mardi 30 juillet 2013

Camille Lemonnier offre à Octave Uzanne son ouvrage « Quand j'étais homme (cahiers d'une femme). » publié en 1907.


Camille Lemonnier est né à Ixelles en Belgique en 1844. Ses contemporains le baptisent contre son gré le « Zola belge ». Cousin de Félicien Rops, il se fait connaître à Paris dès 1881 avec son roman « Un mâle » puis avec « Le mort » l'année suivante. En réalité plus proche des décadents par le style que des naturalistes par l'environnement qui se dégage de ses romans, Lemonnier suit plutôt la voie des J.-K. Huysmans, des Jean Lorrain, ou des Rachilde.
Octave Uzanne ne manqua pas de commenter la sortie du Mâle dans sa revue bibliographique Le Livre (livraison du 10 octobre 1881) : « Nous rendrons compte, dans notre prochaine livraison, de ce livre important, qui restera sans doute le meilleur roman du jeune écrivain belge, ou tout au moins son oeuvre la plus forte et la plus colorée. » Dans la livraison du 10 janvier 1882 c'est « Le Mort » qui a droit aux honneurs d'une critique bienveillante. « Si le mot violence signifie maintenant puissance, je déclare tout net que le remarquable auteur de les Charniers, du Mâle et du Mort est un maître. » écrit Uzanne. « Il serait puéril de nier l'incontestable talent de cet écrivain naturaliste si on veut le ranger dans une école dont il ne fait partie à mon sens que par l'emploi de certains mots putrides et purulents, non pas par la forme souvent poétique, parfois raffinée et précieuse de sa prose. » poursuit Uzanne.

Lemonnier et Uzanne ont très certainement eu plusieurs occasions de se croiser dans le monde des lettres de cette fin de XIXe siècle. Peut-être Félicien Rops fut-il un intermédiaire de choix pour faciliter cette rencontre. Quoi qu'il en soit, Camille Lemonnier publie un nouveau roman chez Louis-Michaud en 1907 intitulé Quand j'étais homme (cahiers d'une femme). Il l'offre à Octave Uzanne accompagné de cet envoi autographe : « En fidèle souvenir mon cher Uzanne, le double hommage de l'éditeur et de l'auteur. Camille Lemonnier. » Cet envoi se trouve sur un carton spécialement imprimé et collé en tête du volume portant imprimé cette mention : « Cet exemplaire a été imprimé spécialement pour M. Octave Uzanne ». Par ailleurs, il s'agit d'un exemplaire de luxe sur papier de Hollande tiré à 10 seulement (il porte le numéro 3 au composteur). Le volume, de format in-18 (19 x 13 cm environ), sort des presses artistiques de L.-Marcel Fortin et Cie à Paris. Le premier plat de couverture du volume, resté à l'état de broché, est illustré en couleurs. Ce roman de 300 pages se présente sous la forme d'une confession féminine dirigée contre la société masculine qui ne laisse aucune place aux possibilités d'émancipation des femmes. La narratrice est contrainte de se travestir pour s'en sortir.
C'est donc ce livre là qu'offre Lemonnier à Uzanne. Le volume est resté broché et a été entièrement coupé.
L'année suivante, en 1908, Camille Lemonnier publie la monographie qu'il consacre à l'artiste Félicien Rops (chez H. Floury, 1908). Octave Uzanne, selon le témoignage de la correspondance privée avec son frère Joseph, devait initialement donner cet ouvrage. En effet, le 31 août 1907, depuis son refuge de Barbizon il écrit à son frère :

« [...] Le nommé Paul Rops, à une lettre que je lui écrivis, ne me répond pas par une autorisation en règle, mais, comme je suis poussé par le désir d’envoyer promener Floury, comme il me semble sûr que cet homme sournois ne m’a demandé d’écrire le volume qu’après l’avoir déjà proposé à d’autres et avoir été lâché, je lui dis mon opinion et je refuse net le bouquin de façon rigoureuse.
Je suis arrivé à une heure de ma vie où pouvant vivre sans grands besoins, je ne veux agréer désormais que des travaux qui me laissent indépendant et qui soient en harmonie avec ma mentalité actuelle. Si j’écris un jour sur Rops, je puis le faire dans les dimensions qui me plairont à mon heure, et les illustrations ne me sont pas nécessaires ; il sera même plus original de n’en pas avoir. Floury pouvant me parler de ce livre avant de l’entreprendre. Il m’a demandé un texte, ayant déjà 15000 frs de frais en route, c’est louche, j’avais été naïf d’accepter. Je suis heureux de refuser sur un bon prétexte et de lui dire ses vérités. [...] » (*)


La chose est suffisamment clairement expliquée. C'est Camille Lemonnier qui a été finalement choisi par l'éditeur d'art H. Floury pour livrer au public la vie et l'oeuvre de Félicien Rops.
Il y avait sans doute là une raison suffisante pour créer entre les deux hommes, Lemonnier et Uzanne, un climat de tension plus que palpable. Nous n'avons cependant pas d'autres éléments concernant cette période et la publication de la monographie de Rops.
Lemonnier meurt en juin 1913. Octave Uzanne qui vivra jusqu'en 1931 ne donnera jamais de livre complet sur son ami Félicien Rops.

Cet envoi autographe nous a semblé un prétexte suffisant pour évoquer cette petite historiette littéraire.

Bertrand Hugonnard-Roche


(*) Archives de l'Yonne, Fond Y. Christ déjà cité (Lettres d'Octave Uzanne à son frère Joseph)

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