dimanche 10 novembre 2013

Octave Uzanne navré du Montmartre d'après le Chat noir de Rodolphe Salis « Ce soir, fait la traditionnelle tournée à travers les bouis-bouis et caboulots de la Butte sacrée. » (3 novembre 1897)


Coll. B. H.-R., 2013
Octave Uzanne était un familier du Chat noir de Rodolphe Salis si l'on en croit les quelques témoignages qui nous à laissé à ce propos. Nous avons publié récemment un envoi autographe d'Octave Uzanne à Rodolphe Salis. « à Rodolphe Salis, Roi de la noble et grandiloque truandrerie artistique et littéraire de Montmartre. Son féal Octave Uzanne. 10 II. 96. » inscrit Uzanne en tête du faux-titre des Contes pour les Bibliophiles publié en novembre 1894 et plaisamment illustrés par Albert Robida. Nous ne savons les réelles relations qui unirent les deux hommes. L'exemplaire cité est resté entièrement non coupé ... ce qui semble en dire long sur le peu d'intérêt que Salis portait aux oeuvres de son féal.

Quoi qu'il en soit, voici l'état d'esprit d'Octave Uzanne à la fin de l'année 1897 concernant les activités festives de Montmartre, publié pour la première fois dans l'Echo de Paris du vendredi 12 novembre 1897 puis repris en volume dans les Visions de notre Heure (8 mars 1899).


Bertrand Hugonnard-Roche


* * *

3 novembre 1897 - A Montmartre. - Ce soir, fait la traditionnelle tournée à travers les bouis-bouis et caboulots de la Butte sacrée. Le cratère du Mont-de-Mars vomit-il encore la lave de ses satires indépendantes sur la ville ? Je ne sais ... Il m'a paru que le foyer s'était considérablement étendu et que la déflagration était moins ardente. Les plus timides Empédocles de province s'y risquent aisément aujourd'hui ; la coulée est tiède et ne se renouvelle guère, malgré les grondements de grosse caisse souterraine ; l'accalmie de la blague y est manifeste.
A côté de revues drôles et de belle humeur sur les théâtricules, aucun phénomène nouveau parmi la gent chansonnière. Un ressemelage constant de refrains éculés par l'usage, une ironie un peu courte, des aristophaneries déjà essoufflées, un vieux fonds de magasin vraiment trop rarement renouvelé et qui rancit chaque soir davantage.
Parmi les ex-chansonniers du Chat, beaucoup (que je ne nommerai point, pour ne remuer « la margarine de bourgeoisie qui encombre et obstrue les oreilles », comme disait feu le seigneur Rodolphe) sont devenus de vieux Messieurs raseurs, bedonnants, rentiers de leurs anciens flonflons, incapables de chevaucher l'actualité, fourbus, vidés, noyés dans le salicylate des bocks.
Il faut se résoudre à se regargariser l'oreille à l'aide de complaintes contemporaines du pauvre Mac-Nab. La verve stagne, le fronde est ballante ... Ohé ! Ohé ! les chansonniers !!
Montmartre, cette mamelle de Paris ! clamait naguère de sa voix de reître le gentilhomme cabaretier du Chat noir.
Pauvre mamelle ! craignons qu'on ne la galvaude, sinon les mastodologistes de la presse devront se hâter de signaler son mal ; le sinus laiteux ne s'en est déjà que trop hypertrophié ; si l'on n'y prend garde, ce sera bientôt une mamelle qui tombe.


LA CAGOULE [Octave Uzanne]

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