vendredi 15 mars 2013

Octave Uzanne, entre le Go ahead ! à l'américaine et le Boutez en avant de Mme du Barry. Une marque décorative par Eugène Grasset.

Octave Uzanne écrit dans la Critique Littéraire du mois ou Dernier coup d'oeil sur les livres d'étrennes pour 1884 (*) :

« Notre mandat est rempli et le dernier coup d'oeil aux vitrines rutilantes des librairies parisiennes est définitivement jeté. Ne regardons plus en arrière maintenant, et, à l'aurore de cette nouvelle année, avec le désir de toutes les réformes que nous comptons apporter à cette revue, soyons attentifs aux moindres évènements littéraires qui vont se produire et lançons, à l'américaine, l'audacieuse apostrophe du progrès, ce Go ahead ! qui est presque la traduction du fameux Boutez en avant de Mme du Barry. »


Fidèle à son habitude de traduire par l'Art tout ce qu'il avait pour habitude d'exprimer en pensées, c'est donc sans grande surprise que l'on trouve des enveloppes de correspondance d'Octave Uzanne rehaussées d'une belle vignette gravée sur bois : voilier toutes voiles au vent sur une mer tourmentée sur un fond de glaives et de flammes en éventail. Avec écrit sur les deux voiles supérieures The Go-a-Head // O U. Cette composition est signée en bas à gauche EG pour Eugène Grasset, dont on reconnait bien le style. Les deux enveloppes ornées de cette vignette que nous avons sous les yeux sont datées entre le 18 juillet 1906 et le 10 janvier 1907. Les courriers étaient adressés à une correspondante américaine dont nous reparlerons bientôt. L'une présente un tirage en noir de cette vignette (placé dans l'angle inférieur gauche de l'enveloppe - côté adresse) et l'autre un tirage en bistre (placé dans l'angle supérieur gauche de l'enveloppe - côté adresse).

The Go-a-Head d'Octave Uzanne est donc, plus de vingt ans après son évocation du Go Ahead ! américain et le Boutez en avant de la du Barry, un fougueux voilier sur une mer démontée, qui rayonne pourtant (glaives et flammes). En 1906-1907 Uzanne est âgé de 56 ans. C'est le moment qu'il choisira pour effectuer un changement de mode de vie à 180° (vivre au calme, éloigné des tentations en tous genres). Nous y reviendrons bientôt.

Quoi qu'il en soit cette marque pour Octave Uzanne, gravée à ses initiales et selon son goût du moment par Eugène Grasset, n'est ni sans charme ni dénué d'un sens aigu des fameuses sensations d'art qu'il défendait tant. On sait qu'Eugène Grasset devait travailler à l'illustration d'un ouvrage pour les Bibliophiles contemporains dans les années 1890, mais que l'entreprise a finalement échoué tant celui-ci était surchargé de demandes à cette époque. Les deux hommes, restés en contact, sans doute même liés par une forme d'amitié artistique, ont donc finalement réussi à produire quelque chose ensemble : cette marque artistique.

En 1892 Octave UZANNE avait donné un article élogieux intitulé « Eugène Grasset, Illustrateur, Architecte et Décorateur » dans sa revue L'Art et l'Idée, t. II, p. 193-220. On n'oubliera pas non plus l'éloge qu'Uzanne réserva à la sortie des Quatre Fils Aymon (Paris, H. Launette, 1883) désignant ce livre comme l'un des plus beaux du siècle (nous y reviendrons également bientôt).

Bertrand Hugonnard-Roche


(*) in Le Livre, Bibliographie Moderne, cinquième année, première livraison, 10 janvier 1884, p. 24

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