samedi 7 avril 2012

Quels furent les rapports d’Octave Uzanne avec le Bulletin du bibliophile ?


Pas un article d’Octave Uzanne ne fut publié dans le Bulletin du bibliophile ; il n’y en eut pas non plus à l’occasion de sa mort. Un monde semble avoir irrémédiablement séparé les dévots de Charles Nodier (1780-1844) du bouillant Octave Uzanne. Commençons par poser le décor, pour tenter d’en expliquer les raisons.


Quand Georges Vicaire (1853-1921) prit en mains la destinée du Bulletin du bibliophile, après la mort de Léon Techener (1832-1888), il décida de ne rien changer à une revue entièrement consacrée au livre ancien, qui ne retenait de l’actualité que les publications d’études rétrospectives et les nécrologies. Le Bulletin ignora alors la bibliophilie active et ses nouveaux centres d’intérêt. Si, sous la direction de Vicaire, on ne peut ignorer l’ouverture du Bulletin aux livres modernes, les seuls qui furent célébrés étaient ceux des libraires Conquet, Crès, Ferroud, Lardanchet, Lemerre, Pelletan, Romagnol et Rouquette. Le Bulletin fut du côté de Léon Gruel (1841-1923) en 1896, quand il défendit les reliures du passé en critiquant le japonisme dans la décoration extérieure du livre, et ne publia plus d’article sur la reliure après 1902. Peu d’articles aussi sur les arts graphiques, l’illustration, les collections publiques et privées, les grandes ventes publiques.

À l’opposé d’un Bulletin qui était les « archives de la bibliographie contemporaine », disait Léon Techener, et qui était très lié avec la Société des bibliophiles françois et avec l’École des chartes, la revue Le Livre d’Octave Uzanne témoignait régulièrement et abondamment de la vie bibliophilique et de ce que Henri Beraldi (1849-1931) appelait « la bibliophilie créatrice ».

Quand Fernand Vandérem (1864-1939), l’apôtre de la Bibliophilie nouvelle,  succéda à Vicaire, à la direction du Bulletin du bibliophile, deux clans de bibliophiles coexistaient : celui d’Édouard Rahir (1862-1924), qui régnait sur les collectionneurs de livres anciens, et celui d’Henri Beraldi qui régnait sur les collectionneurs de reliures. Autre collectionneur de reliures, Octave Uzanne se sentait vraisemblablement plus proche de Vandérem que de Vicaire, mais il était peut-être un peu tard pour agir.

Jean-Paul Fontaine 

11 commentaires:

  1. Il semble que la bibliophilie n'échappe pas à la règle des "chapelles". O.U. avait la sienne, bien définie, libre de toute entrave idéologie et résolument tournée vers l'avenir. D'autres ont fait les choix inverses. Il est fort probable que nous découvrions un jour prochain une lettre d'Octave Uzanne décrivant ses relations avec cette revue importante qu'était le Bulletin du Bibliophile.

    A suivre donc. Si vous avez d'autres éléments à apporter, votre avis nous intéresse.

    Amitiés uzanniennes,
    Bertrand

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    1. On peut comprendre l'absence d'article d'Octave, dont les centres d'intérêt étaient éloignés de ceux du Bulletin, même sous la direction de Vandérem qui ne s'intéressait pourtant pas trop aux livres anciens.Mais comment expliquer l'absence de rubrique nécrologique en 1931, rubrique classique dans le Bulletin, pour un homme qui était notoirement le chef de file d'une pensée bibliophilesque majeure depuis des décennies, sinon par une véritable inimitié dont on n'a pas découvert à ce jour une seule trace.

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  2. Au Pere-Lachaise, à part sa fidèle Alphonsine et quelques jolies femmes, il n'y avait pas une dizaine de personnes : Normandy, Vèze, Mariani, Pilon, Sedeyn et quelques anonymes. Aucun de ses éditeurs, aucun de ses relieurs, aucun de ses illustrateurs, qu'il avait fait vivre et connaître. Aucun membre des Biblio contempos.
    Tous morts ? comme ses deux amis fidèles Jean Lorrain, mort en 1906, et Barbey d'Aurevilly, mort en 1889 ? Qui aurait dû être là et qui s'en est bien dispensé ? Vandérem, 67 ans, n'était pas là....

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  3. Paul Bourget qui est mort à la fin de l'année 1935 aurait pu être présent. Les deux hommes étaient liés.

    Fin 1931 il ne devait plus rester grand monde de vivant de la liste des premiers ou des derniers biblios contempos ou des bibliophiles indépendants... ce serait à étudier de près.

    En effet, beaucoup de ses vrais amis (Rops, Drumont, Quantin, etc) étaient partis depuis bien longtemps.

    B.

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  4. Je lis quelque part qu'on ne sait pas la date de décès d'Albert Quantin (né en 1850)... Était-il encore en vie à la fin de 1931 ?

    B.

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    1. si, on la connaît....mais je ne suis pas chez mois avant ce soir : pour ne pas dire de bêtise, j'attendrai de pouvoir consulter son dossier une fois rentré. Pourquoi Bourget n'était pas à sa crémation ?

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  5. Albert Quantin est mort en 1933 à 83 ans.

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  6. Henri Floury (1862–1961) ... il pouvait donc y être également.

    Albert Quantin, ancien imprimeur et éditeur à Paris, est décédé en juin 1933. âgé de quatre-vingt-trois ans, aux Grandes-Dalles (Seine- Inférieure), où il s'était retiré en 1918.

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  7. Bertrand, as-tu réussi à avoir l'acte de décès de Quantin aux Grandes Dalles (76) ?

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  8. Non, je n'ai pas encore fait cette recherche, pris par d'autres entre temps...

    A suivre donc.

    B.

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