jeudi 17 novembre 2016

21 décembre 1896 : Félicien Rops se fâche avec Octave Uzanne à propos de l'illustration de Féminies. "[...] dorénavant je renonce à l’honneur d’illustrer tes livres" / "Quant à notre belle amitié je ne la renierai jamais, elle a été sincère de part et d’autre. Elle est morte jeune avant de faillir, elle a droit à tout notre respect."


La dernière mise à jour des lettres de Félicien Rops sur le site www.ropslettres.be (voir nos précédents billets au sujet de ce vaste et passionnant programme) met au jour deux superbes lettres dans lesquelles on peut se convaincre qu'Octave Uzanne et Félicien Rops se sont fâchés au cours de l'année 1896. Nous le savions déjà car nous avions eu connaissance de ces lettres mais leur numérisation permet de se rendre compte de la violence de propos de Rops à l'égard de son "vieux copain". Nous reviendrons prochainement sur cette brouille assez violente, dans les mots tout au moins. Si Rops ne renie pas cette belle amitié il la relègue au passé. Nous ne savons pas si cette colère fut passagère, simple emportement d'un Rops malade et fatigué, ou bien si les deux hommes se séparèrent définitivement fâchés lorsque Félicien Rops mourut le 23 août 1898 (à peine 2 ans plus tard). Nous ne connaissons pas à ce jour de lettres de Félicien Rops à Octave Uzanne écrites après cette date du 28 décembre 1896. Voici ces deux importantes lettres :


Copie d'écran du site www.ropslettres.be

Transcription (site www.ropslettres.be) :

Mon cher Uzanne,
Je t’envoie cet article de journal que me communique « l’Argus » mon plus fidèle ami puisque c’est le seul qui daigne me renseigner sur l’usurpation que l’on fait de mes droits, et les tripatouillages qui se font de mon œuvre. Pour toi « semble-t-il « Féminies » suffisait avec dans un cartouche inoccupé, la petite falsification qu’a laissé passer sans protestation ma trop débonnaire et endurante amitié. Ignorais-tu que je fusse encore de ce monde pour négliger de me demander l’autorisation de reproduire un frontispice de moi ? L’Article en question dit : Mr Uzanne a présidé lui-même. (ô combien !? à la confection de son volume ». Je t’en félicite, mais dorénavant je renonce à l’honneur d’illustrer tes livres. Je désirerais pourtant savoir par quel frontispice à ta dernière publication j’ai collaboré. Je désirerais même, à titre de collaborateur sans le savoir, recevoir le volume. Voici mon adresse pour que tu me l’envoie à Hyères : 29 avenue des Îles d’Or. Je serai ici jusqu’en février à cette époque je pars en Italie.
Mes Cordialités quand même,
Félicien Rops

 Copie d'écran du site www.ropslettres.be

Transcription (site www.ropslettres.be) :

Mon cher Uzanne,
Reçu ton livre et ta lettre. Dans le premier j’ai constaté une fois de plus que mes dessins ne supportaient pas d’être traduits » mon pauvre « lecteur du Grimoire » en entrant à ton service a pris un petit air garçon de bureau tout à fait lamentable.
Pourquoi du reste un marchand de pianos ne prendrait-il pas pour enseigne, – en l’arrangeant, l’organiste du diable ? Un pharmacien a bien acheté à la vente dernière Drouot « ma goutte » pour en illustrer sa réclame. Il est vrai que ce scrupuleux potard ma demandé l’autorisation de la reproduction que je lui ai naturellement refusée d’ailleurs.
Les hardiesse de mes dessins prouvent assez qu’ils ne sont pas faits à l’usage d’aucun centre quelconque dans aucune république. mais pour ceux qui les admettent et les respectent dans leur entièreté, aussi peu respectables soient-ils. Ceux-ci sont les Ropsophiles, à cela je les reconnais. les autres sont les Ropsophobes et contre ceux la je saurai me défendre énergiquement.
Que « la lecture du Grimoire » soit ta dernière victime, et n’en parlons plus ni à Hyères, o[ù] cela a troublé mon soleil, ni ailleurs. – Il est des choses qui atteignent d’emblée leur summum. Quant à notre belle amitié je ne la renierai jamais, elle a été sincère de part et d’autre. Elle est morte jeune
[1v° : 2] avant de faillir, elle a droit à tout notre respect. merci pour toutes tes bonnes intentions à mon égard mais les ignorant je ne pouvait t’en savoir gré.
Tu as acheté autrefois pour six mille francs de Rops c’est ton affaire et peut être une bonne affaire. La mienne est d’empêcher qu’elle devienne très mauvaise pour ma réputation d’artiste.
Cordialement encore
Félicien Rops

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