mercredi 8 avril 2015

Un poème à la gloire du Parfait Bibliophile : Octave Uzanne, par Albert Quantin (janvier 1892).



Albert Quantin (1850-1933)
      Lecture de hasard ce soir : Annales Littéraires et Administratives des Bibliophiles Contemporains publiés pour les Membres de l'Académie des Beaux Livres pour l'année 1891.  Beau volume in-8 imprimé à 225 exemplaires le 25 janvier 1892.
      Parmi les nombreux articles, comment ne pas reconnaître à la page 153, sous le titre LE PARFAIT BIBLIOPHILE, un portrait du Bibliophile-Fondateur Octave Uzanne, aimablement rimé par Albert Quantin ? Ce sont 11 strophes de 6 vers chacun qui donnent, de manière un peu contournée il faut bien l'avouer, le portrait d'un bibliophile contemporain ... parfait. Pourquoi reconnaissons-nous là sans l'ombre d'un doute Octave Uzanne, Président-Fondateur des Bibliophiles contemporains, éditeur-rédacteur en chef de ce volume d'Annales littéraires.
      Nous avons relevé dans ce long poème les mots imprimés, à dessein, en caractère romain, le reste du poème étant imprimé en italiques. Les voici dans leur ordre d'apparition : Bibliophile parfait - contemporain - Grenier - Octave - La Femme - son Altesse. La démonstration n'a pas besoin de plus d'arguments. Octave Uzanne est ainsi décrit par allusions successives à son statut de Bibliophile parfait, farouchement contemporain, Octave est son prénom, son Altesse la Femme sa deuxième passion. Le tout étant voilé sous un style un peu alambiqué que nous ne connaissions pas à Albert Quantin. Albert Quantin fidèle collaborateur-imprimeur-éditeur de tous les ouvrages d'Octave Uzanne entre le début des années 1880 et jusque encore en 1894 (successeurs d'Albert Quantin après cette date). C'est donc un ami qui rime sur un ami, et non des moindres. Un ami bibliophile, par un autre bibliophile, un bibliophile imprimeur qui possédait une superbe bibliothèque moderniste. Les premiers mots latin traduits à la suite : "Inter Pocula, qu'on a bus" laisseraient supposer que ces rimailles quelque peu hermétiques ont été composées un verre à la main, dans une ambiance festive, sans doute en compagnie du parfait Bibliophile lui-même.
       Cette petite découverte peut paraître anodine mais tout au contraire elle nous apprend une certaine intimité festive et rimailleuse entre l'imprimeur Albert Quantin et son collaborateur Octave Uzanne. Si j'osais interpolé mon analyse, je dirais que ce poème, cette ode au parfait bibliophile, sent l'alcool et la fête à plein nez. Saura-t-on jamais ?
      Je vous laisse apprécier le style fleuri et sans doute quelque peu alcoolisé pour l'occasion d'Albert Quantin.


Bertrand Hugonnard-Roche



LE PARFAIT BIBLIOPHILE
PORTRAIT RIMÉ


Inter Pocula, qu'on a bus,
J'ai rimaillé des vers foubus
- Douce satire -
Qui sont pour faire le portrait
Du Bibliophile parfait,
Et pour en rire.

Ses convictions sont d'airain ;
Mais son cœur est contemporain,
Facile à prendre.
Il aime les fruits des cerveaux
Et, pour les relier, les veaux
De couleur tendre.

Le Bibliophile est Français ;
Mieux encore : Gaulois. Et c'est
Un patriote.
En politique, il est divers,
Mais il regarde de travers
Le sans-culotte.

La Gent de plume et des pinceaux
Voit en lui le garde des sceaux
Qui fait la cote.
C'est lui qui classe le talent
Et, sous un paraphe insolent,
Le numérote.

Toujours superbe en son maintien,
Ferme en son principe, il s'y tient...
Quand il en trouve.
Dans son palais ou son Grenier
A l'intrigant, au chicanier
Jamais il n'ouvre.

Chef-d’œuvre de prose ou de vers,
Il soutiendra son choix envers
Et contre tout
Cette cabale qui l'attend ;
Et, vainqueur des pièges qu'on tend,
Il suit sa route.

Le Bibliophile est gourmet ;
Prête de l'esprit ; il en met
Jusqu'en sa cave.
Pour dire aux amis de choisir,
Il veut avoir de ce plaisir
Toute l'Octave.

Je parlerai de sa vertu !
Devant robe longue, ou tutu,
Elle est la même
Mais il sent de chastes frissons
A voir les dessins polissons
Du dix-huitième.

Le Bibliophile a des mœurs...
S'il étudie à fond les cœurs,
C'est dans un livre.
La gravure en est leste, mais
S'il y voit jeux d'amour, jamais
Il ne s'y livre.

Enfin, cuirassé sans défaut,
Il sait s'attendrir quand il faut
Lutter d'adresse.
Si jamais la Femme le prend,
Ce n'est qu'un hommage qu'il rend
A son Altesse.

Le Bibliophile est parfait.
C'est l'oiseau rare, et l'on n'en fait
Plus de sa trempe...
Ainsi je finis ce portrait
Peint ressemblant, et trait pour trait,
A la détrempe.


A. QUANTIN.


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