mercredi 7 août 2013

Nécrologie d'Octave Uzanne par ses amis de l'Association des Journalistes Parisiens (1932) : « [...] rien n’est plus bête que de se tuer et que les morts ont toujours tort aux yeux de ceux pour qui ils sont morts. – amen –. » (Octave Uzanne, extrait d'une lettre à son frère, 10 mars 1908).



Faut-il s'attendre à la reconnaissance post-mortem par ses pairs ? Octave Uzanne ne se faisait sans doute guère d'illusion sur la question. Et sa mort lui donnera raison. Bien rares sont les nécrologies qui ont justement et de manière complète retracé la carrière de plus de 60 ans de l'homme de lettres-bibliophile-journaliste.


En voici un nouvel exemple avec une nécrologie minimaliste issue du Bulletin de l'Association des Journalistes Parisiens, publiée dans le numéro 47 de 1932. Octave Uzanne est devenu officiellement journaliste le 15 mars 1893 en étant accepté au sein de cette association professionnelle. Il n'aura de cesse de publier des articles presque quotidiennement pour de très nombreux journaux et revues depuis la couverture de la Columbian World's Fair de Chicago (mai-juin 1893) jusqu'aux dernières heures de sa vie peu avant octobre 1931. Ce sont ainsi plusieurs centaines voire plusieurs milliers d'articles ou chroniques disséminés ici ou là, qui pour un bon nombre, restent encore à découvrir au hasard des feuilles de province et autres petits journaux thématiques. Au 14 mars 1914 cette association comptait 471 membres. A noter que le photographe Eugène Pirou faisait des portraits des sociétaires pour les cartes d'identité des journalistes ; il doit donc exister quelque part une photographie d'Octave Uzanne à cet usage.



Voici le texte intégral de la nécrologie de ses « amis et confrères journalistes » :


« Un autre ancien de notre Association, Octave Uzanne, est décédé le 31 octobre [1931], dans sa 80e année.
C'était un érudit dont la production littéraire est considérable.
Il avait publié quantité d'ouvrages et notamment des études qui font autorité sur les XVIIe et XVIIIe siècles, et parmi lesquelles on peut citer : les Poètes de Ruelles au XVIIe siècle, les Petits Conteurs au XVIIe siècle, etc...
Fondateur de la Revue du Livre, il publia également des études de bibliographie : Nos amis les livres, Causerie sur l'Art des Livres, l'Art dans la décoration extérieure des Livres, etc., etc...
Consciencieux écrivain et chercheur infatigable, Octave Uzanne était une véritable encyclopédie vivante, et c'était avec une joie qu'il ne savait dissimuler qu'il se laissait interroger sur les sujets les plus divers. »


[Nécrologie non signée]


Outre que les Journalistes Parisiens font l'impasse sur l'oeuvre féminolâtre d'Octave Uzanne, sur ses activités de directeur de publications bibliophiles (Président et fondateur de deux société de bibliophiles en 1889 et 1894) ; outre le fait qu'ils écorchent ou se trompent sur les titres du peu de ses œuvres citées, le panégyrique est léger ... mais courtois. Fallait-il s'attendre à mieux ?


Octave Uzanne, lucide, écrivait à son frère Joseph, depuis sa villégiature de St-Raphaël, le 10 mars 1908 (il n'a pas encore fêté ses 57 ans) :


« Tu dois donc te ménager, aller ton petit bonhomme de chemin, sans surcharger et songer à ta peau, à ta santé, à ton âge, tout cela avec logique, mesure, volonté, en te disant que rien n’est plus bête que de se tuer et que les morts ont toujours tort aux yeux de ceux pour qui ils sont morts. – amen –. »

Ce qu'il fallait démontrer.

Bertrand Hugonnard-Roche

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