dimanche 18 janvier 2015

Félicien Rops à Octave Uzanne : "Je penche pour la femme qui ouvre le ventre de son pantin du ventre duquel tomberait ou plutôt s’échapperait du son des louis d’or, un cœur sanglant [...]"


      Voici encore une pépite découverte dans la correspondance de Félicien Rops mise en ligne par le Musée Félicien Rops de Namur. Cette lettre se rapporte à la gravure de la femme au pantin publiée en 1885 dans Son Altesse la Femme d'Octave Uzanne. On y découvre avec intérêt la genèse de ce dessin dans l'esprit bouillonnant de Rops.
      La suite de la lettre montre l'esprit rêveur et au combien inspiré de l'artiste.

Bertrand Hugonnard-Roche

Lettre n°258 © musée Félicien Rops (Province de Namur)© Photographie Vincent Everarts - copie d'écran 19/01/2015.

[1r° : 1]

Mon Cher Octave,
Tu sais que je tiens absolument à ma femme pendue ! Je suis tout à la femme au frontispice nous ne mettons pas « de lettres » hein. Je ne connais rien de bête comme ces lettres qui chevauchent lorsque l’on fait un dessin « rempli ». Puis il faut nous entendre pour le « pantin » & pour les « écus d’or ». Il faut que le bonhomme en habit noir soit « un pantin » pour justifier les ficelles. Tout cela est assez difficile à arranger & je te porterai deux croquis Vendredi chez Godmichetski Je penche pour la femme qui ouvre le ventre de son pantin du ventre duquel tomberait ou plutôt s’échapperait du son des louis d’or, un cœur sanglant, & « quelques sonnets ! » La femme aurait à la main le poignard classique qui aurait servi a ouvrir la panse.
J’ai rêvé d’un joli conte moral :

[1v° : 2]

Un mari de province, un savant jeune & à lunettes habite un Paraclet, une vieille abbaye d’ex-Chartreux ou une ex-abbaye de Chartreux plutôt. – Il surprend sa femme – une belle femme, – avec un pianiste quelconque. Le mari fort comme la Halle, étrangle le pianiste puis l’attache à la femme nue & enferme le couple dans l’in-pace de la vieille abbaye remis en lumière par lui, & aux murailles desquel attachés à des chaînes se trouvent les squelettes des moines qui ont failli. Tous les jours le mari savant curieux & que le cas intéresse, le nez dans un mouchoir phénique vient voir les progrès de sa petite farce.
Dessin :
L’In-pace – le mari entre avec sa lanterne, les squelettes de moines dont quelques uns ont des débris de frocs, on est au douzième jour, – le pianiste est changé – la femme vit ! le mari « sourit sous ses lunettes

[2r° : 3]

[fig. 1]

[1r° : 4]

Contes Courants –
MOMEMENTO QUIAI PULVIS EST
[fig. 2]
Contes Courants
par – Félicien Rops
[fig. 3]


Eau-forte en couleurs par Charreyre d'après le dessin de Félicien Rops
pour Son Altesse la Femme d'Octave Uzanne (1885)

" [...] Je suis tout à la femme au frontispice nous ne mettons pas « de lettres » hein. Je ne connais rien de bête comme ces lettres qui chevauchent lorsque l’on fait un dessin « rempli ». Puis il faut nous entendre pour le « pantin » & pour les « écus d’or ». Il faut que le bonhomme en habit noir soit « un pantin » pour justifier les ficelles. Tout cela est assez difficile à arranger & je te porterai deux croquis Vendredi chez Godmichetski Je penche pour la femme qui ouvre le ventre de son pantin du ventre duquel tomberait ou plutôt s’échapperait du son des louis d’or, un cœur sanglant, & « quelques sonnets ! » La femme aurait à la main le poignard classique qui aurait servi a ouvrir la panse. [...] (Félcien Rops)

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