dimanche 11 novembre 2012

Visages des Contemporains par André Rouveyre : Octave Uzanne (1913). Préface de Remy de Gourmont.


Octave Uzanne dessiné par André Rouveyre.
André Rouveye, Visages des Contemporains,
portraits dessinés d'après le vif (1908-1913).
Préface de Remy de Gourmont.
Paris, Mercure de France, 1913


L'oeil droit hachuré pour montrer que cet oeil était pour ainsi dire perdu et qu'il ne lui servait déjà plus ; l'oeil gauche recouvert d'un monocle, la barbe taillée en collier, les épaules larges, les cheveux bouclés encore abondants ; telle est la vision sans concession d'Octave Uzanne par André Rouveyre (*) aux environs de 1910. Octave Uzanne a 60 ans. Ce visage comme tous les autres, avait paru dans les colonnes du Mercure de France. Ils ont été réunis ici en volume accompagnés d'une préface de Remy de Gourmont. "Il y a beaucoup de peintres et de dessinateurs ; il y en a peu qui aient du paysage ou de la figure humaine une vision originale" écrit-il dans sa préface. "Leurs impressions oscillent de la photographie à la caricature : ou la nature toute plate, ou la nature qui grimace, et encore selon les courbes convenues, répétées à satiété", poursuit-il. "Voir, nous ne le savons pas, ou nous ne le savons de moins en moins, et peut-être plus du tout. La photographie a brusquement achevé et clos l'oeuvre du professeur de dessin, qu'elle rend inutile", affirme Remy de Gourmont.

Nous renvoyons à l'article publié par le site http://www.remydegourmont.org (Cercle des amateurs de Remy de Gourmont ou CARGO) qui reproduit la préface de Remy de Gourmont ainsi que quelques Echos intéressants.

Notre exemplaire de ce livre qui est de la cinquième édition (mention de couverture et mention de titre - numéroté 4356 au composteur et imprimé sur un assez beau papier genre alfa bouffant qui n'a pas pris les rousseurs habituelles) contient en outre une Préface de la quatrième édition, également signée Remy de Gourmont, et que nous reproduisons ci-dessous :

"Réunis en volume, les Visages semblent peut-être un peu moins cruels que lorsqu'ils défilent périodiquement le long d'une revue. Mais vraiment, je ne sais pas trop à quoi cela tient. Sauf en quelques pages qui demeurent excessives et comme blessantes, l'ensemble se tient. On sent beaucoup moins le système que la méthode. Faisons abstraction des visages de femmes, dont presque aucun n'est tolérable, la galerie des hommes me paraîtra même supérieure. C'est que la tête de la femme n'est pas faite pour plaire par son caractère, mais seulement par une certaine rectitude de lignes, qui ne doit pas être trop individualisée. Les femmes qui veulent à la fois paraître des beautés et des penseuses se méprennent sur leurs possibilités ; il faut opter. La forme inesthétique donnée à leur visage, pourrait dire Rouveyre, est un hommage à leur intelligence : la beauté pure ne pense pas. La pensée ravage toujours la figure : il est vrai que la vie y suffit très bien. Mais je crois qu'il aurait fallu tenir compte pour les femmes de la faiblesse de notre oeil pour elles, chez nous autres qui n'avons pas le regard déformateur ni si rudement scrutateur. Ceci dit, et ceci n'est peut-être que du sentimentalisme, je ne vois pas d'objection contre les portraits d'hommes, dont beaucoup sont d'une ressemblance extrêmement vivante. Ce ne sont pas seulement des portraits, ce sont des tendances, des intelligences, des manières d'être. Il y a d'autres déformateurs. Rouveyre diffère des autres par la diversité de sa déformation qui, au lieu de tourner autour du geste du dessinateur, tourne autour du caractère qu'il a deviné et non un caricaturiste aux effets toujours limités et presque toujours identiques. Mais pour cela même c'est un homme fort dangereux pour la tranquillité publique"

                                                    REMY DE GOURMONT.

(*) André Rouveyre (1879-1962) est le fils de l'éditeur-bibliophile Edouard Rouveyre. A la fois écrivain, journaliste, caricaturiste et portraitiste. Octave Uzanne ayant un temps (entre 1878 et 1888 au moins) fréquenté son père, Edouard Rouveyre, qui fut l'un de ses premiers éditeurs parisiens.


Bertrand Hugonnard-Roche
Membre du Cercle des Amateurs de Remy de Gourmont (CARGO)

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