jeudi 15 novembre 2012

Premières Oeuvres et Soupirs amoureux de Guy de Tours publiées ici pour la seconde fois par Prosper Blanchemain (24 septembre 1878). Exemplaire de la bibliothèque Octave Uzanne (relié par Amand).

Page de titre du premier volume
édition de 1878
Octave Uzanne, mis à part une notice d'introduction pour les Oeuvres de François Rabelais et quelques notices disséminées ça et là sur quelques auteurs, n'a pas fait de véritable incursion bibliographique dans le XVIe siècle littéraire.

Le 24 septembre 1878, Prosper Blanchemain fait paraître chez Léon Willem, deux petits volumes in-16 ayant pour titres : Premières oeuvres et Soupirs amoureux de Guy de Tours, avec préface et notes ; Le Paradis d'Amour, les mignardises amoureuses, meslanges et épitaphes de Guy de Tours, avec préface et notes. Ces deux volumes ont été imprimés à 450 exemplaires dont 350 sur papier vélin et 100 sur papier de Hollande. Ils ont été imprimés à Arras sur les presses de Henri Schoutheer.

Cette édition, la seconde de ce texte rare paru pour la première fois en 1598 et dont les exemplaires sont devenus extrêmement rares, est précédée au premier volume d'une notice sur Guy de Tours, sous forme d'épître adressée à Octave Uzanne. La voici reproduite pour la partie qui concerne Uzanne :

                                 "Cher Ami,

Page de titre du second volume
édition 1878
Laissez-moi vous offrir un prédécesseur de ces gentils poètes de Ruelles, que vous rééditez avec tant d'esprit et d'élégance. Le petit volume qui renferme les Poésies de Guy de Tours est des plus rares ; aussi l'a-t-on peu lu et, sur la parole de La Monnoye et du bon abbé Goujet, on en a assez dédaigneusement parlé. La Monnoye était caustique et peu bienveillant ; l'abbé Goujet, comme ecclésiastique, ne pouvait guère s'étendre sur l'éloge d'un poète essentiellement amoureux ; aussi trouve-t-il qu'il a beaucoup à se faire pardonner. Vous partagez plutôt, je l'espère, l'avis des auteurs des Annales poétiques, de Viollet-le-Duc et de quelques autres, qui ont lu les vers du poète Tourangeau avec des yeux moins prévenus et l'ont plus équitablement apprécié.

Réimrpession modernisée
de l'ancienne page de titre
de l'édition de 1598.
Pour nous, sa poésie est tendre, fluide, harmonieuse ; il sent profondément et s'exprime avec beaucoup de naturel ; l'ardeur de son tempérament l'entraîne parfois jusqu'aux limites de la décence ; mail il sait, mieux que ses contemporains en général, esquiver l'image scabreuse et ne jamais descendre jusqu'à l'obscénité. Ce n'est certes point un livre à mettre dans les mains des jeunes filles ; mais il faudrait être doué d'une bien étroite pruderie, pour y voir autre chose que des amours naïves, naïvement exprimées, par un jeune coeur qui cherchait à emprunter, pour mieux rendre sa pensée, le langage de Théocrite, d'Anacréon, de Catulle et celui des chanteurs amoureux qui fêtaient au même temps que lui le retour des Muses en France. S'il n'atteint pas la hauteur de Ronsard, il n'a rien qu'il puisse envier aux Tahureau, aux Baïfs, aux Olivier de Magny, aux Durand de la Bergerie et autres poètes mignards de la Renaissance. [suit un précis succinct de la vie et des oeuvres de Guy de Tours] (...)

Et maintenant, Cher Octave, vous savez sur le compte de Guy de Tours, tout ce qu'il m'a été possible d'apprendre. Je vous ai donné, sur ses poésies, mon opinion en quelques mots et celle beaucoup plus développée de François Colletet. L'oeuvre est sous vos yeux ; il ne vous reste plus qu'à l'apprécier vous même.
Choisissez pour cela quelqu'un de ces beaux jours printaniers  où l'esprit et le coeur sont indulgents, et jeunes : allez, s'il est possible, la lire à requoy dans quelque coin écarté à l'orée d'un bois, la tête à l'ombre et les pieds au soleil, bercé distraitement par le gazouillis de quelque ruisseau, les chants des fauvettes et les roucoulements des colombes.
Car le livre que je vous présente, tout frais, tout ensoleillé, tout palpitant des joies passionnées du poète (défunt hélas ! depuis trois siècles) est un livre de Printemps, de Jeunesse et d'Amour !

A vous de coeur,
                                   Prosper Blanchemain"


Ex libris Octave Uzanne 1882
imprimé en sanguine


Reliures signées Amand
Octave Uzanne vient d'avoir 27 ans en septembre 1878. Il a déjà donné au public restreint des bibliophiles plusieurs volumes : Les Poésies de Benserade (20 mars 1875) ; La Guirlande de Julie (10 décembre 1875) ; Les Poésies de Sarasin (20 décembre 1876) ; Les Caprices d'un Bibliophile (10 février 1878) ; Les Poésies de Montreuil (15 août 1878). Il s'apprête à donner à l'impression un volume Le Bric-à-Brac de l'Amour (5 décembre 1878). Prosper Blanchemain est âgé de 62 ans. Deux générations séparent les deux hommes de lettres. Octave débute et s'affirme d'années en années auprès de ces érudits confrères. Blanchemain meurt le 25 décembre 1879 soit un peu plus d'une année après avoir donné cette édition de Guy de Tours. Il avait donné un grand nombre de notices et d'ouvrages relatifs essentiellement aux auteurs de la Renaissance. Il avait également largement contribué à la section bibliographique du Bulletin du Bouquiniste d'Auguste Aubry. Nous ne savons pas si les deux hommes entretinrent de plus amples relations amicales entre 1875 et 1879, c'est cependant fort probable.

Note autographe d'Octave Uzanne
spécifiant le tirage à 100 exemplaires sur Hollande.
Certainement perdu de manettes en manettes depuis près d'un siècle, nous avons eu la chance de retrouver l'exemplaire de la bibliothèque Octave Uzanne. Exemplaire qui ne comporte pas d'envoi autographe de Prosper Blanchemain à Uzanne mais qui contient dans chaque volume le bel ex libris d'Octave Uzanne dessiné et gravé à l'eau forte par Aglaus Bouvenne en 1882. L'ex libris du premier volume est imprimé en sanguine tandis que l'ex libris du second volume est imprimé en bistre (coquetterie du Bibliophile...). Octave Uzanne a ajouté cette note en tête du premier feuillet de garde blanc : "Un des cent exemplaires sur Hollande. [signé] Uz." L'exemplaire a été sobrement mais finement relié en demi-maroquin à coins janséniste de couleur bleu nuit, tête dorée, tranches non rognées, couvertures conservées. C'est le relieur Amand qui s'est chargé de ce travail pour Uzanne. Uzanne louera plus tard la belle tenue des reliures de cet habile relieur. Les volumes étaient légèrement poussiéreux sans altérations majeures. Ces deux petits volumes avaient été se perdre dans la ville de Southbury, Connecticut, aux Etats-Unis (situé à un peu moins de 130 kilomètres au nord est de New York). Ils sont désormais revenu sur le vieux continent (collection Bertrand Hugonnard-Roche). Ces deux volumes n'avaient pas été vendus lors de la première vente Uzanne (2 et 3 mars 1894) ni lors de la seconde vente (24 avril 1899), sans doute ont-ils été vendus beaucoup plus tard, en lot lors d'une ultime dispersion, probablement après le décès d'Octave Uzanne. Ces deux petites volumes étant bibliophiliquement pour ainsi dire négligeables, et pourtant ...

Bertrand Hugonnard-Roche


Ex libris Octave Uzanne 1882
imprimé en bistre

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