lundi 4 juin 2012

Exemplaires remarquables : Féminies, huit chapitres inédits dévoués à la femme, à l'amour, à la beauté par Gyp, Abel Hermant, Henri Lavedan, Marcel Schwob & Octave Uzanne. Frontispices en couleurs d'après Félicien Rops, encadrements et vignettes de Léon Rudnicki. Paris, imprimé pour les Bibliophiles contemporains en 1896. Superbe exemplaire relié plein maroquin mosaïqué signé Petrus Ruban (1899).


Photographies Librairie L'amour qui bouquine

Féminies, huit capitres inédits dévoués à la femme, à l'amour, à la beauté par Gyp, Abel Hermant, Henri Lavedan, Marcel Schwob & Octave Uzanne. Frontispices en couleurs d'après Félicien Rops, encadrements et vignettes de Léon Rudnicki. Paris, imprimé pour les Bibliophiles contemporains en 1896. Superbe exemplaire relié plein maroquin mosaïqué signé Petrus Ruban (1899).



Il s'agit là d'un des plus beaux livres jamais édités par les soins et sous la direction d'Octave Uzanne. Ce beau volume de format in-8 étroit (26,5 x 17,5 cm) a été achevé d'imprimer le 15 février 1896. Il avait été commencé dès mai 1895 et sort des presses de l'Ancienne maison Quantin. Ce livre a été composé pour MM. les Sociétaires de l'Académie des Beaux Livres, Bibliophiles contemporains (alors que cette société n'existe plus en réalité depuis plusieurs mois lorsque ce livre est fini d'imprimer). Le tirage en couleur à "la poupée" des planches gravées d'après Félicien Rops, par Hellé, Fornet et Massé, a été exécuté par F. Maire. Les encadrements de pages ont été gravés d'après les dessins de L. Rudnicki. La couverture de Georges de Feure a été coloriée au patron par Charpentier.

Cet ouvrage inédit et qui - dans son ensemble - ne saurait être désormais réimprimé, a été publié pour les Bibliophiles contemporains. Par les soins et sous la direction de son fondateur Octave Uzanne.

Le tirage a été fait au nombre des Sociétaires de l'Académie des Beaux Livres, plus quelques exemplaires de don, prévus par les statuts, les exemplaires de réserve et enfin les exemplaires de réserve et enfin les exemplaires destinés aux divers auteurs des chapitres de ce livre, au total 183 exemplaires. Celui-ci porte le n° 33 et a été marqué au nom de M. le  Comte de Clapiers (1).

Voici le détail des chapitres traités avec leurs auteurs : Les droits de l'épouse par Henri Lavedan - Les marionnettes de l'amour par Marcel Schwob - Les artifices de la beauté par Octave Uzanne - L'amour comme un sport par Abel Hermant - La femme comme Parangon d'art par Marcel Schwob - Les cabotinages de l'amour par Abel Hermant - L'archéologie de l'amour par Gyp - Au pays de Féminies par Octave Uzanne.


Le tirage du texte est sur papier du Japon tandis que les fronstispices sont imprimés sur papier vélin de cuve. Les eaux-fortes d'après les dessins de Félicien Rops sont en double état (un état définitif en couleurs et un état en noir avec remarques). On trouve en tête du volume un autre frontispice général en couleurs d'après le dessin de Kratké, gravé par E. Gaujean. Chaque page de texte est décoré par des encadrement fleuris typiquement Art Nouveau d'après les dessins de Léon Rudnicki et imprimés en différentes couleurs.


Cet exemplaire a été somptueusement relié par Petrus Ruban en 1899. Petrus Ruban était adulé par Octave Uzanne lui-même. C'est par ailleurs le relieur attitré des exemplaires "éditeur" des deux revues publiées par O. Uzanne entre 1890 et 1892, Le Livre moderne (1890-1891) et L'art et l'idée (1892).

"M. Ruban, l’un des derniers venus parmi les préparateurs de maroquin plein, est en train de former sa réputation à Paris aussi bien que dans les deux Amériques. C’est un jeune, un actif, un fringant, prêt à s’élancer sur la moindre piste où l’entraîne le collectionneur. Il comprend, il saisit d’un mot et ne se refuse à rien sous l’éternel prétexte réduit en niaise formule, que ça ne s’est jamais fait. – Il expose une Dame aux Camélias, reliée « à l’emblème », avec un léger bouquet de la fleur préférée par Marie Duplessis, fleur dont les pétales et les feuilles sont fort joliment mosaïqués ; sa reliure du Miroir du monde, très sérieusement exécutée, est d’une grâce absolue, mais ce qui me frappe le plus dans ma profonde révolte contre la tradition, ce sont les plats de ses maroquins avec appliques de médaillons anciens, miniatures féminines larges comme l’ongle d’un pouce, et ses petits bronzes japonais, éventails et papillons sertis dans le cuir même et s’harmonisant délicieusement avec l’ornementation de la dorure. M. Ruban avait droit à tous les encouragements du jury et à tous les éloges des amateurs ; il lui a été accordé une médaille d’argent. Il laisse concevoir des manières nouvelles vers lesquelles MM. Edmond de Goncourt, Popelin, Philippe Burty et moi-même avons souvent poussé les ouvriers relieurs, et qui consistent à marier au maroquin les émaux, les miniatures sur ivoire, les médailles anciennes, les broderies d’Orient et toutes les curiosités délicatement ouvragées et rares qui peuvent s’incruster dans la peau avec un très léger relief en plus." écrit Octave Uzanne dans un article intitulé Le livre à l’Exposition Universelle de Paris en 1889 : les relieurs d’art." (2)

La reliure donnée ici par Petrus Ruban est un beau spécimen de mosaïqué fleuri typique de la période Art Nouveau. Quelques photographies valent plus qu'un long discours et permettent de juger de la qualité du décor et de l'exécution. L'exemplaire est parfaitement conservé.

Octave Uzanne donne Les raisons de ce livre exposées en nécessaire préface :

"Il n'est guère d'ouvrage réunissant sous une même couverture divers auteurs indépendants, qui n'ait, pour expliquer son groupement, - sauf la contingence de quelque haute idée générale, - certaine cause charitable, littéraire ou artistique. Celle qui enfanta ce livre se trouve, si l'on peut ainsi s'exprimer, être absolument Ropsique.
C'est en effet, au désir de publier, aussi parfaitement reproduits que possible, huit frontispices aquarellés par le maître Félicien Rops, - et qu'un bonne fortune avait mis en leurs mains, - que cédèrent les Bibliophiles Contemporains, fervents admirateurs de l'auteur des Sataniques, lorsque après leur dissolution sociale, ils constatèrent les jolis deniers inemployés qui restaient aux mains du Trésorier.

Ces huit frontispices exécutées, de 1872 à 1876 environ, pour un Recueil fameux d'aquarelles de Rops, formé par M. Noilly, et connu sous le nom de : Cent croquis pour réjouir les honnêtes gens, préfaçaient chaque série de dizains de cet Album fantaisiste, dans lequel apparaissait une sorte de "comédie humaine" vue par le côté exclusif des tentations amoureuses et des éternelles convoitises de la chair.
L'album des Cent croquis, vendu près de vingt mille francs, au lendemain du décès de M. Noilly, fut divisé, et les curieuses compositions de Rops enrichissent aujourd'hui de nombreuses collections françaises et étrangères. Les huit frontispices, demeurés longtemps en notre possession et cédés par la suite, sous réserve des droits de reproduction, appartiennent aujourd'hui à MM. Le Breton (3), de Rouen ; Vautier, de Maubeuge ; Tricaud, Delafosse et Pellet, de Paris. Ils ont été gravés à l'hélio, puis repris à la pointe sèche, mordus à l'eau-forte, tirés en noir et enfin repiqués, retouchés de nouveau selon les exigences du tirage en taille-douce polychrome, dit à la poupée.

Il s'agissait dès lors, à l'encontre de toute logique, de songer au livre qu'illustreraient ces diverses synthèses Ropsiques de la Femme et de l'Amour. Cela équivalait au paradoxe d'élever une maison pour y loger certaines fresques acquises ; mais les paradoxes sont les clowns de l'Hippodrome indécis de la Vérité, on les croit déséquilibrés, alors qu'ils retombent toujours sur leurs pieds, à la confusion des théories normales.

D'ailleurs n'était-il pas indiqué le livre à faire ! - Le vignettiste des Cythères parisiennes restait, au milieu de ses diverses compositions, sur le terrain d'une sorte de mythologie féminine, dans ce royaume des prêtresses d'amour que nos bons vieux auteurs désignaient sous le nom de Féminie ou Femmenie ; il nous montrait symbolisés en de cythéréiques figures les sports, la législation spéciale, l'archéologie érotique, la toilette, l'art et le théâtre de la femme, tout ce en quoi ou par quoi s'affiche l'exquise provocatrice et augmentatrice du péché.

Le titre était trouvé : Féminie, qu'il était bon de plurialiser en le modernisant car le monde des femmes forme aujourd'hui diverses Républiques gynécocratiques dont les moeurs différent essentiellement ; quant aux gynécographes physiologistes, psycgologistes, abstracteurs de quintessence et d'esprit contemporains, n'avions-nous pas pour attiser le pur esprit français Gyp, cette Gyp qui aurait droit au surnom d'Aristophanette, et dont la verve malicieuse se nourrit d'une observation fine, enveloppante et aigüe, mais jamais injuste ou cruelle ; Henri Lavedan, dont les brefs dialogues sont les plus vivantes comédies de ce temps et dont les comédies montrent les plus délicieux, les plus nets, les plus plaisants dialogues qui aient jamais, depuis vingt ans, été écrits pour le théâtre ; Abel Hermant, subtil et élégant analyste de ce que l'on pourrait nommer "les rosseries de conscience" de l'âme actuelle ; et Marcel Schwob enfin, l'auteur de Coeur double et du Roi au masque d'or, écrivain au style d'un prisme surprenant, esprit universellement renseigné et qui sait faire sans pédanterie communier son modernisme à la sainte table des plus mystiques et des plus rares éruditions.
Tous ont bien voulu, à notre appel, nous seconder et s'honorer du cadre précieux dans lequel nous nous somme efforcé d'enfermer leurs proses d'élite. Les Bibliophiles contemporains accueilleront donc ce livre de Féminies avec gratitude, il nous plaît de le croire, ainsi qu'une oeuvre intéressante et rare, véritable édition originale et qui, dans son ensemble, ne sera plus désormais réimprimée.
L'éditeur ou plutôt, - pour nous servir d'un terme anglais moins grave, - le manager de ce livre, ex-président fondateur des Contemporains et qui fut le Brutus de sa création, ne saurait insister sur les difficultés matérielles successives qu'il a dû vaincre pour obtenir dans son expression plus ou moins parfaite, la mise au jour de ce recueil féministe. Aussi, sans vouloir davantage parader en avant-propos de son Edition, se livre-t-il sans le plus frêle souci à l'opinion de ceux - combien peu nombreux, hélas ! - qui par expériences connaissent les vicissitudes d'une manutention de cette nature. Quant aux critiques toujours fécondes et humouristiques des ignorants empressés de se juger dilettantes en la matière, il s'y complaît par avance et les excuse d'autant plus aisément qu'il sera peut-être le dernier à les ignorer. O.U."

(1) le comte de Clapiers possédait une importante bibliothèque à Marseille.
(2) in Le Livre, Bibliographie moderne, dixième année, dixième livraison, n°118, 10 octobre 1889, pp. 481-486. (cet article avait paru pour la première fois dans le journal l’Illustration quelques semaines plus tôt).
(3) Lire au sujet d'un billet adressé par O.U. à M. Le Breton de Rouen : http://octave-uzanne-bibliophile.blogspot.fr/2012/05/octave-uzanne-evoque-le-travail-de.html


Bertrand Hugonnard-Roche

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