octave Uzanne, « célibataire instinctif » comme il aimait à l'écrire lui-même, fera partie du Comité de réforme du mariage.

Ce comité qui réunissait des personnalités des lettres, du droit et de la politique s'occupa de réformer le mariage, d'apporter les modifications utiles et nécessaires à la loi qui jusque là faisaient de la femme un simple objet sans droit chargé de devoirs.

Cette commission parvint-elle à infléchir à la loi ? Nous le découvrirons bientôt dans d'autres articles en préparation. Pour le moment et en guise d'hors d'oeuvre à cette belle thématique qu'est « Octave Uzanne et l'institution du mariage », voici un petit article publié dans le Gil Blas du 26 décembre 1905 sous le titre : UNE LOI D'AMOUR.


Bertrand Hugonnard-Roche

* * *

UNE LOI D'AMOUR


La première réunion du Comité de réforme du mariage aura lieu le jeudi 28 courant, à 10 heures du matin à Gil Blas. Nous nous trouvons donc dans l'obligation de terminer avant cette réunion, notre enquête sur le projet du président Magnaud, le Comité devant disposer pour ses travaux, de tous les éléments de cette enquête. Nous publierons aujourd'hui les dernières lettres qui nous sont parvenues de : [suivent les opinions de MM. Jacques Flach, Léopold Lacour, Maurice Leblanc, Raymond Poincaré, Marcel Prevost, MM. J.-H. Rosny, et enfin Octave Uzanne]


Voici l'opinion d'Octave Uzanne :


Mon cher confrère,

Le procès du mariage est vieux comme le monde. Les pères de l'Eglise n'ont pas été les premiers à le condamner ; toute l'antiquité dressa ses épigrammes contre le conjungo. A notre époque, la loi du divorce ouvrit une brèche énorme dans la Bastille matrimoniale.
Il est certain que l'institution est gravement atteinte. De l'absolutisme elle s'achemine vers l'anarchie.
De Bonald écrivait : « Le mariage est civil sous le rapport des intérêts ; il est religieux sous le rapport des âmes ; il est « animal » ou physique sous le rapport du corps. » L'union religieuse n'est plus qu'une convenance ; l'union bâtarde des intérêts prédominera toujours ; quant aux relations physiques ou animales, le législateur s'efforça jusqu'ici de les contrarier plutôt qu'il ne favorisa la loi naturelle de sélection.
Actuellement, le sacrement du mariage est fort en baisse dans le monde..., je dirai même dans les deux mondes. En Angleterre, une consultation, faite il y a quelques années par le Daily Telegraph sur cette question : Is marriage a failure ? (Le mariage est-il une faillite ?) prouva que l'immense majorité des correspondants considérait l'union légitimement consacrée par les lois comme une banqueroute morale pour l'un des deux conjoints au moins, sinon pour l'un et l'autre, comme un lien blessant ceux qu'il unit, ou comme une loterie où l'homme joue sa liberté et la femme son bonheur.
J'ignore le projet de loi du président Magnaud, relatif à la régularisation de l'union libre. Toutefois, en un pays comme le nôtre, essentiellement favorable au bon plaisir de l'homme insoucieux d'obtenir la recherche de la paternité et d'accorder quelque protection à la faiblesse féminine ; dans une société ultra égoïste et galante, au mauvais sens du mot, dont les classes dirigeantes ne sont dévouées qu'aux marchandages des dots, aux convenances de fortune et au laisser-courre vers la prostitution de toutes les jolies pauvresses sans refuge honorable possible contre l'afflux du vice, j'estime que les pouvoirs n'ont plus la moindre autorité pour oser délimiter les bonnes ou les mauvaises mœurs et que la seule réforme logique dont il puisse être question est celle de la séparation définitive « de la morale et de l'Etat ».
Tout le reste ne peut être qu'hypocrite replâtrage. L'édifice du Code civil s'effondre, laissons-le s'abîmer et s'effriter. Il est tout entier à reconstruire. D'ici là, qu'importent les mariages à la détrempe, les unions libres, les pieds de nez aux sacrements civils ou religieux ? Chacun peut, sans se compromettre, agir à sa guise dans le bouillon de culture si corsé de notre évolution. On peut vivre le plus honnêtement du monde à la fois hors du mariage et du célibat. Combien de braves et estimables personnes en témoignent ! Honni soit qui mal y voit !
Mes compliments bien cordiaux.


OCTAVE UZANNE

A suivre ...

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