mardi 1 octobre 2013

Octave Uzanne et la Femme au Japon. Notes et Opinions sommaires d'un étranger (1902).



Uzanne s'est intéressé de très près à la Parisienne. Il a fait l'historique de ses modes et de ses mœurs depuis le Directoire jusqu'à la fin du XIXe siècle. Uzanne est allé aux Etats-Unis en 1893 et il a visité de nombreux pays d'Europe, et ce depuis son plus jeune âge. On sait par Remy de Gourmont qu'il visita également Ceylan et le Japon. Cette révélation nous est faite dans les Promenades littéraires publiées en 1912.
En quelle année Uzanne a-t-il fait le voyage pour le Japon ? (1900 ?)  Combien de temps y est-il resté ? Nous n'avons pas les réponses à ces interrogations pour le moment.
En 1902, Uzanne publie, dans la revue illustrée La Contemporaine (revue qui fait suite au Monde Moderne d'Albert Quantin, revue à laquelle Uzanne participait déjà), un article intitulé La Femme au Japon. Ce long article de près de 20 pages est illustré par la photographie. Si Uzanne signe l'article de son nom, il précise que "les observations et les notes diverses" qui le composent lui ont été communiquées par "par un ami d'Amérique, depuis des mois, résident dans la patrie des mousmés." Uzanne s'est attribué les retouches et la mise en forme définitive. Nous croyons qu'il n'en n'est rien. Cet ami américain n'existe probablement pas et ces souvenirs de femmes japonaises sont très probablement les propres souvenirs d'Octave Uzanne en visite au pays du soleil levant. Tout dans le texte démontre la patte inimitable de l'auteur de la Femme à Paris. Uzanne transpire presque à chaque mot. Il semble bien que ce soit le seul témoignage imprimé qu'il ait rapporté de son séjour au Japon. Est-ce un hasard si son article roule de trois quarts sur la prostitution au Japon et sur la condition des maisons closes de ce pays ? Nous ne le croyons pas non plus. Il est presque acquis qu'une fois arrivé au Japon, Uzanne se soit penché, tout naturellement, sur son sujet d'étude de prédilection : la femme. Il faut donc lire ce qui suit en gardant bien à l'esprit que ce portrait de la femme japonaise en 1900 a été fait par un voyageur occidental européen, Octave Uzanne, habitué à étudier la femme et ses mœurs.
Nous avons choisi d'illustrer cet article des mêmes illustrations photographiques que celles publiées originellement dans l'article publié dans La Contemporaine. A noter qu'une photographie est légendée Photographie directe ce qui laisserait supposer que c'est Uzanne lui-même qui a pris le cliché.

Bertrand Hugonnard-Roche


La cérémonie du thé


La Femme au Japon

Notes et Opinions sommaires d'un Etranger.


On a peut-être un peu trop usé, sinon abusé, des écrits romanesques sur le Japon et sur la Japonaise. De nombreux auteurs de tous pays ont consacré depuis surtout une vingtaine d'années de longues études aux coutumes des habitants de l'Empire du soleil. Le ton de ces livres et de ces articles n'a jamais beaucoup varié ; il s'est conservé le plus souvent dans un ton plutôt superficiel et constamment frivole.
Que d'éloges répétés, de louanges déjà vieilles, et de descriptions poétiques ressassées, à propos de la petite mousmé ou de la geisha ! - il est vrai qu'elles sont si drôles, si grotesques, si amusantes à voir, dans tout leur apparat de costumes aux couleurs bizarres, ou dépouillées d'ornement, à moitié nues et se montrant sans fausse honte devant les étrangers. Tous les auteurs n'ont cessé d'admirer les Japonaises. Hélas, la plupart, voyageurs hâtifs, ne les considèrent que de loin. Ils ignorent le côté intime du caractère de ces petites personnes. Pour vraiment observer et comprendre les mœurs de ces charmantes images d'écrans ou de potiches, il faut venir un peu auprès d'elles et les regarder d'assez près, plus sérieusement que ne le fait en général un Européen blasé, pour qui une petite femme bien mise, bien coiffée, se promenant aux Champs-Elysées et montrant un bout de soulier ou de talon Louis XV, un soupçon de bas de soie transparent demeure à près l'idéal du féminisme ici-bas.
Madame Chrysanthème, est assez curieusement dépeinte ; ce que l'on admire surtout, dans cette oeuvre, c'est le charme de la prose de Loti. Celui-ci, avec ses camarades de vaisseau, trouvait assurément de quoi s'amuser, ou plutôt secouer la monotonie de sa vie, durant son séjour au Japon. Mais, bien que toutes les descriptions y soient faites avec exactitude et que le coloris local y soit conservé délicieusement, ses notations manquent en réalité d'ensemble et il reste trop à lire entre les lignes. Au point de vue artistique, rien d'aussi fidèle et de plus agréable, mais Loti s'est bien gardé d'accentuer tels ou tels détails intimes au contact desquels un écrivain d'Europe ne peut manquer de se révolter.
L'histoire des deux matelots, qui, pour passer le temps, se paient à bas prix, des figurines du Japon et se livrent de leur mieux à une noce locale, est assurément une trouvaille jolie, amusante et véridique jusqu'à un certain point. Pourtant, Loti, malgré tout l'enthousiasme qu'il a laissé percer s'avoue, à la fin, déçu et ennuyé, plutôt satisfait de partir, d'en finir avec cette naïve liaison, la rupture n'ayant, ici, aucun des accompagnements douloureux qui résultent de l'existence d'un cœur, dans un amour même passager.
Les Japonais les mieux éduqués - (ceux qui s'offrent le luxe de lire les descriptions de leur pays par des étrangers), - gardent rancune, paraît-il, à M. Loti, d'avoir mis en roman cette Madame Chrysanthème, et l'un d'eux, en critiquant ce livre, nous disait encore récemment, que l'auteur s'était borné à dépeindre un seul côté de la vie japonaise : celui de la haute prostitution. Il assurait que la femme japonaise était capable, elle aussi, d'une profondeur d'amour et de sentiment (non pour un étranger cela s'entend) ; qu'elle avait, tout comme les autres, un cœur prêt à s'émouvoir, et, enfin, qu'il y aurait un livre intéressant à faire en réponse à celui de Pierre Loti et qui serait : Les lettres de Madame Chrysanthème à son amie intime, dans lesquelles la mousmé se confesserait, avouant ses peines, son manque de joie, ses incompréhensions, ses dégoûts, ses nuits brutales entre les bras du voyageur étranger. - La Race Jaune, pour complaisante qu'elle soit, féminement, n'en est pas moins sexuellement hostile à la nôtre.
Il faut convenir que c'est là une observation fort juste et que ce psychologue japonais possède, un peu mieux que la plupart de ses compatriotes, le culte et le respect de la femme, grâce peut-être à son éducation faite hors du Japon. Pour lui au rebours de ses compatriotes, les femmes ne sont pas toujours des créatures du second ordre, qui doivent éternellement être et rester subordonnées à l'homme.
Mais c'est une exception. Au Japon, la femme est, pour tous les êtres mâles, la créature inférieure, mal accueillie à sa naissance. L'enfant espéré et attendu est toujours l'enfant mâle. Dès les plus tendres années, la petite fille est consacrée aux soins du ménage. Elle doit servir ses parents comme une humble domestique, travailler, vaquer à toutes les besognes du jour et de la nuit, s'occuper non seulement à nettoyer et à laver la maison, mais, en même temps, servir de bonne à ses petits frères et à ses petites sœurs ; ce qu'elle fait, le plus souvent, en les portant simplement attachés sur son dos tandis qu'elle s'emploie. Toujours la fillette japonaise travaille, voire même aux ouvrages les plus durs, et les plus intimement répugnants. Dans les familles japonaises, tout est sacrifié au bien-être et à la prospérité de l'enfant mâle ; c'est à cette fin que les filles sont vendues en esclavage et livrées à la prostitution, car tout doit concourir à pourvoir à l'installation des garçons dans un métier quelconque, et à former la réserve d'économie nécessaire à payer leur entrée au collège. Tout cela, examiné de près, est attristant, en même temps que pitoyable dans son inconsciente cruauté. Le milieu de la basse bourgeoisie offre assez fréquemment cet exemple du ravalement des filles au profit des garçons.
Parmi les familles qui sont fières d'avoir appartenu aux Samouraï, aux seigneurs des bons vieux temps chevaleresques, le sacrifice de la fille se fait encore quelquefois, mais, cependant, plus rarement que dans les autres classes. On ne s'y décide qu'après un long et sérieux conseil de famille. Dans ce cas, il y a en vérité un côté ignoble, grotesque et pénible dans cette assemblée familiale réunie pour décider de la vente de son enfant. On ne voit jamais dans ces circonstances ni larmes, ni regrets, ni conseils de maternité alarmée et inquiète de l'avenir de la vierge. De l'argent payé et reçu ; rien de plus. Parmi ces jeunes filles, quelques-unes deviennent très habiles comme danseuses ou comme musiciennes. Elles dansent et elles chantent, il est vrai, des danses qui nous semblent ridicules et de la musique qui nous parait affreuse, mais, enfin, elles trouventde quoi gagner leur riz (au Japon, il n'y a pas de pain) - et gagner son riz - tout est là aux yeux des parents de bien des pays.

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Type de jeune fille de Tokio
en costume de fête.
(Photographie directe.)
A presque tous les coins de rue, on rencontre des maisons de thé, sortes d'auberges publiques. La plupart de ces auberges sont des maisons de rendez-vous ou, plus simplement, des lieux de débauche non autorisés ; l'étranger n'y est le bienvenu que pour l'argent qu'il jette et que pour la générosité dont il fait montre. Le plaisir qu'on lui procure est dérisoire et, on ne se fait pas faute de se moquer ouvertement de lui, c'est la poire, la bonne poire à peler, comme on dit dans nos faubourgs.
La femme japonaise, à de très rares exceptions près, n'est pas jolie. Elle ressemble absolument à la femme étrange, peinte sur les paravents, sur les kakémonos, aux dessins des maîtres Outamaro et Houkousai. Elle est nécessairement anémique, mangeant peu ou presque pas de viande, vivant de riz et de poisson (le poisson le plus souvent cru et palpitant), d'algues de mer ou de daikons (gros radis ou betteraves que l'on fait pourrir jusqu'à ce que la puanteur en soit abominable). Elle boit du thé à toute heure du jour et de la nuit, dans une petite tasse qui en contient tout au plus une seule gorgée ; elle fume en quantité des petites pilules de tabac qui sont insinuées dans le menu fourneau d'une légère pipe en métal, et elle se baigne chaque jour avant sa toilette dans de l'eau presque bouillante.
Lorsqu'elle n'est pas occupée à faire le ménage ou la lessive, à balayer ou à arroser le seuil de son domicile, elle est assise, accroupie sur ses pieds pendant des heures, s'occupant à pincer les cordes du samisen ou du geika et poussant des cris piteux, de sa voix fêlée et tremblante. Parmi les Japonaises, beaucoup sont atteintes de strabisme et ont le regard divergent. La plupart ont les cheveux épais et graissés d'huile d'olive ; leur figure est fardée et maquillée d'une épaisse couche de blanc ; leurs sourcils sont noircis, leurs lèvres rougies sauf la lèvre inférieure qui est tatouée en rond au milieu. A cause de l'étroitesse des pans du kimonos, trop attaché, elles ne peuvent marcher à longs pas et se traînent lentement sur des sandales de bois, hautes de trois ou quatre pouces, sur lesquelles elles se balancent avec adresse.
Celles des classes pauvres laissent flotter les pans de leur kimonos trop étroit, et montrent à découvert tout le flanc gauche, et au-dessus de la ceinture, on voit les seins pendants. Heureusement le peuple est propre et, les femmes, bien qu'elles ne portent qu'un seul vêtement, sont toujours irréprochables : cela, grâce au bain journalier et chaud. Pourtant, leur chair est flasque, molle, bouffie, pâle, et leurs formes, presque sans exception, manquent de contours, de beauté, d'harmonie et de fermeté. Elles marchent en tournant les pieds en dedans, et, en traînant leurs geta ou tsovi (lisez sandales), qui sont maintenus en place par une tresse passant à l'intérieur des deux orteils.
Toutes se penchent en avant, laissant voir ce qu'elles peuvent avoir de poitrine ; cette position leur vient d'avoir porté sur leur dos les petits enfants de leur famille ou de leurs voisins. Elles ont parfois de jolies dents, mais mal soignées, et leur plus grande coquetterie semble s'être déterminée à l'entretien des mains et des pieds. C'est là, il est vrai, une coquetterie qui a sa valeur et son charme ; les pieds toujours nus, ne peuvent être, ainsi, déformés par la pression d'une chaussure de cuir, et, comme elles doivent presque toujours marcher dans leurs maisons, sur des nattes de paille d'une propreté immaculée, il importe que leurs pieds soient toujours aussi nets que leurs mains.
Ces mains - malgré les grossiers travaux auxquels elles se livrent - sont presque toujours, même chez les hommes, délicates, pointues, fines, avec des ongles soignés et souvent polis. C'est déjà beaucoup, dira-t-on, de jolies mains et de jolis pieds, mais, véritablement, ce ne sont là que des promesses, des amorces et le reste fait trop souvent défaut.

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Type d'une beauté de Nagasaki,
réputée l'une des plus jolies Japonaises contemporaines
Les costumes brillent beaucoup par le coloris, surtout parmi les classes où il est de rigueur de se parer de tons vifs. Les femmes sérieuses, les grandes dames, ne portent que des couleurs sobres, des gris ou des noirs très bruns. Celle-ci laissent leur bon goût et leur luxe se montrer seulement dans l'obi, la grande ceinture de damas ou de brocart nouée sur le pouf dans le dos. Cette mode comparable à celle que nous nommions naguère le strapontin, leur donne un peu l'air de porter un havresac.
Pour les enfants et surtout les bébés, on se laisse aller à un luxe éclatant de couleurs voyantes, de vert, de rouge, de jaune clair, gais à l’œil et d'une polychromie fort plaisante. Aux cérémonies et dans les fêtes intimes ou les mariages, les grandes dames se permettent seulement de porter leurs plus beaux kimonos, et, alors, ce sont plutôt des exhibitions de crêpes de soie brodés ou tissés, des robes merveilleuses, fleuries délicieusement telles que celles qu'on rencontrait naguère dans les riches rivages du Nippon.
Ce côté particulier de la vie élégante ne manque pas d'intérêt ; mais, pour ce qui regarde les rapports de l'amour vis-à-vis de l'étranger, la Japonaise est insignifiante. Les préliminaires sont embarrassants et toute conversation vaguement intellectuelle est impossible. Les femmes, outre qu'elles ne connaissent guère que leur propre idiome, sont accoutumées à ne recevoir que des ordres auxquels elles répondent toujours par un éternel : Hei (oui). Sans même chercher à comprendre un mot du sujet dont on les entretient, elles se bornent à recommencer perpétuellement leur : hei, hei, hei, Oui, oui, oui !
Auprès d'elles, les marivaudages familiers sont inconnus ; les repos favorables à la causerie impossibles ; leur cérébralité est abolie et elles sont muettes à en dormir. La femme japonaise se livre parce que c'est son métier et la coutume de se livrer. Il lui est ordonné par son maître, son père ou son supérieur de se donner et elle accomplit passivement cet acte de commande, sans jamais paraître ressentir un émoi, une sensation, un sentiment quelconque. Avec un gars de son pays, c'est peut-être différent, mais la réputation de plaisirs et de délices intimes que l'on fit à la femme japonaise est due à l'exagération et à l'imagination excessive d'écrivains enthousiastes et un peu tartarins. La plupart commettent une étrange erreur en déclarant qu'il faut considérer la geisha et la mousmé comme des êtres délicieusement exquis, voluptueux et charmeurs. Rien n'est plus faux et plus contraire à ce qu'on rencontre et aussitôt qu'on essaie de se convaincre de l'agrément de ces étranges petits bipèdes, on ne tarde pas à être désillusionné de fond en comble.
Les spectacles qui nous sont offerts, sont parfois drôles, plutôt comiques et amusants, mais, on n'y trouve en vérité que la petite femme poncive peinte sans variété et avec monotonie sur les porcelaines japonaises, ce sont les mêmes types figés dans une grâce conventionnelle qui revivent en chair et en os, habillés de vêtements aux tonalités de dragées.

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Salutation au domicile. - Les femmes accueillent toujours leurs
hôtes de cette façon, en touchant le parquet du front.
Leurs habitudes de vie, sont, à première vue, assez surprenantes. - Durant les huit premiers jours, la nudité de leurs corps choque un peu nos habitudes européennes, mais, peu à peu, on se familiarise, car on en voit tant et tant qui exhibent leurs carnations molles, qu'on finit par n'y apporter aucune attention. On croise fréquemment dans les rues des villes, plus souvent à travers les chemins des champs, des hommes et des femmes presque déshabillés et marchant, robes troussées, en découvrant leurs jambes au delà des cuisses. Cela se voit à chaque pas, et à tout instant. - On est vite repu de ce spectacle, car, comme disait un vieux moraliste, il n'y a que l'embarras d'être nu qui fasse l'attrait de la nudité. Les habitants ne voient dans cette façon de se dévêtir rien d'impudique ou de honteux. Dans les grands bâtiments d'exploitation ou plusieurs centaines de femmes et d'hommes travaillent à sécher le thé ou à filer la soie, on trouve, durant les chauds jours de l'été, les hommes absolument nus, comme des nègres, munis cependant d'une dernière ceinture de pudeur. Il en est presque de même pour les femmes ; la plupart sont dévêtues du torse et des jambes, il en résulte qu'on aperçoit souvent des modèles d'anatomie nippone vraiment extraordinaires.
Les scènes auxquelles on assiste ne sont pas cependant toujours aussi brutales ou sauvages, ainsi lorsqu'on passe dans la rue, sur le tard, à la brune, un joli tableau s'offre aux promeneurs. En effet, toutes les maisons sont ouvertes sur le devant, et, une ou deux jeunes filles se livrent à leur toilette, agenouillées ou accroupies par terre, devant une petite glace. Là, elles se font faire les cheveux, se fardent, se font mettre de la poudre, se font peigner, sans s'occuper jamais des indigènes qui passent ou des étrangers qui s'arrêtent pour contempler avec surprise et agrément ces scènes rurales, parfois pittoresques. Il arrive aussi très souvent, lorsqu'on traverse les campagnes, de voir des familles entières se livrer au plaisir du bain. C'est là une cérémonie sérieuse et qui n'est point dépourvue d'un certain apparat patriarcal. C'est le plus âgé des parents qui entre dans l'eau en premier ; les autres personnes de la même famille suivent son exemple, selon leur rang et selon leur âge. A la fin arrive le tour des jeunes filles et des domestiques. Toutes se dévêtent sans embarras, sans honte et sans gêne. Une fois dans l'eau, leur grande joie est de se moquer en riant des quelques curieux qui, attirés par ce spectacle, s'amusent à les considérer. - On sent que leurs plaisanteries sont gamines et jamais malveillantes. - Ce sont des enfants pétris pour le rire et la bienveillance.
A Myanoskita, à Junioto et ailleurs, dans les établissements de soufre et de magnésie, il y a même une piscine commune où se mêlent les personnes des deux sexes, absolument nues, mais, dans les derniers temps, les missionnaires ont tellement protesté contre cette coutume, que la liberté de se baigner ainsi a été atténuée dans certaines contrées. Dans plusieurs établissements même, les missionnaires ont fait établir une branche de bambou qui flotte au milieu de la pièce d'eau, afin que le côté où se baignent les hommes se trouve suffisamment éloigné du côté des femmes.

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Femmes fumant et causant en buvant du thé, durant les journées chaudes.
Autrefois, il était d'usage, ou plutôt de mode, parmi les femmes devenues épouses légitimes de se faire noircir les dents. C'était une coquetterie d'épouse. Actuellement on voit encore nombre de femmes mariées enlaidies par le deuil de ces mâchoires d'ébène poli. On ne peut, en effet, imaginer rien de plus hideux qu'une bouche s'ouvrant ainsi sur des dents de charbon. D'où vient cette mode ? On ne saurait le dire, peut-être, et il faut le croire était-ce un gage de fidélité, car par ce subterfuge défigurant, toute intrigue avec une femme mariée devenant presque impossible et le dévastateur du foyer, l'affreux célibataire, n'avait pas ainsi le désir de gîter, comme le coucou au nid d'autrui. Cet usage est heureusement aboli. Les Japonais de haute classe étant devenus plus indépendants que leurs aïeux, se paient aujourd'hui, le plaisir de choisir leur femme, et, même essayent autant que possible de la rechercher pour sa seule beauté, répugnant d'avance à cette mutilation de l'éclat d'émail, de la blancheur d'ivoire des dents de leur épouse.

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Le savonnage après le bain (à la campagne).
Les pauvres gens abondent au Japon ; ils y vivent du travail de leurs mains. Pourtant les plus dures corvées sont réservées aux femmes. Il y en a qui, pendant que les vieux piochent dans les champs, marchent durant trois ou quatre kilomètres dès le lever du soleil, afin de porter à l'homme son dîner attaché dans un petit mouchoir bleu. D'autres, ouvrières d'usines, ou d'exploitation agricole quelconque, travaillent aux plus pénibles ouvrages toute une longue journée, et cela pour un pitoyable gain de quelques sous, avant de rentrer chez elles le soir, après un long trajet pour se livrer encore aux soins du logis. Ces durs travaux ne sont payés que d'un minimum de nourriture. Un peu de riz, un peu de poisson, constitue le menu de ces pauvres diablesses. Parfois, exceptionnellement, comme plats de fête, on leur offre les mets du pays, la plupart repoussants : du raifort sucré, des fruits poivrés, des gâteaux de pâte de haricot, et autres aliments indigestes qui doivent procurer aux infortunées de sérieuses dyspepsies.
Il arrive parmi ces grands troupeaux de bétail humain bien d'autres indignités. Exemple : si, par extraordinaire, à l'heure de la mise en train du travail, le matin vers les cinq heures, il se trouve dans la masse des indigentes ouvrières une femme plus jolie que ses compagnes, elle est aussitôt sollicitée par les patrons comme une concubine puis bientôt vendue par ses parents, pour une centaine de francs, à un des innombrables établissements de prostitution du pays. Une fois le marché conclu, cette malheureuse est captive dans son bazar de beauté; elle ne peut en sortir que si quelqu'un consent à payer sa liberté. Si elle tombe vraiment malade, on la transporte dans un hôpital.

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Les soins réciproques de la toilette et du massage.
Les maisons de thé (tea houses) abondent un peu partout. A la campagne, sur les routes, elles s'espacent à chaque kilomètre, et, là, les porteurs de chaises, les coolies tireurs de jiaricksha ou les betto conduisant des chevaux et des bœufs s'arrêtent pour manger et pour boire. Les voyageurs sont toujours assurés d'avoir du thé à leur disposition et quelquefois de la bière. Les conducteurs de convois y trouvent tous les plats nationaux et, cela à des prix ultra minimes. Dans ces auberges on est servi par des jeunes femmes qui comptent encore parmi celles dont les manières galantes et polies sont de tradition. Le salut profond, l'inclination de la tête à plusieurs reprises devant le consommateur, le mot banal de bon accueil souvent répété, font partie de leur service, et, cette politesse de leur part est égale pour tous, que l'on soit grand seigneur ou coolie.
Toutes, ou presque toutes, les femmes de ces établissements peuvent devenir disponibles au gré des voyageurs, moyennant une redevance minime qui retourne au propriétaire. Dans les maisons de thé des grandes villes, à Tokyo, à Yokohama, les geishas sont plus élégantes et plus sérieuses. Elles servent toujours le visiteur avec une affabilité excessive, lui sourient, et, dans leur langue nationale, lui adressent des compliments extravagants dont on ne comprend pas d'ailleurs un traître mot. Ces geishas sont beaucoup plus instruites et mieux payées que les filles d'auberge. Celles-là savent danser, jouer, chanter pour amuser les clients. La plupart sont fort habiles aux détails de la cérémonie du thé. C'est un long et fatigant service pour l'accomplissement duquel il faut, durant de longues années, accepter des leçons. De plus, ces dames doivent parfois encore masser le visiteur trop las. Mais, pour tant de peines, il est juste de dire qu'elles reçoivent de temps à autre des cadeaux importants de la part de ceux qu'elles ont servis avec docilité et habileté. Elles ne sont d'ailleurs pas toutes disposées à se donner ou à se vendre ; quelques-unes se refusent, ce sont les plus rares, et insistent en faveur du mariage qu'elles réclament comme condition à leur complaisance.
Les hommes titrés du nouveau régime japonais, ceux qui occupent aujourd'hui, une position importante et de confiance dans le gouvernement ont bien souvent épousé et conservent actuellement comme fidèles ménagères, des femmes qui étaient peut-être geishas dans une maison de thé, sinon de simples prostituées de maison publique. Ces distingués personnages ne sauraient admettre qu'il y ait à cela rien de ridicule ou d'extraordinaire et les amis qui sont au courant de la situation ne se font pas faute de féliciter ces nouvelles marquises ou comtesses de leur bonne tenue acquise. Toutes deviennent des compagnes idéales, fidèles, soigneuses, toujours gentilles, en un mot de gracieuses maîtresses de maison, auxquelles on ne saurait rien reprocher.

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Petites paysannes portant l'eau et faisant la lessive
Les mœurs populaires et rurales que nous avons décrites ne se rapportent point en effet aux dames de l'aristocratie peu connue des Européens. Celles que l'on voit, soit aux réceptions de la cour, soit chez les ministres d'Etat, soit aux dîners diplomatiques sont bien élevées, gracieuses et instruites. Leur modestie est charmante ; bien qu'elles ne soient pas toujours très jolies, elles sont avenantes et modestes, excellentes épouses, très entendues aux soins du home, sachant recevoir, donner des dîners et seconder habilement l'ambition de leur mari.
Depuis la guerre contre la Chine, les Japonais sont devenus plutôt plus hautains et d'une relative arrogance. Une transformation absolue semble s'être manifestée chez eux qui les modifia d'une façon presque complète. Leur courtoisie, leur politesse traditionnelles, ont pu sembler un instant oubliées. La plupart sont devenus insupportables, suffisants et intraitables, et, on a pu craindre qu'à l'heure d'un nouveau traité de 1889, ils n'aient été capables de vouloir chasser tous les étrangers de leur pays. Heureusement, il n'en fut rien. Nos relations avec leurs soldats en Chine furent tout récemment cordiales et parfaites.

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Geishas dansant.
Si les danseuses commettent une erreur dans leur rythme
précis et leurs gestes, elles doivent payer une amende qui
consiste à enlever un objet de leur toilette.
Elles arrivent de la sorte à quitter peu à peu leurs
vêtements l'un après l'autre et à apparaître souvent nues.
Les hommes se saluent aujourd'hui dans la rue tout comme les Européens, en soulevant le chapeau, et, même d'un simple signe de tête. Les salamalecs infinis de naguère, les inclinaisons du buste, les prostrations du crâne qui étaient coutumières ne se pratiquent presque plus dans les relations sociales. On a laissé aux femmes cette vieille pratique des anciens temps : celles-ci saluent en effet à l'aide de toute une série de génuflexions et de contorsions dont la première consiste à se courber jusqu'à toucher le plancher du front.
C'est une manière gracieuse à observer pour un étranger, mais humiliante à notre sentiment et tout à fait contraire aux idées chevaleresques de la galanterie contemporaine. Mais, au Japon, les préjugés existent toujours au sujet de la femme. Elle est et sera encore longtemps considérée comme une créature infime, une petite chose d'une importance médiocre et secondaire. Un galant homme se révolte parfois, en voyageant aux alentours du Fusyama, à regarder un mari paresseux qui se prélasse dans une chaise à porteur ou sur un cheval, tandis que sa femme marche péniblement à pied sur ses talons. A dîner, le maître de la maison est toujours servi le premier, ou, s'il y a des hôtes, les hommes ont toujours le premier choix des mets. Lorsqu'on voyage, s'il y a un paquet ou un fardeau à porter c'est encore et toujours la femme qui en est chargée. C'est la créature corvéable en toute occasion.
Cet état de choses éveille une pitié chez nous, qui ne peut être comprise des Japonais lesquels n'ont pour la femme qu'une sorte de mépris et la considèrent comme un animal à leur usage.
Comme elles doivent travailler beaucoup et apprendre aussi bien à danser qu'à besogner, on peut volontiers s'étonner qu'elles ne deviennent point fortes et gaillardes filles avec des chairs fermes et solidement musclées.
Au contraire, elles sont faibles, anémiques, boursouflées ; est-ce au bain chaud qu'il faudrait attribuer leur état plutôt maladif de bébés mûrs ?

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Femme de la campagne filant la soie devant sa demeure.
La prostitution est une dépendance du gouvernement. Les maisons de débauche autorisées sont toutes groupées dans un enclos à part qui est entouré d'une haute muraille ; à chaque entrée on voit une station de police. Il est de règle que chaque client qui passe une nuit dans ces Cythères jaunes inscrive son nom sur un registre spécial en y joignant son adresse.
Les maisons de cet enclos de Vénus sont assez nombreuses ; elles sont toutes remplies de filles. Il y en a de toutes origines, de tous genres et de tous tarifs. Vers dix heures du soir, toutes ces dames, habillées de vêtements richement brodés, les cheveux merveilleusement coiffés et garnis de rubans, de peignes, d'ornements de toute espèce, la figure peinte, les lèvres et les sourcils laqués, cette fourmilière de femelles décoratives se montre en étalage derrière un treillis de petits barreaux de bois. Agenouillées devant un hibachi (boîte à tabac et à feu), elles attendent passivement les clients. Ordinairement elles portent toutes des kimonos de même couleur, et l'effet est assez drôle de le voir d'ensemble, alignées et assises derrière ces grillages de recluses ainsi que d'étranges oiseaux des îles dans une cage.
Quelquefois un soupirant apparaît et fait un signe imperceptible à celle qu'il désigne pour son agrément. Alors elle s'approche, afin de causer un instant avec l'amoureux à travers l'obstacle et, ils commencent, à voix basse, le prologue de leur bref et banal roman sans lendemain. Il paraîtrait que les règlements de police sont sévères, qu'il y a inspection régulière et que les désagréments du mal napolitain y son inconnus.
Tous les Japonais l'affirment du moins ; peut-être la race jaune est-elle réfractaire ; en tout cas, le code pour le règlement des Yoshiwana semble être très bien rédigé. Les médecins européens qui sont allés au Japon et qui ont vu les choses de plus près pensent différemment. N'insistons pas.

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L'heure de l'allaitement maternel.
Dans les Yoshiwana il y a un quartier spécial aux Européens, une sorte de maison, meublée de tous les objets que l'on considère comme indispensables à des Occidentaux. Dans les établissements nationaux, il n'y a aucun meuble spécial. Le plancher doit servir à la fois de lit, de table, de chaise et de toilette. Dans ces maisons communes, les puces sont nombreuses et envahissantes. Tous ces plaisirs variés s'obtiennent à des prix différents, fort modestes en toute occasion. Le lendemain de séjour dans ces bouges, le visiteur est invité à se baigner dans le grand bain en compagnie des petites épouses, c'est l'acte final de ce voyage à Corinthe ; après quoi, il règle son compte et s'en va. - L'Européen est généralement déçu.
Dans toutes les villes, il paraît qu'il existe une ou deux maisons de joie qui, au lieu d'être sous la dépendance des Japonais, sont laissées sous le protectorat étranger. Dans ces Edens d'Occident, il n'y a que des femmes européennes, venues un peu de toutes contrées. Malgré leur décrépitude, elles sont recherchées, courtisées et reçues honnêtement par les résidents consulaires. Cette invasion de femmes d'Europe prouve une fois de plus que la Japonaise n'est supportable que passagèrement, et que les Occidentaux reviennent bientôt, leur première curiosité calmée, à des bêtes moins passives et d'un commerce intellectuel plus aisé. Ce qui explique le succès des vieilles gardes d'Europe exilées au Japon.

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Le Bain de famille en plein air.
A droite, la servante souffle le charbon de terre par lequel le
bain est chauffé.
Un détail précis et curieux : les pensionnaires de ces maisons closes à l'européenne sont tout à fait indépendantes ; elles paient une somme modeste pour leur loyer et leur repas et, cette question réglée, elles ne sont plus aucunement solidaires de la maîtresse de l'immeuble. Celle-ci n'est pas, à proprement parler une entremetteuse, bien que sa maison serve à une coupable, mais nécessaire industrie ; elle n'est considérée que comme loueuse de chambres meublées. Elle ne reçoit même aucun bénéfice spécial de l'entreprise des filles qu'elle héberge ; ces dernières, de la colonie d'Europe, exercent, ainsi que bon leur semble, leur profession libre et elles ne tardent point à se trouver, toutes, connaître le beau monde de la ville.
Arrivons au détail plaisant : Ici comme en Chine, dans les succursales étrangères, les résidents consommateurs ne paient jamais argent comptant leurs fredaines. Pour toute transaction, l'habitude est de signer seulement une lettre de change que l'on nomme chit. Le 1er de chaque mois, les marchands et fournisseurs envoient leur facture et recouvrent les chits signés par le client auquel ils réclament le montant du chit. Les habitués des maisons étrangères ne déboursent jamais d'argent, mais reçoivent de leur amie ou amies, le 1er de chaque moi, une facture détaillant les faveurs accordées et les prix dont on les tarifa, c'est le bordereau des plaisirs évanouis, le relevé des faiblesses charnelles du mois précédent. Le chèque à payer est présenté au bureau du client par le garçon principal de l'établissement, qui se trouve être également l'homme de recettes des aimables pensionnaires.
Tout se réduit donc à une question de compte à régler le 1er du mois, à une transaction de chose à acheter et à vendre. Nous voici loin de tout sentiment et de tout flirt galant, c'est une facture brutale de fournitures de charmes faites à prix fixe, sans rabais de prix ni escompte d'usage.

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Dîner en famille.
La dégustation du "soba" qui est une sorte de macaroni national
Telles sont, traduites avec un minimum d'arrangement et dans l'état de décousu et parfois l'inharmonie de style où elles me parviennent, - les observations et les notes diverses qui me sont envoyées par un ami d'Amérique, depuis des mois, résident dans la patrie des mousmés.
Ces documents rédigés sans aucun souci de style ou d'esprit, ont un accent de vérité d'autant plus agréable que celui qui les rédigea en partie n'y apporta point l'imagination grossissante ou le terrible embellissement fleuri que croit devoir nécessairement souvent y ajouter le littérateur. Nous voici loin de Madame Chrysanthème, et la pauvre petite Japonaise, au sortir de cette lecture, nous apparaîtra moins séduisante mais plus pitoyable. Malgré les bienfaits de la civilisation qui a, depuis peu, envahi sa nation, elle reste soumise aux misères et aux servitudes ancestrales ; elle demeure victime des préjugés qui s'attachent à son sexe et rien ne vient la relever de l'état d'abêtissement ou d'abjection qui en fait une bête de somme ou de plaisir. Comment peut-on espérer une amélioration prochaine de son lamentable état, alors que dans son pays, le bouddhisme enseigne que la femme doit, même après sa mort, prendre la forme masculine pour parvenir à renaître dans l'Eternelle Evolution du Monde ?
Ménagère ou courtisane, c'est bien pour les Japonaises que le dilemme de Prudhon [i.e. Proudhon] se pose inexorable sans même qu'elles puissent oser rêver, ainsi que nos compatriotes, d'en pouvoir un jour démontrer la fausseté paradoxale.

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Les siècles passeront et elles vivront inconscientes, soumises, bornées, vouées à l'esclavage de l'homme, reléguées selon l'esprit bouddhique aux rôles les plus subalternes, les plus pénibles et les plus infâmes.
Les ardentes émancipatrices de la femme pourront, leur besogne faite en Europe, et leur cause gagnée, envoyer des missionnaires au pays des mousmés. Elles y auront fort à faire et leurs théories seront longtemps incomprises tant la passivité des malheureuses est devenue atavique, machinale, inconsciente.
Ne seraient-elles pas plus infortunées, d'ailleurs, le jour où leur abjection leur serait révélée et où l'on éclairerait d'illusoires espérances leurs obscurantisme jusqu'ici absolu !
Nous opinons plutôt à le croire !

Octave Uzanne
La Contemporaine (*), revue illustrée (le Monde Moderne)
Paris, Librairie Félix Juven, s.d. (1902)
pp. 185-208


(*) La Contemporaine (1901-1902) « Revue illustrée bi-mensuelle » / « Revue illustrée paraissant le 10 et le 25 de chaque mois » Paris (122, rue Réaumur, [75003]). Éditions Félix Juven. In-8 / Bi-mensuel Dir. : Félix Juven 30 numéros en livraisons du n° 1 (10 mars 1901) au n° 30 (25 mai 1902). Absorbée par La Revue (1900-1919) en juin 1902. La Contemporaine avait remplacé Le Monde Moderne (A. Quantin éd.). Le volume qui a servi à la saisie de cet article est recouvert d'un cartonnage éditeur marqué : Le Monde Moderne (toile bleue décorée), avec au dos le titrage LE MONDE MODERNE 17 / LA CONTEMPORAINE 7.
                                       

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