vendredi 3 novembre 2017

Dorci ou la Bizarrerie du Sort, conte inédit par le marquis de Sade, avec une notice sur l'auteur [par Anatole France]. Compte-rendu par Octave Uzanne dans le Livre (10 avril 1881).

Page de titre
(exemplaire Gallica)
Dorci ou la Bizarrerie du Sort, conte inédit par le marquis DE SADE, avec une notice sur l'auteur [par Anatole France]. Paris, Chavaray. 1 vol. in-18 carré. - Prix 10 fr. (*)

Le marquis de Sade relève de la pathologie littéraire ; son cas, curieux à étudier, a séduit déjà plusieurs critiques et bibliographes, et soyez assuré que le débat ne sera point de sitôt clos ; car d'une part, notre époque est avide de l'étrange et recherche volontiers les causes des manifestations antiphysiques tandis que d'autre part le sujet est encore assez vierge n'ayant point été traité par un littérateur doublé d'un médecin légiste, par un Tardieu ayant la puissance d'analyse d'un Balzac ou la clarté d'exposition d'un Michelet. Janin, ce roi des superficiels, auquel il reste bien peu d'admirateurs sérieux dans la principauté démodée de sa critique, Janin, avec son aisance imperturbable, ne nous a donné que des contes à dormir debout sur le fameux et joli marquis. Le bibliophile Jacob et Gustave Brunet ont été les premiers à préciser la démence de l'auteur de Justine et à apporter des documents sur sa vie. Mais, je le répète, en dépit de l'excellente et très originale notice que M. Anatole France vient de publier en tête de Dorci, il reste beaucoup à dire encore sur cette grimaçante figure de l'apôtre du vice.
Dernièrement l'expérimental M. Zola, qui ignore totalement son histoire littéraire et les grotesques de cette histoire, a fait fausse route en abordant le marquis de Sade, comme il fera fausse route chaque fois qu'il lui prendra fantaisie de revenir dans le pays de la littérature rétrospective. Ce n'est donc pas le naturalisme qui dira le dernier mot sur cet antinaturel.
Frontispice à l'eau-forte par Charpentier
(exemplaire Gallica)
Dorci, que nous venons de lire, est une nouvelle vertueuse qu'auraient pu signer Ducray-Duminil, M. de Jouy ou Mlle de la Force. Le sadisme n'y perce point ; le tigre y a perdu ses griffes. Ce petit conte, publié pour la première fois sur un manuscrit autographe signé, devait figurer dans un des quatre tomes des Crimes de l'amour, mais la fabulation était trop bénigne pour concorder avec le titre de ce recueil de fauves nouvelles, et Dorci fut relégué aux oubliettes d'où M. Anatole France et M. Charavay viennent de le retirer.
Cette publication, tirée à très petit nombre (269 y compris les papiers de choix), mérite de figurer dans les bibliothèques choisies. L'impression est faite par Motteroz sur fort papier à la cuve et le format carré en est charmant. Le grand défaut, puisqu'il nous faut user de franchise, se trouve dans l'eau-forte frontispice. Il n'y a là ni originalité de dessin, ni science de compositeur, ni talent de graveur, c'est un charbonnage vague contre lequel MM. Charavay feront bien de se tenir en garde à l'avenir.

O. U. [Octave Uzanne]

(*) ce compte-rendu a été rédigé par Octave Uzanne et publié dans Le Livre, Bibliographie Moderne, Quatrième Livraison, Deuxième Année, du 10 avril 1881, pp. 242. Le frontispice à l'eau-forte sévèrement critiqué par Octave Uzanne est de Charpentier.

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