jeudi 30 avril 2015

Octave Uzanne et les Souvenirs du Capitaine Coignet (1851-1853). Souvenirs d'un jeune Auxerrois.


Sépulture du capitaine Coignet
Cimetière Saint-Amâtre à Auxerre
Photo B. H.-R., 2013
      Le petit article bio-bibliographique régionaliste qui suit sera repris et augmenté dans l'ouvrage que nous publierons très prochainement (parution dernier trimestre 2015) et intitulé : Octave Uzanne (1851-1931), enfant d’Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite (*). Le titre indique assez bien ce dont il sera question.
      Lors de la vente d'une partie de ses livres en mars 1894, Octave Uzanne choisit de se séparer d'un exemplaire des Souvenirs de Jean-Roch Coignet sous le n°401 du catalogue et en profite pour établir une longue notice très intéressante qui donne quelques détails de son histoire personnelle mêlée à celle du célèbre grognard bourguignon. Voici cette notice dans son intégralité.

401. SOUVENIRS DE JEAN-ROCH COIGNET, soldat de la 96e demi-brigade, soldat et sous-officier du 1er régiment de grenadiers, etc., etc., premier chevalier de la Légion d'honneur, officier du même ordre. A Auxerre, chez Perriquet, imprimeur-libraire, et chez les libraires du département. 2 parties ou livraisons in-8 raisin, réunies en 1 volume avec leurs couvertures verte la première (de 177 pages) publiée en 1851. La seconde (de 247 pages, plus les pièces justificatives). Parue en 1853, cart. percaline blanche, avec pièce rouge et bleue symbolisant le drapeau français. Aigles aux angles.

Sépulture du capitaine Coignet
Cimetière Saint-Amâtre à Auxerre
Photo B. H.-R., 2013
ÉDITION ORIGINALE. de la plus grande rareté des fameux Cahiers du capitaine Coignet. - Elle est dédiée "aux vieux de la vieille !" et contient de très nombreux passages, presque des chapitres qui n'ont pas été publiés par Lorédan Larchey. - Cet exemplaire de toute fraîcheur et non rogné, relié sur brochure, contient en outre, comme pièces ajoutées :
1° Un reçu de 150 francs, AUTOGRAPHE signé par le VIEUX PÈRE COIGNET et donnant une idée de son orthographe primitive ;
2° Un extrait du procès-verbal de la conscription de 1806 à la préfecture de l'Yonne ;
3° 2 lettres des plus intéressantes écrites de la Grande Armée à des compatriotes d'Auxerre, par deux camarades de Coignet ; - l'une de ces lettres est décorée d'une vue de camp militaire, grossièrement enluminée, rouge et bleu, et qui est très suggestive avec son brave petit soldat, l'arme au bras ;
4° Des articles de journaux relatifs à Coignet et une PETITE AQUARELLE DE LOUIS MORIN.

Octave Uzanne poursuit sa notice par un commentaire des plus intéressants :

      Cette édition, écrit-il, en dehors même de sa rareté d'origine et de son aspect un peu fruste, avec son petit Napoléon endormi sur une chaise qui figure sur la seconde couverture, est remplie de pièces et documents, d'airs notés, de tableaux d'états de services et de notes justificatives intéressantes.
      Le père Coignet, que le Bibliophile [Octave Uzanne] vit étant tout enfant, vers 1860, à son débit de tabac d'Auxerre qui avait pour enseigne "Au Lancier Polonais", débitait lui-même ses mémoires, l'après-midi, dans les cafés de la localité. - Il arrivait chargé d'un ou de deux de ses exemplaires (l'édition était de 500) et entamait la conversation avec les consommateurs.
      A qui lui disait : il fait chaud ! le papa Coignet répondait insidieusement : "Pas si chaud qu'à Austerlitz, mon brave, c'est là que ça chauffait, nom d'un tonnerre, en 1805 !... Il me souvient que ce jour-là au réveil", ... - et le récit filait, filait éperdument, et de fil en aiguille, le vieux grognard, après d'interminables histoires conquérantes finissait par dire : "Tout ça, voyez-vous, c'est conté là dedans, dans mes deux volumes que j'ai imprimés de ma poche, mon bon "ami" ; vous pouvez, sacrebleu ! bien vous les offrir pour un gros écu, afin d'obliger un vieux soldat de la 96e demi-brigade."
      Si, un jour d'hiver, quelque passant entrait au café grelottant et s'écriait : Sacristi ! qu'il fait froid ! Coignet rispostait aussitôt : "Au passage de la Bérésina, mon cadet, j'aurais voulu vous y voir", - et après une nouvelle histoire, un autre exemplaire filait dans les poches de quelques commis voyageur passager dans la ville.
      C'est ainsi que fut colportée cette édition originale ; c'est également ce qui explique sa rareté ; car sur les 500 exemplaires distribués à des passants, la plupart furent perdus, égarés, lacérés, par des insoucieux de la littérature du vieux brave.
      Quand le père Coignet mourut - (tous les vieux Auxerrois s'en souviennent encore), - on trouva une clause de son testament déclarant que tous ceux qui suivraient son convoi devraient, après l'avoir inhumé dans la chapelle qu'il s'était fait construire de son vivant, se réunir en un banquet monstre "Aux Vendanges de Bourgogne", afin d'y boire à sa mémoire. Il laissait une forte somme affectée à la goinfrerie de ses amis posthumes.
      Le banquet eut lieu, au sortir des funérailles ; il fut pantagruélique et digne des peintres des antiques kermesses flamandes ; pendant deux jours et une nuit, plus de deux cents Auxerrois ne se dessaoulèrent pas, criant, - gueulant plutôt - à travers la ville ahurie : Vive le capitaine Coignet ! vive le vieux de la vieille ! et aussi : Vive l'Empereur !!!

Ce volume a été vendu 175 francs. Nous reviendrons sur le Capitaine Coignet dans un prochain article.


(*) Réécriture corrigée et augmentée de la conférence donnée à Auxerre le dimanche 15 septembre 2013 à 14 h 30, salle du siège de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, 1, rue Marie Noël. « Octave Uzanne (1851-1931) Enfant d’Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite ». Ce volume d'une centaine de pages, richement illustré, sera publié sous les auspices de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne. Parution dernier trimestre 2015. 

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