vendredi 27 septembre 2013

Les invectives du bouquiniste-bibliographe Antoine Laporte à Octave Uzanne : Les Bouquinistes des Quais de Paris tels qu'ils sont, Réfutation du Pamphlet d'O. Uzanne, le Monsieur de ces Dames à l'éventail, à l'ombrelle, etc. (1893).


Ceux qui croiraient que ce blog n'est constitué, au fil du temps et des découvertes, que de panégyriques et de louanges à Octave Uzanne se tromperaient totalement et plus grave, n'auraient pas compris la mission que nous nous sommes assigné en commençant ce travail sans fin : présenter Octave Uzanne sous tous les aspects connus et méconnus de sa vie, tant publique que privée, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. C'est ainsi et seulement ainsi que nous avons décidé de borner notre étude.

Il nous a parfois fallut présenter des aspects peu reluisants de la vie d'Octave Uzanne (nous pensons à ce pamphlet antisémite, L'Angleterre juive, qu'il éructa en 1913 sous le voile de l'anonyme, démasqué aujourd'hui), d'autres plus flamboyants et certains pathétiques. Une vie en somme, avec ses grandeurs et ses petites misères quotidiennes.

Nous avions déjà parlé du bouquiniste-bibliographe Antoine Laporte en indiquant son pamphlet Les Bouquinistes des Quais de Paris tels qu'ils sont, Réfutation du Pamphlet d'O. Uzanne, le Monsieur de ces Dames à l'éventail, à l'ombrelle, etc. (téléchargeable), publié en 1893.

Voici une collection de quelques invectives adressées par Antoine Laporte à Octave Uzanne issues de cette brochure :

« Ce monsieur... Octave, qui se croit homme de lettres et qui pourrait être garçon coiffeur, car il a le genre de l'emploi : cheveux en coup de vent, monocle à l'oeil, chapeau tromblon sur l'oreille, canne à la main, et de plus, sur sa personne, et dans ses écrits, les odeurs, sui generis, qui dénoncent le merlan parfumé des salons de coiffure, cultive avec la même passion, la galanterie fortement musquée et l'éreintement, savamment pimenté de calomnies et autres épices de même espèce. Que voulez-vous ? Il est persuadé qu'en abîmant les mâles il aura plus de succès près des femelles. [...] » (p. 7-8)

« [...] cet enfariné de la littérature des ruelles du XVIIIe siècle (sic) [...] » (p. 8)

« [...] ce serait un honneur, pompeux Octave, si vous étiez connu, que d'être calomnié par vous. Vous le faites, avec un tel fiel d'envie,  et une si abondante bave de bile jalouse, qu'il suffit d'être insulté par vous pour être estimé davantage. Votre prose, selon qu'elle distille l'éloge ou le blâme, est un thermomètre de honte ou d'estime : si elle loue, honte ; si elle critique, honneur. » (p. 8)

« O. Uzanne est trop infatué de son mérite, pour accepter un sage conseil et ne pas préférer accuser les autres d'ignorance et d'impertinente envie. » (p. 12)

« Il change son sujet, mais jamais son genre. Il ajuste sur des sujets divers les mêmes paroles et les mêmes airs ; on retrouve continuellement mêmes arlequinades de style, semblables clowneries de pensée et pareilles excentricités de jugement : c'est la serinette qui répète, ou l'Uzannerie qui se rabâche. Il était Arlequin hier, il sera Arlequin demain ; il aura peut-être une autre batte à la main et d'autre poudre sur le nez, mais il aura la même perruque, le même habit et son même éternel boniment. » (p. 12)

« Cassez votre batte, pompeux et illustre Arlequin-Octave, jamais vous ne ferez mieux ! » (p. 14)

« ce Ruggieri, aux soleils éblouissants, aux chandelles romaines étincelantes [...] Dominant Octave ! truculent Octave ! que vous êtes beau ! que vous êtes bon !... et si votre plumage... ; mais je m'empresse de vous dire ce que je pense de vous, il ne faut pas faire attendre un suzerain, même bienveillant. » (p. 15)

« Quelle langue, Messieurs de l'Académie, mes voisins, quelle langue, que celle qu'écrit cet inventionneur de mots, ce diamanteur de perles féminines ! Où l'a-t-il apprise, dans le demi-monde ou dans le quart de monde ? Ah ! Octave ! de quel pauvre octave littéraire uzannez-vous ? » (p. 19)


« Si infatué de sa personne, qu'on le rêve ; si admirateur de son talent, qu'on le suppose ; si appréciateur de son érudition, qu'on le juge ; si, si... Uzanne, qu'on le croie ; on sera toujours au dessous de la bonne opinion qu'il a de lui-même ; on ne montera jamais jusqu'à la hauteur de sa religion pour lui. Aussi il est son Dieu, son prêtre et son fidèle, il ne se défroque jamais de sa livrée religieuse : il aura toujours la vocation de son admiration. » (p. 19)

« Ne lui dites pas qu'il a rajeuni les galanteries, lestement troussées, de Crébillon fils ; qu'il marivaude, avec une préciosité plus exquise que Marivaux, le père du marivaudage ; qu'en lui, on retrouve plus alertes, plus vifs et plus libertins, les abbés de Voisenon et Grécourt, l'érotique Piron, le licencieux Mirabeau ; qu'il a les langueurs énamourées et philosophiques de Senancourt, les ironies de Stendahl, les morsures de Heine, les finesses linguistiques de Ch. Nodier, les hardiesses littéraires de Barbey d'Aurevilly, les paradoxes ingénieux d'Al. Dumas fils, etc., oh ! non, ne lui dits pas ... Il vous croirait, regrettant que sa modestie lui interdise de vous avouer qu'il a cela, mais avec un parfum particulier qu'on nommera littérairement... l'uzannerie. » (p. 19-20)

« [...] ce roquet littéraire [...] Il est impossible de le confondre avec un homme de lettres de race ; malgré ses imitations et ses contrefaçons des faiseurs en renom, on ne le regardera pas même comme un mâtiné passable. [...] » (p. 20)

« [...] Dorat sauvait sa poésie avec les planches d'Eisen ; Uzanne illustre sa prose avec les dessins de nos meilleurs artistes. Je préfère encore Dorat. » (p. 20)

« [...] O. Uzanne étant strabiste, comme je suis moustachu, il aurait bien tort de se plaindre de mes appréciations et de mes jugements littéraires ; un myope, et j'avoue que j'ai cette infirmité physique, a le droit de regarder de près un louche qui le regarde de travers. » (p. 22)

« [...] La monomanie d'O. Uzanne, c'est de dénigrer per fas et ne fas tous ceux qui lui ont été utiles, et d'éreinter impitoyablement ceux qui peuvent lui porter ombrage. » (p. 23)


« Si je disais, par exemple, qu'O. Uzanne était marié, qu'il est ce que sont bien d'autres comme lui, mais qu'au lieu de s'en consoler ou de s'y résigner comme beaucoup de ses confrères, il présente partout des cornes menaçantes et meurtrières ; si j'ajoutais que, fréquentant les contrebandières de l'amour, les fausses vestales du feu sacré du foyer domestique, il les confond, dans ses oeuvres galantes, avec les femmes honnêtes, ces représentantes honorées des traditions de la famille, je serai un calomniateur ou un diffamateur, selon la vérité ou la fausseté du fait. » (p. 25-26)

« [...] il vous répondrait, s'il daignait vous faire cet honneur, qu'il s'en bat son oeil... le plus louche, et que, pourvu qu'il vous ridiculise ou vous salisse près de ceux qui vous achètent et vous font vivre, c'est l'essentiel pour lui. » (p. 25-26)

« [...] O. Uzanne, ce chroniqueur d'aventure [...] » (p. 27)

« Ah ! bien oui, on peut s'attendre à tout d'O. Uzanne, excepté à une phrase correcte, à un style français et à une appréciation littéraire loyale et consciencieuse. » (p. 27)

« [...] O. Uzanne, qui ne sera rient par les nombreuses déjections qu'il a vomies, dans un certain public, sous les titres de Bric-à-Brac de l'Amour, de Sa Mejesté la Femme, de la Femme et de la Mode, de l'Eventail, de l'Ombrelle, de la Reliure moderne, etc., sera quelque chose et beaucoup pour le mal qu'il a dit, écrit et fait dans la Physiologie des Quais. » (p. 28)

« Il nous voit si petits, ce grand Uzanne, des hauteurs où sa vanité l'emporte, qu'à peine il nous distingue à l'état d'infiniment petits animalcules pullullant sur le sol. Toute barbe bien examinée, vous ne ressemblez à aucune, et aucune ne voudra vous ressembler. » (p. 35)

« Ceux qui, comme vous, font de leur plume une escopette, un couteau ou une lavette n'ont jamais tenu une loyale épée ou porté un fusil français. » (p. 35)


« Nous sommes, Uzanne et moi, de très vieilles connaissances ; je l'ai vu, presque à son débarquement de l'Yonne, venant d'Auxerre ou de Sens, il y a quinze ou vingt ans ; il n'était pas tout à fait alors l'érudit intuitif, l'écrivain du genre féminin, le hableur littéraire et le gobeur de soi-même qu'il est aujourd'hui ; il était, le croira-t-on, presque modeste et naïf ; il laissait entendre qu'il ignorait bien des choses qu'il ne serait pas fâché de savoir ; il aspirait à devenir beaucoup ; le voyage en avant ne l'effrayait pas absolument ; mais il ne savait sur quel pied partir et même au juste où aller. Certes, il y avait de la matière en lui ; ça ne manquait pas ; mais cette matière serait-elle vase ou cruche, pot ou statue ? Vraiment, il ne savait... Je fus alors, ingrat Octave, votre confident le plus patient et le plus résigné, votre éducateur le plus désintéressé, votre conseiller le plus courageux ; je vous donnai, sans compter, mon temps, ma peine et un peu de mes connaissances (vous excuserez bien, en raison des motifs, cette légère prétention) à votre entier profit et à mes dépens. » (p. 37)

« S'il avait voulu savoir le vrai sur nous [les bouquinistes des quais], il n'avait qu'à venir, lui, le suzerain des quais, parmi nous, et il aurait vu et appris des choses toutes différentes de celles qu'il écrit. Nos sentiments, nos actes, nos dires, nos habitudes, sont autres que ceux qu'il nous prête si étrangement. Il parle de nous, qu'il peut voir tous les jours, comme du grand-turc qu'il n'a jamais vu. [...] » (p. 44)

« Notamment, que pensent-ils [les écrivains, les critiques, les auteurs] de vous et comment vous jugent-ils, ô Uzanne ? Je crois assez les connaître, les fréquentant tous les jours, pour pouvoir vous affirmer qu'ils sont à peu près de mon avis, sur vous, et que leur jugement ne démentira pas le mien : ils vous prennent pour un galvaudeux littéraire et prétendent que, pour être écrivain il faut écrire autrement que vous. » (p. 46)

« Je ne crois pas que l'Yonne, qui l'a vu barboter sur ses bords, considère jamais, comme un jour mémorable, le jour où il barbouilla sa première chemise et sa première feuille de papier ; elle lui sera plutôt reconnaissante le jour où il renoncera à écrire. » (p. 53-54)

« Uzanne n'ignore rien, pas même le bistro. » (p. 59)

« [...] O. Uzanne, le fantoche littéraire [...] » (p. 79)

« [...] En résumé, Uzanne n'a écrit ce pamphlet [les bouquinistes des quais], que pour faire de l'argent [...] » (p. 82 et dernière)

Pour finir, laissons la parole à Octave Uzanne qui réplique ainsi en mars 1894 (lors de la première vente de ses livres) :

« On n'a pu y joindre certain pamphlet d'un vieux bouquiniste, Docteur ès sciences rancunières, très plaisant à lire et qui fait penser que l'auteur est tout à fait persona grata auprès de ce bibliographe éminent. Cette brochurette a paru trop tardivement pour être jointe à cet exemplaire [n°447 de la vente du 2 et 3 mars 1894 - Bouquinistes et Bouquineurs. Physiologie des Quais de Paris. Paris, Quantin, 1887, in-8] ; les chercheurs qui désireraient s'amuser aux bagatelles de Laporte, trouveront pour environ "deux ronds" ce factum ronflant sur les quais loin de l'Institut. »

Antoine Laporte né en 1835 à Meymac en Corrèze et mort à Auteuil en 1900 à Paris, a eu les honneurs d'une plaquette, Le bouquiniste Antoine Laporte, par le Commandant Quenaidit, tiré à part du Bulletin de la Société archéologique, historique et artistique (Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1911). Gallica en met un exemplaire à votre disposition (32 pages).

Antoine Laporte et Octave Uzanne, malgré leur conflit, ont un point commun : ils ont reposé tous les deux dans une case du colombarium du cimetière du Père Lachaise. Mais pas en même temps ! Laporte s'y trouva de 1900 à 1906 et Octave Uzanne à partir du 2 novembre 1931 jusqu'à une date encore indéterminée. Décidément ces deux là n'étaient pas fait pour se supporter mutuellement !

Bertrand Hugonnard-Roche

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