samedi 31 octobre 2015

Bulletin 16 de la Librairie Busser : n°29. MAUPASSANT, Guy de. La Vie errante. Paris, Ollendorff, 1890. Exemplaire de la bibliothèque d'Octave Uzanne, avec cet envoi autographe de l'auteur : "à Octave Uzanne son ami Guy de Maupassant".





Vu dans le Bulletin 16 de la Librairie Busser : n°29. MAUPASSANT, Guy de. La Vie errante. Paris, Ollendorff, 1890. Exemplaire de la bibliothèque d'Octave Uzanne, avec cet envoi autographe de l'auteur : "à Octave Uzanne son ami Guy de Maupassant". Prix : 1.000 euros. Voir la photographie ci-dessus.

Ce volume ne figurait pas au catalogue de la vente de la bibliothèque Octave Uzanne (2 et 3 mars 1894). Les n°288 à 301 sont des ouvrages de Guy de Maupassant, la plupart offerts par l'auteur à Octave Uzanne.

jeudi 29 octobre 2015

Lettre autographe signée, Paris, 31 décembre 1887, à un « cher Monsieur », 1 page in-8, en-tête de la revue Le Livre. En vente à la librairie Thomas Vincent (en ligne au 29 octobre 2015).


Voici la notice de la librairie Thomas Vincent qui propose à la vente :

Uzanne (Octave) (1851-1931). Homme de lettres, éditeur et journaliste français.

Lettre autographe signée, Paris, 31 décembre 1887, à un « cher Monsieur », 1 page in-8, en-tête de la revue Le Livre.

      « Mon cher Monsieur, D’après votre désir formel j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour obtenir un exemplaire de l’Eventail qui est archi-épuisé. Mais j’y suis arrivé, non sans peine et vous l’adresse de suite avec l’espérance qu’il vous parviendra en temps voulu.
      Ne vous inquiétez pas du règlement puisque nous voici en compte et que je suis votre débiteur.
      J’irai vous faire visite mardi dans l’après-midi et nous réglerons cette petite chose qui est de peu d’importance.
      Croyez, monsieur, à ma bien sympathique considération. Octave Uzanne ».

L’Éventail est une étude d’Octave Uzanne qui fut publiée en 1882 (chez A. Quantin) et qui retrace l’histoire de l’éventail à travers le temps et le monde. 230 € (notice en ligne le 29 octobre 2015).




Copie d'écran du site http://www.galeriethomasvincent.fr/  
© Thomas Vincent

vendredi 16 octobre 2015

Uzanne, Octave -- Félix Vallotton BADAUDERIES PARISIENNES. LES RASSEMBLEMENTS. PHYSIOLOGIES DE LA RUE OBSERVÉES ET NOTÉES PAR PAUL ADAM...TRISTAN BERNARD...LÉON BLUM...FÉLIX FÉNÉON... JULES RENARD... PARIS, OCTAVE UZANNE POUR LES BIBLIOPHILES INDÉPENDANTS ; FLOURY, 1896. De la bibliothèque Stéphane Mallarmé 15 octobre 2015 (Sotheby's). Estimation 2,000 — 3,000 EUR Lot. Vendu 8,125 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)


Uzanne, Octave -- Félix Vallotton BADAUDERIES PARISIENNES. LES RASSEMBLEMENTS. PHYSIOLOGIES DE LA RUE OBSERVÉES ET NOTÉES PAR PAUL ADAM...TRISTAN BERNARD...LÉON BLUM...FÉLIX FÉNÉON... JULES RENARD... PARIS, OCTAVE UZANNE POUR LES BIBLIOPHILES INDÉPENDANTS ; FLOURY, 1896.

Estimation 2,000 — 3,000 EUR Lot. Vendu 8,125 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)

Uzanne, Octave -- Félix Vallotton BADAUDERIES PARISIENNES. LES RASSEMBLEMENTS. PHYSIOLOGIES DE LA RUE OBSERVÉES ET NOTÉES PAR PAUL ADAM...TRISTAN BERNARD...LÉON BLUM...FÉLIX FÉNÉON... JULES RENARD... PARIS, OCTAVE UZANNE POUR LES BIBLIOPHILES INDÉPENDANTS ; FLOURY, 1896.

In-8 (235 x 170 mm).

Bradel demi-maroquin aubergine avec coins, couverture illustrée repliée et couverture dorée (Carayon). Dos très légèrement passé, minimes traces de frottements aux charnières. Édition originale illustrée : 30 gravures sur bois de Félix Vallotton, dont la couverture, tirées sur Japon, et 100 vignettes et compositions dans le texte de François Courboin.

Tirage limité à 220 exemplaires (n° 101 à la presse), dont 200 pour les souscripteurs et 20 pour les collaborateurs.

Exemplaire nominatif de l'industriel nantais Alphonse Lotz-Brissonneau (avec son ex-libris).

La couverture originale illustrée sur Japon pelure a été montée, repliée, à la suite de la couverture de papier doré gaufré. On y relève la présence d'une colonne Morris vantant la lecture de La Revue Blanche, dont la plupart des auteurs du recueil étaient issus.

Dans une reliure de l'époque signée de Carayon, relieur dont Uzanne était grand admirateur (La Reliure moderne artistique et fantaisiste, 1887, p. 255-257). On connaît quelques exemplaires des Badauderies reliés par Carayon ; il est possible qu'Uzanne ait conseillé ce relieur aux souscripteurs de l'édition. (notice et photo site internet Sotheby's).

vendredi 9 octobre 2015

Lettre autographe : Octave Uzanne vend en 1904 les reliques ropsiennes de Son Altesse la Femme (estampes d'après Félicien Rops).


Photo Librairie Michel Lhomme Bruxelles Octobre 2015

Lettre autographe d'Octave Uzanne à un destinataire inconnu, Paris,n ce 29 novembre 1904. (*)



Cher monsieur,

Les gravures en question sont montées avec marges et témoins dans les meilleures conditions voulues et non pas barbarement rognées comme celles du livre japon que vous mentionnez.

Je vous les adresse par postal colis en un carton bien clos et enveloppé de papier toilé goudron.

Il y a 11 Son altesse (femme au pantin) 12 L'amour aux champs (bout du sillon) 11 Miroir de sorcellerie (l'incantation) (**)

Fait 34 épreuves en tout - soit à 5 f. = 170 frs.

Si comme j'en suis assuré, vous trouvez le tout en superbe condition, vous voudrez bien aussitôt examen m'en aviser et m'adresser un mandat ou chèque du montant.

Dans le cas contraire vous m'obligerez de me faire retour par colis postal.

Agréez, monsieur, l'expression de mes meilleurs sentiments.


Octave Uzanne


(*) Cette lettre se trouve ajoutée en tête d'un exemplaire des Contes pour les Bibliophiles (1895), proposé aux enchères par la Librairie Michel Lhomme à Bruxelles le 10 octobre 2015 sous le n°237 - estimation 300/400 euros.

(**) Il s'agit des trois estampes d'après les dessins de Félicien Rops héliogravés par Charreyre. Le correspondant faisait référence aux estampes présentes dans les exemplaires de luxe sur Japon qui sont privées de leurs marges blanches et contrecollées sur papier Japon.

jeudi 8 octobre 2015

Dictionnaire Bibliophilosophique, typologique, iconophilesque, bibliopégique et bibliotechnique à l'usage des Bibliognostes, des Bibliomanes et des Bihbliophilistins par Octave Uzanne, polybibliographe et philologue. Réimprimé avec une Postface par les soins de Bertrand Hugonnard-Roche. Avec La Bibliophilie Moderne et La Reliure Moderne, par Octave Uzanne. [Paris, imprimé pour les Bibliophiles contemporains, 1896] Chez Bertrand Hugonnard-Roche, Alise-Sainte-Reine, 2015 [imprimé à Dijon].


Octave UZANNE / Bertrand HUGONNARD-ROCHE

Dictionnaire Bibliophilosophique, typologique, iconophilesque, bibliopégique et bibliotechnique à l'usage des Bibliognostes, des Bibliomanes et des Bihbliophilistins par Octave Uzanne, polybibliographe et philologue. Réimprimé avec une Postface [Octave Uzanne bibliophile moderne] par les soins de Bertrand Hugonnard-Roche. Avec La Bibliophilie Moderne et La Reliure Moderne, par Octave Uzanne.

[Paris, imprimé pour les Bibliophiles contemporains, 1896]

Réimpression augmentée, Chez Bertrand Hugonnard-Roche, Alise-Sainte-Reine, 2015 [imprimé à Dijon - juin 2015].

1 fort volume in-8 (24 x 15 x 5 cm), (5)-(8)-364-(4)-101-(13) pages, broché, dos carré collé, couverture en couleurs reproduction de l'originale de George de Feure, jaquette à rabats en couleurs reproduction de celle de Paul Berthon. 31 illustrations hors-texte en 2 états (noir et couleur) fac-similés des illustrations originales d'Oswald Heidbrinck. La page de titre, faux-titre et justification du tirage est également en 2 états (noir et couleur). La troisième couverture par E. Belville (originalement en vélin or et noir) a été reproduite également en couleur. Le corps du texte de l'ouvrage original d'Octave Uzanne a été reproduit en fac-similé. Les 101 pages à la fin (Garamond corps 12) comprennent la Postface inédite par Hugonnard-Roche et les deux textes d'Octave Uzanne. Les 13 dernières pages sont une table (inédite) des termes du Dictionnaire.


TIRAGE A 200 EXEMPLAIRES, TOUS SUR PAPIER BOUFFANT IVOIRE.


Le détail du tirage est le suivant : 176 exemplaires mis dans le commerce, accompagnés d'une lettre, d'une carte-autographe et de l'ex-libris du Bibliophilosophe, en fac-similés ; 24 exemplaires réservés à l'éditeur et à ses amis. Les 100 premiers exemplaires sont accompagnés d'un tiré à part du texte La Décoration des Livres aux Salons de 1898, par Octave Uzanne. Tous les exemplaires sont numérotés et paraphés à la main par l'éditeur.


Ce Dictionnaire Bibliophilosophique, destiné aux membres de la défunte société des Bibliophiles contemporains fondée par Octave Uzanne en novembre 1889, a sa place dans toute belle bibliothèque des Amis des Livres. Le tirage original à 176 exemplaires est devenu rare et les exemplaires qu'on rencontre parfois en salle des ventes ou chez les libraires d'ancien atteignent des prix élevés (le plus souvent entre 2.000 et 5.000 euros selon l'habit qu'on leur a donné et l'état de conservation). Il nous a donc semblé non seulement utile mais fort agréable d'en faire une jolie réimpression à l'usage des bibliophiles modernes du XXIe siècle. Le lecteur puisera, dans ces pages écrites avec la même indépendance d'esprit et la même volonté de caractère dont Octave Uzanne a pu faire preuve tout au long de sa carrière de bibliophile-publicateur-novateur, une foule de définitions utiles accompagnées d'un commentaire piquant, amusant et mordant.

Hâtez-vous ! aurait très certainement écrit Octave Uzanne. Cette réimpression sera vite épuisée et jamais réimprimée !

VIENT DE PARAÎTRE. (**)

Prix : 50 euros frais de port inclus (*)

Paiement par chèque bancaire à l'ordre de : M.  Bertrand Hugonnard-Roche, à adresser à M. Bertrand Hugonnard-Roche, 14 rue du Miroir 21150 Alise-Sainte-Reine, France. Les acheteurs étrangers peuvent régler par Paypal (55 euros frais compris) à librairie-alise@wanadoo.fr (nous demander une facture Paypal si nécessaire).



(*) Les frais de port s'entendent au tarif Colissimo pour la France métropolitaine et au tarif Livres-Brochures pour le reste du monde. D'autres options (recommandé, étranger prioritaire, etc) sont possibles sur simple demande moyennant supplément.

(**) Au 8 octobre 2015 il reste environ 40 exemplaires disponibles. Nous vous invitons à passer commande rapidement de cet ouvrage qui sera rapidement épuisé et qui ne sera pas réimprimé.




dimanche 4 octobre 2015

Octave Uzanne et la petite maison des Bas-Vignons (juillet 1885).


Dans une lettre écrite depuis La Roche-Claire (La Demi-Lune à Corbeil-Essonnes) par Félicien Rops, ce dernier donne à son correspondant des nouvelles de ses amis intimes (*) :

"La Roche-Claire, mardi 6 juillet 1885 [...] Dans nos intimités, rien de nouveau, ou guère : dîner à la Roche-Claire, dimanche dernier, ébats nautiques, canotage, etc., etc. Clairin, Haraucourt, la bonne Alice, plus une très belle fille, nouvelle dans la maison, qu'elle ne dépare pas par la robustesse de ses tétons trouant son costume de bain ! - Cariès rentré en grâce, Gouzien en appétit, et le judicieux Octave Uzanne, un peu mélancolisé : son propriétaire (le propriétaire de la petite maison des Basvignons) lui a donné congé ! [...]"

Jusqu'à cette date de juillet 1885 Octave Uzanne était donc locataire d'une "petite maison" située aux Basvignons ou Bas-Vignons. Les Bas-Vignons sont un lieu situé sur la rive droite de la Seine à quelques kilomètres à peine de la Demi-Lune de Félicien Rops, sur la commune de Saintry. Les deux amis eurent donc en même temps un pied à terre sur les bords de Seine à Corbeil. Nous n'avons pas réussi, à ce jour, à identifier ladite petite maison des Basvignons. Cette petite maison pourrait correspondre à l'Elysée Uzanne déjà mentionné.

(*) in Trois artistes étrangers, Robert Sherard, Sattler, Félicien Rops, par Hugues Rebell. Tricon éditeur, 1901, Paris.

Octave Uzanne rencontre son double en forêt de Fontainebleau : Jacques Héricy alias Octave Uzanne ou l'indépendance absolue (1911).


LA TYRANNIE DES PRÉVENANCES



     Mon vieil ami Jacques Héricy (*), bien que peu fortuné, n'a jamais su ni pu plier son indépendance altière aux usages du monde et aux corvées sociales. Je l'ai toujours connu jaloux de sa liberté d'action, avare d'engagements, uniquement soucieux de réserver l'emploi de son temps à ses fantaisies immédiates ou à la satisfaction de ses soudaines curiosités. Epris de belle nature, de vie salutaire et solitaire, de voyages, aucunement esclave de ses appétits, sachant parfaitement mettre ses besoins à l'échelle de ses moyens, artiste suprêmement délicat, il s'efforça toujours, en ces temps d’âpretés et de bousculades, de réaliser le summum de cette liberté que chacun vante et dont nul ne veut, et aussi d'assurer ce bonheur qu'on trouve parfois en soi-môme, jamais ailleurs.

      Jacques Héricy me sembla toujours, depuis la vingt-cinquième année où nous fîmes connaissance dans une pauvre auberge bretonne, le parangon de la sagesse humaine, le prototype du pur philosophe en action, tout en pratique, inaccessible aux vanités, inattaquable par l'ambition, solide dans la sérénité de la voie suivie devant de larges horizons ouverts. Aussi, je ne puis me soustraire au désir de le croiser sur mon chemin, de surprendre la constance et la solidité de son heureux mécanisme de félicité. Je l'aime comme on peut aimer la réalisation parfaite d'un rêve accompli par un frère en idéal d'existence ; c'est pourquoi, de-ci, de-là, au hasard, je lance à l'heureux homme un rappel amical lui exprimant l'espoir prochain d'une rencontre.

      Tour à tour Breton, Provençal, Bourguignon ou Flamand, Napolitain, Vénitien, Maltais, Sicilien ou Arabe, Héricy semble impossible à être atteint et rejoint rapidement. Il échappe à la carte postale et se réjouit avec franche sincérité d'être presque toujours le « destinataire inconnu » dont les missives, porteuses d'alarmes, d'énervements ou d'inutilités, tombent comme il convient au rebut postal.

      Hier, comme je flânais en forêt Bellifontaine dans les merveilleux rochers du Cuvier de Châtillon, ravi par tant de genévriers mêlés aux trembles et aux fougères, composant un décor antique, Fox, mon épagneul, tomba en arrêt au milieu du sentier, flaira l'air et aboya soudain, tandis qu'un grand gaillard, vêtu de velours gris à côtes, feutre campé à la boër, surgissait d'un choc de blocs erratiques.

 — Sacrebleu ! Héricy ! ... Je le croyais aux îles Scilley ?

 — Ce n'était pas plus beau qu'ici, mon cher, mais, comme lu vois, on en revient heureusement pour rencontrer avec joie le seul sauvage confrère capable de se perdre dans ces glorieuses solitudes. — Alors tu es Bellifontain ?

 — Non pas, j'ai horreur de Fontainebleau et des petites villes. Tu sais ma devise, celle de saint Jérôme : Ou le Désert ou Rome. Je gîte à Recloses, loin des chemins de fer et des pataches. Quelques jours encore et je repars pour l'Angleterre.

 — Singulière rencontre ! D'autant plus étrange que je songeais précisément à toi ; l'instinct télépathique trompe rarement... Mais, comment penser que, dans ce paysage de beauté classique où l'on ne serait point surpris de trouver Dante ou Orphée, ce soit vis-à-vis du plus cosmopolite des êtres, du plus insaisissable et du plus désiré des amis d'élection que mon chien soit tombé tout à coup en arrêt !

 — Moi, ça ne me surprend guère, dit Héricy. Il n'y a de bon dans la vie que ce qui est exquis et rien ne l'est davantage que l'imprévu et l'exceptionnel. Nous causâmes longuement en gravissant vers la perspective du camp de Chailly. Mon sage compagnon me déclara qu'il stagnait depuis de longs mois en pays britannique et que Paris et les Parisiens lui semblaient impossibles à fréquenter, tyranniques à l'excès, curieux, inquisiteurs, assommants, principalement à force de prévenances et de politesses maniérées.

 — Comment ça ?

 — Mon cher, on a beaucoup vanté la politesse française ; nos compatriotes se larguent de la bien pratiquer ; les dames du monde, celles de la bourgeoisie, les femmes de la basse classe même, sont dressées aux attentions, aux prévenances, aux amabilités, aux compliments, aux mensonges sociaux. Elles abusent des petits soins, des sourires ; ce sont de terribles précieuses, inconscientes, je le veux bien, mais déchaînées sur les infortunés qui doivent vivre en leur compagnie, parce que confites en grâces, en minauderies, en insistances odieuses. La société ici est devenue impossible à fréquenter pour un homme réservé, indépendant, ayant la sensation de l'inutilité des mots et de leur répétition et éprouvant l'horreur des menus attentats aux idées, aux goûts et aux volontés.

      « La politesse française consiste à traiter les gens comme des enfants timides qu'il faut encourager à avouer leurs petits vices et leurs gourmandises. Voyez, dans un dîner, les prévenances de l'hôtesse : « Vous ne prenez pas de potage ? — Merci. — Il est si léger ! — Je vous rends grâce ! — Si peu que vous voudrez, c'est le triomphe de notre cuisinière ? — Non ! — Je vous en prie, laissez-vous tenter ... Goûtez-y ? »

      « Et, à chaque plat, partout, c'est la même antienne. La volonté, les habitudes, les régimes, l'hygiène alimentaire du convive, tout cela est lettre morte ; la politesse française doit triompher du manque d'appétit, des dégoûts divers, de la sobriété de l'invité. Et quelle inquisition persistante ! Un verre de liqueur ? — Jamais d'alcool ! — Pour une fois..., voyons ? — N'insistez pas. Peu après : Du café ? — Je préfère mon sommeil. —Alors, toutes les vertus ? Vous fumez, au moins ?— Fort peu. — Une vraie jeune fille ! Cher monsieur, il faut vous marier !


      « Dans tous les actes de la vie en commun en France, vois-tu bien, poursuivit Héricy, c'est la même tyrannie, la même négation du libre arbitre. Cela s'accentue au château. On y est reçu avec le devoir de la pratique des sports, la solitude y est menacée sous mille prétextes. Dans les salons, c'est autre chose, on y est prisonnier et on ne peut s'évader qu'à « l'anglaise », on doit subir toutes les tortures de l'admiration forcée, se déclarer pour le bridge ou pour le poker. Dans la rue, impossibilité d'aller droit à son but sans subir les politesses assassines de tous ceux qu'on y rencontre et qui vous immobilisent dans des courants d'air afin de vous débiter des balivernes, bavardages excessifs sur toute la ligne, infligeant des pertes de temps sensibles, forçant aux hypocrisies, emprisonnant l'individu dans des façons d'être indignes du déterminisme et du respect de l'indépendance d'autrui. »

 — Et tu trouves qu'en Angleterre, c'est différent ?

 — Mais c'est précisément l'antipode. La politesse n'y fait jamais la barbe à la liberté du citoyen, et si tout le monde y est rasé, ce n'est point par les mœurs, ah ! non. Ce sont les moins attentatoires qui soient et aient jamais été aux actions multiples des hommes. À Londres ou à la campagne, je puis sortir, par exemple, rencontrer et regarder un quelconque ami, voire un intime, ne pas le saluer ou ne lui faire qu'un signe de main rapide. Il n'importe. Cela ne tire pas à conséquence. On prend en considération le problème, le souci, le rêve ou le ronronnement de pensée qui peuvent accompagner un cerveau en balade. Il ne viendrait à personne l'idée de se formaliser de ma non-sociabilité. Au lunch où je suis invité, je ne louche à aucun plat l'hôtesse ne fait pas mine de le remarquer. Sa politesse, à elle, la vraie politesse, est de ne pas m'ennuyer et de comprendre que je n'ai pas faim ou que, si cela me sembla préférable, j'ai déjeuné à ma manière avant de lui apporter le témoignage de ma présence amicale. Dans les réceptions à la campagne, je trouve sur la table de la chambre qui m'est réservée les itinéraires dès promenades où excursions de la Contrée, les horaires des railways ; j'agis à ma guise, descends à l'heure des repas, à moins qu'il ne me convienne de fréquenter les auberges des environs. Le soir ou le lendemain de mes absences, on considérerait comme de mauvais goût de s'inquiéter de l'usage de mon temps. Aller, venir, entrer, sortir, sans donner de raisons, fuir le jeu ou les sports, apparaître mystérieux sans qu'on vous interroge, marcher seul dans un parc sans que quelque autre invité s'avise de vous troubler, lire ou écrire dans le drawing-room en commun, assuré de pouvoir poursuivre sa lecture ou son travail dans le respect et le silence professé pour autrui, ce sont là des libertés précieuses, les seules qui aient quelque valeur et qui donnent à la vie toute son ampleur et toute sa saveur. Du moins, je parle pour moi et avec ma profonde compréhension de l'indépendance.

 — Et alors, mon vieux, les libertés françaises ?

 — Des blagues remplies de mots ou des mots remplis de blagues. Ça n'existe pas. Les véritables droits de l'homme libre, c'est de conserver intact le champ de ses fantaisies, de pratiquer sans entraves, seul ou en société, la culture de ses volontés, d'affirmer partout, sans porter atteinte aux préjugés des convenances, ses désirs, ses goûts, ses instincts. Pourquoi tant de concessions aux mièvreries des politesses ou aux prévenances imbéciles de ceux qui prétendent se donner le plaisir de consommer avec nous des heures d'alimentation ou d'agrément ? La tyrannie des prévenances en France est la pire des tyrannies qui soient et la plus niaise de toutes. Comment s'étonner que ceux qui la supportent, sans même s'en apercevoir, par lâche accoutumance, aient perdu l'esprit de déterminisme, la faculté d'aller droit au but et le goût de l'affirmation nette jusqu'à la brutalité ? Notre politesse émasculise et abâtardit.

      Héricy est peut-être intransigeant, mais qui dira qu'il ait tort ? Ours, à ma façon, j'avoue cependant partager carrément son opinion.
      Pourquoi faire tant de « magnes ! » comme on dit dans le populo. — Chacun sa vie !


OCTAVE UZANNE 
Le Sottisier des Moeurs, 1911

pp. 181-186


(*) Jacques Héricy n'existe que dans la mémoire et les fantasmes d'Octave Uzanne. On chercherait en vain un homme de lettres ami d'Octave Uzanne portant ce patronyme. Par contre, il suffit de chercher aux environs de la forêt de Fontainebleau pour trouver une petite commune portant ce nom. Héricy, située sur la rive droite de la Seine, juste en face de Samois-sur-Seine, à quelques kilomètres seulement de Fontainebleau. Dans cet article publié en 1911 dans le Sottisier des Moeurs, Octave Uzanne s'invente un pseudonyme en la personne du voyageur indépendant Jacques Héricy. Il peut ainsi donner libre cours à ses réflexions sur la Tyrannie des prévenances. Il ne faut pas chercher bien loin pour reconnaître en Jacques Héricy un Octave Uzanne épris de libertés et d'indépendance. C'est ici une belle confidence que nous livre Octave Uzanne sur son caractère intime.

jeudi 1 octobre 2015

La mort en échec par Octave Uzanne (1911). Une dépêche de Chicago à propos des travaux scientifiques du Docteur Loeb sur l'immortalité.


LA MORT EN ÉCHEC



Dr Jacques Loeb (1859-1924)
      Des États-Unis nous sont câblées chaque jour des nouvelles fabuleuses, hétéroclites et invraisemblables. Depuis quelques mois surtout, les agences d'informations américaines expédient à travers l'Océan les canards les plus surnaturels. De Baltimore, de New-York ou de Philadelphie nous parviennent les annonces d'inventions miraculeuses dans toutes les branches scientifiques et industrielles. Le vieux continent accueille avec une complaisance ébahie de dégénérescence sénile les mirifiques promesses que les hardis inventeurs du nouveau monde se déclarent successivement à la veille de réaliser.

      On ne compte plus les bateaux successifs qui nous sont montés par l'esprit humbug des Yankees amoureux de sensationnel et d'exorbitant. Dans l'ordre architectural, médical, physiologique, aéronautique et sur tous terrains où se peut exercer et déployer l'imagination, on jalonne l'avenir de projets fantastiques. Chaque heure nous révèle d'incroyables innovations qui, à bref délai, doivent modifier toutes les conditions sociales de la vie humaine.

      Il y a peu de temps encore, une nouvelle plus excentrique que d'habitude, plus lourdement épanouie dans l'expression de son bluffisme, était télégraphiée aux dépêches de la dernière heure. De quoi s'agissait-il ? De rien moins que de la suppression absolue de la mort et de la pérennité vitale désormais envisageables pour tous les humains.

      Le docteur Loeb (*), de l'Université de Chicago, nous annonçait-on, croit avoir, en partie du moins, résolu le problème de la mort ou plutôt trouvé le moyen de rendre prochainement la vie inattaquable et éternelle. Ce savant bactériologiste prétend être parvenu, à la suite de longues recherches, à prolonger indéfiniment la vie d’œufs d'oursins stérilisés préalablement de tout germe de mort et il espère pouvoir, avant peu, se livrer sur les hommes à des expériences non moins concluantes.

      Ce premier passage du télégramme se montrait d'une rédaction plutôt ambiguë et on ne voit que malaisément comment le bon docteur de Chicago parviendra à isoler l’œuf humain de façon à lui retirer son principe de sénescence et de mort..., mais passons. D'après lui, continue le texte de la dépêche, la mort n'est pas un procédé négatif, un simple épuisement des tissus, mais plutôt « un principe actif » qui naît avec l’œuf et qui peut être détruit aussi aisément que n'importe quel autre microbe.

      D'autre part, le professeur Loeb affirme, et ceci nous paraît plus intéressant et moins discutable, que l'homme n'est qu'une machine électrique dont, à l'aide d'une nourriture appropriée, on peut accumuler, réparer et développer les forces indéfiniment. En résumé, ledit professeur croit fermement qu'à l'aide de la suppression de la mort dans le germe vital et de l'entretien constant de la vie par des aliments accélérateurs, il peut indéfiniment assurer l'existence de l'homme.

      Cette nouvelle de l'autre monde a pu apporter un considérable réconfort à nombre de ceux qui en cueillirent la primeur. La pensée d'une vie éternelle ne peut que réjouir ceux que la destinée semble convoyer irrémédiablement vers la mort. À la lecture de cette dépêche, on peut supposer que les infirmes, les décavés, les prolétaires, les innombrables victimes de l'injustice sociale, les forçats du plaisir ou du labeur, les déshérités de toute joie, aussi bien que les aplatis par toutes les infortunes morales ou écrasés par les plus lourdes fatalités se sont agités fébrilement dans un spasme d'espoir et d'allégeance en songeant au sursis possible de l'éternel repos. Il apparaît en effet de toute évidence, bien que sous un aspect plutôt paradoxal, que la douleur, la misère et le désespoir enchaînent encore plus étroitement à l'amour de la vie que l'allégresse ou la morne quiétude n'y attachent les désœuvrés ou les saturés qui sentent les premiers l'affreuse lassitude de vivre.

      Les hommes de tous les temps, de tous les pays ont montré un pareil attachement à l'existence et l'histoire nous témoigne successivement des vains efforts de la science pour arrêter la faux du temps ou le bras décharné de la camarde. Il y a quelques siècles, c'était la découverte de la pierre philosophale qui se trouvait ardemment recherchée et qui, périodiquement proclamée comme enfin issue des mystères du creuset, métamorphosait les horizons de l'humanité. Les alchimistes, les occultistes, les visionnaires à la façon de Cagliostro affirmaient, eux aussi, pouvoir renouveler à long terme le bail si mal défini de notre existence. Les anciens avaient imaginé la poétique légende de la fontaine de Jouvence dont les eaux merveilleuses rajeunissaient ceux qui venaient s'y plonger. Plus tard, ce fut aux pierres précieuses que l'on prêta les vertus régénératrices. Enfin les élixirs de longue vie se succédèrent à profusion depuis la Renaissance jusques à la Révolution et nous sommes aujourd'hui parvenus avec autant d'espoir et peut-être plus de réalité à un retour aux préceptes d'hygiène et de sobriété de l'école de Cornaro et de l'école de Salerne.

      Nous croyons savoir que la matière vivante, qui d'elle-même se répare constamment, a besoin d'être protégée contre les infiniment petits qui assiègent notre organisme ; ce ne sont plus les élixirs, mais le sérum de longue vie que recherchent nos modernes savants. Nous croyons que la sérothérapie sera bientôt susceptible d'apporter, dans la terrible lutte de nos cellules contre les macrophages, un appoint de victoires qui peut-être prolongera de quelques années notre maturité puissante et combative. On connaît les recherches que poursuit encore actuellement M. Metchnikoff dans son laboratoire de l'Institut Pasteur; son sérum antileucocytaire est déjà célèbre avant même d'avoir donné des preuves réellement efficaces et probantes de ses vertus policières dans les méfaits batailleurs de notre organisme.

       Toutes ces tentatives de la science, de la chimie pharmaceutique, de la bactériologie et de la chirurgie elle-même, qui en est arrivée à supprimer sans inconvénient les organes considérés jusqu'ici comme nécessaires au maintien de notre existence, toutes ces ligues organisées do toutes parts contre la vieillesse et la mort n'arriveront pas, on peut le croire, au résultat d'immunité si formellement affirmé par le docteur Loeb, de Chicago.

      Nous avons pensé que toutes les conséquences du monde créé se sont déjà accomplies en leur temps et que l'homme n'est pas une fin de création, mais qu'il n'en est en quelque sorte qu'un épisode passager dont le dénouement véritable se cache dans celui de l'action universelle. La prolongation de la vie universelle n'a aucune importance et ne saurait en avoir. Il y a comme une sorte d'agonie à la limite de tout ce qui a vécu et la nécessité de mourir est commune à tous les êtres crées qui, nés de la poussière, doivent retourner à la poussière.

      On ne saurait avoir la conception de l'être prolongé à jamais avec sécurité dans l'extase du bonheur et de la joie et nous ne supposons pas qu'aucun philosophe, sociologue, économiste ou naturaliste puisse arriver à établir la possibilité d'une vie normale d'où la mort serait exclue. Le monde et la société, déjà si lamentables et d'une organisation si précaire, ne pourraient subsister un demi-siècle si les humains étaient condamnés à la vie à perpétuité. Tous deviendraient vivement semblables à des forçats.

      Dans son Gulliver, l'excellent Swift nous a montré, avec un grand sens philosophique, certaine tribu visitée par son héros et dans laquelle la mort ne faisait jamais son apparition : c'était la tribu des Struldbruggs. « Les hommes de ce pays, écrit Swift, ressemblaient aux mortels et vivaient comme eux jusqu'à l'âge de trente ans. Après cet Age, peu à peu ils s'affalaient dans une noire mélancolie qui allait augmentant jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de quatre-vingts ans; ils étaient alors seulement préservés de toutes les infirmités, de toutes les misères et faiblesses des vieillards de cet âge, mais l'idée affligeante de l'éternelle durée de leur misérable caducité les tourmentait à tel point que rien ne semblait pouvoir les consoler. Toutes les fois qu'ils voyaient préparer les funérailles d'hommes d'autres peuplades, ils maudissaient leur sort et se plaignaient amèrement de la nature qui leur avait refusé la jouissance de mourir et d'entrer dans l'éternel repos. »

      Méditons cette fiction du conteur anglais, elle a toutes les apparences de l'absolue vérité.

      Dieu nous garde de ne plus mourir !



OCTAVE UZANNE
Le Sottisier des Moeurs, 1911
pp. 111-114 


(*) Jacques (né Isaac) Loeb est un biologiste et physiologiste américain d’origine allemande, né le 7 avril 1859 à Mayen (Prusse) et mort le 11 février 1924 à Hamilton aux Bermudes. Loeb s’oriente d’abord vers la philosophie après la lecture d'Arthur Schopenhauer (1788-1860). Il fait ses études dans les universités de Berlin, Munich et de Strasbourg et obtient son titre de docteur en médecine en 1884. Il poursuit ses études dans les universités de Strasbourg et de Berlin. Il devient en 1886 assistant à l’institut de physiologie à l’université de Würzburg où il reste jusqu’en 1888. Il part occuper un emploi similaire à Strasbourg. Durant les congés, il poursuit ses recherches biologiques à Kiel en 1888 et à Naples en 1889 et en 1890. En 1892, Loeb est appelé par l’université de Chicago comme professeur assistant en physiologie et en biologie expérimentale. Il devient professeur associé en 1895 et professeur en physiologie en 1899. En 1902, l’université de Californie lui offre un poste similaire. En 1910, Loeb part à l’Institut Rockefeller pour la recherche médicale de New York (aujourd’hui université Rockefeller), où il prend la direction d’un département créé spécialement pour lui. Il reste dans cet institut jusqu’à sa mort. Durant ces années, Loeb passe ses étés au Laboratoire de biologie marine (MBL) de Woods Hole dans le Massachusetts où il fait de nombreuses expériences sur les invertébrés marins. C’est là qu’il réalise ses expériences sur la parthénogenèse artificielle. Loeb est capable de provoquer un début de développement embryonnaire d’œufs d’oursins sans présence de sperme. Ceci est obtenu par de légères modifications chimiques de l’eau où les œufs sont maintenus. Loeb devient l’un des scientifiques les plus importants de l’Amérique dont parlent souvent les journaux et les magazines. Il est le modèle pour le personnage de Max Gottlieb de Sinclair Lewis (1885-1951) dans son livre, qui recevra le prix Pulitzer, Arrowsmith. C’est une œuvre importante qui idéalise et idolâtre la science pure. Le nom de Loeb est plusieurs fois cité pour le prix Nobel mais il ne l’obtiendra jamais. (Source : Wikipédia, consulté le 1er octobre 2015)

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