lundi 8 juin 2015

Une intéressante lettre autographe d'Octave Uzanne à Francis Magnard (3 mai 1891). "[...] je suis étonné, moi, l'être indépendant par excellence, de m'être créé tout un fonctionnarisme, des rouages desquels je suis aujourd'hui victime [...]."

 

Coll. Bibliothèque de l'Arsenal, Paris

Papier à en-tête d'Octave Uzanne - Vue depuis la terrasse du 17, Quai Voltaire
son appartement situé au dernier étage de l'immeuble.


      Nous devons à l'obligeance des services de la bibliothèque de l'Arsenal (Paris) la communication de cette intéressante lettre autographe d'Octave Uzanne à Francis Magnard, Directeur du Figaro, aussi membre des Bibliophiles contemporains (Académie des Beaux Livres) depuis la fondation fin 1889 de cette société par Octave Uzanne.
      Francis Magnard (1837-1894) figure dans la liste des membres à l'adresse : 27, Boulevard de Montmorency, Paris. Il ne figure plus dans la liste des membres répertoriés dans l'annuaire pour le deuxième exercice 1891-1892. Sa démission des Bibliophiles contemporains a donc bien été enregistrée à la date du courrier. Le motif de cette démission reste vague.
      Si vous aviez encore un doute sur le trempé du caractère d'Octave Uzanne, vous voici rassurés.

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Paris, le 3 mai 1891 (*)

Mon cher Magnard,

Je comprends fort bien le mouvement qui vous a porté à m'écrire votre lettre, et je vous assure bien sincèrement que je ne saurais un instant vous en tenir le moins du monde rigueur, d'autant, qu'à votre place, il est probable que, les gens de banque me mettant l'échéance sous la gorge, j'eusse agi avec la même désinvolture que vous.
Mais, voilà, j'ai fondé une société et je me trouve flanqué d'un comité qui marche constitutionnellement, le trésorier agit en gendarme et je suis étonné, moi, l'être indépendant par excellence, de m'être créé tout un fonctionnarisme, des rouages desquels je suis aujourd'hui victime, en vertu de statuts existants - Oh ! la vie !! mais, je tiens à vous dire ceci, c'est qu'au fond, je suis et demeure un franc sceptique, au dessus des contrats de sociétés et académies privées, et je m'amuse de mon rôle présidentiel, comme d'une charge à la Monnier dont la force des choses m'a personnellement caricaturalisé.
C'est vous dire, de vous à moi, que j'accepte votre démission sans humeur et que je reste comme devant au dessus de tous ces Bibliophiliana,

Bien cordialement à vous de sympathie, 

Octave Uzanne

(*) Cette lettre est la propriété de la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris. Nous avons obtenu l'autorisation de la publier sur ce site. Toute diffusion sur un autre support doit faire l'objet d'une demande auprès des services de cette bibliothèque.

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