vendredi 9 novembre 2012

Princesse d'Italie par Jean Lorrain (1898) dédiée à Octave Uzanne.


Princesse d'Italie par Jean Lorrain
Paris, Librairie Borel, Collection Edouard Guillaume "Lotus Alba"
1898
Edition originale en librairie.
Collection Bertrand Hugonnard-Roche - 2012


Nous avons évoqué dans un précédent article la présence de Jean Lorrain aux côtés d'Octave Uzanne dans les années fin de siècle. Les deux hommes connurent une véritable amitié scellée par le petit memento biographique qu'Octave Uzanne donna en 1913 de manière confidentielle pour les Amis d'Edouard sous le titre Jean Lorrain : l'artiste, l'ami, souvenirs intimes, lettres inédites. Ce petit livre ne fut imprimé qu'à 80 exemplaires. Jean Lorrain de son côté ne manqua pas de dédier à son ami un petit livre intitulé Princesse d'Italie publié en 1898 dans la Collection Edouard Guillaume Lotus Alba (petit format in-16 allongé). Cette Princesse d'Italie qui tient en à peine 80 pages étroites et largement justifiées d'amples marges blanches raconte l'histoire de Simonetta Foscari. Cette courte nouvelle avait été publiée les 13 et 23 août 1897 dans le Journal sous le titre Les trois têtes.


100 exemplaires de luxe (50 ex. sur Japon et 50 ex. sur Chine)
Celui-ci, un des 50 ex. de tête sur Japon.



Ouvrage dédié à Octave Uzanne


" (...) Simonetta Foscari, épousée pour sa royale beauté et sa jeunesse triomphante, apportait dans cette rude petite cour des Vintimille les élégances raffinées, les moeurs libres et les somptuosités d'une princesse florentine. (...) Car le scandale était aujourd'hui public ; pis, il avait franchi la frontière et faisait la joie de l'Italie et de la Provence ; la duchesse s'était débauchée. C'était une courtisane qui régnait maintenant à la cour des Salviati et, parmi tant de favoris, menu fretin qu'expédiait à la semaine le lacet des étrangleurs ou le poison des alchimistes attachés au palais : trois cependant, trois Italiens alliés dans le même intérêt de leur salut et de leur crédit, se partageaient les faveurs ducales : Beppo Nardi, un poète élevé à la cour d'Avignon et sonneur de sonnets de l'école de Pétrarque, profil de camée, au glabre et fier visage, toujours encapuchonné de velours écarlate et dont la muse, aussi souple que son échine, célébrait chaque matin la glorieuse jeunesse de Simonetta ; Angelino Barda, musicien gratteur de mandoline, compositeur, à ses heures, de langoureuses canzones qu'il accompagnait d'une voix assez fraîche, d'une origine napolitaine celui-là, brun comme une olive avec de larges yeux d'un blanc bleuâtre, d'ardentes lèvres sèches, des lèvres de fièvre et de volupté du noir violacé des mûres (Angelino de Naples, qu'on disait singulièrement inventif en mode de plaisir), et Petruccio d'Arlani, enfin, peintre-sculpteur à la manière de Michel-Ange, une brute superbe, musclé comme un athlète, aux noirs cheveux drus et crespelés sur une petite tête d'Antinoüs, Petruccio d'Arlani, un ancien pâtre, disait-on, descendu des Abruzzes dans les ateliers de Rome où il avait posé comme modèle, légendaire étalon des grandes dames romaines qu'une ironie du Vatican, une idée d'après boire du Pape à la fin d'un souper, aurait adressé à la cour de Vintimille entre deux légats et un nonce comme spécimen de l'art romain..., le ragazzo étant très beau, la duchesse l'avait gardé. (...) Et, sûrs de l'impunité, les favoris s'enhardirent, et l'audace de la duchesse osa même plus encore. Grisée par la flatterie et les encens, la Levrette eut la folie du scandale, elle voulut affirmer, afficher dans un éclat son adultère et ses amants... femme folle de son corps est bientôt dénuée de sens ; et, perdant toute prudence, conseillée par on ne sait quel mauvais génie, cette aventureuse Simonetta ne résolut rien moins que de paraître elle-même sur la scène, devant toute la cour, à côté de ses trois amants, qui tiendraient un rôle auprès d'elle, et cela dans une comédie ou ballet de circonstance, où s'affirmerait le talent de chacun d'eux. (...) La mort de Saint-Jean-Baptiste, la décollation du Précurseur, la légende de luxure et de sang dont toute la Renaissance italienne a eu comme l'obsession, Hérode et Salomé, les terribles figures qui ont tenté tous les peintres de cette époque et dont les musées nous ont légué la dangereuse hantise, voilà le sujet vers lequel avait été tout droit cette voluptueuse et cette tenace. Parmi tant d'héroïnes de la Bible et de la Fable, Salomé l'avait requise entre toutes ; et elle, née princesse à Florence, et de par son mariage duchesse et marquise, c'est l'impudique princesse de Judée qu'il lui plaisait d'évoquer, d'incarner, de vivre un soir devant tout un peuple. Cette petite fille qui danse, toute nue, devant un vieux roi libertin, et obtient une tête ennemie par la mystérieuse offrande de son sexe, voilà le personnage qu'elle voulait être. C'était à la réalisation de cette chimère que se plaisait sa perversité ; et qui sait si cette curieuse imagination d'Italienne n'avait pas été séduite par un rapprochement possible entre l'âge avancé de l'Hérode légendaire et la vieillesse anticipée de son mari ! (...)"


Reliure éditeur pleine basane chagrin marron,
fers dorés spéciaux


C'est l'histoire transposée de Salomé et de St-Jean le Baptiste décapité accompagné du soufre des amours libertines d'une princesse italienne. Octave Uzanne dut apprécier ce petit texte. Jean Lorrain eut la délicatesse de le lui dédier.

Bertrand Hugonnard-Roche

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