vendredi 6 mars 2015

Lettre autographe de Georges d'Esparbès à Joseph Uzanne (11 juin 1908) " [...] Ce cher vin de votre ami Mariani fait tant de bien à ma chère femme."

   
      La lettre transcrite ci-dessous se trouve reliée dans un exemplaire du Mendiant ingrat de Léon Bloy, exemplaire proposé sous le n°101 à la vente aux enchères publiques de livres de ce vendredi 6 mars 2015 à Troyes (étude Boisseau-Pomez, expert Frédéric Harnisch).


Georges d'Esparbès (1863-1944)
Fontainebleau, le 11 juin 1908

Mon cher Uzanne, (*)

Je vous fais mille excuses. Un de mes meilleurs amis, le meilleur du temps de mon enfance, le chef de bataillon d’infanterie coloniale Jean Laporte a succombé, il y a quinze jours, au fond de l’Afrique, sur les bords du Niger, à l’âge de 44 ans.

Nous nous étions aimés dans la même petite école, dans le même village de Gascogne, et nous étions, devenus hommes, des amis intimes.

Sa mort m’a endeuillé tous ces derniers jours, et j’ai été incapable de penser à autre chose qu’à cette fin tragique. Ma douleur n’est pas calmée, mais la vie remonte en moi et je pense à votre lettre, à votre cadeau et à votre visite au Palais …

Que ne m’avez-vous prévenu ?

J’aurais tant désiré vous voir, pour vous remercier. Ce cher vin de votre ami Mariani fait tant de bien à ma chère femme. Mais nous comptons que vous reviendrez au plus tôt, partager notre repas et notre amitié. 

Vous n’avez pas tout vu dans cet immense palais, et d’ailleurs vous devez avoir fort mal vu … Revenez donc, et veuillez, en ce cas, me prévenir un ou deux jours à l’avance, par un simple mot sur votre carte.

En attendant, je vous exprime toute la joyeuse reconnaissance de ma femme et je vous assure de mon affection la plus vive et la plus sincère.

Georges d’Esparbès (**)


(*) Lettre adressée à Joseph Uzanne alors directeur des Figures contemporains Mariani, directeur de la publicité chez le même célèbre propagateur du non moins célèbre vin à la coca, aussi appelé "Vin Mariani". Joseph Uzanne, en charge de la propagande de ce vin tonique, offrait largement autour de lui des bouteilles de ce remède alcoolisé. On sait qu'il en offrait à Léon Bloy. Cette lettre nous indique qu'il en a offert à la femme de Georges d'Esparbès. Celle-ci s'en trouve fort mieux si l'on en croit les déclarations de son mari.

(**) Thomas Auguste Esparbés dit Georges d’Esparbès (24 mars 1863, Valence d’Agen - 1944, Saint-Germain-en-Laye) est un écrivain populaire français de la fin du xixe siècle et du début xxe siècle Fils d'un ancien militaire, et d'abord dessinateur, il se tourne vite vers la littérature. Fréquentant assidûment Le Chat Noir et le groupe des Hirsutes, il entre, en 1888, comme feuilletoniste au Gil Blas auquel il fournit des nouvelles d’inspiration militaire surtout consacrées au Premier Empire et à l’épopée napoléonienne exaltant l’héroïsme du soldat français. Ses nouvelles sont qualifiées de poèmes en prose. Il devient le chantre du Grognard. Il est l'ami de Léon Bloy, qu'il fait entrer au Gil Blas, de Jean Moréas et de Laurent Tailhade. À partir de 1892, il collabore régulièrement à La Plume. Maurice Barrès donne en 1900 une préface à son Le Roi. Poème épique. En 1904, il est nommé conservateur du château de Fontainebleau. À la déclaration de guerre, en 1914, il voulut s'engager, sans succès. Plusieurs de ses œuvres seront portées à l'écran comme La Légende de l’Aigle en 1911 par Victorin Jasset et Émile Chautard ou Les Demi-solde, qui sera adapté plusieurs fois, d'abord en 1922 par Bernard-Deschamps et Julien Duvivier sous le titre L'Agonie des aigles, puis en 1933 par Roger Richebé sur un scénario de Marcel Pagnol avec Pierre Renoir. En 1923, Georges d’Esparbès écrit le scénario du film de Julien Duvivier Credo ou la Tragédie de Lourdes. Son fils Jean (9 mars 1899, Verneuil-sur-Seine - 4 décembre 1968, Montmartre) sera un peintre reconnu. (source Wikipédia).

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