dimanche 5 janvier 2014

Un cas de rupture par Alexandre Dumas. Octave Uzanne directeur artistique. Achevé d'imprimer le 25 octobre 1891.


Exemplaire unique mis en couleurs
par J.-A. Chauvet
Voici un ouvrage qui conserve encore presque tout son mystère quant à sa réalisation technique et artistique. Un cas de rupture par Alexandre Dumas fils de l'Académie Française, avec des illustrations page à page par Eugène Courboin. Ce beau volume de format grand in-quarto (32 x 21 cm environ) est composé de 98 pages ainsi qu'un faux-titre et un titre, toutes illustrées dans le texte. Les illustrations en camaïeu courent autour du texte, en haut, en bas, sur les côtés. Le résultat est admirable. L'achevé d'imprimer situé à la fin du volume donne quelques précisions très intéressantes : Cet ouvrage illustré page à page par Eugène Courboin a été héliogravé sur cuivre par Th. Fillon et tiré en taille-douce par la maison Lemercier et Cie. Il a été composé et achevé d'imprimer sur les presses typographiques de l'ancienne maison Quantin (May & Motteroz, Directeurs) le 25 octobre 1891 à Paris. La direction artistique de cette publication a été entièrement conduite par M. Octave Uzanne. Ce volume a été tiré à 1.000 exemplaires sur vélin (numérotés de 1 à 1.000), 10 exemplaires sur japon (avec compositions originales, numérotés de I à X) et 40 exemplaires sur japon avec doubles suites des gravures, numérotés de XI à L.
Octave Uzanne était donc le maître d'oeuvre de cet ouvrage. Voici ce qu'on peut lire dans la revue Le Livre Moderne sous la plume d'Octave Uzanne : "Quelques livres signalés. - Chez Quantin, le Cas de rupture, d'Alexandre Dumas fils, livre-album étourdissant, illustré page à page d'étonnantes compositions d'Eugène Courboin. Nous en reparlerons." (livraison n°22 du 10 octobre 1891).  Plus loin, dans la livraison du 10 novembre 1891, toujours sous la plume d'Octave Uzanne, on peut lire : "L'ancienne maison Quantin, qui prépare pour la fin de ce mois une édition du Cas de rupture, d'Alexandre Dumas, qui sera, si je ne me trompe, un succès très grand de fin d'année [...]". Enfin, dans la livraison du 10 décembre 1891 (dernière livraison de la revue Le Livre Moderne), Uzanne écrit : "Autre volume, chez Quantin : le Cas de rupture, d'Alexandre Dumas, avec illustrations page à page par Eugène Courboin. J'en pense trop de bien pour en dire du mal, et j'y ai pris trop de mal à le sortir au jour pour en dire du bien. - Son destin, du reste, me paraît assuré et plus ne m'en soucie."

Exemplaire unique mis en couleurs
par J.-A. Chauvet
Fin novembre 1891, au moment où sort ce volume en librairie, Octave Uzanne termine la rédaction de la dernière livraison de sa seconde revue Le Livre Moderne (1890-1891, 24 livraisons), et s'apprête à publier en janvier suivant la première livraison de sa seconde revue intitulée L'Art et l'Idée (1892, 12 livraisons). Dans le même temps il préside depuis décembre 1889 la Société des Bibliophiles Contemporains avec laquelle il a publié coup sur coup deux ouvrages : Les débuts de César Borgia illustrés par Georges Rochegrosse (achevé d'imprimer le 25 novembre 1890) et L'Abbesse de Castro de Stendhal illustrée par Eugène Courboin (achevé d'imprimer le 20 décembre 1890). Toujours pour les Bibliophiles contemporains, Uzanne prépare courant 1891 l'édition des Contes Choisis de Maupassant publiée en 10 fascicules, chacun illustré par un artiste différent. Le conte Allouma sort des presses de l'ancienne maison Quantin le 5 février 1892. Mademoiselle Fifi sort des mêmes presses le 12 août 1892. Mouche en juillet. Un Soir en juin. Le Champs d'Olivier le 12 septembre 1892. La Maison Tellier le 25 octobre 1892. Les autres contes ne possèdent pas d'achevé d'imprimer. On voit clairement qu'Octave Uzanne fut bien occupé entre la fin de 1891 et le courant de l'année 1892.
Pour son propre compte Uzanne avait publié en décembre 1890 son Paroissien du Célibataire (achevé d'imprimer le 10 décembre 1890). La Femme et la Mode paraît quant à lui à la fin d'octobre 1892.
En résumé, l'année 1891 a été entièrement consacrée au Livre Moderne et aux questions relatives aux Contes choisis de Maupassant pour les Bibliophiles contemporains. Contrairement à son habitude, Uzanne n'avait pas d'ouvrage personnel à proposer pour les étrennes de 1891. C'est sans aucun doute Un cas de rupture qui remplit cet office. Dans quelles conditions Uzanne a-t-il rempli sa tâche de directeur artistique ? On peut supposer qu'il fait appel au talent d'Eugène Courboin qu'il avait découvert pour l'Abbesse de Castro en 1890, et c'est à lui qu'il s'adresse pour enluminer ce volume "page à page".

Exemplaire unique mis en couleurs
par J.-A. Chauvet
L'ancienne maison Quantin, utilisée par Uzanne pour ses divers travaux, tant au niveau de sa revue Le Livre Moderne que pour les Bibliophiles contemporains, était naturellement choisie pour exécuter la partie technique du volume. La véritable question qui se pose est la suivant nous semble-t-il : Alors qu'il préside depuis décembre 1889 les Bibliophiles contemporains, pourquoi Un cas de rupture n'est-il pas estampillé de la marque de cette société ? Pourquoi Uzanne a-t-il fait cavalier seul pour l'élaboration de cet ouvrage ? Il ne semble pas que cet ouvrage de Dumas fils ait été jamais évoqué dans les Annales des Bibliophiles contemporains. Il s'agirait donc d'une initiative privée d'Octave Uzanne. Qu'en penser ? Qu'en ont pensé les sociétaires ? Ce volume n'étant pas passé inaperçu aux yeux des 160 membres de la jeune Académie des Beaux Livres. Autant de questions auxquelles nous n'avons pas pour le moment le moindre élément de réponse. Sans doute le caractère hautement indépendant d'Octave Uzanne l'a-t-il mené à diriger seul cette entreprise éditoriale et artistique.

Bertrand Hugonnard-Roche

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...