mardi 5 mars 2013

Octave Uzanne se prenait-il pour un faune ? un satyre ? un Homme-Bouc ?

Aquarelle originale d'Eugène Courboin
sur le faux-titre de L'Ecole des Faunes (1896)
Octave Uzanne se prenait-il pour un faune ? un satyre ? un Homme-Bouc ? Octave Uzanne se prenait-il pour un descendant de Faunus, troisième roi d'Italie, lequel était, disait-on, fils de Picus ou de Mars, et petit-fils de Saturne ? Toujours est-il qu’il ne faut pas chercher très longtemps dans son oeuvre pour trouver ce parallèle flagrant. Octave Uzanne tente de nous soumettre cette métamorphose dans plusieurs de ses ouvrages. Est-ce sa chevelure brune bouclée tel un caprin des montagnes qui lui donne cette légitimité ? Est-ce le caractère capricieux et emporté des Hommes-Boucs qui lui fait pousser cornes et oreilles faunesques ? Tout semble résumé par un titre : L'Ecole des Faunes, Fantaisies muliéresques. Ouvrage publié en 1896 et qui regroupe les premiers ouvrages de l’auteur sur les femmes et l’amour. L’assimilation au faune ne va en effet jamais sans cette connotation féminolâtre. Octave Uzanne est un faune lorsqu’il s’adresse aux Dames.

Les Surprises du Coeur (1881)
Détail du frontispice
Est-ce donc un hasard si dès la parution en 1878 des Poésies de Montreuil, ce « petit abbé musqué », le frontispice dessiné et gravé par Adolphe Lalauze représente un Homme-Bouc, fils ou neveu probable de Pan, assis aux pieds d’une nymphe gracile à peine drapée ? Est-ce un hasard encore lorsqu’à la fin de janvier 1880, parait Le Calendrier de Vénus où l'on trouve en frontispice, dessiné et gravé par Marius Perret, un Octave qu’on devine Satyre ; en buste, posé sur une colonne antique à demi masquée par une muse amusée à chevelure démesurément anti-callipyge ? Le 20 juin 1881 paraissent Les Surprise du Cœur, frontispicées par Géry-Bichard. Le satyre-faune cornu et riard surmonté d’un angelot égomaniaque porte le nom d’Octave Uzanne au pinacle, en toutes lettres majuscules. Mais pas seulement ! Sur ce monument où est gravé le titre de l’ouvrage, tel dans le marbre blanc, de part et d’autres de cette pierre, s’amusent un caprin saboté et fièrement corné et sa galante féminine, dénudée par l’animal. Est-ce bien un hasard donc ? Seul le frontispice du Bric-à-brac de l’Amour (1879) échappe à cette mythologie faunesque. Devrait-on encore chercher des preuves de cette pseudo-schizophrénie iconographique qu’on les trouverait dans la petite vignette qui orne la page de titre de la Correspondance de Madame Gourdan (une des plus célèbres maisons de plaisirs de Paris au XVIIIe siècle) publiée en 1883. C’est ici encore un Homme-Bouc, tout en cape, s’enfuyant avec un gros volume sous le bras.

Vignette d'Eugène Courboin
L'Ecole des Faunes (1896)


L'Ecole des Faunes
Frontispice par Daniel Vierge (1896)
Cherchons ! Cherchons ! Nous en trouvons encore ! Allons fouiller dans cette Ecole des Faunes publiée en 1896. Le frontispice que donne Daniel Vierge montre des satyres enlevant des houris ! Pas de doute Uzanne est au Paradis. Daniel Vierge ne grave-t-il pas au bas à gauche cette pancarte « A Faunopolis l’an 1896 ». Tout est dit. C’est Eugène Courboin qui illustre le reste de l’ouvrage d’étonnantes vignettes coloriées : le thème du faune s’y trouve presque partout. Et comme si cela ne suffisait pas à étayer l’hypothèse, nous avons sous les yeux l’exemplaire de ce livre qu’Octave Uzanne offrit à son « ami et très parfait illustrateur Eugène Courboin en témoignage de sincère affection ». Exemplaire qu’Eugène Courboin s’empressa d’orner sur la même page d’une magnifique et expressive aquarelle originale : un faune (Octave Uzanne) assis sur une base de colonne antique, la tête renversée en arrière, chevauché par une de ces houris frondeuses adorées, cette dernière tenant à bout de bras une amphore dont le précieux nectar va directement, en une longue coulée, dans la bouche de l’Homme-Bouc. Le tout est accompagné de l’énigmatique inscription latine BIS IN IDEM. Homme-Bouc à mi chemin de Bacchus-Épicure. Octave Uzanne se reconnait bien là.

L'Ecole des Faunes
Vignette d'Eugène Courboin (1896)
Nous sommes en 1896, Uzanne a 45 ans. L'âge calme les plus intenses ardeurs ... Il semble qu’ensuite le faune se soit endormi en lui. L’âge aidant sans doute. On ne trouve plus, sauf erreur, d’allusions iconographiques à cet Homme-Bouc qui l’aura pourtant suivi tout au long de sa carrière littéraire entre 1878 et 1896. Près de vingt années de force de l’âge, de santé virile qu’Uzanne aura toujours assimilé à cette bête mi-docile mi-sauvage, à cette créature féminolâtre et féminophage qu’il a décrit dans ses textes, plus et tant. Nous y reviendrons bientôt.

Durant ces années, Octave Uzanne n’aurait certes pas renié ces vers faunesques de Paul Buisson dit Buisson de La Haye, son tout juste contemporain, ancien séminariste aux Cordeliers de Dinan entre 1887 et 1897, intitulés La morale du Faune :



Poésies de Montreuil "le petit abbé musqué"
Frontispice par A. Lalauze (1878)

Un faune au corps velu, tout gorgé d'hydromel,
Venait guetter sa proie au jardin d'Epicure,
Quand Diane opposée à ce festin charnel
Le jeta dans les fers pour punir sa luxure.

En se traînant aux pieds de la Divinité,
Plein d'effluve et d'un ton exprimant sa souffrance
Il s'écria: « Reprends mon immortalité !
Mon corps privé d'amour met mon âme en démence !

Que te sert de planer si chaste sous les cieux ;
De molester la nymphe et de chasser sans trêve.
L'amour est un levain préparé par les dieux ;
Un corps inassouvi s'amollit dans le rêve ! »

Lorsqu'il reprit ses sens à la clarté du jour,
Craignant de retomber sous ces ordres stériles,
Il redoubla ses rapts et vécut tour à tour
Entre le dieu du vin, l'hydromel et les filles.

                               Buisson de La Haye

Les Suprises du Coeur (1881)
Détail du frontispice de Géry-Bichard

Ce billet ne se veut qu’une première et faible approche du thème Uzanne-Homme-Bouc, nous reviendrons prochainement sur le sujet avec de nouvelles informations, cette fois prélevées à même le texte de ses ouvrages de Contes Féminolâtres et autres Fantaisies.

Bertrand Hugonnard-Roche

L'Ecole des Faunes
Vignette d'Eugène Courboin (1896)

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